L'accès à l'avortement est un droit fragile, sujet à des remises en cause régulières et à des limites pratiques. Au Royaume-Uni, le droit à l'avortement n'est pas uniforme sur l'ensemble du territoire, avec des disparités entre l'Angleterre, le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande du Nord. Cet article examine le coût d'un avortement en Angleterre, ainsi que les aspects législatifs et les défis auxquels les femmes sont confrontées pour accéder à ce droit.
Cadre légal de l'avortement au Royaume-Uni
En Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse, les femmes enceintes peuvent avorter jusqu'à la 24e semaine de grossesse. L'Abortion Act 1967, modifié par le Human Fertilisation and Embryology Act 1990, dépénalise l'avortement sous certaines conditions. L'avortement doit être autorisé par deux médecins et pratiqué par un médecin. La poursuite de la grossesse doit impliquer un risque pour la vie de la mère, ou pour sa santé physique ou mentale ou celle de ses enfants, plus grand que si la grossesse était menée à son terme, ou l'avortement peut être pratiqué s'il existe un risque de handicap physique ou mental sévère pour l'enfant. Après 24 semaines, l'avortement est possible lorsqu'il existe un risque sérieux et permanent pesant sur l'intégrité physique ou mentale de la femme enceinte, sur sa vie, ou lorsque l'enfant risque d'être atteint d'un handicap sévère, physique ou mental.
En Irlande du Nord, le cadre juridique est beaucoup plus restrictif. L'Abortion Act 1967 ne s'applique pas sur ce territoire, et le droit en la matière résulte de l'Offences Against the Person Act 1861. L'avortement n'est autorisé qu'en cas de danger pour la vie de la mère.
Coût d'un avortement en Angleterre
Le National Health Service (NHS), le système de santé public britannique, prend en charge les avortements en Angleterre pour les résidentes. L'IVG est gratuite pour toutes en France. Depuis 2016, l'interruption volontaire de grossesse et tous les actes associés comme les échographies ou visites médicales de contrôle sont remboursés intégralement. Ce remboursement se fait sur la base d'un tarif forfaitaire qui dépend de la méthode - médicamenteuse ou chirurgicale -, du type d'anesthésie, de l'établissement dans lequel l'IVG est pratiquée et de la durée d'hospitalisation. "Pratiquer des dépassements d'honoraires aux tarifs fixés par les forfaits afférents à l'IVG s'apparente à un refus de soins au sens de l'article L. 1110-3 du Code de la santé publique et est passible de sanction", précise ivg.gouv.fr.
Cependant, l'accès et l'offre de soins peuvent varier d'une région à une autre. Face à ce qui pour certaines s'apparente à une course contre la montre, la seule solution reste donc le déplacement géographique. Un "voyage" coûteux qui peut comprendre essence, péages, transports en commun, logement, repas… Tous ces frais supplémentaires bien souvent non pensés participent alors à une surcharge financière et mentale. D'autant que "tout ne se fait pas en un jour", rappelle la professionnelle de santé. Les examens médicaux et autres rendez-vous avant et après l'intervention obligent les femmes à se déplacer plusieurs fois.
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Pour les femmes qui ne sont pas éligibles à la prise en charge par le NHS, le coût d'un avortement en Angleterre peut varier en fonction de plusieurs facteurs, notamment :
- Le type d'avortement : Les avortements médicamenteux sont généralement moins chers que les avortements chirurgicaux.
- Le stade de la grossesse : Plus la grossesse est avancée, plus l'avortement est susceptible de coûter cher.
- La clinique ou l'établissement : Les cliniques privées peuvent facturer des prix plus élevés que les établissements publics.
- L'anesthésie : L'anesthésie locale est moins chère que l'anesthésie générale.
En général, le coût d'un avortement médicamenteux en Angleterre peut varier de 400 à 800 £, tandis qu'un avortement chirurgical peut coûter entre 600 et 2 000 £ ou plus.
Avortement transfrontalier
Chaque année, entre 3000 à 5000 Françaises sont concernées par l'avortement transfrontalier. Une intervention non remboursée par la Sécurité sociale. Tombée enceinte sous pilule, elle est déjà à 12 semaines de grossesse lorsqu'elle apprend la nouvelle au cours d'une échographie. À l’extrême limite du délai légal en France (auquel il fallait ajouter le délai de réflexion de 7 jours en vigueur, supprimé par les lois de 2016 et 2022) elle n’a pas d’autre choix que celui d’avorter au-delà des frontières de son pays. À l’époque, elle travaille en intérim en attendant de reprendre ses études. "Je n’avais pas beaucoup de moyens et je savais que l’intervention risquait d'être chère". Pour une intervention sous anesthésie générale, elle doit débourser 520 euros. Sans compter l’hôtel (130 euros la nuit) "pour ne pas arriver le jour même, car j’avais peur d’être en retard et de rater l'opération", se souvient-elle. À cela, il faut rajouter le transport (77 euros pour l’essence et les péages) et les repas. À titre de comparaison, une Française qui devrait effectuer le même voyage en 2025 à la même période devrait débourser environ 280 euros pour l’hôtel, 90 euros pour le transport et près de 1000 euros pour l’opération.
Si une femme souhaite avorter au-delà de la limite légale en Angleterre, elle peut se rendre dans un autre pays où l'avortement est autorisé plus tard dans la grossesse, comme les Pays-Bas. Aux Pays-Bas, elles coûtent entre 780 et 965 euros selon le stade de la grossesse. « Avec le trajet et l’hébergement, un avortement hors délai pour une Strasbourgeoise qui va aux Pays-Bas coûte jusqu’à 1 400 euros », indique Claire.
Soutien financier
Plusieurs organisations offrent un soutien financier aux femmes qui ont besoin d'un avortement en Angleterre ou à l'étranger. Le Planning Familial a mis en place des caisses de solidarité pour les femmes hors délais. Alimentées grâce au soutien financier des membres de l’association et des particuliers, elles permettent d’aider les femmes à payer leur IVG à l’étranger. Une cagnotte qui n’est malheureusement pas inépuisable et dont toutes les femmes ne peuvent pas bénéficier.
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"Des médecins, le Planning Familial - avec lequel nous avons un partenariat - ou les femmes souhaitant avorter prennent généralement contact avec nous, explique Lana, une bénévole de la ligne d’appel. Un.e volontaire suit le cas de chaque femme tout au long de la procédure et évalue sa situation et ses besoins. C’est avant tout à elle de nous dire ce qu’il lui faut. Une équipe dédiée entreprend ensuite les démarches pour trouver les tarifs les plus intéressants et effectuer les réservations de logement et de transport. "On essaye toujours de trouver l’option la moins chère, la plus pratique, celle qui convient le mieux à la personne. On l'aide aussi pour les rendez-vous avec la clinique”, ajoute Lana. Des subventions peuvent être accordées. "Certaines fois, on couvre tout - pour des personnes qui sont vraiment dans une très grande précarité par exemple. D’autres fois, on prend juste une partie. La subvention moyenne est d’environ 1100 euros. Mais c’est vraiment du cas par cas", précise la bénévole.
Défis et obstacles
Malgré la législation libérale sur l'avortement en Angleterre, de nombreuses femmes sont confrontées à des défis et des obstacles pour accéder à ce droit. Ces obstacles peuvent inclure :
- Le coût : Même avec la prise en charge par le NHS, certaines femmes peuvent avoir du mal à payer les frais de déplacement, d'hébergement et de garde d'enfants.
- La stigmatisation : La stigmatisation entourant l'avortement peut empêcher les femmes de rechercher des soins ou de parler ouvertement de leur expérience.
- Les délais : Les délais d'attente pour les rendez-vous peuvent être longs, ce qui peut pousser les femmes à dépasser la limite légale pour l'avortement.
- L'accès géographique : Les femmes vivant dans les zones rurales peuvent avoir du mal à accéder aux services d'avortement.
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