L'accouchement est un événement majeur qui bouleverse le corps de la femme. Si le "baby blues" est une expérience courante, certaines femmes peuvent développer des troubles plus persistants, comme le syndrome du côlon irritable (SCI). Cet article explore les causes potentielles du SCI après l'accouchement, les symptômes associés et les solutions possibles pour améliorer la qualité de vie des jeunes mamans.
Les bouleversements post-partum : un terrain fertile pour le SCI
L'accouchement est un véritable "tremblement de terre" pour le corps féminin. Les efforts physiques intenses, les fluctuations hormonales et la fatigue peuvent avoir des répercussions sur divers systèmes, dont le système digestif.
- Fatigue et troubles du sommeil : Les réveils nocturnes fréquents des premiers mois peuvent épuiser la jeune maman, perturbant son équilibre général et affectant potentiellement la digestion.
- Saignements et anémie : Les saignements post-partum peuvent entraîner une carence en fer et une anémie, contribuant à la fatigue et pouvant indirectement influencer le transit intestinal.
- Problèmes de transit : La constipation est fréquente après l'accouchement, souvent exacerbée par les hémorroïdes douloureuses.
- Chute hormonale : La brusque diminution des hormones après l'accouchement peut provoquer une déprime, une anxiété et un sentiment d'être physiquement affaiblie, des facteurs pouvant être liés au SCI.
- Diastase des grands droits : La séparation des muscles abdominaux pendant la grossesse peut persister après l'accouchement, entraînant des douleurs lombaires chroniques, de la constipation et même de l'incontinence urinaire, des symptômes parfois associés au SCI.
Microbiote intestinal et dépression post-partum : un lien possible
Des études récentes suggèrent un lien entre les altérations du microbiote intestinal et les troubles dépressifs, notamment la dépression post-partum. Un déséquilibre intestinal (dysbiose) pourrait être causé par une sécrétion anormale d'hormones sexuelles après l'accouchement. Bien que les causes précises de la dépression post-partum restent souvent inconnues, des facteurs de risques génétiques et environnementaux peuvent être en cause.
Insuffisance pancréatique exocrine post-partum : une piste à explorer
Une problématique fréquente est celle des diarrhées fréquentes associées à de fortes douleurs abdominales survenant suite à un accouchement et une ablation de la vésicule biliaire peu de temps après.
Dans ce cas, une insuffisance pancréatique exocrine post-partum peut être envisagée. Il s'agit d'une réduction de la production de sucs pancréatiques par le pancréas suite à l'accouchement, potentiellement sous l'influence de la chute hormonale. Cette réduction peut entraîner des maldigestions, contraignant le foie et la vésicule biliaire à une activité augmentée, ce qui peut conduire à la formation de calculs biliaires et parfois à l'ablation de la vésicule.
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L'ablation de la vésicule biliaire et la réduction de la fonctionnalité pancréatique sont deux facteurs de risque d'une diminution brusque et importante de la production d'enzymes digestives.
Symptômes du SCI après l'accouchement
Le SCI se manifeste par divers symptômes, notamment :
- Douleurs abdominales : Crampes, inconfort ou douleurs diffuses dans l'abdomen.
- Ballonnements : Sensation de gonflement et d'inconfort abdominal.
- Troubles du transit : Diarrhée, constipation ou alternance des deux.
- Besoin urgent d'aller à la selle : Sensation de devoir aller aux toilettes en urgence.
- Sensation d'évacuation incomplète : Impression de ne pas avoir complètement vidé ses intestins après être allé à la selle.
Solutions et traitements
La prise en charge du SCI après l'accouchement est multifactorielle et peut inclure :
- Modifications alimentaires : Identifier et éviter les aliments qui déclenchent les symptômes (par exemple, les aliments riches en graisses, les produits laitiers, le gluten, certains fruits et légumes). Un régime pauvre en FODMAPs (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles) peut être bénéfique.
- Supplémentation en enzymes digestives : En cas d'insuffisance pancréatique exocrine, la prise d'enzymes digestives peut aider à améliorer la digestion et à réduire les symptômes. Un aménagement de l'alimentation peut être nécessaire au départ pour réduire le travail digestif à charge des enzymes (réduction des graisses et protéines alimentaires), mais il ne sera que temporaire et il est possible de revenir à un régime diversifié dès que le dosage en enzymes approprié est identifié.
- Probiotiques : Les probiotiques peuvent aider à rééquilibrer la flore intestinale et à améliorer les symptômes du SCI.
- Gestion du stress : Le stress et l'anxiété peuvent aggraver les symptômes du SCI. Des techniques de relaxation, comme la méditation, le yoga ou la thérapie cognitivo-comportementale, peuvent être utiles.
- Exercice physique : L'activité physique régulière peut aider à améliorer la digestion et à réduire le stress.
- Rééducation périnéale : En cas d'incontinence urinaire ou de prolapsus, la rééducation périnéale peut aider à renforcer les muscles du plancher pelvien et à améliorer les symptômes.
- Ostéopathie : L'ostéopathie peut aider à améliorer la mobilité intestinale, à détendre le système nerveux et à réduire la sensibilité intestinale.
- Médicaments : Dans certains cas, des médicaments peuvent être prescrits pour soulager les symptômes du SCI, tels que des antispasmodiques, des antidiarrhéiques ou des laxatifs.
- Soutenir l’action enzymatique initiale avec une intervention visant à réduire l’inflammation* de la barrière entérocytaire (pour agir contre la symptomatologie douloureuse).
- Une fois le point d’équilibre atteint (normalisation du transit et réduction des douleurs) le prolongement de la prise d’enzymes dépend de la nature de la carence enzymatique. Dans certains cas, les fonctionnalités pancréatique et hépatique « repartent » et il est possible de réduire les compléments jusqu’à une interruption complète ; pour d’autres sujets pancréas et foie continuent à fonctionner « au ralenti » (et il est souvent difficile de comprendre pourquoi).
Diastase des grands droits : un problème souvent négligé
La diastase des grands droits, ou diastasis recti, est une séparation des muscles abdominaux qui peut survenir pendant la grossesse. Elle peut entraîner des douleurs lombaires, de la constipation et de l'incontinence urinaire. Le test de base est assez simple: couchée sur le dos, on soulève légèrement la tête et on appuie sur le ventre avec les doigts. Si on constate un creux, c’est qu’on souffre sans doute de diastase, généralement mesurée en largeur de doigts, par exemple trois doigts d’écartement. Des programmes comme la méthode Tupler ont démontré leur efficacité, et le Dr Sharma cite des services payants en ligne proposant des exercices et des informations, comme Mutusystem et Every Mother, qu’elle considère comme des ressources potentielles pour celles qui ont du mal à accéder aux thérapeutes formés à ce problème.
Incontinence urinaire et anale
L’incontinence urinaire (IU) n’est pas uniquement une pathologie du 3e et 4e âge. La prévalence de l’Incontinence Urinaire d’Effort (IUE) augmente significativement avec l’âge ≥ 40 ans mais la pathologie périnéale chez la jeune femme est sous-estimée et le nombre est croissant ces dernières années. L’hyperactivité vésicale traduisant l’urgenturie (audition de l’eau qui coule, changement de température, signe de la clef dans la serrure, vue de l’ascenseur) est également fréquente et pas nécessairement liée à la parité. L’incontinence anale après un premier accouchement est de 13%. Elle ne concerne le plus souvent que les gaz même si 1 à 2% des primipares n’arrivent pas à retenir les selles liquides.
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Maladies Inflammatoires Chroniques de l'Intestin (MICI) et grossesse
La fertilité des femmes souffrant de MICI non sélectionnées est habituellement normale. Un risque accru de stérilité est observé chez les femmes atteintes de maladie de Crohn (MC) active. Une stérilité tubaire peut être observée chez des femmes atteintes de MC et présentant des adhérences intra abdominales notamment postopératoires. Les avortements semblent plus fréquents chez les femmes atteintes de MICI, tout particulièrement quand la maladie est active (jusqu’à 35% des conceptions). Les femmes atteintes de MICI doivent donc être informées d’éviter si possible une conception pendant une phase active de leur maladie. Presque tous les médicaments utilisés pour traiter les MICI traversent le placenta et sont sécrétés dans le lait maternel.
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