Les textes sacrés des traditions monothéistes abordent la question de l’homosexualité, et les interprétations de ces textes ont évolué au fil du temps. Cet article examine les passages clés de la Bible hébraïque (Ancien Testament) et du Nouveau Testament qui traitent de l’homosexualité, en tenant compte du contexte historique et culturel, ainsi que des diverses perspectives théologiques.

Condamnations dans l'Ancien Testament

Le Lévitique

La Bible hébraïque, notamment le Lévitique, contient des prescriptions qui condamnent explicitement les pratiques homosexuelles. Dans le Lévitique 18, 22, il est écrit : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme ; ce serait une abomination. » Ce verset utilise le terme hébreu « toevah », traduit par « abomination » ou « éloignement », désignant ainsi la négation de l’Alliance entre Dieu et les hommes. L'homosexualité est ainsi jugée sur le même plan que l’inceste et l’infidélité, et considérée comme une perversion majeure.

Le Lévitique 20,13 réitère cette interdiction, en ajoutant une sanction sévère : « Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, tous deux commettent une abomination ; ils seront mis à mort, leur sang retombera sur eux. »

Le récit de Sodome

Le récit de la destruction de Sodome dans la Genèse (Gn 19) est souvent invoqué dans le débat sur l’homosexualité. Lot reçoit deux messagers de Dieu chez lui, à Sodome. Les hommes de la ville encerclent la maison et exigent de violer les hôtes étrangers. Lot propose de leur livrer ses filles à la place. L’interprétation traditionnelle voit dans cet épisode une condamnation de l’homosexualité.

Cependant, une autre interprétation met l’accent sur la transgression des règles de l’hospitalité. Dans ce cas, le viol homosexuel est considéré comme le révélateur d’une perversion plus profonde chez les habitants de Sodome. Les prophètes ne mentionnent pas l’homosexualité quand ils parlent de Sodome ; et c’est également de transgression des lois de l’hospitalité qu’il est question lorsque Sodome est mentionnée en Luc 10,12, quand Jésus évoque les villes qui, pour ne pas avoir accueilli les apôtres en mission, seraient jugées plus sévèrement que Sodome.

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Le Nouveau Testament et l'Homosexualité

Les Épîtres de Paul

Cette question n’étant à aucun moment mentionnée dans les Evangiles, il faut attendre les Epîtres de Paul (Ier siècle) pour avoir connaissance du regard chrétien sur la pratique. L’apôtre Paul aborde la question de l’homosexualité dans plusieurs de ses épîtres. Dans Romains 1, 26-27, il décrit l’homosexualité comme une déviance païenne : « Dieu les a livrés [les païens] à des passions avilissantes : leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre-nature ; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l’infamie d’homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement. »

Dans 1 Corinthiens 6,9, Paul affirme que les « injustes », incluant les « efféminés » et les « pédérastes », n’hériteront pas du royaume de Dieu. Le terme grec « arsenokoitai », utilisé ici, est un hapax legomenon (mot n'apparaissant qu'une seule fois dans un corpus donné) dont le sens précis est débattu, mais qui est généralement interprété comme désignant les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes. Dans 1 Timothée 1,10, Paul inclut les « pédérastes » dans une liste de pécheurs.

Interprétations et Contextes

L’interprétation de ces passages est complexe et a évolué au fil du temps. Certains théologiens soulignent que Paul condamne les pratiques homosexuelles dans le contexte de l’idolâtrie et des mœurs païennes de son époque. Ils notent que la pédérastie était une pratique courante dans la Grèce antique, mais qu’elle impliquait souvent des relations non consentantes ou exploitantes.

D’autres interprètes mettent en avant le contexte culturel du premier siècle, où la notion d’orientation homosexuelle n’existait pas. Les auteurs bibliques concevaient les relations entre personnes du même sexe comme le simple assouvissement d’un désir physique par des personnes hétérosexuelles, dans un contexte de débauche, de viol ou de prostitution sacrée.

Réinterprétations Modernes

La Prise en Compte du Contexte Culturel

Une nouvelle interprétation des textes néo-testamentaires considère que les « condamnations bibliques de l’homosexualité ne sont pas pertinentes dans le débat actuel », s’appuyant sur la prise en compte du contexte culturel du premier siècle et l’apport des sciences humaines contemporaines. John McNeill pose la question : « Peut-on simplement accepter que ce qu’on entend par homosexualité dans les traductions de la Bible ait représenté, dans l’esprit des auteurs bibliques, la même chose que ce que ce terme désigne aujourd’hui ? ».

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La pratique de l’homosexualité en Grèce et à Rome au premier siècle était fréquente et largement acceptée, mais sous une forme particulière : la pédérastie. Cependant, ainsi que le rappelle l’historien Henri-Irénée Marrou à propos de la pédérastie hellénique, « l’essence de la pédérastie ne réside pas dans les relations sexuelles anormales… : elle est d’abord une certaine forme de sensibilité, de sentimentalité, un idéal misogyne de virilité totale », la forme la plus caractéristique et la plus noble de l’amour.

L'Évolution des Compréhensions Théologiques

Avec l’étude du théologien Derrick Sherwin Bailey, Homosexuality and the Western Christian Tradition, parue en 1955, les premières fissures sont apparues dans l’unanimité exégétique sur ces questions, et depuis lors elles n’ont cessé de s’étendre et de s’agrandir. Selon cette nouvelle compréhension, les textes du Nouveau Testament ne viseraient nullement les « relations homosexuelles moralement responsables » qui s’expriment dans une « authentique relation d’amour mutuel » dont les « conditions sont la réciprocité, la fidélité, la générosité, etc. ».

Certains théologiens modernes affirment que les condamnations bibliques de l’homosexualité ne s’appliquent pas aux relations homosexuelles monogames et engagées. Ils soulignent que la Bible valorise l’amour, la fidélité et le respect mutuel dans les relations, et que ces valeurs peuvent être présentes dans les relations homosexuelles comme dans les relations hétérosexuelles.

La Question de l'Orientation Sexuelle

L’idée même d’une orientation homosexuelle foncière est absolument absente de la Bible. C’est seulement au xxe siècle que l’Église prend en compte une définition de l’homosexualité fondée avant tout sur l’attirance sexuelle et non pas sur les actes. Les auteurs de l’Écriture ne concevaient des relations entre personnes du même sexe autrement que comme le simple assouvissement d’un désir physique par des personnes hétérosexuelles, dans un contexte de débauche, de viol ou de prostitution sacrée. Une orientation homosexuelle, un amour homosexuel, tout cela n’était pas leur horizon. C’est une différence importante pour tout jugement moral.

Défis et Perspectives Contemporaines

L'Accueil des Personnes Homosexuelles dans les Églises

La question de l’homosexualité pose des défis importants aux Églises chrétiennes. Certaines Églises adoptent une position inclusive, accueillant les personnes homosexuelles et reconnaissant leurs relations. D’autres maintiennent une position plus conservatrice, considérant que les actes homosexuels sont contraires à la volonté de Dieu.

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Matthieu Sanders, pasteur de l'Eglise évangélique de Paris-Centre, souligne que l’accompagnement évangélique des personnes homosexuelles s’est trop souvent assorti de généralisations contestables. Il appelle à cesser de présupposer qu’un « changement d’orientation sexuelle » doit avoir lieu, et de présenter le mariage hétérosexuel comme l’aboutissement souhaité pour chacun. Il insiste sur la nécessité de comprendre que l’homophobie - au sens strict - est une sombre réalité, et d’être conscients que nous avons de nombreux frères et sœurs d’orientation homosexuelle.

La Recherche d'une Voie Juste

Dans ce contexte, les réactions évangéliques tendent à osciller entre capitulation et crispation. Certains remettent en question les convictions chrétiennes historiques et se laissent persuader par des lectures révisionnistes des textes. Plus nombreux sont ceux qui préfèrent éviter à tout prix le sujet. D’autres tendent vers la crispation et manient volontiers un discours agressif et hostile : autrement dit, un discours homophobe au sens strict du terme.

L’évolution de nos sociétés peut aussi nous pousser à une salutaire « remise en question » au sens strict de se poser les bonnes questions, à la lumière des Écritures. Il me semble que c’est le cas pour la problématique de l’homosexualité. Si l’enseignement de la Bible à cet égard me paraît d’une clarté limpide, en revanche nos présupposés et attitudes doivent, à mon sens, évoluer sur plusieurs points.

L'Importance de l'Écoute et du Dialogue

Une réflexion sur l’homosexualité au regard de la foi chrétienne ne peut faire l’économie de l’écoute de la Parole de Dieu. Interpréter implique toujours une certaine chasteté du regard : saisir le texte en le respectant, pour lui permettre de faire résonner toutes ses potentialités dans le contexte du lecteur contemporain. Ceci est vrai pour tout texte, mais plus particulièrement pour le texte biblique, car interpréter celui-ci signifie ultimement découvrir « ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer », « ce qu’il lui a plu de faire passer par les paroles des hagiographes ».

Joël Pralong, prêtre et ancien supérieur du séminaire de Sion (Suisse), souligne l’importance d’écouter ce que vivent les personnes. Il estime qu’en réalité on définit, on conclut, on impose une vision des choses et des actes à faire ou à éviter. La vérité est-elle uniquement un concept qui s’impose d’en haut ? Jésus dit dans l’Évangile : « N’appelez personne père, maître, vous n’avez qu’un seul maître, c’est Dieu. » Il cherche à nous mener au dialogue fraternel, dans lequel personne ne peut prétendre détenir la vérité.

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