L'avortement sélectif, une pratique complexe et éthiquement chargée, suscite de vifs débats à l'échelle mondiale. Cet article vise à explorer en profondeur la définition de l'avortement sélectif, en particulier l'avortement sexo-sélectif, son cadre légal, ses implications éthiques et les facteurs qui contribuent à sa prévalence.
Définition de l'Avortement Sélectif
L'avortement sélectif se définit comme l'interruption volontaire d'une grossesse en se basant sur certaines caractéristiques du fœtus. Ces caractéristiques peuvent inclure le sexe, la présence d'anomalies génétiques ou morphologiques, ou encore le nombre de fœtus dans le cas de grossesses multiples. Il existe deux principaux types d'avortement sélectif :
- Interruption volontaire partielle de grossesse (IVPG) ou Réduction embryonnaire : Cette procédure consiste à arrêter le développement d'un ou plusieurs fœtus dans le cadre d'une grossesse multiple. Elle est envisagée lorsqu'une anomalie grave est détectée chez l'un des fœtus ou lorsque le nombre de fœtus représente un risque pour la mère et les fœtus restants.
- Avortement sexo-sélectif : Il s'agit d'un avortement basé uniquement sur le sexe du fœtus. Cette pratique est souvent motivée par des préférences culturelles ou sociales pour un sexe particulier. Souvent influencé par des normes culturelles qui privilégient les garçons pour des raisons économiques, sociales ou de lignée familiale.
Interruption Volontaire Partielle de Grossesse (IVPG) : Aspects Médicaux et Légaux
L'interruption volontaire partielle de grossesse, également appelée interruption sélective de grossesse, désigne l'arrêt du développement d'un ou plusieurs fœtus au sein d'une grossesse multiple. En France, elle est encadrée par la loi de bioéthique du 2 août 2021.
Types d'IVPG
On distingue principalement deux types d'IVPG :
- La réduction embryonnaire : Elle consiste à diminuer le nombre d'embryons dans les grossesses multiples de haut rang, c'est-à-dire lorsqu'il y a plus de trois embryons car cela induit un risque de prématurité ou de retard de croissance. C'est une situation que l'on voit de moins en moins car la procréation médicalement assistée (PMA) est de plus en plus encadrée. La réduction embryonnaire est proposée systématiquement à partir du moment où il y a quatre embryons parce que l'on considère que le risque de complications est trop important pour la mère. Cela est discuté en cas de grossesse triple, si la mère a une pathologie ou si elle a déjà accouché prématurément. En revanche, il n'y a pas d'indication de réduction embryonnaire dans les grossesses de jumeaux, sauf dans de très rares cas de pathologie maternelle ou de malformation utérine.
- Le fœticide sélectif, ou interruption médicale de grossesse sélective : Il est réalisé plus tard dans la grossesse quand une anomalie morphologique ou une anomalie chromosomique grave a été diagnostiquée chez l'un des deux embryons.
Procédure et Conditions Légales en France
Selon la loi de bioéthique du 2 août 2021, la réduction embryonnaire ne peut être réalisée qu'au cours du premier trimestre de grossesse, "si deux médecins, membres d'une équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme, attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, que les conditions médicales, notamment obstétricales et psychologiques, sont réunies". En général, elle est pratiquée autour de 12SA car cela va permettre d'effectuer l'échographie du premier trimestre et de détecter une éventuelle anomalie chez l'un des fœtus, pour arrêter le développement de celui qui présente une malformation.
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L'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme doit comprendre "au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, un médecin ou une sage-femme choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue".
Technique et Risques
La réduction embryonnaire s'effectue par une injection intra-thoracique du fœtus de chlorure de potassium en passant par l'abdomen (voie transabdominale), ce qui arrête le cœur du fœtus.
La technique concernant le foeticide sélectif va dépendre de la chorionicité, c'est-à-dire de s'il y a un ou deux placentas. "S'il n'y a qu'un seul placenta, on ne peut pas injecter un produit à l'un car cela passerait à l'autre. Lorsqu'il y a deux placentas (grossesse bichoriale), le médecin fait une injection intracardiaque de lidocaïne, le but étant d'arrêter le cœur. Quand il s'agit d'une grossesse monochoriale, le médecin va coaguler le cordon ombilical. C'est surtout dans ce cas de figure que le risque de perte fœtale, c'est-à-dire de perdre la totalité de la grossesse, est le plus important.
Lors des réductions embryonnaires, le risque de fausse couche après le geste se situe entre 5 et 10% car on va transpercer la peau, passer dans l'utérus, dans un sac gestationnel jusqu'au fœtus. Un encadrement psychologique pour le couple doit être mis en place parce qu'il persiste toujours un sentiment de culpabilité car il ne s'agit pas d'un fœtus qui a une pathologie, juste un problème de nombre. On insiste sur le fait que c'est pour préserver la vie des fœtus restants et avoir plus de chances de mettre au monde des enfants viables et en bonne santé. Autres risques de complication, celui de rupture prématurée des membranes à cause de l'aiguille que l'on passe à travers la poche des eaux ce qui peut entraîner des complications sur le fœtus qui est sain et déclencher l'accouchement de manière prématurée. "La fréquence de ces complications varie selon le type de grossesse multiple.
Foeticide sélectif
Le foeticide sélectif, ou interruption médicale de grossesse sélective consiste à arrêter l'évolution d'un fœtus au sein d'une grossesse multiple. "Cette intervention ne peut avoir lieu qu'à deux conditions : si l'un des deux fœtus est atteint d'une maladie incurable ou d'une malformation sévère, d'une anomalie chromosomique grave. On va interrompre la grossesse sur un des deux jumeaux.
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Avortement Sexo-Sélectif : Une Pratique Controversée
L'avortement sexo-sélectif est une forme d'avortement sélectif basée uniquement sur le sexe du fœtus. Cette pratique est souvent influencée par des normes culturelles qui privilégient les garçons pour des raisons économiques, sociales ou de lignée familiale.
Prévalence et Facteurs Socio-Culturels
L'avortement sexo-sélectif est particulièrement répandu dans certains pays d'Asie de l'Est et du Sud, comme la Chine et l'Inde, ainsi que dans certaines régions du Caucase et du Sud-Est de l'Europe. Dans ces régions, la préférence pour les garçons peut être profondément enracinée, conduisant à un déséquilibre du rapport de masculinité à la naissance.
Un document de l’Institut national d’études démographiques (Ined) actualise les données disponibles concernant la pratique de l’avortement sélectif des fœtus de sexe féminin. Le phénomène est connu et dénoncé depuis une vingtaine d’années en Chine et dans une partie du sous-continent indien. Le rapport de masculinité à la naissance se situe entre 110 et 117. Dans les trois pays caucasiens concernés (Azerbaïdjan, Arménie, Géorgie), ce rapport a augmenté dans les années 1990 et peut atteindre des valeurs supérieures aux estimations actuelles concernant l’ensemble de l’Inde. L’autre ensemble du Vieux Continent est situé en Europe du Sud-Est: Albanie, Kosovo, Monténégro et Macédoine occidentale.
Avortement Sexo-Sélectif et Communautés Immigrées
«C’est le cas par exemple en Angleterre chez les populations d’origine indienne où l’on a observé 113 garçons pour 100 filles parmi les troisièmes naissances, soulignent les chercheurs. On retrouve le phénomène de l’autre côté de l’Atlantique avec environ 110 garçons pour 100 filles pour les troisièmes naissances parmi les populations d’origines chinoise, coréenne et indienne installées aux Etats-Unis. Seule une action volontariste peut mettre en évidence de telles pratiques. «Ces populations issues de l’immigration sont d’effectifs modérés et noyées dans une société où la discrimination prénatale en fonction du sexe est pratiquement inexistante, explique Géraldine Duthé, qui a conduit l’étude. De ce fait, elles ne pèsent guère sur l’ensemble des naissances et n’ont pas affecté le sex-ratio dans les pays concernés.
Techniques de Détermination du Sexe et Législation
Les méthodes couramment utilisées pour déterminer le sexe du fœtus incluent l'échographie, l'amniocentèse et les tests ADN prénataux. La technologie, en rendant l'identification du sexe du fœtus plus accessible et abordable, a involontairement facilité l'avortement sexo-sélectif. Certains gouvernements mettent en place des lois interdisant la divulgation du sexe de l'enfant avant la naissance ou renforcent les campagnes de sensibilisation pour promouvoir l'égalité des sexes. La législation joue un rôle crucial en interdisant la divulgation prénatale du sexe du fœtus et en sanctionnant les pratiques d'avortement sexo-sélectif.
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Situation en France
En théorie, la pratique d’une interruption volontaire de grossesse sur le seul critère du sexe fœtal est interdite en France. «L’absence de données ethniques ne permet pas d’y vérifier l’existence du phénomène», regrettent les deux chercheurs. «On aborde ici une question de grande ampleur qui dépasse ce seul sujet et qui est objet de controverse au sein de notre communauté, explique à Slate.fr Géraldine Duthé. Schématiquement les uns s’opposent à des travaux fondés sur des données ethniques en estimant qu’ils risqueraient d’accentuer certaines discriminations.
Enjeux Internationaux
A l’échelon international il s’agit d’un sujet que l’on veut ignorer. La question commence seulement à être abordée dans le cadre de la société savante European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE). Il en va de même au sein du Conseil de l’Europe. Cette prise en compte trop tardive pourrait très rapidement être dépassée: on observe aujourd’hui le développement rapide de techniques de moins en moins coûteuses qui permettent de faire le diagnostic du sexe de l’enfant à naître à partir d’un seul prélèvement sanguin de la femme dans les premières semaines de sa grossesse.
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