Discuter des menstruations en public semble être une entreprise risquée, mais nos règles ont un impact si important sur nos vies que nous gagnerions à avoir des conversations franches sur le sujet. Cet article explore les menstruations à travers le prisme de la Bible, en tenant compte des contextes culturels et historiques, ainsi que des interprétations théologiques.

Menstruations : Un Aperçu Général

L’âge moyen du début des menstruations est de 12,5 ans. En moyenne, une femme aura ses règles jusqu’à l’âge de cinquante ans, soit un total de 37,5 ans. Les règles font partie intégrante de la façon dont les femmes vivent le monde en tant que créatures incarnées.

Le premier tampon a été inventé en 1937 par un médecin américain pour sa femme, une infirmière. Celle-ci l’encourageait à développer et à commercialiser un produit plus adapté que les serviettes hygiéniques. Les Tampax, comme on les a appelés, ont rencontré une grande résistance de la part des politiciens et du clergé. Les leaders religieux se sont plaints que ces "produits pécheurs" porteraient atteinte à la virginité.

La Bible et les Menstruations : Impureté et Purification

Si nous nous tournons maintenant vers les Écritures, nous lisons qu’au commencement, Dieu a créé l’homme et la femme. Leurs corps étaient différents à dessein, et ensemble ils devaient procréer et remplir la terre. La sexualité, la procréation et tout ce qui les accompagne étaient le bon plan de Dieu pour les porteurs de son image. Nos corps, par conséquent, proclament la bonté de Dieu dans la création. Puisque nous croyons au bon dessein de Dieu, nous pouvons considérer notre corps, y compris sa capacité de procréer, comme bon et comme rendant gloire à notre Créateur. Nous avons été façonnés avec la capacité de concevoir et de nourrir une nouvelle vie en nous.

Et pourtant, la question se pose de savoir ce que nous devons faire des lois de Lévitique 15 concernant les femmes en période de menstruation. Si nous les lisons à travers nos cadres occidentaux, elles semblent dégradantes envers les femmes. Mais, comme je l’ai écrit dans une série d’articles sur comment interpréter les passages difficiles de la Bible, nous devons nous souvenir de certaines choses lorsque nous sommes confrontés à des questions auxquelles nous ne pouvons pas répondre par nous-mêmes. Premièrement, Dieu est bon. Point final. Il nous faut régler cela dans nos cœurs avant d’aller plus loin. Deuxièmement, nous devons faire le dur travail d’éplucher les couches du temps pour comprendre quelque chose de perplexe dans son contexte culturel et historique. C’est un travail difficile.

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Lorsque nous examinons tous les cas possibles d’impureté dans la Torah, l’impureté semble être la norme et la pureté l’exception. Quant à ce passage, nous n’avons pas le temps de lire le chapitre en entier, mais les versets 1 à 17 parlent des règlements concernant l’homme et son impureté, due à une maladie sexuellement transmise et aussi aux simples éjaculations. Ce genre de saignement semble être dû à une infection ou une maladie. La plus grande différence entre les deux est que la femme avec un flux qui dure plus qu’à ordinaire doit offrir un sacrifice (v. 29), tandis que la femme avec ses règles, non. L’homme qui éjacule n’a pas à offrir un sacrifice, mais l’homme avec une infection en offrira. Tous les deux les offriront lorsqu’ils seront purifiés de leur flux (vv.

Être impur ne signifiait pas être coupable. Après tout, enterrer un mort n’était pas un péché, mais cela rendait la personne impure. Avoir des rapports sexuels n’était pas un péché (la Bible l’encourage!), mais cela rendait le couple impur. Avoir la lèpre n’était pas un péché. Tout comme les menstruations, c’était quelque chose que la personne ne pouvait pas choisir. Une femme ne fait pas le choix de se détourner de Dieu une semaine par mois. Elle vit simplement dans le corps que Dieu lui a donné. Remarquez qu’aucun sacrifice n’est requis pour une femme après ses menstruations. Par conséquent, une femme n’est pas mauvaise par nature parce qu’elle a ses règles. Et si elle n’est pas mauvaise, alors elle n’est pas punie. Si elle n’est pas punie, il ne devrait pas y avoir de honte pendant ses menstruations et les actions qui les entourent, y compris ses périodes d’impureté. Il est important de s’en souvenir car, selon la façon dont nous avons été élevées, de nombreuses femmes ont grandi avec une grande honte de leur corps en général, et des menstruations en particulier.

Dans le Proche-Orient ancien, les femmes ayant des menstruations régulières étaient moins nombreuses qu’en Occident aujourd’hui, car les femmes se mariaient plus jeunes et avaient plus d’enfants. Il n’était pas inhabituel pour une femme d’avoir 10 enfants. Et n’oubliez pas que les femmes enceintes n’étaient pas impures sur le plan cérémoniel. En outre, les femmes sevraient leurs petits plus tard, à l’âge de 2 ou 3 ans, de sorte qu’elles ne reprenaient pas leurs cycles menstruels normaux aussi tôt que nous le faisons en Occident après l’accouchement. Nous avons tendance à nous marier plus tard, à avoir des enfants plus tard, à avoir moins d’enfants et à les sevrer plus tôt, de sorte que nous sommes susceptibles d’avoir des menstruations plus nombreuses pour beaucoup plus de temps que nos homologues israélites. Ceci est important car ceci signifie que toutes les femmes n’étaient pas interdites d’entrer dans la présence de Dieu pendant une semaine complète chaque mois.

Kathleen Nielson est une auteure qui nous aide à interpréter le Lévitique 15 et d’autres passages semblables. Dans son livre Women & God: Hard questions. Pourquoi Dieu appellerait-il une femme "impure" lorsqu’elle a ses règles mensuelles? Deux choses nous aident ici: premièrement, si nous lisons l’ensemble du Lévitique 15, nous constatons qu’une attention égale est accordée aux décharges reproductives des hommes, avec une contamination égale et des exigences de purification égales. Dieu ne cherche pas à s’en prendre aux femmes; il cherche à communiquer quelque chose au sujet de la propreté et de l’impureté chez tous les êtres humains.

Le deuxième point, plus large, est le suivant: par ces lois cérémonielles, Dieu communiquait sa sainteté et sa miséricorde. Il faut lire le Lévitique pour comprendre les exigences détaillées de la purification et du sacrifice sanguin, qui soulignent toutes la manière dont notre péché nous empêche d’approcher un Dieu saint. Les écoulements de sang et de sperme ne sont pas mauvais en soi. Ces écoulements étaient des symboles d’impureté. Le sang en lui-même représente la vie: “La vie de toute créature, c’est son sang” (Lv 17.14). Ainsi, la perte de sang, comme dans l’hémorragie d’une femme, était directement associée à la mort - la mort qui s’est abattue sur la race humaine comme jugement de Dieu pour le péché. Ces rituels de purification de l’Ancien Testament pointent en arrière vers la chute et en avant vers le Seigneur Jésus, qui a versé son sang pour nous purifier de notre péché et nous donner la vie éternelle.

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Ève, la Chute et les Conséquences

Puis, nos corps proclament également la bonté de Dieu dans la chute. Nos premiers parents auraient mérité une mort instantanée pour leur péché. Au lieu de cela, Dieu leur témoigne sa miséricorde. Mais leur rébellion entraîne des conséquences. Dans l’oracle du jugement de Genèse 3, l’Éternel dit à Ève qu’il va augmenter considérablement les douleurs de l’accouchement. Ainsi, notre corps proclame non seulement la vérité et la bonté de Dieu notre Créateur, mais aussi de Dieu notre Juge. Depuis la chute, l’ensemble du processus de procréation, avec ses différents systèmes et étapes, s’accompagne de douleurs à de nombreux niveaux, non seulement physiques mais aussi émotionnelles. Pensez aux bouleversements émotionnels que connaissent de nombreuses femmes en raison des changements hormonaux provoqués par le syndrome prémenstruel. Pensez à la douleur de désirer des enfants et de ne pas pouvoir en avoir.

Il est possible que l'auteur de la Genèse ait voulu donner une explication à la souffrance des femmes lors des accouchements, la comprenant comme une "malédiction" de Dieu, réponse à la "désobéissance" d'Ève. Il est important de ne pas isoler ces textes de l'ensemble de la Bible et de les lire à la lumière du visage de Dieu révélé par l'ensemble des Écritures et par Jésus-Christ, qui se présente comme celui qui fait alliance avec l'homme, et non comme celui qui impose souffrances et punitions.

Perspectives Historiques et Culturelles

Toutes les sociétés ont produit des coutumes, des croyances, des interdits à propos des menstruations. On trouve des discussions complexes à ce propos non seulement dans le monde rabbinique depuis l’époque talmudique jusqu’à nos jours, mais aussi dans le monde chrétien, ce que montre bien ce travail. Dans la tradition juive, les rites de purification concernent hommes et femmes : les hommes doivent utiliser le mikve (bain rituel) pour se purifier avant chabbat, avant les fêtes, après un deuil ; les femmes, elles, sont soumises à son utilisation tout au long de leur cycle biologique.

Dans la Bible, la femme est impure le temps de sa menstruation, tout contact avec elle rend impur. À l’époque talmudique (jusqu’au Ve siècle de notre ère), les rabbins ont rajouté 7 jours, dits « blancs », après les règles, et multiplié les interdits. Dans la notion de niddah, il y a l’idée de séparation, de mise à distance du désir ; la patience selon le Talmud étant censée revivifier le désir. Au Moyen Âge, essentiellement en France et en Allemagne, à la question « pourquoi la menstruation existe-t-elle ? », les explications des théologiens chrétiens et des rabbins divergent : pour les premiers la perte de sang est un signe d’imperfection corporelle alors que pour les seconds elle apparaît comme une punition appropriée pour expier la faute d’Eve qui a provoqué la mort d’Adam, et pour maintenir les femmes « dans un état constant de repentance ».

Les femmes sont considérées comme des êtres dangereux, dotés de pouvoirs mystérieux, qu’il faut donc contrôler : peur de la puissance d’un être qui saigne régulièrement et qui n’en meurt pas ? Les auteurs grecs et latins attribuent au sang menstruel divers pouvoirs comme celui de guérir certaines maladies. Les premiers chrétiens mettront l’accent sur le fait que les enfants conçus pendant cette période seraient nécessairement difformes. Les juifs eux, tout au long du Moyen Âge, en Europe, vont conceptualiser et mettre en pratique la nécessité de la séparation, non seulement physique, mais aussi sociale des femmes pendant cette période. De plus en plus importante, elle serait le moyen pour elles de réparer la faute initiale.

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Interprétations Modernes et Réflexions

Dieu soit loué: l’histoire ne s’arrête pas à Genèse 3. Même après la chute, notre corps proclame l’espoir en Dieu. Et la suite de l’histoire, et en particulier les utérus stériles qui sont rendus féconds, nous enseigne l’espoir dans le Rédempteur. Nous avons quelque peu exploré cette idée dans l’article sur l’enfantement comme thème de la théologie biblique. Dieu choisit de rendre gloire à son nom en interrompant de manière spectaculaire les menstruations des matriarches d’Israël, leur permettant ainsi de mettre au monde la vie. Et par leur semence est venu le Libérateur, qui a également connu une naissance surnaturelle.

De nos jours, comment les prédicateurs juifs perpétuent-ils cet interdit ? Spécialiste des milieux orthodoxes juifs, l’auteur fait remarquer qu’à la suite du courant néo-orthodoxe au xixe siècle, on ne parle plus d’« impureté mensuelle », mais de « pureté familiale ». Deux registres de justifications sont développés : médical (protection contre le cancer de l’utérus) et psychoaffectif (entretenir l’amour…). Manifestations de la loi des hommes sur le corps des femmes, les lois de Niddah sont « un domaine dans lequel les femmes juives croyantes expriment leur piété et leur religiosité ». Il serait intéressant d’interroger les femmes qui respectent ces lois, pour savoir comment elles qualifient cette période : ont-elles abandonné l’idée d’« impureté » ?

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