La naissance d'un enfant est un événement généralement rempli de joie et d'anticipation. Cependant, il arrive que des complications surviennent, nécessitant une intervention médicale immédiate, notamment l'intubation du bébé dès la naissance. Cet article vise à informer les parents et les futurs parents sur les causes possibles de l'intubation néonatale, les soins apportés au bébé intubé, et l'accompagnement dont peuvent bénéficier les familles.
Causes de l'intubation néonatale
L'intubation néonatale est une procédure qui consiste à insérer un tube fin et souple dans la trachée du bébé pour l'aider à respirer. Elle est souvent nécessaire dans les situations suivantes :
- Prématurité : Les bébés nés prématurément, avant 37 semaines d'aménorrhée (SA), ont souvent des poumons immatures et ne produisent pas suffisamment de surfactant, une substance essentielle au bon fonctionnement des alvéoles pulmonaires. Cela peut entraîner des difficultés respiratoires importantes nécessitant une assistance respiratoire, parfois via une sonde d’intubation trachéale. Les grands prématurés (nés avant 32 SA) et les très grands prématurés (nés avant 28 SA) sont particulièrement à risque.
- Défaillances d'organes : Les nouveau-nés présentant des défaillances d'organes, notamment respiratoires ou cardiaques, peuvent nécessiter une intubation pour assurer une oxygénation adéquate et soutenir leurs fonctions vitales.
- Problèmes chirurgicaux : Les bébés nés avec des problèmes chirurgicaux, tels que des anomalies digestives, peuvent avoir besoin d'une intubation pour faciliter la ventilation pendant et après l'intervention chirurgicale.
- Infections : Certaines infections, qu'elles soient génito-urinaires ou généralisées, peuvent entraîner une détresse respiratoire chez le nouveau-né, nécessitant une intubation.
- Anomalies congénitales : Des anomalies de l'utérus et/ou du placenta, telles que le placenta prævia, ou un hématome rétro-placentaire, peuvent entraîner une naissance prématurée et une détresse respiratoire nécessitant une intubation.
- Liquide amniotique méconial : La contamination du liquide amniotique par le méconium peut indiquer une situation pathologique anténatale et entraîner des problèmes respiratoires chez le nouveau-né, nécessitant une aspiration et une éventuelle intubation.
- Hypertension maternelle sévère : L'hypertension maternelle sévère, qui peut entraîner des complications graves comme la pré-éclampsie ou l'éclampsie, est l'origine d'environ 20 % des accouchements provoqués avant 32 semaines de grossesse. Elle peut affecter le fœtus et nécessiter une intubation après la naissance.
- État prélétal : Un état prélétal, résultant d'une insuffisance d'oxygénation d'origine placentaire, peut conduire à une détresse néonatale sévère nécessitant une réanimation intensive, y compris l'intubation.
Soins apportés au bébé intubé
Un bébé intubé reçoit des soins spécifiques et adaptés à ses besoins. Ces soins sont généralement prodigués dans une unité de réanimation néonatale ou de soins intensifs néonatals. Voici quelques aspects clés de ces soins :
- Assistance respiratoire : Le respirateur envoie un mélange d’air et d’oxygène directement dans les poumons du bébé par l’intermédiaire de la sonde d’intubation. Le respirateur, comme le “scope”, sonne à la moindre anomalie.
- Surveillance continue : Pendant un certain temps, dépendant de son évolution, on colle des pastilles blanches ou électrodes, trois en général, sur sa poitrine. Elles sont reliées à un appareil, le cardioscope ou “scope”, qui indique le rythme de son cœur, parfois aussi celui de sa respiration. Il y a une alarme qui sonne à la moindre anomalie pour prévenir les soignants. Les moniteurs de la réanimation néonatale affichent le rythme cardiaque du bébé, sa fréquence respiratoire, sa pression artérielle ainsi que son taux d’oxygène sanguin.
- Alimentation : Lorsque votre bébé ne peut pas téter ou boire un biberon, on installe une sonde gastrique : c’est un autre tuyau, plus fin, qui passe par la bouche ou le nez et qui va dans l’estomac. Elle permet de recevoir le lait maternel ou un lait adapté à sa situation. Lorsque le tube digestif de votre bébé n’est pas encore prêt à digérer le lait, il peut être nourri par des perfusions. On fait passer un liquide nutritif par une aiguille appelée microperfuseur, placée dans une de ses veines. Elle peut être posée sur le bras, la main, le pied, ou au niveau de la tête car les veines sont bien visibles à cet endroit : on l’appelle alors perfusion épicrânienne. Si votre bébé doit être perfusé pour une durée assez longue, les perfusions passent par l’intermédiaire d’un cathéter adapté à sa taille qui va jusque dans les grosses veines que l’on ne voit pas.
- Surveillance de la douleur et du confort : Lors des différents soins et examens, l’équipe médicale veillera à limiter la douleur et l’inconfort de votre bébé. Pour cela, différents moyens, médicamenteux ou non, sont à leur disposition. Les études scientifiques ont démontré que lorsque le bébé est en peau-à-peau et/ou tète au sein lors d’un soin douloureux, l’effet antalgique est égal ou supérieur à l’administration du saccharose. Les soins peuvent être regroupés, pour éviter de faire plusieurs prises de sang par exemple. Le matériel médical utilisé est adapté aux bébés : les aiguilles sont plus fines, le sparadrap se décolle facilement.
- Hygiène : Au début, lorsque votre bébé est en incubateur, une simple toilette des plis (cou, aisselles et aine) est suffisante pour lui assurer une bonne hygiène. Votre bébé est pesé et mesuré régulièrement, si possible pendant sa toilette. Ses soins de cordon ombilical puis d’ombilic se font aussi à ce moment-là et lors des changes.
- Aspiration des sécrétions : Si votre bébé est intubé, pour l’aider à évacuer sa salive et ses sécrétions, on lui fait régulièrement des aspirations nasales et buccales par une petite sonde. Mais le plus important, ce sont les aspirations trachéales : tout le monde a des sécrétions dans sa trachée, mais à cause de la sonde, votre bébé en a encore plus mais ne peut pas s’en débarrasser comme vous, en toussant et en avalant. La fréquence de ces aspirations dépend de la quantité de sécrétions dans la trachée et de l’état respiratoire.
- Examens complémentaires : Pour connaître la composition du sang de votre bébé, savoir s’il présente une infection, détecter une anémie (fréquente chez les bébés prématurés), des prises de sang seront nécessaires. Dès le troisième jour de vie, comme pour tous les bébés, on effectue le TSH-Guthrie. Il sert à dépister certaines maladies qui exigent une prise en charge particulière, comme un régime spécial par exemple, dès la naissance. Si les médecins ont besoin de recueillir les urines pour les analyser, on utilise une poche à urine en plastique qui adhère à la peau ou parfois aussi une simple compresse. Il y a aussi l’échographie transfontanellaire ou ETF. On fait l’échographie à cet endroit du crâne où les os ne sont pas encore soudés. Enfin, les médecins surveillent le développement du système nerveux avec l’électro encéphalogramme ou EEG. Pour cela, ils placent huit électrodes sur le cuir chevelu.
Accompagnement des parents
La naissance d'un bébé nécessitant une intubation peut être une expérience stressante et angoissante pour les parents. Il est essentiel de leur offrir un soutien adapté pour les aider à faire face à cette situation difficile. Voici quelques aspects importants de cet accompagnement :
- Information et communication : Les médecins sont conscients de l’angoisse que peut susciter la réanimation néonatale chez les jeunes parents et veillent à les rassurer en communiquant régulièrement avec eux. « Le plus important, c’est d’employer des mots faciles, de ne leur cacher aucune information, surtout qu'on ne peut pas prévoir à l'avance combien de temps ils vont passer au sein du service: on leur dit, explique Ghida Ghostine. On essaye le plus souvent de communiquer avec le père et la mère en même temps.
- Soutien psychologique : En parallèle, des pédopsychiatres sont présents pour les soutenir dans leurs angoisses, et la famille peut également être un soutien important. Si vous le souhaitez, vous pourrez également rencontrer un(e) psychologue pour des temps d’échange et d’écoute afin d’exprimer vos besoins, vos attentes, vos difficultés, vos inquiétudes.
- Participation aux soins : Votre participation aux soins est essentielle pour votre bébé et possible dès les premiers jours. Les soins vous seront proposés sans vous être imposés. Vous serez toujours accompagnés et soutenus si vous le souhaitez. Même si au début, vous ne pourrez pas ou vous ne vous sentirez peut-être pas capable de vous occuper des soins de votre bébé (la toilette, la pesée…), progressivement et grâce aux conseils de l’équipe soignante, vous pourrez prendre le relais sur ces soins de maternage. Lorsque votre bébé sera capable de téter, vous pourrez vous charger de le nourrir.
- Contact avec le bébé : Votre bébé entend parfaitement vos voix à travers le plexiglas de l’incubateur, alors n’ayez pas peur de lui parler : racontez-lui tout ce que vous faites, parlez-lui de sa famille, de ce que vous ressentez. Votre bébé ne comprend peut-être pas les mots, mais grâce aux différentes tonalités, à la musique que fait votre voix, il comprend beaucoup de choses et ce qui se passe autour de lui devient moins inconnu, moins stressant. Dès que votre bébé en sera capable et que vous vous sentirez prêts, l’équipe soignante vous proposera de porter votre bébé contre vous, en peau à peau. C’est l’occasion pour votre bébé de retrouver votre voix, votre odeur, les battements de votre cœur… et pour vous de partager avec votre enfant vos tous premiers câlins. Néanmoins, certains parents peuvent éprouver de la peur de tenir un si petit bébé contre soi, peur d’être maladroit, de lui transmettre des microbes… mais l’équipe soignante est là pour vous rassurer et vous montrer comment faire. Quoiqu’il en soit, porter son enfant en peau à peau ne doit pas être une contrainte. Ce livret destiné aux parents de bébés nés prématurés explique concrètement comment pratiquer la méthode du peau à peau. Masser votre bébé peut lui apporter beaucoup de détente et de bien-être. D’après certaines études, les massages favorisent également la prise de poids et peuvent stimuler les différents systèmes (circulatoire, immunitaire, nerveux, digestif, etc.). Et comme pour la pratique du peau à peau, ce sont des moments privilégiés entre vous et votre bébé.
- Préparation à la sortie : La pré-sortie : pour préparer au retour à la maison. La plupart des services sont maintenant ouverts 24h /24 aux parents, vous pouvez donc venir quand vous le souhaitez, sans limitation de temps. Les premiers jours (et quelquefois plus longtemps), lorsque la maman est hospitalisée, le papa est souvent en première ligne. Chaque service a un fonctionnement différent. Parfois, un grand couloir vitré fait le tour de l’unité : c’est la galerie visiteurs. Elle permet à tous de voir votre bébé dans l’incubateur ou dans son berceau. Parfois aussi, les visiteurs sont autorisés à entrer dans le service, toujours en concertation avec l’équipe soignante et en veillant à limiter le nombre de personnes. Vous pouvez téléphoner dans le service à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour avoir des nouvelles de votre bébé. La personne qui s'en occupe, si elle n’est pas en train de faire un soin, viendra répondre.
- Soutien après la sortie : Au moment de la sortie de l’hôpital, des modalités d’accompagnement et de suivi doivent être mises en place avec des relais en ville (médecin traitant, pédiatre, PMI…). Une surveillance systématisée et organisée des enfants prématurés est également mise en place par le biais des « réseaux de suivi des enfants vulnérables ». Par la suite, le développement de l’enfant est suivi dans des consultations dédiées afin de pouvoir dépister précocement des trajectoires neurodéveloppementales atypiques qui pourraient bénéficier de prise en charge. Les associations de parents jouent également un rôle important dans le soutien aux familles après une naissance prématurée, pendant et au-delà de l’hospitalisation.
Incubateur: un environnement protecteur
Cette grosse boîte en plexiglas transparente a plusieurs rôles : elle aide votre bébé à maintenir sa température autour de 37 °C. Elle permet aussi de bien le surveiller et le protège de certaines infections. Une sonde thermique (un petit fil que l’on colle sur la peau grâce à une pastille) est reliée à l’incubateur pour lui permettre de régler sa température en fonction de celle de votre bébé. La pastille est souvent changée de place pour ne pas abîmer la peau. Si la température de votre bébé baisse un peu trop, une sonnerie prévient le soignant. La température est également vérifiée régulièrement en plaçant sous le bras un thermomètre traditionnel. Si votre bébé est d’un petit poids et que, malgré l’incubateur, il a du mal à maintenir sa température, on peut lui mettre des chaussons, des moufles et un bonnet.Les prématurés sont placés dans des couveuses chauffées et humidifiées pour maintenir leur température centrale entre 36,5°C et 37,5°C. Les enfants peuvent sortir de ces couveuses lorsque leur poids et leur capacité à réguler leur température le leur permettent.
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Importance de la recherche
La recherche vise en particulier à mieux comprendre les facteurs associés à un meilleur pronostic des enfants prématurés. L’étude Epipage‑2 menée par l’Inserm depuis 2011 est un très grand projet de recherche observationnel sur la prématurité en France, avec de nombreuses sous-études. Elle implique des équipes de recherche Inserm, universitaires et hospitalières issues de 25 régions françaises. Cette étude se fonde sur les données relatives à plus de 7 000 naissances survenues avant 35 semaines de grossesse (enfants nés vivants ou mort-nés) dans ces 25 régions. Parmi les enfants qui ont survécu à la période néonatale, 4 200 seront suivi jusqu’à leurs 12 ans. L’objectif est de mieux connaître le devenir neurodéveloppemental et en santé de ces enfants, au regard des évolutions des pratiques médicales et de l’organisation des soins (cf encadré). Une des originalités de l’étude Epipage 2 est d’avoir permis la mise en place de plusieurs projets complémentaires et multidisciplinaires dans le champ de l’imagerie cérébrale, des biomarqueurs, de la nutrition, des interactions mère-enfant, de la douleur et de l’éthique. Au plan européen, le projet européen RECAP Preterm (Research on European Children and Adults Born Preterm) est une initiative qui vise à promouvoir la recherche sur le sujet en réunissant des études qui suivent des enfants grands prématurés pendant l’enfance et jusqu’à l’âge adulte. Des équipes de 15 pays, dont la France, sont impliquées. Leurs thématiques de recherche se concentrent sur la prise en charge médicale en néonatologie, mais aussi sur des questions plus larges relative à l’éthique et l’organisation des soins, ainsi que sur des aspects sociaux comme l’éducation.
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