L'Évangile nous offre à plusieurs reprises des récits de guérison d'aveugles par Jésus, des miracles qui suscitent toujours l'étonnement et l'interrogation. Parmi ces récits, celui de l'aveugle de naissance occupe une place particulière, notamment dans l'Évangile de Jean. Ce récit ne se limite pas à une simple guérison physique ; il ouvre des perspectives profondes sur la foi, la nature de Dieu et la cécité spirituelle.

Le récit de la guérison à Bethsaïde

Un jour, Jésus et ses disciples arrivèrent à Bethsaïde. Des gens amenèrent à Jésus un aveugle, le suppliant de le toucher. Jésus prit l’aveugle par la main, le conduisit hors du village, lui mit de la salive sur les yeux et lui imposa les mains. Il lui demanda : « Aperçois-tu quelque chose ? » L’homme, levant les yeux, répondit : « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher. » Jésus, de nouveau, imposa les mains sur les yeux de l’homme. Celui-ci se mit à voir normalement, il fut guéri et distinguait tout avec netteté. Jésus le renvoya chez lui en disant : « Ne rentre même pas dans le village. »

Ce passage peut sembler étonnant au premier abord. Pourquoi Jésus choisit-il de guérir l'aveugle en deux temps ? Pourquoi l'emmène-t-il hors du village ?

Promptitude et amour dans l'action

Dès l'arrivée de Jésus, des gens lui présentent un aveugle. Jésus ne pose aucune question, il obéit à la foule et prend l’aveugle immédiatement à l’écart. Il nous apprend ici à répondre à la volonté du Père avec promptitude et amour, sans la repousser au lendemain. Nous avons tendance à remettre à plus tard, mais c’est dans l’instant présent que Jésus nous demande de l’aimer.

Un amour personnel et tendre

Jésus, en prenant l'aveugle par la main et en l'emmenant à l'écart, montre qu'il aime chacun d'un amour personnel et que son amour est d’une tendresse infinie. Il ne cherche pas le succès ni les applaudissements, mais il décide d’aller plus loin pour passer du temps avec cet homme uniquement. Il est important d’avoir des moments de silence avec Jésus chaque jour afin de le rencontrer profondément.

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Le don de soi

Jésus utilise une coutume de l’époque en lui crachant de la salive sur les yeux. Ce geste représente ce qu’il y a de plus intime, ce qui est propre à Jésus. Il ne cesse de se donner entièrement à nous en chaque Eucharistie. Il est important de se donner du mal pour les autres, de ne pas faire les choses à la légère. Nous avons été créés pour aimer à l’image de l’amour infini du Christ, alors laissons-nous habiter et guider par le don de l’Esprit Saint.

La pédagogie divine

Jésus semble avoir de la peine à effectuer ce miracle. Il choisit de guérir cet aveugle en deux temps. Il nous dévoile ici la pédagogie qu’il utilise pour éduquer le cœur de ses apôtres qui bien souvent manquent de foi et de patience. Il nous donne la grâce de progresser dans notre foi, cette foi que nous recevons le jour de notre baptême qui va grandir petit à petit en fonction de l’espace que nous laissons à la grâce divine de se déployer en nous.

Confiance totale

Nous pouvons voir dans la belle attitude de l’aveugle qui se laisse faire par Jésus une invitation à avoir une totale confiance dans la manière dont le Christ va agir pour nous ou pour les personnes que nous lui confions.

Le récit de l'aveugle-né dans l'Évangile de Jean

Le récit de l’aveugle de naissance aurait pu constituer le cinquième opus sur la présence de Jésus à Jérusalem, lors de la fête des Tentes. Outre le cadre temporel, la mention de la piscine de Siloé et la venue à la lumière de celui qui était aveugle, participe à la controverse entre Jésus et les responsables juifs de la cité.

Un récit singulier

Dans l'Évangile de Jean, ce récit est des plus singuliers. D’une part le miracle se produit à la suite d’une question des disciples (et non de la demande de l’homme). D’autre part, l’ensemble du récit développe davantage la défense de cet ancien aveugle face à ses détracteurs que la rencontre avec Jésus. L’aveugle guéri est même le héros solitaire de notre péricope.

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La question des disciples

En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Cet homme né aveugle a-t-il été abandonné de la bénédiction divine dès la naissance ? Qu’a-t-il fait pour mériter ça ? Subit-il les conséquences de la punition divine contre le péché de ses parents ? Dans la pensée populaire de ce premier siècle, Dieu est à l’origine de tout y compris (et peut-être même surtout) des malheurs.

La réponse de Jésus

Le Seigneur ne vient pas sanctionner, ni punir, un nouveau-né, même si ses parents étaient de grands pécheurs (et ce n’est pas leur cas). Il ne vient pas aveugler l’homme, ni l’humanité. Au contraire, par son Fils, il vient le rétablir dans la lumière. Telle est l’œuvre du Fils, lumière du monde (8,12), pour révéler l’amour miséricordieux de ce Dieu Père.

La guérison et ses détails

Jésus guérit l’aveugle de naissance et le récit prend soin d’en détailler la « recette » : faire de la boue avec de la salive mélangée à la terre, l’appliquer sur les yeux, et les laver avec l’eau de Siloé. C’est simple. Et c’est vrai. Aucun guérisseur du temps de Jésus ne s’étonnerait de ces gestes. Autrement dit, Jésus ne fait rien d’extraordinaire. Il ne prononce pas même de mots mystérieux, n’invoque pas son Dieu, ni les démons….

La piscine de Siloé

Si Jésus a quitté la scène, l’évangéliste a préféré rester avec notre aveugle guéri. D’ailleurs cette guérison ne passe pas inaperçue. En cette fête des Tentes, et selon la prophète Zacharie (Za 14,18), elle participe à l’annonce de l’avènement du Jour du Seigneur. La piscine parle d’elle-même.

Le témoignage de l'aveugle

L’aveugle mendiant d’hier, celui qui quémandait, suppliait une obole, est maintenant cerné de questions. Il fait parler. La rumeur coure. Certains doutent de son identité : ce ne peut être lui, puisque qu’il est aveugle de naissance. Il ne saurait être rétabli ou plutôt recréé. Qui peut accomplir un prodige jamais réalisé jusque là ?

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La foi grandissante

Au fur et à mesure, l’homme en dit plus - dans la foi - sur Jésus et se désintéresse du miraculeux. En ce début du récit, il « sait » tout du mode opératoire miraculeux, et ne « sait » rien de Jésus, ni « où il est ». A la fin de ce passage, le savoir sur le miraculeux va laisser place à un croire en Jésus. Ce n’est pas le merveilleux miracle qui a conduit à la foi. Au contraire, c’est la foi en Jésus qui va conduire à l’ultime et véritable miracle.

L'interrogatoire des pharisiens

On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Les pharisiens s’interrogent sur la qualité croyante du guérisseur. Ce dernier a travaillé un jour de sabbat. Son acte contrevient à la Loi. En posant la question du « comment il pouvait voir », les pharisiens veulent savoir si Jésus a manqué au devoir du repos sabbatique.

La division des opinions

Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.

L'interrogatoire des parents

Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents qui témoignent disent à la fois tout, et rien. Tout sur le plan factuel : leur fils est bien né aveugle. Mais quant à témoigner sur Jésus, ils ne le peuvent. La foi ne peut se résumer à un savoir.

L'aveuglement spirituel

Ces juifs de Jérusalem sont enfermés dans un schéma de pensée très formaliste, et enferment ces parents dans la peur. Attachés formellement à la lettre de la Loi, ils en ont oublié le sens. Le sabbat est le jour qui célèbre l’acte créateur se déployant dans le temps. La guérison de Jésus renvoie à Dieu lorsqu’il prit lui aussi de la terre pour modeler l’Adam, l’Homme (Gn 2).

La rhétorique de l'aveugle

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Lui qui est ignorant de naissance, puisqu’il n’était qu’aveugle et mendiant, fait la leçon, et cela de manière magistrale, à ceux qui possèdent le meilleur savoir en Israël. Il ne parle plus comme un homme guéri miraculeusement. C’est un disciple qui parle, un homme qui s’est donc mis à l’école de Jésus bien qu’il ne l’ait pas vu.

La rencontre finale avec Jésus

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » La plaidoirie de l’homme guéri n’a pas réussi à convaincre les pharisiens et les Juifs de Jérusalem. Mais ce n’était pas l’objectif. Son témoignage, à la fois simple et sincère, fut surtout pour lui l’occasion de découvrir, de relire, de saisir, profondément, combien Celui qui lui a parlé ne peut pas être un simple guérisseur lui ayant touché les yeux.

La foi éclairée par la Parole

La foi naît de la Parole et du chemin proposé par Jésus. Chemin inconnu, difficile, avec ses contradicteurs, mais aussi chemin de fidélité envers Lui. Ainsi la foi du disciple n’est pas un acquis figé et orgueilleux, à l’image de celle des pharisiens aveugles. Ce chemin de foi, débarrassé de tout attachement au miraculeux, comme de tout formalisme, mène à cette rencontre avec le Fils de l’homme et Seigneur Jésus.

La renaissance à la foi

Et celui qui était aveugle de naissance, renaît à la foi en celui qui lui parle et qui continue de lui parler, de le former, encore et toujours, comme Adam en les mains de Dieu. La guérison à la foi de cet homme, hier aveugle de naissance, vient, en contraste, révéler l’aveuglement des pharisiens et de leurs partisans.

Interprétations et réflexions

Le péché et la souffrance

Jésus est ému de compassion en découvrant un homme aveugle de naissance dans les rues de Jérusalem. Ses disciples lui posent une question qui manifeste la présence, dans leur esprit, d’une vérité profonde, mais aussi d’une dangereuse erreur. La vérité, c’est que tout mal dans ce monde, toute souffrance dans notre humanité, proviennent du péché. L'erreur, générale parmi les Juifs, consistait à penser que toute souffrance était un châtiment pour des péchés personnels.

La manifestation des œuvres de Dieu

Jésus ne nie pas les péchés de l'aveugle ou ceux de ses parents, mais Il conteste que cette infirmité soit le châtiment spécial de fautes personnelles. Puis il élève les pensées des disciples vers la miséricorde infinie de Dieu qui sait transformer un mal temporel en un bien éternel. Ce sont les « oeuvres de Dieu », cette action salutaire dont Jésus se sait l'organe particulier.

La foi et la guérison

Pour Jésus, comme pour tous ses rachetés, travailler et faire les oeuvres de Dieu n'est possible qu'à un moment précis, celui de la vie présente. Parfois le Seigneur guérissait les malades par une seule parole. D'autres fois, Il les touchait, montrant ainsi la nécessité d'un contact personnel. Enfin, dans certains cas, assez rares, Il employait des moyens visibles. Ici, c'est avec sa salive qu'Il fait une boue et la met, tel un onguent, sur les yeux de l'aveugle.

Siloé : l'envoyé

Ordonner à l'aveugle, comme Il le fait ensuite, d'aller se laver au réservoir de Siloé, exerce sa foi. Son nom (« envoyé ») est précisément, dans cet Evangile, le caractère sous lequel Jésus se présente dans son ministère. Il était venu apporter les trésors de la grâce divine, mais Il n'a pas été reçu. En tout cas, cet aveugle, « s'en alla, et se lava et revint voyant ».

La conversion et son témoignage

Les voisins de l'aveugle guéri discutent pour savoir si c'est bien lui ou quelqu'un qui lui ressemble. Alors il n'esquive pas les questions dont il est assailli et il commence par affirmer : « C'est moi-même ». La conversion ne devrait jamais passer inaperçue. On lui demande alors comment il a été guéri. C'est une question à laquelle personne ne peut répondre. Le comment d'un miracle est toujours un mystère.

Le prophète

Au commencement, il n'a que l'expérience qu'il vient de faire de la puissance et de l'amour de Jésus, mais elle suffit pour l'amener à la conviction que son libérateur est un prophète, un envoyé de Dieu. Désormais, l'apôtre Jean n'emploie plus le terme de pharisiens ; il dit : « les Juifs », expression par laquelle il désigne toujours dans son évangile les adversaires du Seigneur.

La peur et la vérité

De ces deux questions, la première était facile. Quant à la seconde, ses parents ne pouvaient pas - et surtout ne voulaient pas -y répondre. Ils affirment leur filiation et le fait que leur fils est né aveugle. Mais quant à la guérison et touchant celui qui l'a opérée, ils se hâtent de rejeter toute implication, toute connaissance. Leur lâcheté, leur obséquiosité s'expliquent : ils veulent garder leur position, la vérité devrait-elle en souffrir.

La gloire de Dieu

Les adversaires trahissent leur embarras. Ils rappellent une seconde fois l'aveugle guéri. L'incrédulité cherche toujours de nouveaux arguments pour nier l'évidence. Ils voudraient bien l'obliger, sous l'effet de la crainte, à se rétracter ! Ils prennent un ton solennel pour l'inviter à donner gloire à Dieu.

La simplicité et la vérité

Or, grâce à Dieu, l'aveugle guéri ne se laisse pas impressionner par ces hommes qui se sont assis dans la chaire de Moïse ! Sa réponse est remarquable par sa simplicité et sa limpidité ! Les ennemis cherchent à lui arracher un aveu, contraire à sa conscience. Ils ont dit : « nous savons… ». L'homme ne conteste pas leur science, il la laisse de côté et répond : « S'il est un pécheur, je ne sais : je sais une chose, c'est que j'étais aveugle et que maintenant je vois ».

La lumière intérieure

Avec un discernement reçu d'en Haut, l'aveugle guéri, ignorant des subtilités de la religion juive, répond : « Il y a une chose étrange, que vous ne sachiez d'où il est, et Il a ouvert mes yeux ». Ils chassent l'homme dont ils ne peuvent supporter le témoignage, en disant : « Tu es entièrement né dans le péché (allusion à sa cécité dès la naissance) et tu nous enseignes » !

La foi et la rencontre

Jésus, sachant que cet homme a déjà souffert pour Son nom, désire parachever son oeuvre. Il va l'aider à faire un grand pas en avant, en éclairant son âme ! Il le trouve parce qu'il le cherche. Or, il y avait dans le coeur de cet homme une foi sincère envers son bienfaiteur. Il ne demande qu'à faire des progrès : heureuse disposition !

Le jugement et la cécité

Le Seigneur aperçoit alors parmi ceux qui l'entourent, quelques-uns de ces pharisiens endurcis, qui sans cesse l'épient, aveuglés par leur orgueil spirituel, le pire de toutes les formes d'orgueil. Il déclare, devant cet éprouvant cénacle : « Moi je suis venu dans le monde pour le jugement, afin que ceux qui ne voient pas, voient ; et que ceux qui voient deviennent aveugles ».

L'eau de Siloé et l'Esprit

Jésus dit à l’aveugle : « Va te laver dans l’eau, à Siloé. » Le nom « Siloé » veut dire « Envoyé ». L’aveugle y va et il se lave. Quand il revient, il voit clair. La réaction des personnes (parents, voisins…) sur l’identité de l’aveugle manifeste la nouveauté qu’apporte l’Esprit. Il y a une grande différence entre l’aveugle sans initiative, sans liberté au début de la scène, et l’homme libre après la guérison.

La liberté et l'épanouissement

Ce qui compte vraiment, c’est que cet homme était limité et manquait de toute liberté avant de rencontrer Jésus. Il découvre maintenant ce que signifie être une personne et se sentir complètement épanoui. L’Esprit lui a permis de délier toutes les possibilités de devenir un « humain ». Sa vie, cachée et dépendante, est désormais pleine de sens. Il perd sa peur et commence à être lui-même, non seulement en lui-même mais devant les autres.

Le regard christifié

En cette période, nous ressentons l’urgence d’une conversion de notre regard; il faut purifier le regard, le rebaptiser. Regarder avec des yeux je dirais « christifiés». Il ne s’agit pas de n’importe quel regard. Mais plutôt un regard propre, diaphane, libre et désintéressé qui déverrouille et prolonge la vie de l’autre dans une nouvelle direction.

L'art de voir avec le cœur

L’art de voir consiste, fondamentalement, à tout voir avec le cœur. Seul le cœur trouve en tout les empreintes de la Présence ultime, qui regardent du visage de chaque personne, la beauté de chaque créature. Chers amis que la présence, le regard, et la grâce de notre Jésus le Christ, nous illumine dans tout ce que nous voyons.

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