Introduction
L'avortement sélectif, souvent lié au diagnostic préimplantatoire (DPI), est un sujet complexe et éthiquement sensible. Le DPI, associé à la fécondation in vitro (FIV), offre la possibilité de sélectionner des embryons dépourvus d'une anomalie génétique spécifique. Cette technique soulève des questions fondamentales sur la dignité humaine, les droits de l'embryon et la société. Cet article vise à explorer ces questions, en tenant compte des perspectives scientifiques, éthiques et sociales.
Le Diagnostic Préimplantatoire (DPI) : Une Vue d'Ensemble
Le DPI est une forme de diagnostic génétique réalisé sur des embryons avant leur implantation dans l'utérus maternel. Il est généralement proposé aux couples ayant un risque élevé de transmettre une maladie génétique à leur enfant. La procédure implique une fécondation in vitro (FIV), suivie d'une biopsie embryonnaire pour analyser le matériel génétique de l'embryon. Seuls les embryons jugés sains sont ensuite implantés, augmentant ainsi les chances de mener à terme une grossesse sans la maladie génétique ciblée.
Le DPI est utilisé pour détecter un large éventail de maladies génétiques, y compris celles qui provoquent des maladies neuromusculaires. L'Association Française contre les Myopathies (AFM) est un acteur important dans ce domaine, finançant la recherche et soutenant les familles touchées par ces maladies.
Aspects Légaux et Éthiques du DPI en Europe
La législation concernant le DPI varie considérablement d'un pays à l'autre en Europe. Si certains pays, comme la France, autorisent le DPI sous certaines conditions strictes, d'autres, comme l'Italie et l'Autriche, l'interdisent complètement. À l'échelle européenne, le DPI n'est pas rejeté, mais la création d'embryons à des fins de recherche reste un sujet délicat. Lorsque la recherche est autorisée, la législation nationale veille à assurer une protection adéquate de l'embryon.
Les Controverses Entourant le DPI
Le DPI soulève de nombreuses questions éthiques et suscite des craintes quant à une potentielle dérive eugéniste. L'une des principales préoccupations est la possibilité de sélectionner des embryons en fonction de critères non médicaux, tels que le sexe ou certaines caractéristiques physiques. Certains craignent que cela ne conduise à une société où seuls certains types d'individus sont considérés comme désirables, au détriment de la diversité et de l'acceptation des personnes handicapées.
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Une autre question délicate est celle du statut moral de l'embryon. Certains considèrent que l'embryon est un être humain à part entière dès le premier jour de la fécondation, et que toute intervention sur lui, y compris le DPI, est une violation de sa dignité. D'autres estiment que l'embryon ne devient une personne qu'à un stade ultérieur de son développement, et que le DPI peut être justifié dans certains cas, notamment pour prévenir la naissance d'un enfant atteint d'une maladie grave.
DPI et Autisme : Un Débat Sensible
La possibilité de dépister l'autisme par le biais du DPI est un sujet particulièrement controversé. Actuellement, il n'existe pas de tests prénataux fiables pour diagnostiquer l'autisme, et les connaissances scientifiques sur les causes génétiques de l'autisme sont encore limitées. Cependant, certaines entreprises, notamment aux États-Unis, explorent la possibilité de développer de tels tests.
L'idée de dépister l'autisme par le biais du DPI suscite de vives réactions, tant de la part des personnes autistes que de leurs familles. Beaucoup craignent que cela n'ouvre la voie à une forme d'eugénisme, où les personnes autistes seraient considérées comme indésirables et éliminées avant même leur naissance. Ils soulignent également que l'autisme n'est pas une maladie, mais une différence neurologique qui peut apporter des forces et des talents uniques.
L'Importance de la Déstigmatisation et du Soutien
Face aux défis posés par le DPI et les tests prénataux, il est essentiel de promouvoir la déstigmatisation de l'autisme et des autres handicaps. Il est également crucial de fournir un soutien adéquat aux familles ayant des enfants handicapés, afin qu'elles puissent vivre pleinement leur vie et que leurs enfants puissent s'épanouir.
Comme l'exprime l'auteur, il est essentiel de soutenir les familles dans la voie qu'elles auront choisie, quelle qu'elle soit. Il est également important de développer des thérapies comportementales et médicamenteuses pour réduire le handicap résultant de l'autisme. La prise en charge socialisée du handicap est possible et doit être à la hauteur de ce que permet notre société.
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Eugénisme : Un Concept à Examiner avec Prudence
La question de l'eugénisme est souvent soulevée dans le contexte du DPI et de l'avortement sélectif. L'eugénisme est une idéologie qui vise à améliorer la qualité génétique d'une population en sélectionnant les individus considérés comme les plus aptes à se reproduire.
L'eugénisme nazi, qui a conduit à des massacres de masse de personnes handicapées, est un exemple extrême des dangers de cette idéologie. Cependant, il est important de noter que l'eugénisme a pris de nombreuses formes au cours de l'histoire, et qu'il peut être présent de manière insidieuse dans des politiques sociales ou des pratiques médicales.
Il est donc essentiel d'examiner avec prudence toute pratique qui pourrait être considérée comme eugéniste, et de veiller à ce qu'elle respecte la dignité et les droits de tous les individus, quelles que soient leurs caractéristiques génétiques ou leur état de santé.
Tests Prénataux Fiables : Une Perspective d'Avenir
La question de la fiabilité des tests prénataux pour l'autisme est cruciale. Actuellement, il n'existe pas de tests prénataux fiables pour diagnostiquer l'autisme, et les connaissances scientifiques sur les causes génétiques de l'autisme sont encore limitées.
Cependant, certaines entreprises explorent la possibilité de développer de tels tests. Il est important de noter que la détection d'un gène "candidat" ne suffit pas à déterminer son importance. De plus, même si un test prénatal fiable pour l'autisme était disponible, il y aurait un débat social pour déterminer si ce test justifie le recours à l'IVG thérapeutique.
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Étude Suédoise et Expérience Personnelle
Une étude suédoise a montré que les familles ayant un enfant autiste avaient ensuite autant d'enfants que les autres familles. Et ceci malgré la probabilité accrue d'avoir un autre enfant autiste (10% pour le 2ème, 50% pour le troisième).
L'auteur partage également son expérience personnelle concernant la toxoplasmose contractée par sa femme lors de sa deuxième grossesse. Cette expérience souligne l'importance d'avoir accès à des tests prénataux fiables et d'être bien informé sur les risques et les options disponibles.
Perspectives Thérapeutiques dans l'Autisme
Il existe des "perspectives thérapeutiques" dans l'autisme, des moyens pour réduire le handicap (qui existe dans le contexte social) : les interventions comportementales, l'orthophonie, la mélatonine, le bumétanide etc… Il faut d'ailleurs se demander quelles sont les interventions précoces efficaces … et bénéfiques. Des thérapies "génétiques", ciblant l'ADN ou l'ARN, sont envisageables comme dans le syndrome de l'X fragile, une des principales causes de déficience intellectuelle, et la principale cause connue d'autisme.
Différentes Formes d'Eugénisme
L'eugénisme nazi s'est traduit par des massacres de masse de personnes handicapées, avec l'Aktion T4. Après la seconde guerre mondiale, ce précédent a entraîné des réflexions politiques, mais l'eugénisme extrêmement répandu auparavant n'a pas disparu pour autant.
Aujourd'hui, nous pouvons voir cet eugénisme, avec des services comme la PMI (protection maternelle et infantile), l'aide sociale à l'enfance (ASE) ou l'AEMO (action éducative en milieu ouvert) qui sont des dispositifs équivalents.
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