Charles Martel, figure marquante de l'histoire franque du VIIIe siècle, a joué un rôle crucial dans la consolidation du royaume franc et la défense de l'Europe contre les invasions. Cet article explore sa vie, sa descendance et l'impact durable de ses actions.

Les Mérovingiens et l'ascension des Pippinides

Du Vème siècle au milieu du VIIIème siècle, la dynastie des Mérovingiens régna sur une très grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur une partie de l’Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas. Cette famille descend des peuples Francs saliens qui se sont installés dès le Vème siècle dans les régions de Cambrai et de Tournai, en Belgique. L’Histoire de la dynastie est marquée par l’apparition d’une forte prédominance de la culture chrétienne au sein de l’aristocratie. Le nom « Mérovingien » provient du roi Mérovée, ancêtre semi-mythique de Clovis (466-511).

Les Pippinides désignent les membres d’une dynastie de la noblesse franque d’Austrasie dont plusieurs ont été nommés « Pépin ». Ce nom est une création contemporaine, car les grandes familles du haut Moyen Âge n’avaient pas de patronyme. Il est issu du nom de Pépin, en latin « Pippinus ». Le terme de Pippinides désigne au sens strict les membres de la famille de Pépin de Landen en ligne agnatique, c’est-à-dire issus de ce dernier par les hommes.

Charles Martel : Un héritier contesté

Charles Martel, né vers 688 et décédé le 22 octobre 741 à Quierzy-sur-Oise, était le fils illégitime de Pépin de Herstal et de sa concubine Alpaïde. Cette naissance hors mariage fut une source de contestation quant à sa légitimité. Pépin de Herstal, roi de Neustrie et d’Austrasie, avait épousé Plectrude, mais la polygamie était encore possible à l’époque. À la mort de Pépin en 714, Plectrude chercha à écarter Charles du pouvoir et le fit emprisonner à Cologne.

La lutte pour le pouvoir

À la mort de son père en 714, Charles Martel était tout désigné pour reprendre la charge de maire du palais (équivalent du Premier Ministre) d'Austrasie et de Neustrie du royaume francs des derniers Mérovingiens, qu'occupait le défunt. Mais Plectrude, la première épouse de Pépin II, fait tout pour écarter Charles du pouvoir. Elle le fait emprisonner à Cologne, lié à une poutre. Un an plus tard, profitant des troubles qui ont suivi la mort de son père, celui-ci s'évade et prend la tête des révoltés d'Austrasie.

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Les provinces du royaume n’acceptèrent pas de voir une femme les diriger ; les révoltes commencèrent alors à éclater : en Neustrie d’abord, en 715, lorsque Rainfroy, son maire du palais, battit l’armée de Plectrude en forêt de Cuise. Ensuite, c’est le peuple du Nord de l’Italie qui se souleva et se rallia à la Neustrie.

En 715, dès la mort de Dagobert III, les insurgés neustriens exfiltrèrent d’un monastère un religieux nommé Daniel, et certifièrent que ce clerc était le fils légitime du roi défunt.

Après la mort de Pépin de Herstal, il aura fallu sept années à Charles Martel pour rétablir l’unité du royaume franc. Charles Martel a parfaitement conscience que son pouvoir dépend de son entourage. Pour cela, il doit s’assurer que les gens qui forment son cercle d’influence lui soient fidèles et loyaux. A Rouen, il remplace l’abbé de Fontenelle, Waddon (un ami de Rainfroy), par Hugues, son neveu. Au Mans, l’évêque Erlemond est chassé. Sa charge échoira à un laïc, un dénommé Charivé. Une fois ces hautes fonctions distribuées à des fidèles et à des membres de la lignée pippinide, Charles Martel peut assoir fermement son pouvoir sur le royaume franc.

Charles Martel, fils d'Alpaïde, une concubine de Pépin de Herstal, réussit à s’évader de sa prison. Insatiable, Charles ne peut se contenter de gouverner qu’une partie du royaume franc. Les Frisons représentent un peuple germanique appartenant au « rameau westique ». Les Neustriens se sont alliés avec Eudes, le duc d’Aquitaine. Celui-ci a tout intérêt à ce que le nord du royaume demeure divisé. Il rassemble donc ses troupes, et à la tête d’une armée de Basques, il marche sur Paris. - Puis il se dirige sur Paris, où il fait une entrée triomphale. - L’Austrasie retrouve sa souveraineté.

Les enfants de Charles Martel

Charles Martel a eu plusieurs enfants, issus de différents mariages et concubinages. Parmi eux, on distingue :

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  • Carloman : Fils aîné de Charles Martel et de Rotrude, Carloman a été élevé, comme son frère Pépin, à Saint-Denis. À la mort de son père, en 741, il reçut la mairie du palais d'Austrasie, tandis que son frère Pépin reçut celle de Neustrie. Carloman a été élevé, comme son frère Pépin, à Saint-Denis. À la mort de son père, en 741, il reçut la mairie du palais d'Austrasie. En 747, Carloman se retira dans un monastère.
  • Pépin le Bref : Fils de Charles Martel, Pépin le Bref succéda à son père en tant que maire du palais de Neustrie. Il déposa le dernier roi mérovingien, Childéric III, en 751 et se fit sacrer roi des Francs, inaugurant la dynastie carolingienne.
  • Griffon : Né d'une union avec une princesse nommée Swanahilde, Griffon fut un sujet de tensions et de révoltes contre ses demi-frères Carloman et Pépin. À la mort de Charles Martel, Griffon contesta le partage du royaume franc. Il rejoignit le camp de Hunald, le duc d'Aquitaine en révolte, puis s'allia aux Saxons. Pépin le Bref lui confia le gouvernement de douze comtés, mais Griffon continua à se rebeller.
  • Hiltrude : Une autre fille de Charles Martel, princesse Hiltrude, entend faire valoir ses droits en tant que gendre du défunt.

Charles Martel a eu deux fils, Carloman et Pépin le Bref. Avec ses concubines sont issus de nombreux enfants naturels.

Les défis internes et les révoltes

Après la mort de Charles Martel, le royaume franc fut divisé entre ses fils Carloman et Pépin le Bref. Cette division entraîna des conflits internes et des révoltes dans différentes régions.

Plusieurs fronts à la fois, de succession pour se soulever et tenter de reprendre son autonomie.

La révolte en Aquitaine

Hunald, le duc d'Aquitaine, se révolta contre l'autorité franque. Griffon, un des fils de Charles Martel, rejoignit le camp de Hunald.

Les Alamans

Charles Martel dut faire face aux Alamans. Leur révolte en 744, massacrant une grande partie de l'aristocratie locale. au gouvernement des comtes francs Warin et Ruthard.

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La révolte des Saxons

Griffon réussit à s'échapper et reprend l'offensive en s'alliant aux Saxons.

L'œuvre de Charles Martel

Charles Martel est surtout connu pour sa victoire à la bataille de Poitiers en 732 (ou 733). Cet événement a longtemps été considéré comme un tournant majeur dans l'histoire européenne, marquant un coup d'arrêt à l'expansion musulmane en Europe.

La bataille de Poitiers

En 732, Charles Martel affronta les forces musulmanes d'Abd al-Rahman près de Poitiers. La victoire franque consolida le pouvoir de Charles Martel et contribua à façonner l'identité de l'Europe chrétienne.

Toutefois, il est important de nuancer l'interprétation de cette bataille. Les sources de l'époque ne mentionnent que peu le "choc des civilisations", et la dimension religieuse du combat semble secondaire. Les motivations de Charles Martel étaient avant tout politiques : étendre son royaume et asseoir son pouvoir.

Réorganisation du royaume franc

Charles Martel a mené plusieurs campagnes militaires pour consolider le royaume franc et soumettre les régions rebelles. Il a réorganisé l'armée franque en créant une cavalerie efficace, ce qui a contribué à ses succès militaires.

Charles Martel peut alors consolider l’assise des Francs en Europe et notamment vers l’Est puisque jusqu’en 738, l’Autriche actuelle et le sud de l’Allemagne sont conquises. Dans le Nord, c’est une partie de la Frise qu’il conquiert.

Charles Martel est aussi à l’origine du principe de la féodalité. En souhaitant créer une cavalerie pour ses armées, il généralise la vassalité : chaque aristocrate ayant reçu un « bénéfice » (une terre) doit élever un cheval et participer à l’effort de guerre s’il y est appelé.

Relations avec l'Église

Charles Martel a souvent été critiqué pour avoir confisqué des biens de l'Église afin de récompenser ses fidèles et financer ses campagnes militaires. Cependant, il a également soutenu les missionnaires qui évangélisaient la Germanie.

Héritage et postérité

Charles Martel est une figure complexe et controversée de l'histoire. Il a été perçu comme un sauveur de la chrétienté, un défenseur de l'Europe contre l'islam, mais aussi comme un usurpateur et un spoliateur des biens de l'Église.

Son action a permis de consolider le royaume franc et d'ouvrir la voie à la dynastie carolingienne. Son petit-fils, Charlemagne, a continué son œuvre en créant un vaste empire en Europe.

Enfin, les dernières années de sa vie furent décisives pour l’avenir du pouvoir royal. Il se permet même de séparer le pouvoir entre ses deux fils, Carloman et Pépin le Bref. Le premier se retirant en monastère en 747, Pépin dépose le dernier roi mérovingien Childéric III en 751 et se fait sacrer par les évêques de Gaule. Il sera confirmé en 754 à la basilique de Saint-Denis, par le Pape Etienne II lui-même, ce qui légitime la nouvelle dynastie : celle des carolingiens. Ce jour-là, ses fils sont également sacrés.

Charles Martel était un dirigeant, réformateur et militaire qui défendit et renforça les possessions franques en Gaule et en Europe tout en plaçant progressivement sa famille sur le trône. Son image ne devrait donc pas seulement se résumer à celle que l’on en a fait depuis la fin du Moyen-Âge : le défenseur victorieux de la France chrétienne contre l’invasion arabo-musulmane. Elle ne doit pas non plus se résumer à l’analyse vers laquelle certains auteurs tendent : la bataille ne serait qu’un mythe ou n’aurait été qu’une escarmouche insignifiante. En effet, il est difficile de parler de “la France” à cette période-là, tant nous n’en sommes qu’à ses lointains débuts. De plus, les motivations de Charles Martel à lutter contre les arabes sont également à nuancer. Les sources de l’époque ne mentionnant finalement que très peu le « choc des civilisations », la dimension religieuse du combat semble en définitive n’être que secondaire. Ce personnage est l’exemple même de l’instrumentalisation à posteriori de nôtre Histoire.

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