L'histoire de l'accouchement est riche et variée, avec des pratiques et des positions qui ont évolué au fil des siècles. Parmi ces pratiques, la chaise d'accouchement occupe une place particulière, témoignant des différentes conceptions de la naissance et du rôle des femmes dans ce processus.
Origines et Utilisation Ancienne
Les dispositifs facilitant la naissance semblent avoir existé de tout temps. Déjà la Bible (Exode, 1, 16) évoque les femmes mettant au monde sur un siège de briques : « Wenn ihr die Hebräerinnen gebären lasst und auf den beiden Steinen seht… ». Les peintures et sculptures rupestres montrent des scènes d’accouchement à même le sol, près d’une source d’eau ou dans la forêt, afin d’accroître le pouvoir vital de la Terre. Les femmes accouchaient accroupies, probablement seules. La fertilité des femmes et de la Terre ne faisaient qu’une, conférant à la naissance un caractère sacré. La position verticale (à genoux, accroupie, assise) reste privilégiée. Dans les familles aisées, on utilisait des sièges d’accouchement. Les récits de l’Egypte Antique relatent l’accouchement de la déesse Hathor assise sur un lit. Les femmes s’asseyaient plutôt sur les genoux d’une femme robuste, voisine ou proche, la matrone était placée devant. L’accouchement se déroulait dans la salle commune calfeutrée et surchauffée, grâce à la cheminée qu’on devait alimenter sans cesse.
De telles chaises étaient courantes au XVIe siècle en Allemagne. Plus près de nous, Eucharius Rösslin, dans son Rosengarten (p. 27) recommande l’usage d’un tel siège : « … auch in welsche lande habe die hebamme befond stül dar zu wen die frawe gebere solle ». Jean-Jacques Fried, Hebammenmeister à Strasbourg, fit évoluer la chaise d’accouchement en la rendant pliable, plus facilement transportable et plus confortable pour la femme qui accouche. Par ailleurs, il fait aussi évoluer la chaise en lit d’accouchement. La chaise d’accouchement est un meuble acquis par la communauté et gardée par la sage-femme à son domicile. Elle la transporte au domicile de la parturiente.
La Chaise d'Accouchement en France: Évolution et Déclin
En France, selon les traités médicaux de la seconde moitié du XVIe siècle ou du début du XVIIe siècle, les chaises d'accouchement étaient plutôt réservées aux accouchements difficiles ou laborieux. Les traités d’obstétrique en français sont beaucoup plus nombreux que leurs équivalents en d’autres langues vernaculaires au XVIe et pendant le premier XVIIe siècle ; ils fournissent donc une source particulièrement importante.
À la fin du XVIIe siècle, à l’ère des chirurgiens-accoucheurs, l’accouchement dans un petit lit se généralise en revanche, de sorte que même Mauquest de La Motte, qui accepte éventuellement d’autres positions si la femme le souhaite, s’oppose formellement à la chaise percée. L’histoire de l’accouchement se transforme radicalement en France sous le règne du Roi-Soleil.
Lire aussi: Notre comparatif chaises hautes
En Alsace, l’usage de la chaise d’accouchement a perduré jusqu’au XXe siècle, alors qu’en France il décline au XVIIIe siècle, proscrit par Jean-Louis Baudelocque (1745-1810), accoucheur et professeur d’obstétrique parisien. Ce dernier considérait que la position assise pour accoucher est « indécente et quasi-bestiale ».
L'Influence de Louis XIV et la Médicalisation de l'Accouchement
L’histoire de l’obstétrique connaît un tournant majeur sous le règne de Louis XIV, avec l’introduction de la position sur le dos et l’arrivée des hommes accoucheurs. Le Roi-Soleil manifeste un intérêt certain pour la gynécologie et, selon plusieurs sources, aime assister aux accouchements. Les accouchements royaux jouent un rôle particulier dans l’établissement des normes obstétricales.
D’après une étude menée par la sociologue Lauren Dundes, ce changement de position est dû à un « caprice pervers » de Louis XIV vis à vis de l’accouchement. Le roi est apparemment frustré de ne pas voir en détail ce qui se passe lors des naissances, car les femmes se tiennent généralement debout ou assises sur un tabouret percé. Il use alors de son influence pour imposer une nouvelle posture : la position sur le dos, connue aussi sous le nom de position gynécologique ou décubitus dorsal.
L’influence de François Mauriceau, médecin contemporain du roi, est déterminante dans la théorisation et la diffusion de la position sur le dos. Dans son ouvrage de 1668, « The Diseases of Women with Child and in Child-Bed », il affirme qu’être allongé est plus confortable pour la parturiente et plus pratique pour l’accoucheur. Mauriceau partage les conceptions médicales de l’époque qui considèrent la grossesse de la même manière qu’une maladie. Il décrit la grossesse comme une « tumeur du ventre » causée par un enfant. Les accouchements se définissent ainsi intrinsèquement pathologiques et anormaux. Cette vision ne laisse aucune place aux sages-femmes traditionnelles et justifie l’intervention médicale masculine.
À partir de 1760, le pouvoir royal lance une grande campagne de formation. Les matrones de campagne deviennent des sages-femmes avec des premières compétences médicales. L’accoucheur réussit de même à s’imposer grâce à de nouveaux outils, notamment les forceps, mis au point conjointement en France et en Angleterre à la fin du XVIIe siècle. Ces instruments deviennent le privilège exclusif des hommes, médecins ou chirurgiens. Les sages-femmes n’ont pas le droit de s’en servir.
Lire aussi: Éveiller Bébé en Chaise Haute
Conséquences de la Révolution Obstétricale
La révolution obstétricale initiée sous Louis XIV pour l’accouchement a des répercussions durables, observées encore aujourd’hui. La position sur le dos, imposée initialement pour satisfaire la curiosité du Roi-Soleil, devient la position standard dans les salles de naissance, bien qu’elle soit reconnue comme moins adaptée physiologiquement. Cette médicalisation transforme l’accouchement d’un événement naturel et communautaire en un acte médical. Si les avancées en matière de santé permettent de réduire la mortalité maternelle, les femmes perdent progressivement leur autonomie dans le processus d’accouchement.
Retour aux Sources et Positions Alternatives
Aujourd’hui, on observe un retour vers des positions libres (à quatre pattes, debout, accroupie ou sur le côté) qui soulagent la femme pendant le travail. Des gynécologues comme Michel Odent militent alors pour un retour aux accouchements naturels en position verticale avec le maximum de mobilité. Des salles nature ou physio, où l’on peut prendre un bain, rester en mouvement sur un ballon, se suspendre accroupie et même se mettre à quatre pattes sont expérimentées ici et là, en maison de naissance notamment.
Il est plus difficile de trouver des chaises d’accouchement dans les maternités françaises, mais elles peuvent cependant être louées lorsque l’on souhaite, notamment dans les maisons de naissances (hors hôpital) ou à domicile. Le tabouret d’accouchement est utilisé lorsque l’on souhaite un accouchement naturel accroupi (ou assis). Une fois le travail terminé, il sera possible de plier la chaise d’accouchement et de la ranger dans un coin.
L'Accouchement dans la Rome Antique
Les naissances contemporaines dans la Rome antique fournissent des informations intéressantes sur les pratiques de l'époque, y compris certaines mesures d’hygiène qui pourraient paraître surprenantes pour cette période et qui ont toujours cours aujourd'hui. Dans la Rome antique, ce sont les femmes qui assistaient à l'accouchement, avec l'aide de voisines, de parentes, d'amies et d'esclaves, en fonction de leurs ressources et de leur statut social.
Pour les familles qui pouvaient s’offrir leurs compétences, les sages-femmes de l'époque étaient souvent des personnes de sexe féminin qui dispensaient des soins médicaux courants aux femmes et aux enfants. Les sages-femmes étaient même considérées comme des expertes dans le système juridique romain.
Lire aussi: Vertbaudet : Faut-il Choisir Leur Chaise Haute Bébé ?
Il était conseillé aux sages-femmes de l'époque de garder les ongles courts, de se laver les mains et d'adopter certaines pratiques pour les accouchements qui sont toujours d'actualité dans les hôpitaux et à domicile.
Pendant le travail, Soranos d'Éphèse recommande aux femmes enceintes de s'asseoir sur une chaise d’accouchement, soit une chaise spéciale à bords hauts avec une ouverture dans le siège pour faire passer le nouveau-né.
La Chaise Chirurgicale de Georges Arnaud
Avant la découverte des techniques d’anesthésie, les chirurgiens devaient faire preuve d’ingéniosité pour que leurs patients, opérés à vif, tiennent en place. Georges Arnaud a inventé une chaise chirurgicale pour pallier ce problème. Avec la CHAISE, on a le choix d’opérer par devant, par derrière ou sur le côté, sans avoir besoin de personne pour tenir le Malade. Il se trouve fixé dans l’instant et d’une manière si solide qu’il ne peut pas remuer. La chaise est décrite sur plusieurs dessins, avec ses moindres cotes de construction et tous ses accessoires : repose-bras, serre-tête, fixe-cuisses, tringles coulissantes, sangles et courroies, tiroirs aux instruments, disposés afin d’être utilisables lors d’interventions diverses sur face, tête, poitrine, bas-ventre, périnée, membres ainsi que lors d’accouchements, la chaise étant basculée en arrière.
tags: #chaise #d #accouchement #histoire #et #utilisation
