La question de la réinfection à la Covid-19 est devenue une préoccupation majeure depuis le début de la pandémie, exacerbée par l'émergence constante de nouveaux variants. Initialement, l'espoir résidait dans l'immunité acquise après une première infection, censée protéger contre de futures attaques du virus. Cependant, la réalité s'est avérée plus complexe, avec des taux de réinfection en augmentation et des interrogations persistantes quant à la gravité de ces nouvelles infections. Cet article explore les risques associés à la contraction de la Covid-19 à plusieurs reprises, en s'appuyant sur les données scientifiques disponibles et les avis d'experts.

L'Immunité Post-Infection : Une Protection Fragile Face aux Variants

En théorie, une primo-infection devrait induire une immunité protectrice grâce au développement d'anticorps. Toutefois, dans le cas de la Covid-19, cette immunité est mise à mal par plusieurs facteurs, notamment l'émergence de variants. Il est difficile de savoir si le fait d’avoir été infecté par le SARS-COV-2 implique que l’on soit efficacement immunisé. Si des anticorps se sont bien développés, ils ne sont pas forcément neutralisants, c'est-à-dire capables d’empêcher le développement de la maladie. Ainsi, la présence d’anticorps témoigne du fait que l’organisme a été en contact avec le virus, sans être certain qu’elle offre une protection contre une nouvelle infection.

L'émergence de nouveau variants affecte l’immunité par leurs différences avec la souche avec laquelle le patient a été infecté précédemment. Les différents sous-variants d’Omicron, notamment le sous-variant XBB 1.5, montre notamment d’importantes différences par rapport au variant Omicron.

Comme le souligne le président du Syndicat des biologistes, l’émergence de nouveaux variants et sous-variants a en effet pour conséquence une augmentation des cas de réinfection.

L'Échappement Immunitaire des Variants

« À la surface d’un virus on retrouve plusieurs marqueurs : lorsqu’une personne est infectée, notre mémoire immunitaire va s’appuyer sur ces mêmes marqueurs pour fabriquer des anticorps. Depuis l’émergence du variant Omicron, fin 2021, de nombreux sous-variants ont successivement fait grimper le nombre de contaminations. Après le BA.5, majoritaire fin 2022, c’est désormais au tour du sous-variant XBB 1.5 d’occuper le devant de la scène.

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« Depuis début janvier, on observe en France métropolitaine un remplacement progressif de BQ.1.1 (sous-lignage de BA.5) par XBB.1.5 (sous-lignage du recombinant XBB) : XBB.1.5 (tous ses sous-lignages inclus) représentait 56 % des séquences interprétables de l’enquête Flash du 27 février 2023 », indique le rapport du 22 mars 2023. Et les experts d’alerter : « La diffusion de XBB.1.5 en France et à l’international peut reposer sur deux facteurs : un échappement important à la réponse immunitaire (commun à tous les XBB) et une augmentation de transmissibilité liée à une meilleure interaction de la protéine Spike avec son récepteur (via la mutation 486P) ».

Les Risques Accrus Associés aux Réinfections

Si les données épidémiologiques montrent que les réinfections par le COVID-19 sont possibles, ces dernières présentent-elles un risque réel pour les patients ? Selon lui, « la réponse est clairement oui ». En juin, Al-Aly a publié une étude, qui n’a pas encore subi le processus d’évaluation par les pairs, qui analysait les dossiers médicaux de plus de 5,6 millions de vétérans de l’armée américaine et montrait que chaque nouvelle infection augmentait le risque de mourir de n’importe quelle cause. Elle augmentait également les chances d’obtenir d’autres problèmes de santé, tels que des troubles cardiaques, sanguins et cérébraux, ainsi que des maladies comme le diabète, la fatigue chronique et le COVID long.

Une vaste étude américaine publiée dans « Nature Medicine » montre qu’une réinfection par le SARS-CoV-2 double les risques de décès et triple ceux d’hospitalisation et de problèmes cardiaques. Les séquelles identifiées sont nombreuses, notamment des troubles pulmonaires, cardiovasculaires, hématologiques, diabétiques, gastro-intestinales, rénales, mentales, musculosquelettiques et neurologiques.

Comprendre les Nuances de la Gravité des Réinfections

Lorsque le rapport d’Al-Aly a été publié au mois de juin, l’étude a suscité la polémique sur les réseaux sociaux, car elle semblait suggérer que les réinfections étaient plus graves que les premières infections. Selon Al-Aly, cette polémique était le fruit d’une mauvaise interprétation de ses conclusions : son idée est que, même si la plupart des réinfections sont moins graves, il est tout de même important de ne pas les prendre à la légère.

Le chercheur soulève que « le point essentiel ici est que le risque n’est pas nul » et compare la situation aux suites d’un incendie dans une maison. « On ne peut pas dire à sa famille : « Maintenant que je sais comment éteindre un feu, alors remettons le feu à la maison ». Il est tout à fait possible que votre système immunitaire soit capable d’y faire face. Mais vous savez ce qui est encore mieux ? De ne pas être infecté du tout ».

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Abu-Raddad est d’accord. Ses propres recherches, publiées dans le New England Journal of Medicine au début du mois de juillet, montrent que les personnes qui ont été vaccinées et qui ont déjà été contaminées par le passé ont environ 97 % moins de risques de contracter une infection grave, critique ou mortelle. En d’autres termes, le risque est « vraiment, vraiment faible », mais chaque nouvelle infection augmente le risque cumulatif de dommage lié au COVID-19.

Réinfections et Covid Long : Un Lien Inquiétant

Une autre question inquiète les scientifiques : est-ce que chaque nouvelle infection constitue un risque de développer un COVID long, une mystérieuse maladie associée à une longue liste de symptômes disparates qui peuvent durer des mois, voire des années après l’infection initiale ? Même si ses causes demeurent inconnues, les scientifiques espèrent déterminer si l’immunité confère ou non une certaine protection contre le COVID long.

Par ailleurs, l’étude la plus récente d’Al-Aly suggère que le COVID long est plus répandu chez les personnes ayant souffert de multiples infections que chez celles qui n’ont été malades qu’une seule fois. Abu-Raddad précise que cette observation ne signifie pas que la deuxième infection est nécessairement plus grave que la première, mais que chaque nouvelle infection est un nouveau risque d’être touché par le COVID long.

Facteurs Influant sur la Gravité des Réinfections

Les risques de réinfection varient selon les maladies. Pour certaines d’entre elles, comme la rougeole, la fièvre jaune et la rubéole, il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’une réinfection, car une première infection ou une vaccination confère une immunité durable. En général, celle-ci permet soit de ne pas être réinfecté, soit d’avoir une infection si légère que le malade ne la remarque même pas.

Pour d’autres maladies, l’immunité s’affaiblit avec le temps, ce qui rend la personne plus vulnérable aux réinfections. La gravité de cette dernière dépend de nombreux facteurs, notamment des conditions sous-jacentes, des changements dans l’état de santé de la personne qui ont pu mettre son système immunitaire à l’épreuve, du moment de la vaccination et des variations du virus lui-même.

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Cependant, en règle générale, les réinfections sont moins graves que les premières infections, explique Laith J. Abu-Raddad, épidémiologiste spécialisé dans les maladies infectieuses à l’institut de médecine Weill Cornell au Qatar. « C’est tout à fait logique : le système immunitaire y est préparé. Nous pouvons avoir des symptômes, mais la réponse est si rapide qu’elle finit par contrôler la réplication. »

Immunité Naturelle vs. Immunité Vaccinale : Quel Rôle Jouent-Elles ?

Il est désormais clair que l’immunité naturelle et l’immunité conférée par un vaccin contre le COVID-19 s’affaiblissent toutes les deux avec le temps.

Une étude publiée en septembre 2021 dans The Lancet a montré que les personnes qui avaient reçu deux doses du vaccin contre le COVID-19 étaient deux fois moins susceptibles de développer les symptômes de COVID long que les personnes non vaccinées, ce qui suggère que les vaccins confèrent une certaine protection. Une étude réalisée en mai 2022 et publiée dans Nature Medicine, dont Al-Aly est également l’auteur, suggère toutefois que la vaccination ne réduit que d’environ 15 % le risque de développer des symptômes de COVID long.

D'après les chiffres publiés par Santé Publique France, le risque de rattraper le Covid augmente avec l'ancienneté de la première infection pour atteindre un plateau environ 6 mois après la première infection. Il semblerait que la meilleure "option" pour se protéger du coronavirus Sars-Cov-2, du moins de ses formes graves, soit la combinaison de la vaccination puis de l'infection. C'est ce qu'on appelle l'immunité hybride.

En septembre 2022 déjà, une étude relayée dans le BMC Medicine a montré que chez 36% des personnes infectées par le Covid mais non vaccinées, les anticorps n'étaient plus détectables 1 an après l'infection alors que "les participants vaccinés et infectés avaient des niveaux d'anticorps supérieurs au fil du temps" notaient les chercheurs. En décembre 2021, une étude américaine publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) avait aussi montré sur des soignants vaccinés puis infectés par le Covid (test PCR positif) entre janvier et août 2021 et d'autres vaccinés mais non infectés que les premiers avaient une quantité plus importante d'anticorps dans le sang : "Une augmentation de 1000 % et parfois même de 2000 %, donc une immunité vraiment élevée. C'est presque une 'super-immunité" a commenté le Professeur Fikadu G. Tafesse, co-auteur de l'étude.

La Durée de l'Immunité : Un Facteur Clé

La question de la durée de l’immunité naturelle est cruciale pour prédire l’évolution de la pandémie de Covid-19. Personne n’est pour l’instant capable d’estimer la durée d’immunité conférée par une infection par le SARS-CoV-2 au-delà de 2 mois.

Une équipe new-yorkaise a ainsi analysé, pendant 5 mois après l’infection, le sérum de plus de 30 000 personnes atteintes de formes légères à modérées de la maladie. À l’issue de ce délai, leur taux d’anticorps capables de neutraliser le virus était toujours relativement stable. En collaboration avec l’équipe de Samira Fafi-Kremer, l’Institut Pasteur de Paris réalise le même type d’étude : les chercheurs suivent une cohorte de 1 500 personnes infectées et procèdent à des analyses régulières qui devraient être poursuivies au moins 1 an. « Généralement, les anticorps apparaissent 5 jours à 2 semaines après la rencontre avec le virus, leur taux dans le sang monte jusqu’à 3 à 4 semaines après puis commence à baisser lentement », décrit le professeur Olivier Schwartz, directeur de l’unité virus et immunité de l’Institut Pasteur. Après 6 mois, le taux d’anticorps a diminué, en moyenne, de moitié chez ces patients, mais avec une grande variabilité selon les individus.

Les Groupes les Plus Vulnérables aux Réinfections

Seule solution ? La population la plus touchée par les réinfections à la Covid-19 est d’abord celle des enfants, constate François Blanchecotte. En cause ?

En divisant la population par groupes d’âge, une tendance différente est apparue pour les personnes âgées : pour les plus de 65 ans, la protection contre une infection répétée était estimée à seulement 47 %, contre 80 % pour les personnes plus jeunes.

Comment Se Protéger des Réinfections ?

En attendant, les experts affirment que nous avons à notre disposition de nombreuses clés pour nous protéger de cette incertitude : nous faire vacciner ou faire une dose de rappel le cas échéant, et prendre d’autres précautions raisonnables, comme porter un masque et éviter les situations à haut risque d’exposition au virus.

« À chaque fois que nous nous exposons à une réinfection, nous jouons un jeu très dangereux », explique Abu-Raddad. Les connaissances scientifiques sont encore trop parcellaires pour affirmer qu’un épisode de la maladie protège durablement.

L'Importance de la Vaccination et des Mesures Barrières

Près d'une personne sur trois exposées au Sars-CoV-2 est infectée, et même jusqu'à deux sur cinq avec le variant Omicron. En cas d'immunité - conférée par la vaccination, l'infection ou une combinaison des deux (immunité hybride)- ce taux descend à une sur dix. "Toutefois, l'immunité disparaît en quelques mois" a confirmé une équipe de l'Université de Genève (UNIGE) et des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) en septembre 2023. La durée de protection du vaccin est de 6 mois. Ensuite "l'immunité baisse progressivement" expliquait la Haute Autorité de Santé en 2021.

De manière générale, "la protection donnée par les vaccins est absolument fondamentale au niveau de la population, prévient Nicolas Manel. Concrètement, les vaccins ont vraiment permis d'augmenter la survie de l'humanité de manière incroyable, ça se voit très bien sur la rougeole et la polio par exemple.

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