La coqueluche est une infection respiratoire très contagieuse qui peut s'avérer particulièrement grave, voire mortelle, chez les nourrissons. Face à ce risque, la vaccination des femmes enceintes est une stratégie essentielle pour protéger les nouveau-nés avant qu'ils ne puissent être vaccinés eux-mêmes. En France, une centaine de nourrissons de moins de trois mois contractent la coqueluche chaque année, avec un taux d'hospitalisation de 90% et plus de 90% des décès liés à cette maladie survenant chez les enfants de moins de six mois.
Pourquoi la Vaccination Anté-natale contre la Coqueluche est-elle Cruciale ?
Les nourrissons ne sont vaccinés contre la coqueluche qu'à partir de l'âge de deux mois. La primovaccination, obligatoire en France, comprend deux doses administrées à deux et quatre mois, suivies d'un rappel à onze mois. Cette période initiale laisse les nouveau-nés vulnérables aux complications sévères de la coqueluche.
La vaccination de la femme enceinte permet la production d'anticorps maternels dirigés contre la coqueluche. Ces anticorps sont transmis au fœtus à travers le placenta, offrant ainsi une protection passive au nourrisson dès sa naissance, en attendant qu'il puisse bénéficier de sa propre vaccination.
Le Calendrier Vaccinal Recommandé pendant la Grossesse
Il est recommandé de vacciner les femmes enceintes entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée (SA) afin d'optimiser le transfert passif des anticorps maternels et d'assurer une protection maximale pour l'enfant. Un délai d'un mois minimum entre la vaccination de la mère et l'accouchement est nécessaire pour que le nouveau-né soit protégé dès sa naissance. Selon le Ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS) du Québec, l’administration du vaccin dès 13 SA est possible sur une base individuelle (par exemple, avant un départ à l’étranger). Il n’est pas nécessaire de revacciner plus trad durant cette grossesse. Les données disponibles sur l’efficacité et la sécurité du vaccin sont moins nombreuses, ce qui n’en fait pas le moment privilégié pour offrir le vaccin dTPca. Pour le MSSS du Québec et le Comité consultatif américain sur les pratiques de la vaccination, il n’est pas nécessaire de revacciner plus trad dans la grossesse. Pour l’Agence de Santé et de Sécurité du Royaume-Uni (UKHSA) au contraire, la dose doit être répétée afin d’optimiser le taux d’anticorps maternels dont une fraction sera transférée au fœtus.
Le vaccin utilisé est tétravalent, combinant les vaccins contre la coqueluche, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Il est essentiel que la vaccination contre la coqueluche soit effectuée à chaque grossesse, car le taux d'anticorps maternels diminue rapidement. Une vaccination antérieure à la grossesse n'offre pas une protection suffisante au nouveau-né. Les injections peuvent être répétées sans danger, à condition de respecter un délai d'un mois minimum entre deux doses de vaccin.
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Sécurité et Effets Secondaires de la Vaccination
La vaccination contre la coqueluche chez les femmes enceintes est considérée comme sûre. Les effets indésirables sont généralement peu sévères, incluant douleur ou rougeur au site d'injection, fièvre et douleurs musculaires. Des réactions allergiques graves, bien que très rares, peuvent survenir comme avec tout vaccin. Depuis le début des années 2010, de nombreux essais cliniques ont apporté des données rassurantes en termes de sécurité maternelle, fœtale et néonatale après vaccination dTP ou dTPca des femmes enceintes.
Dans les années 187O, les bébés nés de mères vaccinées contre la variole présentaient une diminution du risque de contracter cette maladie au début de leur vie. Depuis 2012, la vaccination contre la grippe est recommandée en France pour toutes les femmes enceintes, quel que soit le terme. La vaccination des femmes enceintes les protège d’infections auxquelles elles peuvent être particulièrement sensibles pendant la grossesse, mais protège également le fœtus des mêmes infections, congénitales ou néonatales, et des effets obstétricaux néfastes de l’infection maternelle.
Vaccination de l'Entourage et Stratégie du "Cocooning"
Outre la vaccination de la femme enceinte, la vaccination immédiate de la mère et des proches (père, frères et sœurs, grands-parents) et de toutes les personnes qui auront un contact étroit avec l'enfant au cours de ses six premiers mois est également recommandée. Cette stratégie, appelée "cocooning", vise à créer une barrière de protection autour du nourrisson en immunisant son entourage.
Alors que le niveau de preuve de l’efficacité de la vaccination coqueluche des femmes enceintes est fort, les études visant à démontrer l’efficacité de la stratégie cocooning ont, dans la grande majorité des cas, échoué dans cette démonstration.
La Coqueluche en France : Épidémiologie et Recommandations
La coqueluche est une infection respiratoire due à une bactérie, très contagieuse et se transmettant par voie aérienne. Elle provoque des quintes de toux fréquentes et prolongées. En France, la vaccination contre la coqueluche est obligatoire chez tous les nourrissons nés depuis le 1er janvier 2018, à partir de 2 mois.
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Depuis début 2024, on observe en France une forte augmentation du nombre de cas de coqueluche à Bordetella pertussis. Entre janvier et mai 2024, plus de 5800 cas ont été recensés. Après quelques années de circulation limitée en Europe, notamment pendant la pandémie de COVID-19, une recrudescence des cas de coqueluche a été constatée en 2023 et en 2024. Afin de réduire le risque de formes graves chez les nouveau-nés et les nourrissons, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande depuis 2022 la vaccination des femmes enceintes contre la coqueluche à partir du deuxième trimestre de grossesse, en privilégiant la période entre 20 et 36 semaines d’aménorrhée (SA). Cette mesure est la plus efficace pour protéger le nourrisson dès la naissance grâce au transfert transplacentaire des anticorps maternels. Elle préconise également que la vaccination soit effectuée à chaque grossesse, même si une vaccination a déjà eu lieu auparavant.
La Haute Autorité de Santé a recommandé le 22 juillet 2024 que toute personne en contact proche avec un nouveau-né et/ou nourrisson de moins de 6 mois dans un cadre professionnel reçoive un rappel, si son dernier vaccin contre la coqueluche date de plus de 5 ans.
Couverture Vaccinale et Disparités Régionales
Au total, en tenant compte de l’ensemble des déclarations de grossesse enregistrées dans la table historique de la maternité à la date du 1er octobre 2024, 386 712 femmes avaient débuté leur grossesse entre le 1er août 2023 et le 31 mars 2024, avec près de 50000 grossesses déclarées par mois en France. Parmi elles, 59,4% avaient accouché à la date du 1er octobre 2024. Le taux de vaccination contre la coqueluche dans cette population s’élevait à 63,2% (soit 244 422 femmes) dont plus de 90% avaient été vaccinées entre la 18ème et la 34ème semaine de grossesse. Parmi les 304 534 femmes ayant atteint au moins 34 semaines de grossesse à la date de fin de suivi, fixée au 1er octobre 2024, le taux de vaccination s’élevait à 65,4%.
De très fortes disparités régionales ont été observées concernant la couverture vaccinale contre la coqueluche parmi ces femmes. En effet, les taux étaient nettement supérieurs à la moyenne nationale dans les régions situées dans le nord et l’ouest de la France telles que les Pays de la Loire (80,9%), la Bretagne (80,3%), la Normandie (79,9%), la Nouvelle-Aquitaine (75,4%) e les Hauts-de-France (72,5%). Par ailleurs, les indicateurs socioéconomiques mettaient en évidence un léger déséquilibre entre les femmes ayant été vaccinées contre la coqueluche pendant leur grossesse et celles qui ne l’avaient pas été. En effet, les femmes vaccinées bénéficiaient moins de la complémentaire santé solidaire (16,7% vs. 32,1%), avaient moins recours à des consultations auprès de services de PMI (3,9% vs.4,4%), étaient plus souvent issues de communes plus favorisées (FDep 1er quintile (moins défavorisé) : 22,1% vs. 16,6%) et vivaient dans des communes offrant une meilleure accessibilité potentielle localisée aux médecins généralistes (APL MG 4ème quartile : 26,2% vs.
Impact de la Vaccination sur la Couverture Vaccinale
Ces résultats montrent que la vaccination des femmes pendant leur grossesse contre la coqueluche, recommandée par l’OMS et déjà mise en œuvre par une trentaine de pays dans le monde depuis au moins dix ans, a été largement suivie durant l’épidémie 2023/2024, malgré son caractère non obligatoire. En effet, le taux de vaccination connaît une forte hausse en France chaque année depuis 2021. Selon les données du registre Epi-Mères (grossesses-enfants) construit par EPI-PHARE à partir du SNDS, les taux de vaccination étaient respectivement d’environ 41%, 12%, et 2% pour les années 2023, 2022, et 2021. La forte augmentation de ce taux de couverture élevé semble témoigner de l’efficacité des actions de sensibilisation de l’Etat et de l’Assurance Maladie auprès des femmes enceintes.
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Allaitement et Vaccination : Interactions Possibles
L’allaitement maternel est un pilier de la prévention de nombreuses maladies des nourrissons. La présence chez le nourrisson dont la mère a été vaccinée pendant sa grossesse, d’anticorps contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche peut théoriquement interférer avec sa propre immunité post- vaccinale (effet blunting). Bien qu’un affaiblissement des réponses immunitaires à certains antigènes de la primovaccination ait été en effet documenté chez ces nouveau-nés, l’effet est estompé après le 1er rappel vaccinal et il n’y a pas d’effet négatif apparent sur l’efficacité des vaccins d’après l’expérience des pays qui utilisent les vaccins dTPca ou dTca chez les femmes enceintes.
Coût et Accessibilité du Vaccin
Le vaccin est pris en charge à 65% par l’Assurance Maladie. Le montant restant est généralement remboursé par les complémentaires santé (mutuelles). Il est disponible en pharmacie et doit être conservé au réfrigérateur entre + 2°C et + 8°C. Il ne doit pas être congelé. La vaccination peut être réalisée en cabinet libéral, en pharmacie, à l’hôpital ou en PMI (pour les enfants jusqu’à 6 ans), ou dans un laboratoire de biologie médicale. Elle peut également être réalisée dans un centre de vaccination public. Dans ce cas, la prescription, la délivrance du vaccin et la vaccination s’effectuent sur place. L’injection du vaccin est prise en charge par l’assurance maladie et les complémentaires santé dans les conditions habituelles.
Diagnostic et Traitement de la Coqueluche
La coqueluche est une infection respiratoire très contagieuse causée principalement par la bactérie Bordetella pertussis. Bordetella parapertussis peut aussi être responsable de la maladie. La coqueluche est particulièrement contagieuse : 1 personne contaminée transmet la maladie à 15 autres personnes en moyenne. La contamination s’opère par voie aérienne lors de contacts directs avec des personnes infectées.
Les caractéristiques cliniques pouvant varier, en particulier chez les adolescents ou adultes en fonction de leur état immunitaire, il est très important de confirmer l’infection par un diagnostic biologique. Les seuls diagnostics biologiques remboursés sont l’isolement de la bactérie (culture) ou la détection de son matériel génétique par PCR à partir d’une aspiration ou d’un prélèvement nasopharyngé. Les antibiotiques de choix, (le plus souvent des macrolides) éliminent la présence de la bactérie dans les sécrétions, ce qui diminue ainsi les risques de transmission.
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