L'avortement bovin est un problème majeur pour les éleveurs, entraînant des pertes économiques et affectant la santé du troupeau. Cet article explore les causes de l'avortement chez les bovins, leurs conséquences et les mesures préventives à mettre en œuvre.

Introduction

L'avortement chez les bovins est défini comme l'expulsion d'un fœtus ou d'un veau, soit né mort, soit mourant dans les 48 heures suivant sa naissance. Il est important de distinguer l'avortement de la perte embryonnaire précoce, qui survient avant le 42e jour de gestation, lorsque l'organogenèse est terminée.

Causes de l'avortement bovin

Les causes d'avortement bovin sont multiples et peuvent être classées en deux grandes catégories : infectieuses et non infectieuses.

Causes infectieuses

Les causes infectieuses sont les plus fréquentes et peuvent avoir des conséquences importantes sur l'ensemble du troupeau. Parmi les principales maladies infectieuses responsables d'avortements chez les bovins, on retrouve :

  • Néosporose bovine : causée par le protozoaire Neospora caninum, elle est la principale cause d'avortements bovins en France, représentant 10 à 15 % des cas. La transmission se fait principalement par voie transplacentaire (de la mère au veau) ou par ingestion d'oocystes présents dans l'environnement, notamment via les excréments de chiens infectés. Les avortements surviennent généralement entre le 3e et le 9e mois de gestation.
  • Fièvre Q : causée par la bactérie Coxiella burnetii, c'est une zoonose qui se transmet principalement par voie aérienne. Elle se manifeste par des avortements durant le dernier tiers de la gestation, des mises-bas prématurées, de la mortalité des jeunes par pneumonie et parfois des problèmes d'infertilité et de métrites. L'excrétion de la bactérie est particulièrement importante autour de l'avortement, dans les produits de la parturition (avorton, délivrance) ou dans les sécrétions vaginales.
  • BVD (diarrhée virale bovine) : souvent associée à des problèmes d'infertilité et digestifs, elle peut également provoquer des avortements, ainsi que des naissances de veaux faibles ou malformés. Les vaccins actuels sont efficaces contre les différentes souches de virus BVD qui circulent et limitent la circulation virale.
  • Salmonellose : les salmonelles engendrent généralement des diarrhées, parfois hémorragiques chez le veau et l’adulte. Des avortements peuvent également survenir, en général dans la 2e moitié de la gestation.
  • Chlamydiose abortive : les troubles de la reproduction sont attribuables à Chlamydia abortus et parfois Chlamydia pecorum et Chlamydia psittac. Ces signes ne sont pas spécifiques : rétentions placentaires, métrites, avortements et mises bas prématurées de veaux chétifs, infertilité et pathologies respiratoires chez la vache.
  • Listériose : les avortements dus à Listeria monocytogenes sont rares chez les bovins (moins de 1 %) généralement en fin de gestation, mais ils peuvent se produire en série et s’accompagner de cas de méningites et de mortalités dans le troupeau.

Causes non infectieuses

Bien que moins fréquentes, les causes non infectieuses peuvent également être à l'origine d'avortements chez les bovins. Parmi celles-ci, on peut citer :

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  • Traumatismes : les traumatismes physiques, tels que les coups ou les chutes, peuvent entraîner un décollement placentaire et provoquer un avortement.
  • Torsion de cordon ombilical : un nombre excessif de tours de cordon peut bloquer la circulation sanguine vers le fœtus, entraînant sa mort. Un cordon trop long est un facteur prédisposant.
  • Gestation gémellaire : la jument ne peut pas assurer le développement à terme de deux poulains. Lorsque la gestation gémellaire persiste au-delà de 45 jours, on observe environ 80 % d’avortement des deux fœtus vers le 9ème ou 10ème mois de gestation.
  • Maladies générales de la mère : certaines maladies de la vache, telles que des coliques sévères, la grippe, la piroplasmose ou la leptospirose, peuvent provoquer l'avortement.
  • Causes nutritionnelles ou toxiques: Bien que leur implication semble rare.

Conséquences de l'avortement bovin

Les conséquences de l'avortement bovin sont multiples et peuvent être désastreuses pour l'éleveur. Elles incluent :

  • Pertes économiques : l'avortement entraîne une perte directe du veau, ainsi qu'une diminution de la production laitière de la vache.
  • Troubles de la reproduction : l'avortement peut entraîner des troubles de la reproduction chez la vache, tels que des métrites, des rétentions placentaires et une diminution de la fertilité.
  • Propagation de maladies : les avortements peuvent être le signe de maladies infectieuses qui peuvent se propager à l'ensemble du troupeau, voire à l'homme (zoonoses).
  • Impact psychologique : les avortements peuvent être une source de stress et de découragement pour l'éleveur.

Prévention de l'avortement bovin

La prévention de l'avortement bovin repose sur une combinaison de mesures sanitaires, médicales et de gestion du troupeau.

Mesures sanitaires

Les mesures sanitaires sont essentielles pour limiter la propagation des maladies infectieuses responsables d'avortements. Elles incluent :

  • Isolement des animaux malades : toute vache avortée ou présentant des signes de maladie doit être isolée du reste du troupeau pendant au moins deux semaines afin de limiter la propagation d'éventuelles infections.
  • Élimination rapide des avortons et des délivrances : les veaux morts, avortés et les délivrances sont des réservoirs à maladies. Ils doivent être rapidement éliminés dans un bac d'équarrissage avant que d'autres animaux n'y touchent (bovins et chiens).
  • Hygiène des locaux : une hygiène rigoureuse des locaux est indispensable pour limiter la prolifération des agents pathogènes. Les cases de vêlages et les nurseries doivent être régulièrement désinfectées, de même que les abreuvoirs, les murs et les tubulaires.
  • Contrôle des animaux nuisibles : les chiens, les chats, les volailles, les oiseaux et les rats peuvent être des vecteurs de maladies. Il est important de limiter leur accès aux locaux d'élevage et à l'alimentation des bovins.
  • Gestion du fumier et du lisier : le compostage peut être efficace pour désinfecter les litières contaminées par certaines bactéries, tout comme le traitement des lisiers à la cyanamide calcique.
  • Prophylaxie Sanitaire : La prophylaxie sanitaire est incontournable. Elle est la seule disponible lorsque la vaccination est impossible, soit lors d’interdiction comme pour la brucellose, soit par absence de vaccin commercialisé comme pour la listériose, la chlamydiose, même si le vaccin ovin semble efficace, ou la néosporose.

Mesures médicales

La vaccination est un outil important pour prévenir certaines maladies infectieuses responsables d'avortements. Il existe des vaccins contre la BVD, l'IBR, la fièvre Q et la leptospirose.

  • Vaccination : La vaccination concerne les infections par le virus de la fièvre catarrhale ovine (FCO), les virus BVD et rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), Salmonella dublin et typhimurium (Salmopast(r), Merial), Ch. abortus et C. Plusieurs vaccins contre la FCO, les virus BVD et IBR disposent d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Le vaccin pour petits ruminants contre Ch. Abortus (Chlamyvax(r) FQ) présente une efficacité relative. Contre C. burnetii, le vaccin inactivé en phase I (Coxevac(r)) dispose d’une AMM européenne centralisée avec des indications chez les vaches et les chèvres (encadré 1). En situation d’urgence, l’éleveur doit être prévenu que la vaccination des animaux infectés est moins ou pas efficace en ce qui concerne C. burnetii et Ch.

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  • Traitements : Dans certains cas, un traitement antibiotique peut être administré aux animaux les plus à risque pour limiter l'expression clinique de certaines infections. Cependant, l'utilisation d'antibiotiques doit être raisonnée et encadrée par un vétérinaire.

Mesures de gestion du troupeau

Une bonne gestion du troupeau est essentielle pour prévenir les avortements. Cela inclut :

  • Alimentation équilibrée : une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des vaches gestantes est essentielle pour assurer le bon développement du fœtus.
  • Surveillance des vaches gestantes : les vaches gestantes doivent être surveillées attentivement, en particulier pendant les deux derniers mois de gestation. Toute anomalie (écoulements vulvaires, mamelle gonflée) doit être signalée à un vétérinaire.
  • Dépistage des maladies : il est important de dépister régulièrement les maladies infectieuses présentes dans le troupeau, afin de mettre en place des mesures de contrôle adaptées.
  • Contrôle de l'excrétion au sein du cheptel : Le contrôle de l’excrétion s’appuie sur des mesures zootechniques qui viennent s’ajouter aux mesures médicales souvent moins efficaces. Les réformes ou éventuellement l’éradication totale font appel à différents outils suivant la nature de l’agent (recherche des IPI pour la diarrhée virale bovine ou BVD, recherche des lignées pour Neospora caninum).
  • Contrôle de l’environnement proche des animaux : La première mesure qui s’impose est la désinfection fréquente des locaux, qui reste difficile à réaliser en élevage laitier car les locaux sont occupés toute l’année. De plus, la plupart des désinfectants sont inactifs, voire inactivés en présence de matières organiques. Lors d’avortement à C. burnetii, certaines mesures peuvent se révéler contre-productives. Ainsi, l’application de haute pression pour le nettoyage des boxes de vêlage risque d’entraîner la mise en suspension d’aérosols contaminés [7]. - la désinsectisation, qui peut se révéler efficace dans la lutte contre l’ehrlichiose ou l’anaplasmose (les tiques ne sont pas considérées comme un vecteur majeur dans la transmission de C. - la limitation de la divagation des carnivores au sein de l’élevage. - les sources d’eau constituent un réservoir inerte important pour les ookystes de N.

Démarche diagnostique face à un avortement

Face à un avortement, il est important de mettre en place une démarche diagnostique rigoureuse afin d'en identifier la cause et de prendre les mesures appropriées. Cette démarche comprend généralement les étapes suivantes :

  1. Anamnèse : recueil des informations concernant l'animal avorté (âge, stade de gestation, historique médical) et le contexte de l'avortement (date, nombre d'avortements dans le troupeau).
  2. Examen clinique de la vache avortée : recherche de signes cliniques (fièvre, écoulements vulvaires, etc.).
  3. Prélèvements : réalisation de prélèvements sur la vache avortée (sang, sécrétions vaginales) et sur l'avorton (placenta, organes) pour analyses en laboratoire.
  4. Analyses de laboratoire : les analyses peuvent inclure des sérologies (recherche d'anticorps), des PCR (recherche d'ADN d'agents pathogènes) et des cultures bactériennes.
  5. Interprétation des résultats : interprétation des résultats des analyses en tenant compte du contexte clinique et épidémiologique.

Importance de la déclaration des avortements

Il est important de déclarer tout avortement à son vétérinaire sanitaire. En effet, la déclaration et la surveillance des avortements sont les seuls moyens d’identification de maladies infectieuses, dont certaines peuvent avoir des conséquences graves pour l’élevage et/ou être des zoonoses. Seule la recherche de la brucellose est obligatoire, mais en cas d’avortement répété sur une même femelle ou sur plusieurs femelles du troupeau sur une courte période, il est préférable d’en rechercher la cause.

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