L'avortement, une pratique universellement répandue pour limiter les naissances, suscite des débats passionnés et des divergences d'opinions, particulièrement en ce qui concerne sa légalité et son accès. Bien que de nombreux pays aient assoupli leurs lois sur l'avortement, le rendant légal et accessible, la réalité sur le terrain est souvent complexe, marquée par des inégalités et des défis persistants. En Iran, comme dans de nombreuses autres régions du monde, les avortements clandestins demeurent une préoccupation majeure, avec des implications significatives pour la santé des femmes et les droits reproductifs.

L'Avortement dans le Monde : Un Aperçu Général

Plus de 40 % des femmes en âge de procréer vivent dans des États où la législation entrave ou restreint le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Malgré ces restrictions, les femmes ont recours à l'avortement dans des proportions similaires, que la loi l'autorise ou l'interdise. La différence réside dans les risques encourus : les avortements clandestins sont une cause majeure de mortalité maternelle à l'échelle mondiale.

La France est devenue le premier État au monde à constitutionnaliser « la liberté garantie de la femme de recourir au droit à l’interruption volontaire de grossesse » (IVG). Cette initiative a été lancée en réaction à l'abrogation, en juin 2022, de l'arrêt Roe vs Wade aux États-Unis, qui garantissait le droit à l'avortement.

Selon l'ONG américaine Center for Reproductive Rights (CRR), 77 États autorisent l'avortement sans restriction autre que la durée de gestation. Cependant, 21 pays, dont l'Égypte, l'Irak, le Sénégal et les Philippines, interdisent formellement toute interruption de grossesse.

L'Afrique Subsaharienne : Un Contexte Particulièrement Critique

L'Afrique subsaharienne présente le taux le plus élevé au monde de décès liés à l'avortement. Des pays comme Madagascar, la Mauritanie et l'Égypte interdisent totalement l'avortement, tandis que d'autres n'autorisent l'accès à un avortement médicalisé qu'en cas de danger pour la vie de la mère. Même dans les pays où l'avortement est autorisé, l'accès à des services sûrs et légaux est souvent limité.

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Au Bénin, par exemple, au moins 200 femmes mouraient chaque année en raison de complications survenues lors d'interventions clandestines. La modification de la loi fin 2021 pour légaliser l'avortement visait à mettre un terme à ces tragédies. Cependant, l'accès à l'avortement médicalisé reste limité dans de nombreux pays africains, ce qui contraint les femmes à recourir à des pratiques dangereuses.

Sociologie de l'Avortement : Déconstruire les Idées Reçues

L'ouvrage Sociologie de l'avortement de Marie Mathieu et Laurine Thizy offre une analyse approfondie de l'avortement en tant que phénomène social. Les autrices déconstruisent les idées reçues, telles que le lien entre recours à l'IVG et comportement contraceptif irresponsable, ou l'association systématique entre avortement et mal-être psychologique. Elles montrent que la construction sociale de l'avortement comme comportement problématique est étroitement liée à l'organisation du monde en deux groupes de sexe hiérarchisés, où les femmes sont assignées à la sphère procréative.

Mathieu et Thizy mettent en évidence la complémentarité des pratiques contraceptives et abortives dans la régulation des naissances. Elles expliquent que la baisse du nombre de grossesses non prévues est compensée par l'augmentation du recours à l'avortement en cas de grossesses inattendues. La notion de « norme procréative », désignant les conditions socialement acceptées pour mettre au monde un enfant, joue un rôle crucial dans cette dynamique.

Le Stigmate de l'Avortement : Normes de Genre et Stratégies de Résistance

Les normes de genre sont au fondement du jugement négatif associé à l'avortement. Le « devoir d'enfant », la réassignation des femmes à la sphère domestique, la restriction de la sexualité féminine et le devoir contraceptif féminin contribuent à faire de l'avortement une pratique stigmatisée.

Les femmes déploient diverses stratégies pour « contester le stigmate », telles que la dissimulation de leur propre expérience d'IVG ou sa révélation dans des cercles exclusivement féminins. La prise de parole publique sur l'avortement représente un outil de critique sociale beaucoup plus fort.

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Avortement Clandestin en Iran : Un Défi Persistant

Bien qu'il n'y ait pas de statistiques officielles disponibles sur les avortements clandestins en Iran, il est largement reconnu que cette pratique est répandue, en raison des restrictions légales sur l'avortement. Les femmes qui cherchent à interrompre leur grossesse sont souvent contraintes de recourir à des méthodes dangereuses et non médicalisées, mettant leur santé et leur vie en danger.

Les facteurs qui contribuent aux avortements clandestins en Iran incluent :

  • Restrictions légales : L'avortement est illégal en Iran, sauf dans des circonstances limitées, telles que lorsque la vie de la femme est en danger.
  • Manque d'accès à la contraception : L'accès à la contraception est limité en Iran, ce qui entraîne un nombre élevé de grossesses non désirées.
  • Stigmatisation sociale : L'avortement est fortement stigmatisé en Iran, ce qui dissuade les femmes de rechercher des soins médicaux.
  • Pauvreté : Les femmes pauvres sont plus susceptibles de recourir à des avortements clandestins, car elles n'ont pas les moyens de se payer des soins médicaux sûrs.

Les conséquences des avortements clandestins en Iran sont graves et incluent :

  • Mortalité maternelle : Les avortements clandestins sont une cause importante de mortalité maternelle en Iran.
  • Complications de santé : Les femmes qui subissent des avortements clandestins sont plus susceptibles de souffrir de complications de santé, telles que des infections, des hémorragies et des lésions des organes reproducteurs.
  • Traumatisme psychologique : Les femmes qui subissent des avortements clandestins peuvent souffrir de traumatisme psychologique, tel que la dépression, l'anxiété et le stress post-traumatique.

L'Italie : Un Exemple de Remise en Question du Droit à l'Avortement

L'Italie, malgré sa loi de 1978 légalisant l'avortement, est confrontée à une remise en question de ce droit. De plus en plus de gynécologues utilisent la clause de conscience pour refuser de pratiquer des avortements, ce qui entraîne une augmentation des IVG clandestines ou « faites maison ».

Selon les calculs du ministère de la Santé, on dénombre environ 20 000 avortements illégaux par an en Italie, mais en réalité, ils avoisinent certainement 40 000, voire 50 000. En 2011, l’Istat a dénombré 75 000 fausses couches, dont un tiers ont probablement eu lieu à la suite d’interventions faites « à la maison » et qui ont mal tourné.

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L'Action de l'Union Européenne : Une Portée Limitée

L'Union Européenne a adopté plusieurs résolutions défendant le droit à l'IVG, mais la portée de ces votes reste symbolique, car la modification de la Charte des droits fondamentaux nécessite un vote unanime de l'ensemble des États membres. De plus, la santé demeure une compétence nationale, ce qui limite l'action de l'UE dans ce domaine.

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