Entre 2 et 5 % des femmes connaissent plusieurs fausses couches consécutives, une expérience bouleversante et frustrante. Bien que cela reste très désagréable, faire plusieurs fausses couches n’est pas dangereux pour la santé (du moins la santé physique). Cet article explore les causes de ces avortements spontanés précoces à répétition, les solutions pour les prévenir et les traitements disponibles, tout en démystifiant certaines idées reçues.

Définition des Fausses Couches Spontanées Répétées (FCSR)

La fausse couche spontanée se définit comme la perte inespérée d’une gestation avant que le fœtus ne soit viable, c’est-à-dire avant la semaine 22 et au-dessous d’un poids de 500g. Les fausses couches sont dites répétées à partir de 2 fausses couches consécutives avant 40 ans. On estime que 1 à 5 % des couples sont concernés par des fausses couches spontanées à répétition (FCSR). Cependant, la définition diffère selon les sociétés savantes, et les causes et facteurs de risque ne sont pas tous clairement établis. Ainsi, leur prise en charge n’est pas consensuelle, ce qui peut induire de la frustration chez les couples et les soignants.

En 2014, le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a défini les FCSR comme l’expulsion spontanée d’au moins trois grossesses intra-utérines avant 14 SA. En 2017, l’International Committee for Monitoring Assisted Reproductive Technologies (ICMART) parle, quant à lui, de deux pertes fœtales avant 22 SA.

Causes des Fausses Couches Répétées

Les causes des fausses couches répétées sont multiples et d’origines variées. La moitié des fausses couches répétées sont liées à des anomalies chromosomiques. La plupart du temps, cet accident malheureux se produit de manière totalement fortuite, et n’empêche pas le bon déroulement d’une grossesse future.

Anomalies Chromosomiques

L’essentielle des fausses couches précoces résulte d’anomalies génétiques survenues soit au moment de la fécondation soit le plus souvent lors des premières divisions cellulaire faisant suite à la fécondation. L’altération chromosomique de l’embryon est de loin la cause la plus fréquente de fausse-couche spontanée durant le premier trimestre de grossesse (observée dans au moins 50% des cas), particulièrement ses dernières années, depuis que les femmes ont retardé leur première grossesse à des âges plus avancés. Cette anomalie peut être accidentelle lors de la fécondation, ou être portée par l’un des membres du couple. La conséquence : elle va entraîner la formation à répétition d’œufs anormaux. Une consultation génétique peut être envisagée, afin de rechercher ces anomalies : il s'agira d'établir le caryotype sanguin. L’analyse se résume à une prise de sang faite à chaque membre du couple. Le généticien va vérifier que le nombre de chromosomes correspond à la normalité, et surtout que leur composition est correcte.

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Anomalies Utérines

Parfois, l’anomalie se trouve au niveau de l’utérus. Utérus cloisonné (séparé par une cloison), bicorne (en deux parties), synéchies (accolement des deux faces de l'intérieur de l'utérus), endométriose (présence de morceaux d’endomètre en dehors de la cavité utérine)… Ces malformations d'origine congénitale ou pathologique peuvent gêner l’implantation de l’œuf et entraîner un avortement spontané. Des examens d'imagerie (échographie ou IRM pelvienne) permettent de détecter ce type de problème. Les anomalies utérines congénitales (utérus cloisonné, utérus unicorne ou bicorne) mais aussi les anomalies acquises comme les myomes intra-cavitaires (FIGO type 0, 1 ou 2) et les polypes sont également des facteurs de risque de FCS.

Dérèglements Hormonaux

Près de 15 % des avortement spontanés sont liés à une insuffisance ovarienne. De nombreux dérèglements hormonaux peuvent provoquer des fausses couches répétitives, comme par exemple une augmentation de la prolactine, un déficit en œstrogènes/progestérone, un problème de thyroïde… Pour détecter ces anomalies, un bilan hormonal doit être réalisé au 3e jour du cycle. Les pathologies thyroïdiennes, et surtout l’hypothyroïdie ou la présence d’auto-anticorps, sont des facteurs de risque reconnus.

Facteurs Immunologiques

Il arrive que les fausses couches répétées aient une cause immunologique. Le système immunitaire de la mère produit des anticorps qui rejettent l’embryon. Syndrome Antiphospholipide (SAF), observé chez 10 à 15% des femmes qui souffrent de fausses-couches à répétition. Ce syndrome appartient à un groupe de situations caractérisées par l’augmentation de la coagulabilité sanguine dénommées dans l’ensemble thrombophilies. Les thrombophilies peuvent avoir une origine génétique-congénitale (dans ces cas les personnes naissent avec certains facteurs en lien avec la formation et la dissolution de caillots qui sont altérés) ou une origine acquise liée à une altération de l’immunité. Le SAF appartient au groupe des thrombophilies acquises.

Infections

Quelquefois, c’est une maladie qui provoque l’interruption de la grossesse. Infections: Toxoplasme, Cytomégalovirus, Rubéole, Herpes, Urée plasmatique, Chlamydia, …les agents infectieux pouvant déboucher sur la perte de grossesse sont nombreux. Cependant, aucun d’eux ne durent suffisamment long temps pour produire des pertes à répétition. Certaines maladies maternelles augmentent le risque de fausse couche. une infection, par exemple la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus, etc.

Facteur Masculin

Facteur Masculin: classiquement on ne lui attribuait aucune valeur de cause sauf chez les hommes présentant des altérations du caryotype. Les recherches réalisées ces dernières années indiquent que des altérations dans la formation des spermatozoïdes (spermatogénèse) peuvent être à l’origine des fausses-couches à répétition. En cas de fausses couches à répétition, l’homme doit lui aussi passer des examens.

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Autres Facteurs de Risque

De nombreux facteurs de risque sont clairement identifiés dans les fausses couches spontanées (FCS) isolées, mais leur imputabilité est rarement étudiée pour les FCSR. Si l’âge maternel est le principal facteur de risque de pertes de grossesse, l’âge paternel, le nombre de FCS antérieures, le mode de vie et l’environnement sont également des facteurs de risque identifiés.

  • Âge maternel: L’âge maternel est le facteur de risque majeur de perte de grossesse et de pertes de grossesses à répétition. En effet, la qualité ovocytaire diminue avec l’âge, induisant une augmentation du risque d’anomalies chromosomiques embryonnaires et, par conséquent, de FCS. Une étude prospective publiée en 2019 a mis en évidence que le taux de FCS chez les femmes de 25 à 29 ans est d’environ 10 % et qu’il augmente rapidement après 30 ans, pour atteindre 53 % chez les femmes âgées de plus de 45 ans. Le risque d’avortement spontané augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans.
  • Nombre de FCS antérieures: L’impact du nombre de FCS antérieures sur le risque de fausse couche spontanée lors de la grossesse suivante a été confirmé par différentes études. Si une fausse couche unique n’a aucune influence sur le succès des grossesses futures, l’existence de deux fausses couches successives (avec le même père) semble augmenter le risque d’en développer une nouvelle.
  • Tabac et Alcool: Le tabac est fortement associé à des issues obstétricales et néonatales défavorables. Ainsi, un sevrage tabagique est recommandé pour toutes les femmes enceintes. La consommation d’alcool est un facteur de risque de perte de grossesse et un facteur de risque prouvé d’anomalies congénitales.
  • Facteurs environnementaux: Concernant les facteurs environnementaux il est important de rappeler à nouveau l’importance de supprimer l’exposition aux toxiques durant la grossesse.

Causes Inexpliquées

Malgré l’avancée de la recherche, 50% des fausses couches répétées restent aujourd’hui inexpliquées. Après avoir réalisé toutes les études pertinentes connues actuellement, pour un pourcentage de patientes il sera impossible d’identifier la cause. Pour tenter de mieux comprendre les fausses couches inexpliquées (la grande majorité des cas encore aujourd’hui), l’immunologie est une approche étudiée.

Diagnostic des Fausses Couches Répétées

En se fondant sur les définitions émises par les différentes sociétés savantes concernant les FCSR, il semble légitime de proposer un bilan complémentaire à toute patiente ayant un antécédent d’au moins deux pertes de grossesse. Ce bilan vient en complément d’un interrogatoire complet, centré notamment sur le mode de vie des couples. Il vise à dépister les facteurs potentiellement impliqués dans les pertes de grossesse afin, d’une part, d’apporter une information aux couples et, d’autre part, de mettre en place un traitement adapté.

Le premier bilan systématique peut être réalisé en ville sur prescription du médecin traitant, dès la perte de deux grossesses.

Examens Recommandés

  • Caryotype sanguin: Afin de rechercher des anomalies chromosomiques chez les deux membres du couple.
  • Examens d'imagerie (échographie ou IRM pelvienne): Pour détecter des anomalies utérines. Réalisation d’une échographie pelvienne avec reconstruction en trois dimensions de l’utérus, à la recherche d’une malformation, qu’elle soit congénitale ou acquise.
  • Bilan hormonal: Pour détecter des dérèglements hormonaux, réalisé au 3e jour du cycle.
  • Recherche d'anticorps antiphospholipides: Pour diagnostiquer le Syndrome Antiphospholipide (SAF).
  • Autres bilans: D’autres bilans simples sont recommandés par certaines sociétés savantes alors que la prise en charge n’a pas fait la preuve de son efficacité pour diminuer les risques de FCR ultérieure. Cependant, cela peut permettre d’identifier une cause possible de FCSR, et donc de rassurer les couples.

Traitements et Prise en Charge des Fausses Couches Répétées

En fonction des résultats médicaux des examens réalisés face à des fausses couches à répétition, plusieurs traitements sont possibles. Les découvertes médicales, biologiques et technologiques qui se sont développées au cours de ces dernières décennies ont permis de parvenir à un diagnostic de cause dans de nombreux cas et ainsi pouvoir corriger ou palier les éventuelles causes. Dre. Le traitement des fausses couches sera ciblé en fonction des résultats retrouvés lors du bilan complet. Il n’existe pas de traitement général, et chaque couple aura besoin d’un traitement personnalisé.

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  • Anomalies génétiques, chromosomiques ou utérines: En cas d’anomalies génétiques, chromosomiques ou utérines, une fécondation in vitro est parfois proposée. En cas d’anomalies génétiques ou chromosomiques, un diagnostic préimplantatoire pourra être effectué avant une éventuelle FIV. Aussi appelé DPI, il permet de détecter d’éventuelles anomalies génétiques ou chromosomiques sur les embryons, et permet d’augmenter la probabilité d’avoir un enfant en bonne santé.
  • Dérèglement hormonal: Lorsqu’on décèle un dérèglement hormonal, un traitement à base d’hormones spécifiques prescrites à un certain moment du cycle permet bien souvent de régler le problème.
  • Traitement empirique: Enfin, en l’absence de causes identifiées par les spécialistes (ce qui arrive souvent), on donne à certaines femmes de l’aspirine : 75 mg par jour dès le début de la grossesse. Un anticoagulant, l’Héparine, est également prescrit.
  • Prise en charge hygiénodiététique: Il est primordial de souligner que la prise en charge hygiénodiététique est un axe clé pour les couples ayant des FCSR. Une information et une éducation sur le mode de vie, les habitudes alimentaires et la consommation alcoolo-tabagique est fondamentale.

Il existe par ailleurs de nombreux autres traitements qui ont été testés ou sont en cours d’étude. Ils peuvent être proposés dans un cadre hospitalier ou de protocoles de recherche. On peut citer, par exemple, l’aspirine, les héparines de bas poids moléculaire (HBPM), les corticoïdes, les immunothérapies… Cependant, ces derniers n’ont pas fait la preuve de leur efficacité et il n’est donc pas recommandé de les prescrire en routine.

Soutien Psychologique

L’absence de cause identifiée dans la majorité des situations et le vécu traumatisant et répétitif de la grossesse arrêtée peuvent avoir un impact majeur sur le quotidien des couples ainsi que sur leur santé mentale. Lors d’une nouvelle grossesse, un protocole dit de « cocooning » ou « tender loving care » peut être proposé au couple. Il s’agit d’un suivi clinique régulier alternant avec des échographies rapprochées, une semaine sur deux par exemple, permettant une écoute, une réassurance et un accompagnement. En effet, il est très difficile pour ces couples de supporter les premières semaines de grossesse étant donné leur passé douloureux.

Associations de soutien

l’association Agapa accompagne et soutient les personnes confrontées à un deuil périnatal ou à une interruption de grossesse. Elle propose des séances de groupe de parole aussi bien en distanciel qu’en présentiel dans certaines villes. le collectif BAMP est une association de patients et d’ex-patients de l’assistance médicale à la procréation, de personnes infertiles ou stériles ayant recours aux techniques d’assistance médicale à la procréation.

Impact Psychologique et Importance du Soutien

Pour les autres fausses couches, il faut distinguer les conséquences physiques (en particulier lorsqu’il y a un simple arrêt d’évolution de la grossesse sans expulsion spontanée et que cela a nécessité une intervention obstétricale), des conséquences psychiques. En effet, ces dernières ont une importance non négligeable puisqu’il est souvent difficile de faire le deuil d’un projet d’enfant.

Compte tenu de l’impact physique, sociologique et économique des fausses couches spontanées à répétition, plusieurs services spécialisés dans la prise en charge globale et multidisciplinaire de ces pertes de grossesse à répétition ont récemment vu le jour.

Idées Reçues sur les Fausses Couches

Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.

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