Bien que les contes de Charles Perrault soient lus par un large public depuis leur publication, l’auteur lui-même demeure peu connu. La vie de Charles Perrault est très peu connue, mais son œuvre a traversé les siècles, enchantant des générations de lecteurs. Cet article se propose de retracer la vie de cet homme de lettres, de ses débuts comme avocat à sa consécration en tant qu'auteur de contes de fées immortels.
Une Famille Bourgeoise et Lettrée
Charles Perrault naît le 12 janvier 1628 à Paris, dans une famille tourangelle installée dans la capitale, assez aisée et lettrée. Issu d'une famille de la haute bourgeoisie imprégnée de jansénisme, Charles est le cadet d’une fratrie de sept enfants, et le jumeau d'un cinquième qui ne survit pas. Il grandit dans un environnement où les lettres et les arts occupent une place importante.
Études Brillantes et Premières Armes Littéraires
Cadet d’une fratrie de 7 enfants, il fait des études brillantes au collège de Beauvais. « J’ai toujours été des premiers dans mes classes ». Il étudie la philosophie. Cependant, il quitte la classe à la suite d’un désaccord avec son professeur, en compagnie d’un camarade. A partir de là, il se forge sa propre culture et lit pêle-mêle des œuvres sacrées et profanes, la Bible, l’histoire de France. Ses libres lectures l’amènent à mettre en vers burlesques le sixième livre de l’Énéide.
Il entre dans la vie littéraire par la satire, écrivant avec ses frères Nicolas (1611-1661) - théologien janséniste - et Claude - médecin, physicien et architecte -, un pastiche du vie livre de l'Énéide de Virgile, l'Énéide burlesque (1648), ainsi qu'un poème, les Murs de Troie ou l'Origine du burlesque (1649), où il prend déjà position contre le culte de l'Antiquité. Adolescent, il traduit en vers burlesques certains passages de l'Énéide.
De l'Avocature à la Politique
En 1651, il devient avocat et suit les traces de son père et de son frère aîné. Très rapidement, ses fonctions l’ennuient et il devient receveur des finances auprès de son autre frère et commence une carrière politique. C’est à cette époque qu’il travaille auprès de Louis de Breteuil, alors contrôleur général des finances de Louis XIV. Ce travail lui laisse le temps de se consacrer à la poésie.
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Il fréquente alors la cour. Devenu premier commis de Colbert, il est nommé en 1663 secrétaire de la Petite Académie (la future Académie des inscriptions et belles-lettres) et, en 1665, promu contrôleur général de la surintendance des Bâtiments du roi. En 1671, Perrault est élu à l'Académie française. Dès lors, il en devient un membre fort influent.
Au Service de Louis XIV et de la Culture
Il assiste à partir de 1663 Colbert, ministre d’État. Pendant 20 ans, il travaille auprès du puissant ministre, d’abord comme commis, puis comme contrôleur général des Bâtiments (l’équivalent d’un ministre), et, à partir de 1672, comme académicien. Plus particulièrement, chargé de promouvoir la politique culturelle de Louis XIV, il dirige avec Jean Chapelain le service de la propagande royale, et, à ce titre, suscite et corrige les éloges du roi et distribue les gratifications destinées aux artistes ralliés.
Il porte aussi les instructions de Colbert aux diverses académies qui viennent d’être créées, compose des devises célébrant les victoires et les réalisations de Louis XIV, surveille l’édification des palais et des monuments destinés à donner une haute idée de la magnificence royale. Il a notamment confié le chantier de la colonnade du Louvre à son frère architecte, Claude Perrault. Perrault supervise également les grands chantiers du règne, dont le Louvre et Versailles, où on lui attribue l’idée et le programme du bosquet du Labyrinthe.
En 1663, Charles Perrault est engagé comme secrétaire de la « petite Académie » créée par Colbert, future Académie des inscriptions et belles-lettres. Le puissant ministre sera dès lors son protecteur, favorisant sa nomination comme premier commis des bâtiments en 1668, puis son élection à l’Académie française en 1671.
Comme beaucoup d'écrivains de son temps, Charles Perrault s'essaie à la poésie, et compose différents poèmes et textes galants. Dans les années 1660, Perrault écrit plusieurs odes : pour célébrer le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, ou la naissance du Dauphin, ainsi que des poésies galantes et précieuses.
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La Querelle des Anciens et des Modernes
Perrault est un homme de lettre éclectique. Il s’essaie au genre galant avec Dialogue de l’amour et de l’amitié (1660). Il rédige quelques poèmes comme le Portrait d’Iris et le Siècle de Louis le Grand. Ce poème est lu à l’Académie en 1687 et place le XVIIème siècle au-dessus de tous les siècles précédents et inaugure la querelle des Anciens et des Modernes et scandalise l’Académie par un discours audacieux.
Le 27 janvier de l'année suivante, la lecture à l'Académie de son poème le Siècle de Louis le Grand - siècle dont l'auteur fait une étape décisive dans l'histoire de l'humanité - lance la querelle des Anciens et des Modernes. Entraîné dans une longue polémique (évoquée dans Mémoires de ma vie, posthume, 1755), en particulier avec Boileau et Racine qui le tournent en ridicule, Perrault publie les quatre parties du Parallèle des Anciens et des Modernes (1688-1697). L'ouvrage traite de la supériorité des Modernes - les écrivains et les artistes du siècle de Louis XIV - sur les Anciens, et ce, dans les arts, les sciences, l'éloquence, la poésie, les techniques, la philosophie et la musique.
Dès lors, deux groupes d'écrivains s'opposent. Les Anciens, dont font partie La Fontaine, Boileau ou encore Racine, prônent l'adaptation des œuvres antiques dans leur ouvrage. Les Modernes emmenés par Perrault pensent que les œuvres de l’Antiquité grecque et romaine peuvent être dépassées par des formes artistiques nouvelles.
En 1687, il lit à l’Académie française son poème, « Le siècle de Louis Le Grand », en réponse au discours de La Fontaine intitulé « Sur l’avantage que les Anciens ont sur les Modernes ». La fameuse querelle, qui couvait depuis plusieurs années, prend de l’ampleur. Perrault s’affirme comme chef de file des Modernes dans les quatre volumes de son Parallèle des Anciens et des Modernes, parus entre 1688 et 1697.
La Consécration avec les Contes de Fées
Mais Perrault restera célèbre surtout pour ses contes. Après avoir abandonné définitivement sa carrière politique, il se consacre à sa famille. Il a épousé à l’âge de 49 ans Marie Guichon, âgée de 19 ans, et a eu quatre enfants. En 1697, Perrault publie Histoires ou contes du temps passé avec des moralités plus connu du grand public sous le nom Les Contes de ma mère l’Oye qu’on retrouve dans le cartouche qui orne le frontispice du recueil. Cet ouvrage comporte huit contes en prose auxquels il faut ajouter une nouvelle et deux contes en vers parus antérieurement. La paternité de l’œuvre est attribuée à son fils Pierre Perrault Darmancour et fera débat pendant plusieurs années avant de lui être finalement reconnue.
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En 1697, les Histoires ou Contes du temps passé - ouvrage paru avec, en frontispice, « Contes de ma mère l'Oye » - rencontrent un éclatant succès. Qui ne connaît aujourd'hui Barbe-Bleue, mari sanguinaire, le Petit Chaperon rouge, qui se promène dans les bois sans se méfier du loup, la Belle au bois dormant, que seul l'amour du prince charmant peut réveiller, Peau d'âne, qui doit échapper à l'amour incestueux de son père, ou le Chat botté, image et symbole de ce que peut la ruse pour l'ascension sociale ?
Ce recueil est publié à une époque où les contes de fées sont très en vogue chez les adultes de la bourgeoisie et de l’aristocratie. La littérature enfantine n’est pas un genre attesté et les enfants ne constituent pas un public distinct. L’orientation pédagogique de Perrault vers une littérature enfantine est en réalité tardive. Ce recueil, qu’on croit écrit pour les enfants, ne contient en réalité qu’un seul conte qui leur est destiné Le Petit Chaperon rouge. C’est aussi le seul conte qui finisse mal. Il s’agit d’un texte destiné à mettre en garde les jeunes filles contre les « loups », les hommes galants et pièges de la Cour.
Perrault joue sur l’ambiguïté. Il multiplie les formulettes, insiste sur les rythmes ternaires et sur les structures, dans un style littéraire soutenu, pensant ainsi au public cultivé de la Cour et de la ville. Le succès de l’ouvrage est immédiat. Un genre littéraire nouveau est né, celui du conte merveilleux.
En 1697, alors qu'il a abandonné sa carrière politique, Perrault publie les Contes de ma mère l'Oye, ou histoires du temps passé, sous le nom de son jeune fils, Pierre d'Armancourt. Il transcrit dans ce petit volume des récits bien connus de la tradition orale, qui se transmettent autour du feu, mais ont rarement été couchés sur papier. Le recueil comporte à la fois de longs poèmes en vers et des contes en prose, que Charles Perrault a composés au cours des années qui précèdent. Le volume comprend les contes Peau d'Âne, Barbe Bleue, Cendrillon, ou encore Le Petit Chaperon rouge. Le succès de cet ouvrage est immédiat, au point que de nombreuses contrefaçons circulent rapidement. Un genre littéraire est né, celui du conte merveilleux.
Pour les décors, il s’inspire de lieux et d’images familiers, comme le château d’Ussé (Indre-et-Loire) pour La belle au bois dormant.
Postérité et Héritage
Peu après les contes, il entreprend la rédaction de ses Mémoires de ma vie, un plaidoyer qui présente l’auteur et ses frères comme les véritables inspirateurs de l’art de l’époque. L’œuvre reste inachevée et ne sera publiée qu’en 1757.
La rencontre de la littérature orale traditionnelle, archaïque et « naïve », et de l'écriture mondaine et lettrée - combinée au didactisme moral (craintes ancestrales, violence, sexualité, que les adaptations animées des studios Walt Disney édulcoreront) - fait de ce recueil une des œuvres les plus populaires et les plus énigmatiques de la littérature française. Classiques par leur élaboration formelle, par leurs préoccupations pédagogiques et par leur orientation rationaliste, baroques par leurs thèmes merveilleux, par leur art de l'implicite et de l'ironie (permettant ambiguïté et doubles lectures), les Contes apparaissent comme une parfaite illustration de la théorie de la « modernité » professée par leur auteur : la tradition orale contre l'imitation de l'antique. Ils portent également à son apogée le genre du conte de fées, alors en vogue à la fin du xviie siècle. En 1976, le psychanalyste Bruno Bettelheim verra dans ce genre littéraire un moyen d'atteindre les couches obscures de l'inconscient (Psychanalyse des contes de fées).
Charles Perrault meurt à Paris, sa ville de naissance, en mai 1703, à l’âge de soixante-quinze ans. Il est inhumé à l'église Saint-Benoît-le-Bétourné.
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