L'Autriche, à l'instar de nombreux pays européens, s'efforce de promouvoir l'égalité entre les parents en matière de garde d'enfants et d'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le congé de paternité, ou congé parental, est un élément clé de cette politique. Cet article examine les conditions d'accès au congé de paternité en Autriche, les récentes évolutions législatives, les débats qu'elles suscitent et les comparaisons avec d'autres pays européens.

Introduction : Promouvoir l'égalité parentale

Le congé de paternité est un droit accordé aux pères à l'occasion de la naissance d'un enfant, leur permettant de s'impliquer davantage dans les premiers mois de vie de leur enfant et de partager plus équitablement les responsabilités parentales avec leur partenaire. L'Autriche, comme d'autres pays de l'Union européenne, a mis en place des mesures pour encourager les pères à prendre ce congé, reconnaissant les avantages pour l'enfant, les parents et la société dans son ensemble.

Conditions d'accès au congé de paternité en Autriche

En Autriche, tout employé faisant la demande de congé paternité est indemnisé à hauteur de 700 euros par la sécurité sociale. La mesure instaurée en 2017 bénéficiait initialement aux seuls fonctionnaires, les employeurs du privé pouvant refuser cette mise en disponibilité. Cependant, la législation a évolué pour étendre ce droit à tous les employés, incitant ainsi davantage de pères à prendre un congé paternité.

Pour inciter ses citoyens de sexe masculin à partir, ce pays de 8,8 millions d’habitants a conditionné l’aide à une prise immédiate du congé, consécutif à la naissance. Proposé par les sociaux-démocrates et voté aussi par l’extrême-droite, malgré la résistance des milieux économiques, l’amendement était porté par les représentantes des femmes au sein des organisations syndicales. Les lesbiennes dont les partenaires ont conçu un enfant par procréation médicale assistée, les couples homosexuels adoptants et les familles d’accueil sont aussi en mesure de réclamer ce nouveau droit.

Évolution récente : Le modèle "22+2"

Cherchant à renforcer le partage des responsabilités entre les parents pour s’occuper d’un enfant, l’Autriche impose aux deux parents de prendre chacun au moins deux mois de congé parental, sous peine de perdre deux mois sur la totalité du congé parental. Ce n’est qu’à ce moment-là que la famille aura droit à l’intégralité des 24 mois de congé parental, qui peuvent être partagés entre les parents. Pour les familles qui ne le font pas, la durée du congé est ramenée à 22 mois.

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La coalition gouvernementale entre le Parti populaire autrichien (ÖVP) et les Verts (Die Grünen) s’est mise d’accord avec le Forum néo-autrichien et libéral (NEOS) pour voter ce changement.

Le nouveau système comporte des exceptions. La déduction des deux mois ne s’appliquera pas aux parents célibataires, même si les modalités exactes d’application restent encore floues. Par ailleurs, un amendement proposé par l’ÖVP et les Verts permet aux familles dans lesquelles l’un des parents n’a pas droit à un congé, parce que travailleur indépendant ou au chômage par exemple, de bénéficier de la totalité des 24 mois pour l’autre parent.

La nouvelle disposition règle a été élaborée à la suite de la directive de l’Union européenne de 2019 sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée qui vise à améliorer l’égalité entre les hommes et les femmes. Cette directive stipule que tous les États membres de l’UE doivent offrir au moins dix jours de congé de paternité rémunéré.

Débats et critiques autour du congé de paternité

Bien que le congé parental ait été introduit en 1990 en Autriche, la participation des pères reste faible en dépit d’améliorations consécutives et continues de la réglementation et de diverses incitations telles que des primes financières pour le partage du congé. Selon l’Association pour les hommes et les questions de genre de Styrie, seuls 4,5 % des jours de congé parental en 2018 avaient été pris par les pères.

Les nouvelles règles ont été critiquées par l’opposition. Petra Wimmer, du Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ), a déclaré lors de la 230ème session du Conseil national que le modèle « 22+2 » prive les femmes de leur congé parental si leur partenaire ne souhaite pas le prendre. Elle ajoute que même si de nombreuses familles souhaiteraient partager les responsabilités liées à la garde des enfants, beaucoup ne peuvent pas le faire pour des raisons financières.

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La représentante du Parti autrichien de la liberté (FPÖ), Rosa Ecker, trouve aussi le modèle compliqué. Son collègue, Peter Schmiedlechner, a déclaré que le fait de retirer deux mois de congé maternité aux mères et d’obliger les pères à prendre un congé parental n’offrait pas de liberté de choix et d’autonomie. Le parti a également fait valoir que les responsabilités supplémentaires incombant aux pères pouvaient encore être considérées comme une charge pour eux et qu’elles n’influenceraient pas leur participation.

Les Verts et les NEOS, quant à eux, ont défendu les changements. Meri Disoski, députée des Verts, a souligné l’importance de la participation des pères, qui favorise une répartition équitable des tâches. L’ÖVP et les Verts ont réaffirmé que la durée totale du congé parental reste inchangé et qu’il sera désormais réparti entre les deux parents. La coalition et les NEOS estiment qu’il s’agit d’une solution pratique pour promouvoir l’implication des pères, car ils soulignent que le congé parental ne devrait pas être une question féminine, mais familiale.

Comparaison européenne

La législation sur le sujet évolue rapidement au niveau international, l’Union européenne ayant instauré en avril une norme minimale de 10 jours de congé de paternité, rémunéré à hauteur de la prestation maladie dans chaque État membre.

En France, une salariée a droit à un congé maternité de 16 semaines, dont 8 obligatoires, alors qu’un salarié ne dispose que d’un congé paternité facultatif de onze jours. Depuis le 1er juillet, les pères de bébés prématurés ou hospitalisés peuvent bénéficier d’un congé paternité supplémentaire.

Les Espagnols ont allongé au printemps la durée du congé paternité à deux mois, s’alignant sur les pays nordiques, qui offrent les systèmes les plus généreux. En Suisse, le congé paternité n’existe pas. En Belgique, les papas ont la possibilité de prendre jusqu’à dix jours de congé de paternité.

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L’Islande, la Suède, l’Espagne et la Finlande restent les plus généreuses, puisqu’elles bénéficient de deux à quatre mois de présence près de leurs nouveau-nés. Les papas en Slovénie, en France, au Portugal et en Autriche ont entre 1 mois et 1 mois ½ de congé de paternité.

Congé parental d’éducation en Europe

Les parents peuvent bénéficier d’un congé parental. Surtout les femmes. C’est-à-dire qu’elles arrêtent totalement de travailler pour se consacrer aux enfants. Sa durée varie en fonction du nombre d’enfants et du pays de résidence.

La Belgique, le Danemark, la Finlande, l’Italie, l’Islande, les Pays-Bas offrent un congé parental de moins de 15 mois. En général, les pères peuvent bénéficier d’un congé parental de 2 à 4 mois. Trois pays offrent la possibilité d’être avec ses enfants au quotidien pour une durée de 6 à 9 mois : l’Allemagne, le Luxembourg et la France.

La rémunération des congés parentaux est inégale et peu attractive. En effet, les parents perçoivent seulement 66 % au maximum de leur salaire de base. Voire aucune, en Espagne, en Grèce, en Irlande ou aux Pays-Bas !

Le "Papamonat"

Introduit le 1er mars 2017, le « Papamonat » (mois papa) permet aux jeunes pères de demander à bénéficier d'un mois de congé parental, indemnisé à hauteur de 700 euros par la sécurité sociale. Mais les employeurs peuvent refuser cette mise en disponibilité. Malgré cet obstacle, plus de 8 % des nouveaux pères ont bénéficié de cette possibilité en 2018, soit 7 338 papas. Les promoteurs de la mesure tablent sur une demande exponentielle et exigent que le Papamonat devienne un véritable droit.

Opposition des milieux économiques : Mais les milieux économiques sont vent debout contre une telle généralisation, dans un pays à l'économie florissante où le taux de chômage est tombé à 4,7 % et où commence à se faire ressentir une pénurie de main-d'œuvre qualifiée. « Il est très difficile pour une petite entreprise ne comptant que peu de salariés de faire face à l'absence prolongée d'un salarié. C'est un défi énorme pour beaucoup de PME et il ne faut pas les pénaliser alors qu'elles sont la colonne vertébrale de l'économie autrichienne », souligne le secrétaire général de l'organisation patronale WKÖ, Karlheinz Kopf. Des arguments repris par la ministre conservatrice de l'Économie, Margarete Schramböck. « On ne peut pas pénaliser toujours plus des entreprises qui paient déjà beaucoup de charges sociales, sauf à menacer l'emploi », a-t-elle estimé.

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