Justine Triet, la réalisatrice française de 45 ans, a conquis la France et le Royaume-Uni avec son film Anatomie d'une chute. Ce chef-d'œuvre a valu à Triet la Palme d'Or au Festival de Cannes 2023, deux Golden Globes, cinq nominations aux Oscars et onze aux César, faisant d'elle la première réalisatrice française nommée à l'Oscar de la meilleure réalisation pour ce film. Depuis une quinzaine d'années, elle partage sa vie avec Arthur Harari, un homme de cinéma bien connu des cinéphiles, avec qui elle a co-écrit Anatomie d'une chute. Leur romance est digne d'un film.
Rencontre et début d'une collaboration
Justine Triet, alors âgée de 29 ans, et Arthur Harari, 26 ans, se sont rencontrés lors du Festival de Brive en 2007. Triet y recevait une mention du jury pour son moyen-métrage Sur place, tandis que Harari décrochait le Prix du Jury pour La Main sur la gueule. Ironiquement, aucun des deux n'appréciait le travail de l'autre à l'époque. Arthur Harari confiait en août 2023 dans Vanity Fair que le long-métrage Sur Place de sa future compagne lui posait problème et n'était que de la poudre aux yeux. Malgré ce mauvais départ, Justine Triet a persisté et a invité Arthur Harari à célébrer ses 30 ans lors d'une grande fête parisienne.
Famille et vie personnelle
Un an et demi plus tard, Justine Triet et Arthur Harari ont accueilli leur première fille, Liv, aujourd'hui âgée de 12 ans. En 2019, ils ont eu leur seconde fille. Ils élèvent leurs enfants dans leur duplex du 10e arrondissement de Paris. Malgré des hauts et des bas, Justine Triet et Arthur Harari semblent tenir le cap. "Le glamour de ce soir est en contraste avec la genèse de ce film écrit lorsque nous étions à la maison, pendant le confinement, enfermés avec nos enfants…" a déclaré Justine Triet, soulignant l'équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie de famille.
Justine Triet a une histoire familiale complexe. Elle a grandi avec des parents bouddhistes. "J'ai une histoire de famille complexe", a t-elle raconté dans Paris Match. "Pour faire court, mon père a eu trois femmes, on vivait à Paris mais nous passions régulièrement du temps dans une communauté… J'ai deux demi-frères, que ma mère a élevés parce que leur mère était internée…" Elle a également évoqué l'internement psychiatrique de l'un de ses frères lorsqu'elle était aux Beaux-Arts.
Arthur Harari : Parcours et influences
Fils d'architectes élevé en Seine-Saint-Denis, Arthur Harari est le petit-fils de Clément Harari, un metteur en scène de théâtre reconnu et ancien comédien. Enfant, il baigne dans un environnement bobo et arty. Grand lecteur de Kafka, il est fan de Bob Dylan et se passionne dès l'âge de 9 ans pour les films d'Humphrey Bogart. Ses deux frères, Tom, devenu chef opérateur, et Lucas, illustrateur, s'imprègnent du même univers.
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Après des études de cinéma à l'université de Saint-Denis, Arthur Harari fait ses armes en 2007 avec son premier court métrage La Main sur la gueule. La consécration arrive en 2015 avec Diamant noir, son premier long-métrage récompensé du César du meilleur premier film. En 2021, il reçoit le prix Louis Delluc pour Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, retraçant les trente ans passés dans la jungle d'un officier japonais.
Collaboration et complémentarité
En parallèle de ses projets personnels, Arthur Harari collabore avec sa partenaire de vie. Il a co-écrit deux des longs-métrages de Justine Triet, Sibyl et Anatomie d'une chute, et a également joué dans certains de ses films. Lors de la cérémonie des César en février dernier, il était nommé pour la première fois de sa carrière dans la catégorie Meilleur acteur dans un second rôle pour Le Procès Goldman de Cédric Khan, où il interprète George Kiejman, l'avocat défendant le frère accusé du chanteur Jean-Jacques Goldman.
Justine Triet et Arthur Harari forment un tandem talentueux, un véritable "power couple". Ils incarnent une nouvelle génération, créative et ambitieuse, revendiquant les influences de Jean Eustache comme du cinéma américain. Ils sont partenaires dans l'écriture et dans la vie, s'épaulant en salle de montage comme dans les tracas du quotidien. La force de leur collaboration réside dans leurs différences. Justine est instinctive, tandis qu'Arthur est plus structuré.
Créativité et vie privée : Un équilibre complexe
Justine Triet et Arthur Harari ont des personnalités très différentes. Elle est facilement emportée par un flot de paroles, a le rire facile et une propension au second degré. Lui intervient avec parcimonie, chaque mot semble pesé et passé à la moulinette d'un cerveau en alerte. Avant d'avancer en tandem, les deux réalisateurs ont évolué sur des rives opposées. L'improvisation contre l'évidence, le chemin de traverse contre celui (en apparence) tout tracé.
Ils se sont croisés une première fois au Festival de Brive en 2007. Cette année-là, Justine Triet reçoit une mention du jury pour Sur place, une plongée dans le chaos d'une fin de manifestation anti-CPE (Contrat première embauche) de 2006. Arthur Harari, lui, remporte le Prix du Jury pour La Main sur la gueule, l'histoire de retrouvailles âpres entre un père et un fils. Ils se disent « bonjour » devant le cinéma. Il se souvient qu’elle portait ce jour-là une chemise blanche. Existait-il une admiration réciproque? « Pas du tout », répond Justine Triet en riant. Arthur Harari renchérit : « Son film me posait problème. Ce n’était que de la poudre aux yeux. » Loin de se vexer, elle acquiesce, comme s’ils avaient déjà eu mille fois cette conversation : « Je trouvais son moyen-métrage prétentieux. » Un an plus tard, elle l’invite à la soirée organisée pour ses 30 ans. « La plus grande fête de Paris », insiste-t-elle sans plus de détails. Là, les versions divergent. La connexion a-t-elle été immédiate ? Il dit que non, elle réplique : « Tu me branchais quand même. » Il reconnaît : « Je lui ai offert le disque d’un groupe de pop brésilien. » Manque de chance, précise-t-elle, elle a « détesté l’album ». Elle enfonce le clou, hilare : « C’était un ratage absolu. » Un an et demi plus tard, elle est enceinte de leur premier enfant.
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Justine Triet aime s'entourer d'une bande de fidèles. Elle envisage le cinéma « comme un endroit où l’on peut se retrouver ». Arthur Harari apparaît ainsi en 2008 dans le premier long-métrage de sa compagne, La Bataille de Solférino. Pour son long-métrage suivant, Victoria, elle lui fait passer un casting avec Virginie Efira. Il hérite du rôle de dresseur d'un chimpanzé amateur de selfie.
Anatomie d'une chute : Un succès partagé
Le confinement de 2020 a été une période charnière pour le couple. Arthur Harari a aidé sa compagne dans l'écriture d'Anatomie d'une chute. Ils se sont exilés dans la maison de la mère de Justine, située dans le centre de la France. Ils ont avancé sur le scénario pendant les siestes des petites, partageant des idées en plein dîner. Le long-métrage contient une scène de dispute magistrale où se mêlent le trivial et le profond : la vie sexuelle, l'éducation des enfants ou la question du temps qu'on vole à l'autre.
Ressemblent-ils à ce couple d’artistes dysfonctionnels ? Certains dialogues résonnent avec leur vie personnelle. Cette phrase lancée par Sandra à son mari notamment : « Ton orgueil t’explose au cerveau avant d’avoir un embryon d’idée. » Justine Triet l’a entendue, dans un autre contexte, sous une autre variation. Mais l’exercice de l’autofiction ne les intéresse pas. « L’idée, souligne la cinéaste, est de conjurer le sort par le cinéma. »
Après cette collaboration intense, le couple a fait le choix de ne plus travailler ensemble. Chacun veut préserver son territoire pour mieux se retrouver.
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