Le pic de lactation est une phase cruciale dans la production laitière des mammifères, y compris chez les espèces équines. Il représente le moment où la production de lait atteint son maximum après la mise bas. Comprendre ce pic, sa durée et les facteurs qui l'affectent est essentiel pour optimiser la production laitière et la santé des mères et de leurs petits. Cet article explore la définition du pic de lactation chez différentes espèces équines, les méthodes d'estimation de la production laitière et les facteurs qui influencent ce pic, tels que l'âge, la parité et le stress.

Définition du Pic de Lactation

Le pic de lactation se définit comme le moment où la production de lait d'une femelle mammifère atteint son niveau le plus élevé après la parturition. Cette phase est suivie d'une diminution progressive de la production laitière jusqu'au sevrage du jeune. La durée et l'intensité du pic de lactation varient en fonction de l'espèce, de la race, de l'individu et de divers facteurs environnementaux et physiologiques.

Le Pic de Lactation chez les Équidés

La production de lait d’équidés, notamment de juments et d’ânesses, suscite un intérêt croissant depuis 15 à 20 ans en Europe de l'Ouest, particulièrement en France. Les éleveurs souhaitant se lancer dans cette production ont besoin d'informations précises sur les quantités de lait produites et les facteurs qui les influencent.

Juments de Trait

Chez les juments de trait, le pic de lactation se situe généralement entre le 56ème et le 69ème jour après le poulinage. La production moyenne est estimée entre 15,71±1,94 et 24,6±3,4 kg/jour sur une période de lactation de 6 mois. Cette variabilité peut être attribuée à l'utilisation de races différentes dans les études. Un index de persistance de 6,3 a été déterminé, reflétant la capacité de l'animal à maintenir sa production laitière après le pic. Plus cet indice est élevé, plus le rendement laitier global est important.

Juments de Selle

Chez les juments de selle, le pic de lactation survient plus tôt, entre le 31ème et le 60ème jour de lactation. La production moyenne est estimée à environ 12,4 kg/jour sur une période de 6 mois.

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Ânesses

Chez les ânesses, le pic de lactation se situe entre le 48ème et le 80ème jour après la mise bas. La production moyenne est estimée entre 2,2 et 4,43 kg/jour sur 6 mois de lactation, avec un index de persistance de 7,01. Cet indice, supérieur à celui des juments de trait, suggère une meilleure capacité à maintenir la lactation après le pic, bien que le pic lui-même soit moins prononcé. De plus, une augmentation de la production laitière a été observée lors des traites du matin (1,1 kg) par rapport à celles du midi et de l’après-midi (0,9 kg), probablement en raison de l’intervalle inter-traites plus long pendant la nuit.

Il est important de noter que, tant chez les juments que chez les ânesses, d'importantes variations inter-individuelles sont observées.

Méthodes d'Estimation de la Production Laitière

La production laitière peut être estimée par des méthodes directes ou indirectes.

Méthodes Directes

La traite manuelle ou mécanique permet de mesurer directement la quantité de lait produite. Cependant, cette méthode peut sous-estimer la production réelle si la mamelle n'est pas complètement vidée, car la traite sans injection d'ocytocine ne permet pas l'éjection de la totalité du lait. L'ocytocine est une hormone naturelle produite par la mère en présence du jeune et lors de la succion.

Méthodes Indirectes

  • La pesée-tétée-pesée (PTP): Cette méthode consiste à peser le poulain avant et après la tétée. La différence de poids permet d'estimer la quantité de lait ingérée et donc produite par la mère. Bien que cette méthode soit indirecte, elle reste complexe à mettre en œuvre en élevage, car elle doit être répétée plusieurs fois pour être fiable, en raison de la fréquence élevée des tétées. Elle est également moins précise en début de lactation, lorsque l'ingestion du poulain est limitée. De plus, si les PTP sont effectuées uniquement pendant la journée, les résultats peuvent être biaisés, car la fréquence des tétées est plus importante le jour que la nuit.
  • Utilisation du poids vif (PV) comme estimateur: Chez la jument, un lien a été établi entre le poids vif de la mère et la quantité de lait produite, avec une production laitière estimée à 2 à 3,5% du PV en fonction du stade de lactation. L’hypothèse est que la quantité de lait est adaptée à la croissance potentielle du jeune. Cette hypothèse n'a pas été vérifiée chez l'ânesse.
  • Analyse du comportement de tétée: Il semblerait qu’il n’y ait pas de relation directe entre le comportement de tétée (durée et fréquence) et la quantité de lait ingérée.

Facteurs Influant sur le Pic de Lactation

Plusieurs facteurs peuvent influencer le pic de lactation chez les équidés, notamment l'âge, la parité et le stress.

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Âge et Parité

Dans la plupart des études, l'âge et la parité sont des variables liées, car les jeunes individus sont généralement primipares et les individus plus âgés sont multipares. Il est donc difficile de déterminer si l'effet observé est dû à l'âge, à la parité ou à une interaction entre les deux.

Néanmoins, il a été observé que l'effet de l'âge est non-linéaire chez la jument. Un pic de production laitière est observé jusqu’à l’âge de 11-15 ans chez les juments produisant du lait et jusqu’à l’âge de 7 ans chez les juments allaitant leurs poulains. Chez les ânesses, l’âge a été moins étudié, mais une étude a montré que les ânesses de plus de 8 ans semblent produire moins que les ânesses de 6 ans.

Les effets de la parité sont plus controversés. Chez la jument, certaines études ne montrent aucune différence entre primipares et multipares, tandis que d’autres décrivent une moindre production chez les primipares, ce qui pourrait être lié à un développement incomplet des tissus mammaires après le premier poulinage. Chez les ânesses, les données sur ce sujet sont limitées.

Stress

Chez les équidés, le stress induit la production de cortisol, une hormone qui inhibe l’éjection du lait. Il est donc essentiel de minimiser le stress chez la femelle laitière pour maximiser le rendement laitier. L'habituation à la traite est très importante pour limiter le stress.

Facteurs Supplémentaires Pertinents

Chez les Vaches Laitières

Le retour à la reproduction chez la vache laitière est influencé par plusieurs facteurs clés.

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  • Involution utérine: La capacité de l’utérus à accueillir un nouvel embryon est cruciale. Le suivi de l'involution utérine permet de détecter précocement les dysfonctionnements et de limiter les retards de reproduction.
  • Reprise de la cyclicité ovarienne: La reprise des cycles ovariens (chaleurs tous les 18-24 jours) est nécessaire pour maîtriser le moment optimal de la reproduction. La première ovulation a lieu environ 30 jours après le vêlage, mais elle est souvent silencieuse. Les chaleurs détectables devraient donc se manifester autour de 50 jours. Le fonctionnement ovarien est influencé par le niveau d'énergie disponible. L'approche du pic de lactation peut entraîner une perte d'état corporel importante.
  • Déficit énergétique: Il est essentiel de mesurer le déficit énergétique. Une vache ne doit pas perdre plus de 1,5 point de NEC (Note d’État Corporel de 1 à 5) entre le vêlage et le premier mois de lactation. La NEC et le taux protéique du lait (TP) sont de bons indicateurs du bilan énergétique. Un TP faible peut indiquer un bilan énergétique négatif et un risque d'infertilité.

En résumé, une vache apte à la reproduction présente une bonne involution utérine, une reprise d'état et/ou de TP, et des chaleurs bien exprimées.

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