L'arthrite est un terme générique désignant une affection inflammatoire touchant une ou plusieurs articulations. L'arthrite septique, également appelée arthrite infectieuse, est une urgence thérapeutique qui nécessite une prise en charge rapide. Elle correspond à une infection articulaire localisée dans les tissus propres de l’articulation (les tissus synoviaux) ou en périphérie. Elle peut entraîner des dommages irréversibles du cartilage et de l’os en quelques heures seulement.

Qu'est-ce que l'Arthrite Septique ?

L’arthrite septique (ou infectieuse aiguë) est causée par une bactérie, mais parfois aussi un virus ou un champignon. Elle touche aussi bien les adultes que les enfants et même les nourrissons. Les tranches d’âge les plus fragiles et donc les plus touchées sont les plus de 80 ans et les enfants, car ce sont eux qui font le plus d’infections en règle générale (en étant notamment davantage les victimes de bacilles Gram négatifs, une famille de bactéries fréquemment retrouvée dans les cas d’arthrites). La plupart du temps (30 %), c’est le genou qui en est le siège chez l’adulte, et la hanche chez l’enfant.

L’élément pathogène en cause est très souvent une bactérie, mais il est aussi possible de se retrouver face à une arthrite virale ou fongique. Les étiologies peuvent aussi être inflammatoires (par exemple, des cristaux irritent le liquide synovial et l’inflamment) ou encore immune (en réaction à une autre maladie ou à cause d’une maladie auto-immune).

On dénombre en moyenne 4 à 10 cas sur 100 000 d’arthrites septiques par an en Europe. Les bactéries les plus fréquemment retrouvées sont :

  • Les Staphylocoques dorés (60 à 80 % des cas) et Epidermidis
  • Les Streptocoques (10 % des cas)
  • Les Pneumocoques etc.

D’autres bactéries plus rares peuvent être responsables. Il ne faut pas négliger le Gonocoque, sexuellement transmissible, qui associe à l’arthrite septique des pustules et rougeurs sur les mains et les pieds.

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Causes et Facteurs de Risque

L’arthrite septique fait suite à une infection qui existe ailleurs dans l’organisme (infection cutanée, dentaire, urinaire…), à un traumatisme ou un geste médical ou chirurgical, ou encore à une infection virale. Il arrive cependant qu’une infection se déclare directement dans une articulation en cas de traumatisme ou suite à un geste médical (ponction articulaire, infiltration intra articulaire…) ou chirurgical (méniscectomie, mise en place d’une prothèse…). L’arthrite infectieuse peut également être secondaire à une infection virale (hépatite, rougeole, mononucléose infectieuse, oreillons…).

Les facteurs favorisants sont les mêmes que pour toute infection ostéoarticulaire. Le diabète mal équilibré, associé à un retard de prise en charge d’une plaie ou d’un ulcère (mal perforant plantaire), est à l’origine de la majorité des infections sur pied diabétique.

Types d'Arthrite

  • Arthrite septique bactérienne: Les bactéries représentent la cause la plus courante et la plus agressive. Staphylococcus aureus est en cause dans plus de 60 % des cas. Les autres germes le plus couramment impliqués sont les streptocoques, les bactéries à Gram négatif, certains anaérobies et le bacille tuberculeux.
  • Arthrite septique virale: L’arthrite infectieuse peut également être secondaire à une infection virale (hépatite, rougeole, mononucléose infectieuse, oreillons…).
  • Arthrite septique fongique: Plus rare, elle est causée par des champignons.

Symptômes de l'Arthrite Septique

Le symptôme principal d’une arthrite est l’arrivée brutale d’une douleur modérée à forte, conduisant à une incapacité à faire fonctionner l’articulation. La flexion peut parfois être une position antalgique pour le patient. L’inflammation de la zone donne lieu à des rougeurs, un œdème chaud important avec une articulation tuméfiée. On peut détecter un épanchement inflammatoire au niveau articulaire.

Les arthrites étant des infections, le patient est fiévreux dans plus de la moitié des cas, et peut globalement présenter un état général altéré avec fatigue et frissons entre autres.

Chez les jeunes enfants et les bébés, les signes peuvent être plus généraux avec une perte d’appétit, une fatigue et des mouvements entravés, moins faciles à mettre en évidence chez un nourrisson par exemple.

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Lorsque l’étiologie de l’arthrite septique est virale, il n’y a généralement pas de fièvre et un malaise général plus étendu, une altération plus marquée de l’état du patient.

Les symptômes apparaissent rapidement, parfois en quelques heures. La fièvre peut être absente, ce qui rend le diagnostic plus difficile.

  • Douleur vive et soudaine
  • Incapacité à bouger l’articulation
  • Rougeur et chaleur autour de l’articulation
  • Gonflement
  • Fièvre (dans plus de la moitié des cas)
  • Fatigue et frissons

Diagnostic de l'Arthrite Septique

L’arthrite septique est une urgence thérapeutique. L’anamnèse est la première étape : celle qui permet de mettre en évidence une potentielle situation qui aurait pu provoquer l’infection, un contexte particulier de blessure, morsure, intervention chirurgicale, voyage en pays tropical etc… Il est important d’aller vite sans se précipiter et en restant méthodique.

  1. Ponction articulaire: Une aiguille est introduite dans l’articulation et collecte l’épanchement formé par le liquide synovial inflammé. Il s’agit d’un examen rapide. Son aspect, sa couleur, sa viscosité, la présence ou non de sang, sa teneur en globules blancs et en éléments inflammatoires sont observés. Un taux bas de glucose et haut de protéines est en faveur d’une arthrite septique. La présence de cristaux met de son côté sur la voie d’une arthrite microcristalline qui n’est donc pas septique (mais attention, elles peuvent être associées !) et donc pas traitée de la même manière. Il existe quelques rares contre-indications à la ponction articulaire, comme la présence d’une infection cutanée qui risquerait de rentrer dans la zone inflammée si elle est traversée par une aiguille, ou encore des troubles de l’hémostase qui risqueraient d’induire un saignement majeur à la réalisation de la ponction. Mais cela reste rare, le bénéfice d’un tel prélèvement est presque toujours bien supérieur au risque encouru.
  2. Culture de chaque élément diagnostiqué (prélèvements si intervention chirurgicale), ECBU (Examen Cyto-Bactérien des Urines) si on suspecte une porte d’entrée urinaire ainsi qu’un examen vaginal ou urétral si suspicion de gonocoque (infection sexuellement transmissible).
  3. Bilan biologique par prise de sang: Le bilan permet de mettre en évidence le syndrome inflammatoire engendré par l’infection. Il comporte l’évaluation des leucocytes (globules blancs) et de leur répartition qui renseigne sur l’origine aigüe ou chronique de l’infection, de la CRP (protéine C réactive, emblème de l’inflammation), mais aussi de la procalcitonine parfois ainsi que de la vitesse de sédimentation des globules rouges.
  4. Examens d’imagerie: Les examens complémentaires d’imagerie ont peu d’intérêt diagnostique en cas d’arthrite superficielle et ne doivent en aucun cas retarder la ponction articulaire et les différents prélèvements à visée diagnostique. La radiographie standard a peu d’intérêt diagnostique en raison de son retard par rapport à la clinique. L’échographie ostéoarticulaire permet de faire la distinction entre une bursite et une arthrite dans les cas douteux, et de détecter des abcès des parties molles. L’IRM est l’examen clé, car elle montre un signal inflammatoire de la médullaire osseuse bien avant que n’apparaissent les images radiographiques ou scanographiques.

Les diagnostics différentiels sont divers, mais généralement le diagnostic est facilement posé. Il est possible de suspecter tous les types d’inflammation d’une articulation : une bursite (touchant les bourses séreuses autour des articulations), une nécrose, une arthrite réactive post-infectieuse, une synovite (touchant uniquement un type de tissu), mais encore une inflammation de la peau, un épanchement sanguin intra-articulaire à la suite d’un choc etc…

Traitement de l'Arthrite Septique

Comme pour toutes les infections, la première étape est de sécuriser la porte d’entrée, c’est-à-dire l’endroit par lequel s’est introduit l’élément pathogène (une plaie externe ou interne, une pose de matériel orthopédique etc…). Celle-ci n’est le plus souvent pas retrouvée.

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  1. Antibiothérapie: L’agent pathogène mis en évidence, une antibiothérapie est entamée au plus vite. Les molécules utilisées dépendent de la bactérie ou du virus et doivent avoir le spectre le plus étroit possible, en ne ciblant que ce qu’il est nécessaire de détruire. En effet, chaque exposition à un antibiotique expose à un risque d’accoutumance et donc de résistance future du corps vis-à-vis de la bactérie, menant à une inefficacité des antibiotiques. Il est donc nécessaire de ne pas consommer ce genre de médicaments à outrance. La durée du traitement est selon les recommandations comprise entre 4 et 12 semaines dont en général 2 semaines en intra-veineuse. Si la bactérie est un gonocoque, la durée du traitement n’est que d’une semaine. Évidemment, les doses et durées varient entre les patients et les contextes cliniques comme toujours. Le traitement antibiotique est démarré en urgence après la ponction articulaire. Il est administré en intra-veineuse pendant 1 à 2 semaines, puis par voie orale pour une durée totale d’environ 4 à 6 semaines. Le choix du médicament va dépendre du germe impliqué et sa sensibilité (antibiogramme).
  2. Drainage de l’articulation: Un drainage de l’articulation (lorsqu’il y a du pus par exemple) peut être réalisé par arthroscopie (caméra introduite dans l’articulation) ou chirurgie à ciel ouvert (à ciel ouvert car l’arthroscopie reste une chirurgie aussi). Il existe aussi une technique de drainage-lavage permettant de retirer les agents pathogènes. Si le traitement médical ne suffit pas à contrôler l’infection ou en cas d’épanchement important, une intervention chirurgicale peut être nécessaire. Elle consiste à réaliser un lavage articulaire (arthrotomie ou arthroscopie), drainer le pus présent dans l’articulation et, parfois, à conserver un drainage postopératoire temporaire.

Spécialistes de l'Arthrite Septique

Il est possible de consulter :

  • Un infectiologue, spécialiste des infections peu importe où elles sont situées dans le corps, en particulier s’il s’agit d’une arthrite due à une bactérie inhabituelle ou dans le cadre d’un traitement particulier (comorbidités, intolérance à certains antibiotiques etc…).
  • Le rhumatologue est le spécialiste des os, membres et articulations. Ainsi, il est à même de gérer les inflammations de ces dernières et notamment de savoir tout particulièrement les diagnostics différentiels à éliminer.
  • Le chirurgien orthopédiste peut aussi être consulté.

Cette pathologie touchant en proportion non-négligeable les enfants, il est toujours préférable, même s’il en existe peu, de se renseigner auprès d'infectiologues, rhumatologues ou chirurgiens orthopédistes spécialisés en pédiatrie.

Arthrite Juvénile Idiopathique (AJI)

L’arthrite juvénile idiopathique est une pathologie décrite comme rare, pourtant on estime, en France, que 4000 enfants en sont atteints. Il existe plusieurs types distincts d’Arthrite Juvénile Idiopathique (AJI), présentant chacun des signes évocateurs différents, et dont l’évolution peut être très variable.

Types d'AJI

  • AJI systémique: Touchant autant les filles que les garçons, elle débute classiquement dans la tranche d’âge de 1 à 5 ans. Elle associe une fièvre pendant au moins 15 jours, des éruptions cutanées diverses, souvent concomitantes de la fièvre et des arthrites. Cette forme d’AJI ne présente pas systématiquement de signes d’inflammation articulaire dans ses premiers stades. Il peut y avoir une hépatomégalie (augmentation de la taille du foie, qui devient palpable à l’examen clinique) ou une splénomégalie (augmentation de la taille de la rate qui devient palpable à l’examen clinique), des adénopathies et/ou des sérites (épanchement au niveau des séreuses : péritonite, péricardite, épanchement pleural (rare)).
  • AJI oligoarticulaire: Touchant surtout les filles (9 filles/1 garçon), elle débute le plus souvent dans la tranche d’âge de 2 à 4 ans. Elle se caractérise par une atteinte de 1 à 4 articulations au début de la maladie. Les grosses articulations sont souvent atteintes (genoux, chevilles, poignets, coudes), de façon asymétrique. Le plus souvent, peu de changements sont observés dans le développement et l’état de santé global de l’enfant touché.
  • AJI polyarticulaire avec facteur rhumatoïde positif: Touchant surtout les filles (7 filles/1 garçon) dans la tranche d’âge de 10 à 12 ans. Cette forme correspond à la forme pédiatrique de la polyarthrite rhumatoïde.
  • AJI polyarticulaire avec facteur rhumatoïde négatif: Touche surtout les filles (2 à 4 filles/1 garçon) entre 1 et 3 ans puis entre 9 et 14 ans. Les petites et grosses articulations peuvent être touchées, le plus souvent de façon symétrique.
  • AJI avec enthésite: Touche surtout les garçons (7 garçons/3 filles) dans la tranche d’âge de 10 à 12 ans. Les articulations touchées sont souvent peu nombreuses. On retrouve classiquement une atteinte du tarse, des enthésites (inflammations des zones d’insertion des articulations dans les os), parfois des articulations sacro-iliaques. L’atteinte axiale, c’est à dire touchant la colonne vertébrale et les articulations sacro-iliaques situées au niveau du bassin, est moins fréquente que chez l’adulte. Cette forme peut être associée à une uvéite classique (œil rouge douloureux) ou une maladie inflammatoire du tube digestif. Il peut être recherché dans cette forme la présence du HLAB27, marqueur de susceptibilité génétique, retrouvé chez 70% des patients.

Diagnostic et Traitement de l'AJI

Avant de pouvoir poser ce diagnostic, il faut avoir éliminé d’autres causes d’arthrites, notamment une arthrite infectieuse d’origine bactérienne nécessitant une prise en charge en urgence avec un traitement antibiotique intraveineux. Le diagnostic est posé après une série d’examens réalisés par un médecin rhumatologue pédiatrique. Le plus souvent ces pédiatres exercent dans un centre hospitalier.

L’AJI est le rhumatisme infantile le plus fréquent. Le traitement de première intention repose sur les anti-inflammatoires pour traiter le gonflement articulaire. Les corticoïdes sont maintenant de moins en moins utilisés mais peuvent être nécessaire pour passer un cap. En seconde intention, le méthotrexate est utilisé dans la plupart des formes. En troisième intention, nous utilisons des biothérapies (anti-TNF, anti-Il1, anti-Il6). Celles-ci sont utilisées en seconde intention dans les formes systémiques (anti-Il1 et anti-Il6).

En parallèle, des prises en charge antalgiques (médicaments, sophrologie, hypnose…) peuvent être proposées ainsi qu’un soutien en kinésithérapie, ergothérapie, psychologie… Les traitements sont toujours adaptés au patient et au stade d’évolution de la maladie.

L’AJI est une des maladies chroniques les plus fréquentes chez l’enfant. Ses traitements ont pour but de mettre en rémission cette maladie. En fonction des formes, il est possible de ne plus avoir de poussées à l’âge adulte. Les différentes études ne sont pas d’accord sur la fréquence des différentes évolutions, il est donc difficile de faire des projections sur l’avenir.

Seuls les traitements permettront de soulager les douleurs liées à l’arthrite juvénile. Il est important que votre enfant maintienne une activité physique régulière pour assurer sa bonne croissance, un bon développement et préserver la mobilité et la souplesse de ses articulations. Il faut conserver une alimentation saine et équilibrée : assurez-vous que votre enfant adopte une hygiène alimentaire saine. Veillez à ce que ses apports en calcium et vitamine D soient suffisants, en fonction de son âge et de ses besoins nutritionnels, pour assurer une croissance normale de ses os.

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