Ana, assise dans la salle d'attente, une brochure sur la santé sexuelle à la main, se demande si son incapacité à la pénétration, malgré son désir, a un nom. Cette situation, vécue par de nombreuses femmes, est connue sous le nom de vaginisme. Cet article vise à explorer en détail ce trouble sexuel féminin, ses symptômes, ses différents types, ainsi que les traitements disponibles pour aider les femmes qui en souffrent à retrouver une vie sexuelle épanouie.

Qu'est-ce que le vaginisme ?

Le vaginisme est un trouble sexuel féminin caractérisé par des contractions involontaires et incontrôlables des muscles du plancher pelvien entourant l’ouverture du vagin. Ces contractions peuvent rendre toute pénétration vaginale difficile, voire impossible. Il s’agit d’une réaction réflexe qui peut être déclenchée par la tentative de pénétration, ou même par la simple idée de cette pénétration. Ces spasmes peuvent survenir lors de tentative de pénétration vaginale, quelle soit sexuelle (pénis, doigt) ou non (tampon, spéculum).

Le vaginisme peut être total, empêchant l’introduction de tout corps étranger dans le vagin (tampon, doigt) ou partiel, où la pénétration est difficile et douloureuse. Il se distingue de la dyspareunie qui est définie comme des douleurs pendant les rapports sexuels -de façon superficielle, au niveau de la vulve ou profonde dans la région du pelvis- mais qui ne rend pas la pénétration impossible.

Environ 1% des femmes en âge de procréer seraient concernées par le vaginisme. Le vaginisme est un trouble sexuel fréquent qui reste méconnu et entouré de tabous.

Types de vaginisme

On distingue deux types principaux de vaginisme :

Lire aussi: Braxton Hicks et Dilatation

  • Vaginisme primaire : Il se manifeste dès les premières tentatives de relations sexuelles, rendant toute pénétration impossible. Le vaginisme primaire est le plus fréquent. Il apparaît dès les premiers rapports sexuels qui sont souvent impossibles et correspond à un mécanisme de défense inconscient. Il y a une composante psychologique non négligeable avec notamment une peur de la pénétration et de la douleur qu’elle pourrait engendrer, un manque d’éducation sexuelle, et une difficulté à intégrer la normalité de ses organes génitaux. Dans d’autres cas, le vaginisme primaire est retrouvé chez des femmes ayant subi des traumatismes sexuels, tels que des abus sexuels ou des viols, ou encore des mutilations génitales féminines. Il est souvent lié à l’appréhension du premier rapport sexuel et à une mauvaise connaissance de son propre corps. Ce phénomène a souvent une origine psychologique. Il peut être lié à une mauvaise connaissance de son corps, une vision erronée des organes féminins, parfois un dégoût non conscient de la sexualité, du côté animal du corps.

  • Vaginisme secondaire : Il apparaît après une période de vie sexuelle normale, et peut être causé par une expérience traumatique, des douleurs lors des rapports, des infections génitales répétées ou encore un accouchement. Le vaginisme secondaire est moins fréquent. Il apparaît chez une femme qui n’avait pas de difficultés à avoir des rapports sexuels auparavant. Il est souvent lié à un psycho-traumatisme assez grave. Cela peut être un deuil, une perte d’emploi, un traumatisme sexuel. Le vaginisme secondaire apparaît chez une femme ayant jusque-là eu des rapports sexuels sans douleurs. Une composante psychologique significative peut être présente et survenir après un événement traumatique, tel qu’un accouchement difficile ou un viol. Outre ces déclencheurs qui portent atteinte à l’intégrité sexuelle et intime d’une femme, le vaginisme secondaire peut également se manifester en concomitance avec plusieurs autres conditions médicales, notamment chez une femme souffrant d’endométriose ou d’adénomyose, durant une période de changements hormonaux majeurs (ménopause), ou encore en lien avec des infections sexuellement transmissibles (IST). On peut également mettre en avant des symptômes de vaginisme secondaire et de diminution du désir sexuel, dans un couple traversant une période relationnelle complexe.

On peut également distinguer :

  • Le vaginisme total : il apparaît dès lors qu’il y a pénétration ou plutôt tentative de pénétration.
  • Le vaginisme partiel : il n’est pas systématique mais dépend de la situation.
  • Partiel ou situationnel : lorsqu’il intervient dans certaines situations uniquement (ex.

Causes du vaginisme

Les causes du vaginisme sont variées et peuvent être d’origine physique ou psychologique. Les médecins s’accordent à dire qu’il s’agit souvent d’une combinaison de plusieurs facteurs : Loin d’être purement physiques, les causes de cette dysfonction sont en réalité psychosomatiques et donc souvent en lien avec des peurs ou encore des traumatismes.

  • Facteurs physiques : Les muscles de la zone périnéale se contractent de manière incontrôlable. bien qu’aucun obstacle physiologique n’explique l’impossibilité de la pénétration, des facteurs hormonaux peuvent parfois entrer en jeu. Les muscles du plancher pelvien incluent le pubococcygien, l'iliococcygien, le puborectal et le coccygien. On différencie ces muscles de ceux du périnée : bulbospongieux, ischiocaverneux et transverse superficiel du périnée. Par ailleurs, les nerfs pelviens ainsi que les tissus conjonctifs et ligamentaires environnants participent indirectement à la douleur ressentie dans le vaginisme, en augmentant la sensibilité et la réactivité des muscles pelviens. Ce sont les muscles bulbospongieux et ischiocaverneux qui participent à la formation et la fonction du clitoris chez la femme. Dans le contexte du vaginisme, l'hyperstimulation du clitoris, en raison de sa sensibilité, peut parfois être perçue comme douloureuse.

    Lire aussi: Braxton Hicks ou travail : comment les distinguer ?

  • Facteurs psychologiques : La peur, l’appréhension ou l’angoisse à l’idée d’avoir des rapports sexuels sont souvent présentes chez les femmes souffrant de vaginisme. Plusieurs situations peuvent déclencher le vaginisme, telles que :

    • Infections urinaires ou génitales répétées
    • Manque de lubrification
    • Syndrome de Rokitansky
    • Douleurs pendant les rapports (dyspareunie)
    • Troubles suite à l’accouchement
    • Stress
    • Méconnaissance ou mauvaise image de son corps
    • Éducation religieuse ou sexuelle stricte
    • Trouble de l’identité sexuelle
    • Peur de tomber enceinte
    • Angoisse généralisée liée aux rapports sexuels
    • Violences sexuelles passées

Il est important de noter que dans la majorité des cas, le vaginisme est d’ordre psychologique. Le vaginisme est fortement associé au sentiment de peur. Certains facteurs favorisants peuvent être la peur du premier rapport sexuel, d’une grossesse, de l’accouchement, d’une Infection Sexuellement Transmissible … dans un contexte d’éducation stricte ou de convictions religieuses culpabilisantes, ou encore de traumatismes sexuels anciens.

Symptômes et conséquences du vaginisme

Le symptôme principal du vaginisme est l’impossibilité de toute pénétration vaginale. Une douleur au vagin (dyspareunie) accompagne souvent les tentatives de pénétration. Les femmes concernées peuvent aussi ressentir de l’anxiété, de la tension, ou de la gêne lors des rapports sexuels. Le vaginisme peut aussi rendre difficile les examens gynécologiques et l’insertion de tampons hygiéniques ou d’anneaux vaginaux. Ces contractions ne sont pas douloureuses.

Outre les symptômes physiques, le vaginisme peut entraîner un mal-être psychologique important, lié à l’impossibilité d’avoir des relations intimes et à la baisse de l’estime de soi. L’équilibre sexuel et affectif de la femme et du couple peuvent être affectés. L’absence de coït due au vaginisme peut également engendrer des difficultés pour concevoir. La douleur et la peur de la pénétration peuvent mener à un cercle vicieux où l’anticipation de la douleur renforce le blocage et entraîne un sentiment de culpabilité.

Traitement du vaginisme

Le vaginisme peut être traité. Le traitement dépend de la cause sous-jacente. Il existe en effet des solutions simples, naturelles, non médicamenteuses, non douloureuses pour traiter ce problème. Le vaginisme est un des troubles sexuels qui se soigne le mieux.

Lire aussi: Causes Contractions 7ème Mois

  • Causes physiques : Une sage-femme peut aider à l’élargissement du vagin grâce à des exercices de relaxation pelvienne et des massages. L’utilisation de lubrifiants vaginaux peut aussi aider à réduire la douleur.

  • Causes psychologiques : La thérapie cognitivo-comportementale est souvent recommandée pour traiter les facteurs psychologiques contribuant au vaginisme. Des consultations de sexologie ou des séances d’hypnothétrapie peuvent être également bénéfiques. La communication au sein du couple est essentielle pour surmonter le vaginisme. La prise en charge du vaginisme est globale, multimodale et pluridisciplinaire. Elle associe une approche corporelle à un volet psychologique. L’approche psychologique est essentielle avec une psychothérapie de type cognitivo-comportementale ou EDMR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), associée à des séances de sexologie.

La rééducation avec des dilatateurs vaginaux est souvent utilisée avec des exercices réguliers et progressifs qui permettent une découverte du corps et une acceptation du contact. Il existe des dispositifs médicaux appelés dilatateurs vaginaux ou bougies utilisés dans le traitement du vaginisme. Ils ont une forme de tube.

Les thérapies de relaxation musculaire et les techniques de biofeedback peuvent aussi être utiles. Tout ce qui peut relaxer et amener à un lâcher-prise et à une levée des inhibitions est bénéfique : séances de sophrologie, hypnose et approches basées sur la pleine conscience, EMDR (Eye Mouvement Desensibilisation and Reprocessing, en français désensibilisation et le retraitement de l’information par les mouvements oculaires). Le traitement repose sur une rééducation du périnée avec un kinésithérapeute spécialisé ou une sage-femme. Cette rééducation périnéale se fait à l’aide de dilatateurs de taille croissante. Le but n’est pas de dilater le vagin mais de regagner le contrôle par l’ouverture et la relaxation du vagin. apprendre à créer une contraction volontaire du périnée permet de prendre le dessus sur ce réflexe totalement inconscient. Il faut compter quelques semaines à quelques mois de rééducation.

Il n’existe pas de médicament pour soigner le vaginisme, mais une crème à la base de lidocaïne (anesthésiant local) peu être prescrite pour soulager les douleurs liées à la pénétration. L’injection locale de toxine botulique peut être envisagée pour un relâchement musculaire temporaire. En particulier, l’injection de toxine botulique au niveau du vagin entraine une relaxation des muscles du plancher pelvien et rend la pénétration possible et sans douleur. La psychanalyse a également été proposée comme approche thérapeutique. Les traitements médicamenteux peuvent être utiles mais ne doivent pas être proposés seuls. Ils restent peu efficaces et viennent en complément des thérapies corporelles et psychologiques.

Chez une femme souffrant de vaginisme, une consultation chez un ostéopathe permet de travailler sur les aspects corporels et anatomiques. Il est important de garder à l'esprit que l'ostéopathie constitue seulement une partie du traitement du vaginisme. L'aspect psychologique joue un rôle central et ne doit pas être négligé. Votre ostéopathe pourra vous accompagner vers une prise en charge globale, incluant la psychothérapie et le suivi avec un(e) sexologue.

Quel que soit le traitement, le partenaire est un formidable allié.

Comment savoir si on souffre de vaginisme ?

Il est important de consulter un professionnel de santé (gynécologue ou sexologue) pour évaluer les symptômes et poser un diagnostic précis. Si vous souffrez de vaginisme, vous pouvez aborder ce sujet avec votre gynécologue, une sage-femme (il existe des sages-femmes sexologues -spécialistes des troubles sexuels-) ou votre médecin traitant. Pour celles qui n’osent pas ou n’ont pas le temps de consulter un sexologue en cabinet, la téléconsultation est une bonne option.

En effet, le vaginisme est un trouble sexuel qui peut avoir un impact significatif sur la vie d’une femme et de son couple. Il est cependant important de retenir qu’il existe des traitements efficaces et qu’il est possible de retrouver une vie sexuelle épanouie. Même si ce sujet est très intime, il ne faut pas hésiter à consulter dès le début du problème.

L’interrogatoire permet de comprendre ce qui pousse la patiente à se prendre en charge (ex. désir de grossesse) et d’écouter son histoire sexuelle (échecs répétés lors de tentatives de pénétrations, avec un ou différents partenaires, avec tampon, doigts …). L’examen clinique permet d’éliminer d’autres causes organiques (infections, lichen, endométriose, etc) qui nécessitent un traitement spécifique.

N’hésitez pas à consulter un professionnel de santé pour obtenir de l’aide et des conseils adaptés à votre situation. Comprendre pourquoi on souffre de vaginisme peut permettre de s’en libérer et d’envisager une vie sexuelle plus agréable et sereine. Se libérer du vaginisme passe dans un premier temps par la parole. Même si le sujet peut sembler gênant de prime abord, il concerne 6 à 15% des consultations en sexologie et ne doit donc pas être considéré comme un tabou. De plus, l’accompagnement thérapeutique donne en général de bons résultats.

tags: #contractions #involontaires #du #vagin #causes #et

Articles populaires: