Introduction

La trisomie, une anomalie génétique définie par la présence d'un chromosome surnuméraire, peut prendre plusieurs formes, les plus fréquentes étant les trisomies 21, 18 et 13. Cet article explore l'histoire de la découverte de la trisomie, en mettant en lumière le rôle crucial, mais longtemps occulté, de Marthe Gautier, et en abordant les différentes formes de trisomie, notamment la trisomie 13.

Les Différentes Formes de Trisomie

La trisomie est avant tout une histoire de chromosomes. Chez un individu qui ne souffre pas de trisomie, les chromosomes vont par paire. On compte 23 paires de chromosomes chez l’être humain, soit 46 chromosomes en tout. La trisomie peut concerner n’importe quelle paire de chromosomes, la plus connue étant celle qui concerne la 21e paire de chromosomes. En réalité, il peut exister autant de trisomies que de paires de chromosomes. Seulement, chez l’humain, la plupart des trisomies aboutissent à une fausse couche, car l’embryon n’est pas viable.

Trisomie 21 (Syndrome de Down)

La trisomie 21, également connue sous le nom de syndrome de Down, est la première cause diagnostiquée de déficit mental d’origine génétique. C’est la trisomie la plus fréquente et la plus viable, observée en moyenne lors de 27 grossesses sur 10 000. Sa fréquence augmente avec l’âge maternel. Dans la trisomie 21, le chromosome 21 est en trois exemplaires au lieu de deux. Il existe différentes formes de trisomie 21:

  • Trisomie 21 libre: Présence de trois chromosomes 21.
  • Trisomie 21 en mosaïque: Des cellules à 47 chromosomes (dont 3 chromosomes 21) coexistent avec des cellules à 46 chromosomes, dont 2 chromosomes 21.
  • Trisomie 21 par translocation: Le caryotype du génome montre bien trois chromosomes 21, mais pas tous groupés ensemble.

La déficience intellectuelle est une constante, même si elle est plus ou moins marquée d’un individu à l’autre.

Trisomie 13 (Syndrome de Patau)

La trisomie 13 est due à la présence d’un troisième chromosome 13. Le généticien américain Klaus Patau est le premier à la décrire, en 1960. Son incidence est estimée entre 1/8 000 et 1/15 000 naissances. Cette anomalie génétique entraîne malheureusement de lourdes conséquences pour le fœtus, dont des malformations cérébrales et cardiaques sévères, des anomalies oculaires, des malformations du squelette et de l’appareil digestif. L’immense majorité (80 à 95 % environ) des fœtus atteints décèdent in utero.

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Trisomie 18 (Syndrome d'Edwards)

La trisomie 18, indique, comme son nom le suggère, la présence d’un chromosome 18 surnuméraire. Cette anomalie génétique a été décrite pour la première fois en 1960, par le généticien anglais John H. Edwards. L’incidence de cette trisomie est estimée à 1/6 000 à 1/8 000 naissances. Du fait de graves malformations cardiaques, neurologiques, digestives ou encore rénales, les nouveau-nés atteints de trisomie 18 décèdent généralement au cours de leur première année de vie.

Trisomies des Chromosomes Sexuels

Puisque la trisomie est définie par la présence d’un chromosome surnuméraire dans le caryotype, tous les chromosomes peuvent être concernés, chromosomes sexuels y compris. Aussi existe-t-il des trisomies affectant la paire de chromosomes X ou XY.

  • Trisomie X (Syndrome Triple X): L’individu possède trois chromosomes X. L’enfant présentant cette trisomie est de sexe féminin, et ne présente pas de problèmes de santé majeurs.

  • Syndrome de Klinefelter (Trisomie XXY): L’individu possède deux chromosomes X et un chromosome Y. L’individu est généralement de sexe masculin et infertile.

  • Syndrome de Jacob (Trisomie 47-XYY): Présence de deux chromosomes Y et d’un chromosome X. L’individu est de sexe masculin.

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Dépistage Prénatal des Trisomies

Lors de sa grossesse, une femme enceinte réalise différents examens et prises de sang pour dépister certaines maladies, en particulier la trisomie 21. Un risque est évalué:

  • entre 1/1 000 et 1/51: le fœtus présente un risque plus élevé de trisomie 21.

Une mesure de la clarté nucale est effectuée lors de la première échographie du premier trimestre. La clarté nucale se caractérise par un petit espace, qui se situe au niveau de la nuque du fœtus. Elle est due à un petit décollement entre la peau et le rachis. Au cours du premier trimestre de grossesse, tous les fœtus présentent une clarté nucale, qui disparaît ensuite. Il est donc impératif que cet examen soit réalisé pendant cette période.

À compter de la 12e semaine d’aménorrhée, chaque future mère bénéficie également du DPNI, ou Dépistage Prénatal Non Invasif. Lorsque le risque de trisomie est supérieur ou égal à 1/51, le ou la gynécologue ou le ou la sage-femme proposera à la future maman un examen plus poussé, notamment l’amniocentèse et/ou la choriocentèse. Au cours du second trimestre, une deuxième échographie peut être pratiquée, pour identifier une malformation cardiaque, une anomalie viscérale ou un trouble de la croissance.

Marthe Gautier : Une Pionnière Oubliée

Parcours et Premières Découvertes

Fille de paysans, Marthe Gautier décide de marcher dans les pas de sa sœur, tuée par les Allemands en 1944. L’externat réussi brillamment, elle entre en tant qu’interne en pédiatrie aux Hôpitaux de Paris (IHP). Dans sa promotion, 80 étudiants et seulement deux femmes. A l’issue de quatre ans d’internat, dont elle gardera un merveilleux souvenir, le Pr Robert Debré lui propose une bourse d’un an à Harvard qu’elle accepte, le cœur lourd de devoir quitter son pays et ses proches mais avec l’espoir d’apporter de nouvelles techniques en France à son retour. Là-bas, elle y rencontre d’éminents professeurs spécialisés dans le domaine, dont le Pr Alexander Sandor Nadas, pionnier du diagnostic des cardiopathies congénitales avant chirurgie, et le Pr Benedict Massell, spécialisé dans le rhumatisme articulaire aigu (RAA) ; et sillonne les États-Unis visitant des centres spécialisés dans le RAA. A ce moment-là, rien ne la prédestine encore à cette considérable découverte en cytogénétique.

Ce n’est qu’à son retour, en 1956, qu’elle mettra les pieds dans ce milieu qui, elle l’apprendra à ses dépens, s’avère très concurrentiel. A son arrivée, elle constate, amère, que le poste de chef de clinique dans le service de cardiologie infantile à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre qui lui avait été promis a été pourvu. Elle rejoint alors l’équipe du professeur Turpin à l’hôpital Trousseau.

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La Découverte de la Trisomie 21

Au début de l’année universitaire 1956, Turpin, de retour du Congrès international de génétique humaine à Copenhague, informe l’équipe que le nombre de chromosomes dans l’espèce humaine n’est pas de 48, mais de 46 seulement ! Il fait l’hypothèse que c’est une anomalie chromosomique qui est à l’origine de ce qu’on appelle alors « le mongolisme », mais regrette qu’il soit impossible en France de tester cette hypothèse, faute de savoir cultiver les cellules, et ainsi de pouvoir observer les chromosomes au stade qui permettrait de pouvoir les compter.

Raymond Turpin accepte que Marthe essaie, mais les finances sont au plus bas, les laboratoires publics subissant encore les conséquences de la guerre. Marthe ne dispose que du strict minimum pour travailler : une pièce de laboratoire, un frigo, une centrifugeuse et un microscope. Elle finance le reste elle-même, avec un emprunt personnel de 100 000 anciens francs, notamment pour acheter de la verrerie. Le matériel biologique nécessaire aux cultures cellulaires ne se vend pas en France, aussi doit-elle se débrouiller pour l’obtenir par ses propres moyens. Chaque semaine, elle prépare un extrait d’embryon frais, à partir d’œufs fécondés à 11 jours obtenus à l’Institut Pasteur. Pour le plasma, elle ramène un coq de la ferme de son père, et l’élève dans un jardin de l’hôpital afin d’en prélever le sang nécessaire à ses expériences. Elle prélève sur elle-même le sérum humain. Ne souhaitant pas utiliser de cellules de poumon ou de moelle osseuse, elle fait le choix de les remplacer par des explants de tissu conjonctif.

Elle parvient ainsi à fabriquer, après quelques échecs, de belles préparations de cellules en prométaphase, sans rupture de la membrane cellulaire. Cela lui permet d’obtenir des préparations avec chromosomes allongés, faciles à apparier, et entiers. En 1958, Marthe Gautier met en évidence la présence d’un chromosome surnuméraire dans les cellules des personnes atteintes de mongolisme, identifiant ainsi la cause de ce qui sera plus tard appelé la trisomie 21.

L'Effacement et la Lutte pour la Reconnaissance

Pour faire connaître sa découverte, Marthe Gautier doit prendre ses lames en photo. Problème : elle ne dispose pas du matériel nécessaire à cette prise de vue, un photomicroscope, indispensable compte-tenu de la petite taille du chromosome supplémentaire identifié. Jérôme Lejeune, assistant du professeur Turpin, propose alors de photographier les préparations de Marthe avec le matériel adéquat. En 1958, à l’occasion d’un séminaire de génétique au Canada à McGill, Jérôme Lejeune annonce seul la découverte de ce chromosome surnuméraire. Marthe n’a pas été avertie. S’ensuit la publication d’un article qui fera date, qui lui a été soumis pour accord un samedi en vue d’une publication le lundi suivant, et sur lequel son nom est d’ailleurs mal orthographié. La publication se fait dans les Comptes rendus de l’Académie des Sciences, dont le circuit éditorial était à l’époque particulièrement rapide, car il faut publier avant les équipes anglo-saxonnes concurrentes, notamment celle de Patricia Jacobs, qui venait de trouver le chromosome X surnuméraire responsable du syndrome de Klinefelter.

Jérôme Lejeune recevra seul le prix Kennedy pour ces travaux, et se présentera ensuite comme le seul découvreur de la trisomie 21. Marthe Gautier, elle, reste dans l’ombre, victime de l’”effet Matilda” (phénomène théorisé par Margaret Rossiter de déni ou de minimisation récurrente et systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche). Elle quitte l’hôpital Trousseau et l’équipe du Pr Turpin peu de temps après pour se consacrer à la cardiologie infantile dans le tout nouveau service du Pr Nouaille à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Ce n’est qu’en 2009, lors du cinquantenaire de la découverte, que Marthe Gautier prend publiquement la parole, revendiquant son rôle majeur. En 2014, elle reçoit enfin le Grand Prix de la Société française de génétique humaine, mais son discours est annulé sous pression. Elle reçoit la distinction dans l’intimité d’une soirée privée.

Questions et Réponses sur la Controverse

La Fondation Jérôme Lejeune a contesté les allégations de Marthe Gautier, soulignant que son nom n'a jamais été effacé des publications et que Jérôme Lejeune l'a toujours remerciée pour son apport technique. Cependant, des questions persistent quant à la reconnaissance de son rôle exact dans la découverte.

  • Qui a découvert la cause de la trisomie 21 en fin de compte ? La découverte est le résultat d’un travail d’équipe, patient et progressif, incluant Marthe Gautier, mais aussi d’autres chercheurs. Jérôme Lejeune a clairement eu le rôle moteur et celui de coordinateur des recherches, sous l’impulsion du chef du laboratoire Raymond Turpin.

  • Marthe Gautier a-t-elle, comme elle l’affirme, été la 1ère à compter 47 chromosomes ? Les déclarations de M. Gautier d’avoir pu « réussir seule avec (s)es laborantines (…) à mettre en évidence une anomalie » sont contradictoires. Il est impossible que M. Gautier ait pu établir le comptage des chromosomes toute seule.

  • Est-ce que Lejeune a « séquestré » les préparations de Gautier ? Et donc volé la découverte à Gautier ? L’argument de la photo ne tient pas puisque Marthe Gautier n’avait pas besoin de la photo pour publier. La correspondance entre Gautier et Lejeune dans les mois et années qui suivirent la « séquestration » témoignent d’une collaboration étroite, cordiale et efficace entre eux.

  • Est-ce que Marthe Gautier, comme elle l’affirme, ne connaissait pas Lejeune avant la découverte ? Travaillait-elle seule ? Les rapports entre les membres de l’équipe étaient-ils distants ou tendus ? Une lettre que Marthe Gautier envoie à Lejeune, en voyage, en juin 1957 discrédite ses propres accusations prétendant qu’elle n’aurait pas connu Lejeune, « un nouveau venu », en juillet 1957. Marthe Gautier travaillait à temps partiel dans le service du Pr Turpin, mais en collaboration étroite avec l’équipe et en particulier avec J. Lejeune. Elle entretient une correspondance régulière avec lui dès que celui-ci voyage (au moins trois lettres en témoignent) entre 1957 et 1958.

  • Lejeune n’était-il qu’un simple stagiaire à l’époque, et inférieur en hiérarchie à Marthe Gautier ? Est-ce que Gautier a le rôle moteur dans la découverte qu’elle décrit ? Le Docteur Lejeune n’était pas un stagiaire de recherche en 1958, contrairement à l’affirmation de Marthe Gautier, mais chargé de recherche (au CNRS), ce qui signifie dans la hiérarchie universitaire française, deux grades supérieurs et les responsabilités qui y sont attachées.

  • Est-ce que Lejeune est ce personnage à la carrière « jusque-là peu brillante » et opportuniste que Marthe Gautier décrit ? Est-ce qu’il a publié « en toute hâte » le premier article sur la découverte pour doubler les autres équipes de recherche internationale ? L’intérêt et l’expertise de Lejeune, en particulier pour la génétique, contestés par Gautier, sont prouvés très tôt et ne seront jamais démentis.

  • Lejeune s’est-il attribué la découverte ? A-t-il reçu tous les honneurs par la suite pour son rôle dans cette découverte, et notamment le prix Kennedy sans en partager la récompense ? Jérôme Lejeune, comme le montre son journal et ses déclarations publiques, ne s’est jamais attribué la découverte lui-même. On la lui a attribuée de fait.

Réponse de la Fondation Lejeune à l’Avis du Comité d’Éthique de l’INSERM

En application de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, la Fondation Jérôme Lejeune a publié une réponse soulignant que Marthe Gautier n’a jamais été effacée de l’histoire et que Jérôme Lejeune l'a toujours reconnue.

Focus : La Technique ne Fait pas la Découverte

Il est essentiel de distinguer la maîtrise technique de la culture cellulaire, domaine dans lequel Marthe Gautier excellait, de l'interprétation et de la compréhension des résultats.

La Reconnaissance Tardive

Il faudra attendre plus d’un demi-siècle après sa découverte pour que les travaux en cytogénétique de Marthe Gautier soient officiellement reconnus, et ce, grâce à l’action d’un collectif de chercheurs qui a saisi le comité d’éthique de l’Inserm en 2014. En application de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, Egora fait droit aux héritiers de Jérôme Lejeune en publiant la réponse suivante : “Marthe Gautier n’a jamais été effacée de l’histoire, comme le montre la publication princeps de 1959 signée Lejeune, Gautier, Turpin. Les déclarations et écrits du Pr Lejeune le confirment. Ce n’est qu’en 2009 que Marthe Gautier revendique la découverte.

À partir de 2014, le rôle essentiel de Marthe dans la découverte de la trisomie 21 est de plus en plus admis et raconté, en particulier grâce à son amie Simone Gilgenkrantz, professeur de génétique humaine au C.H.U. de Nancy. En novembre 2013, le comité d’éthique de l’Inserm fait l’objet d’une saisine à l’initiative de chercheurs. Il émet sur l’affaire un avis documenté et circonstancié, après une étude approfondie des archives et témoignages des protagonistes. La part de Jérôme Lejeune est sans doute très significative dans la mise en valeur de la découverte au plan international, ce qui est différent de la découverte elle-même. Marthe est une des nombreuses femmes scientifiques victimes de l’effet Matilda, phénomène d’invisibilisation des découvertes des femmes en sciences.

Son nom est également de plus en plus donné à des cliniques, rues et établissements scolaires. Marthe reçoit les insignes d’Officier de la Légion d’honneur en 2014, et de Commandeur de l’Ordre national du mérite en 2019 (exceptionnellement sans passer par les grades inférieurs de ces ordres). Ces décorations lui sont remises par Claudine Hermann, présidente de l’association Femmes & Sciences.

Après la Trisomie 21 : Cardiologie et Hépatologie Pédiatrique

Après sa déception dans l’affaire de la trisomie 21, Marthe devient chef du service de cardiopédiatrie de l’hôpital Bicêtre, où elle vit comme elle a dit elle-même « dix années exceptionnelles, ayant l’impression de faire du travail utile ». Le professeur Daniel Alagille lui propose en 1967 la création et la direction d’un laboratoire Inserm dédié à l’hépatologie pédiatrique, et elle reste à la tête de ce laboratoire jusqu’à son départ à la retraite. Elle met en place un laboratoire de culture de tissus de fibroblastes et d’hépatocytes, pour étudier les anomalies métaboliques congénitales du foie. Elle contribue notamment à la découverte de l’origine des ictères des nourrissons.

Une Passion pour les Arts

Après avoir pris sa retraite, Marthe s’est consacrée à la peinture de fleurs en aquarelle, notamment de sa région d’enfance, et sur porcelaine. Elle a toujours eu une passion pour les fleurs et pour les arts, et a régulièrement reçu des artistes chez elle.

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