L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet sensible, souvent entouré d'idées reçues et d'informations erronées. Parmi les préoccupations les plus fréquemment exprimées figure le lien potentiel entre l'avortement et le risque de cancer, notamment le cancer du sein. Cet article vise à examiner les preuves scientifiques disponibles, à démystifier les mythes et à fournir une information claire et précise sur cette question.

Idées Reçues et Réalités Scientifiques

De nombreux sites et groupes opposés à l'IVG mettent en avant l'idée que l'avortement augmente le risque de cancer du sein et d'autres types de cancer. Ces affirmations sont souvent basées sur des études anciennes ou méthodologiquement biaisées.

L'IVG augmente-t-elle le risque de cancer du sein ?

FAUX. Selon le site anti-avortement IVG.net, l’interruption volontaire de grossesse exposerait les femmes à des cancers du sein et… des poumons, « probablement dû à une plus grande consommation de tabac en post-IVG ». Une étude de l'American College of Obstetricians and Gynecologists, publiée en 2009 et réaffirmée en 2018, met en évidence le fait que cette conséquence supposée de l’IVG relève de la légende urbaine. Le rapport conclut que « les études antérieures démontrant un lien entre avortement et cancer du sein étaient méthodologiquement biaisées », avant de rappeler que les études les plus récentes et rigoureuses n’avaient montré aucune relation causale entre avortement et augmentation du risque de contracter un cancer du sein.

Certaines études, souvent citées par des organisations anti-IVG, affirment que l'IVG serait le principal facteur de risque du cancer du sein et que ce risque s’accroît pour les femmes ayant subi de nombreuses IVG et sans enfant. Une étude de l’Université de médecine d’Istanbul annonçait même une augmentation de 66 % du risque de cancer du sein après une IVG. Cependant, ces études sont généralement considérées comme peu fiables en raison de biais méthodologiques et de limitations dans la collecte de données.

Contraceptifs oraux et cancer du sein "triple négatif"

Il est important de noter qu'une étude de l’équipe du professeur Jessica Dolle du Fred Hutchinson Cancer Research Center, publiée en avril 2009, a mis en évidence un lien entre la prise de contraceptifs oraux et les risques de cancer du sein « triple négatif » (forme agressive de cancer du sein qui comporte un taux de mortalité élevé). Les conclusions de l’étude sont sans appel : pour les femmes qui ont utilisé des contraceptifs oraux avant l’âge de 18 ans, le risque de développer un cancer du sein « triple négatif » est multiplié par 3,7. Cependant, il est crucial de ne pas confondre cette association avec un lien direct entre l'IVG et le cancer du sein.

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Autres Risques et Considérations Liées à l'IVG

Si le lien entre l'IVG et le cancer est largement réfuté par la science, il est important de prendre en compte d'autres aspects liés à la santé des femmes et à l'avortement.

Fertilité et IVG

Une autre idée reçue fréquemment véhiculée est que l'IVG met en péril la fertilité des femmes. Les militants anti-avortement affirment que l’IVG serait néfaste pour la santé reproductive des femmes et, dans de nombreux cas, les empêcherait de mener à terme une grossesse désirée. Ils avancent que « l’IVG par aspiration peut endommager les organes de reproduction et provoquer des problèmes à long terme qui mettent en jeu de futures grossesses. Les femmes qui se font avorter sont plus susceptibles d’avoir des grossesses extra-utérines, des problèmes de stérilité, de faire des fausses couches ou des accouchements prématurés, que les femmes qui n’ont pas subi d’avortement ».

Cependant, un document émanant du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, paru en 2016, relève que l’IVG instrumentale n’est pas associée à une augmentation du risque d’infertilité ultérieure. Les maux associés par les militants anti-IVG à l’avortement sont, eux aussi, écartés par la science. Le risque de décès est, en France, de l’ordre de moins de 1 femme pour 100 000, soit un chiffre largement inférieur au risque de décès lors d’un accouchement.

Conséquences psychologiques

L’idée d’un syndrome post avortement n’existe pas. Les conséquences psychologiques, ou les traumatismes après un avortement varient d’une femme à l’autre et peuvent être liés à l’accompagnement de la femme. Il n’est en effet pas envisagé de nier la tristesse que peuvent ressentir certaines femmes dont la situation peut être difficile. L’accompagnement par un professionnel est alors important. Des études sérieuses, comme celle publiée dans la revue Social Science & Medicine en 2008, qui prend notamment en compte les antécédents de dépression au sein de la cohorte des femmes suivies, ne démontrent aucune différence significative en matière de troubles psychiatriques entre les femmes ayant subi une IVG et celles n’en ayant jamais fait l’expérience.

Avortements non médicalisés

Une étude de l’Organisation mondiale de la santé relayée sur le journal Lancet en septembre 2017 met en évidence la dangerosité de l’avortement pour les femmes dans les pays où ce dernier n’est pas autorisé. Si le pourcentage d’avortements considérés comme « sûrs » pour la santé de la femme s’élève à 97,9 % en Europe du Nord, il n’est que de 11,8 % en Afrique subsaharienne et de 18,4 % dans les pays d’Amérique centrale, farouchement opposés à l’avortement pour des raisons religieuses. Les causes de ces disparités s’expliquent par le manque d’hygiène des avortements clandestins dans les pays où cette intervention n’est pas légale. Une étude du CEPED (centre population et développement, rattaché à l’INED) rapportait l’insertion dans le vagin d’objets tels que des rayons de vélo, des cathéters, du verre pillé ou des racines de plantes.

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Méthodes d'avortement

Le curetage pour une IVG n’est pas la méthode la plus souvent pratiquée. En cas d’IVG, mais aussi de fausses couches, la méthode par aspiration douce est préférée. Contrairement au curetage cette technique est moins agressive et ne cause pas de dommages à l’utérus.

L’avortement « naturel » avec de l’ail ou du gingembre ? Introduits dans le vagin, les végétaux peuvent donner des inflammations ou des infections mais ne permettent pas d’avorter. De plus le risque principal est de perdre du temps pour l’IVG. Si une femme cherche à avorter, l’IVG médicamenteuse ou l’IVG chirurgicale est disponible et sûre. En cas de difficultés ne pas hésiter à contacter un professionnel qui pourra vous aider à choisir la méthode IVG efficace qui vous correspond le mieux.

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