L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société complexe, oscillant entre avancées législatives et remises en question persistantes. En France, l'IVG est légalisée depuis 1975 grâce à la loi Veil, mais ce droit fondamental continue de susciter des débats et des controverses. Comprendre les enjeux liés à la manifestation pour l'IVG nécessite d'examiner son histoire, son cadre légal, les arguments des différents acteurs et les menaces qui pèsent sur ce droit.

L'IVG : Un Droit Fondamental et un Enjeu d'Égalité

Le droit à l'avortement est un droit fondamental, constitutif avec la contraception de l'émancipation des femmes, donc de leur liberté et de la lutte pour l'égalité femmes-hommes. Ce droit, garanti par la loi, est un acquis majeur des femmes et le fruit d'un long combat pour leur droit à disposer de leur corps. Il est un élément structurant de l'égalité entre les femmes et les hommes. Interdire le droit à l'IVG n'empêche pas les femmes d'avorter, mais les place dans l'illégalité et les conduit à la clandestinité.

Chaque année en France, environ 220 000 femmes ont recours à l'IVG pour interrompre une grossesse non désirée. Près de 220 000 IVG ont été pratiquées en France en 2012, ce qui correspond à 1,5% des femmes entre 15 à 49 ans. Plus d'une femme sur trois a recours à une IVG dans sa vie. Il s'agit de femmes de tous les âges et de tous les milieux sociaux. Les deux tiers de ces femmes utilisaient une méthode contraceptive, d'où l'importance de bien adapter sa contraception à son âge, ses antécédents de santé, et son mode de vie.

Historique de la Légalisation de l'IVG en France

Si l'IVG est aujourd'hui autorisée, ce ne fut longtemps pas le cas. Les femmes enceintes souhaitant interrompre une grossesse non désirée n'avaient d'autre choix que de se tourner vers des solutions clandestines et artisanales, risquant ainsi autant leur santé que leur sûreté. La loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive en 1967 ouvre lentement la voie à une évolution de la législation.

Dans les années 1970, les mouvements féministes et les plannings familiaux réclament le droit d'avorter, estimant qu'il s'agit d'un droit essentiel à disposer de son corps. Fraîchement élu président de la République, Valéry Giscard d'Estaing lance, contre son propre camp politique, une réforme sur l'avortement. Il confie le projet de loi à sa ministre de la Santé Simone Veil, qui défend le texte devant l'Assemblée nationale puis le Sénat dans deux discours devenus historiques. La loi relative à l'IVG est adoptée à titre expérimental il y a 50 ans, le 20 décembre 1974. Elle devient définitive cinq ans plus tard. L'IVG est alors dépénalisée pour les femmes s'estimant en situation de détresse dans un délai de 10 semaines de grossesse, sur demande à un médecin.

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Le 17 janvier 1975, la loi autorisant l'interruption volontaire de grossesse, portée par Simone Veil, était promulguée. L'historienne Bibia Pavard décrypte l'importance de cet épisode crucial pour les mouvements féministes.

L'Évolution Législative de l'IVG en France

Depuis sa légalisation en 1980, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'a cessé d'être améliorée. La loi Vallaud-Belkacem de 2014 renforce encore ce droit en sanctionnant toute « entrave à une information neutre et fiable » et en supprimant la condition de « détresse avérée » que la loi de 1975 exigeait.

Plusieurs lois ont marqué l'évolution de ce droit :

  • 1967 : Loi Neuwirth autorisant la contraception.
  • 1975 : Loi Veil dépénalisant l'IVG.
  • 1993 : Adoption du délit d'entrave à l'IVG.
  • 2001 : Allongement du délai de recours à l'IVG de 10 à 12 semaines.
  • 2012 : Prise en charge à 100 % des IVG par l'Assurance maladie.
  • 2022 : Prolongation du délai de recours à l'IVG à 14 semaines de grossesse.
  • 2024 : Inscription de la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution.

Depuis janvier 2016, les sages-femmes étaient déjà habilité·es à pratiquer l’IVG médicamenteuse. Le 4 mars 2024, les parlementaires français réunis en Congrès à Versailles votent à une écrasante majorité en faveur de l’inscription dans la loi fondamentale de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG.

Les Méthodes d'IVG

Il existe deux méthodes d'IVG :

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  • IVG médicamenteuse : Prise de médicaments pour interrompre la grossesse. Elle peut être pratiquée jusqu'à 9 semaines d'aménorrhée. Pris par voie orale, ce médicament prépare le col en le dilatant, décolle l’œuf et interrompt en général la grossesse. Après la prise de ce médicament, des saignements sont possibles. À noter : ce deuxième médicament provoque des contractions, ainsi que l’expulsion de l’embryon du sac gestationnel. Cette dernière survient généralement dans les 3 à 4 heures suivant la prise de ce second cachet. L’IVG médicamenteuse peut entraîner de vives douleurs, des nausées, des vomissements et des diarrhées. Bon à savoir : les signes d’échec d’une IVG médicamenteuse sont similaires aux manifestations de la grossesse. Elle continue de se développer.
  • IVG chirurgicale (ou instrumentale) : Dilatation du col de l'utérus et aspiration du contenu utérin. Elle peut être pratiquée jusqu'à 16 semaines d'aménorrhée. L’IVG chirurgicale, aussi appelée IVG instrumentale, consiste à dilater le col de l’utérus afin d’évacuer le contenu utérin par aspiration. À noter : l’IVG chirurgicale est réalisée sous anesthésie locale ou générale, selon le choix de la patiente et sa situation médicale.

Le choix de la méthode revient à la patiente, selon ses éventuels problèmes médicaux et son terme de grossesse. En France, toutes les femmes, qu'elles soient mineures ou majeures, ont le droit de pratiquer une IVG. Par ailleurs, elle n'est pas obligée d'en informer ses parents ou d'obtenir leur accord. Les professionnels de santé qui la prennent en charge ont besoin de connaître son nom, mais sont ensuite tenus au secret médical.

Les Menaces sur le Droit à l'IVG

Depuis quelques années, ce droit fait l'objet de menaces régulières. Le 24 juin 2022, la Cour Suprême des États-Unis provoquait la stupeur partout dans le monde en annulant l'arrêt Roe vs Wade, qui avait ouvert le droit à l'avortement en 1973. Depuis le jeudi 15 septembre 2022, en Hongrie, les femmes souhaitant avoir recours à une IVG (interruption volontaire de grossesse) doivent désormais être confrontées «aux fonctions vitales du fœtus», en écoutant les battements de son cœur. L'Italie pourrait être le prochain pays sur la liste de ceux limitant ou interdisant ce droit fondamental.

Les évolutions juridiques constatées en Europe, et outre-Atlantique, doivent nous alerter sur les ambitions des mouvements conservateurs envers le droit à l'avortement. Entre 2009 et 2018, le financement européen du mouvement anti-genre a augmenté de près de 200% (1). Ces mouvements disséminent, également, de nombreuses fausses informations via des outils de communication modernes, mettant en danger de façon indéniable le droit à une information juste et vraie auprès de publics divers, et de plus en plus jeunes. Sur les réseaux sociaux, à travers des sites dédiés et des “lignes d’écoute” qui font concurrence à une information claire et objective.

En 1993, le délit d’entrave à l’IVG est adopté. Ce délit est aujourd’hui inscrit dans le code de la santé publique (art L. 2232-2) et est défini comme le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher, de pratiquer ou de s’informer sur une IVG ou les actes préalables à celle-ci. L’entrave peut être exercée physiquement ou par pressions psychologiques.

La protection de la liberté d’accès à l’avortement constitue un rempart important contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents.

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Les Acteurs Engagés pour le Droit à l'IVG

En France, 8 personnes sur 10 sont favorables à la constitutionnalisation du droit à l'avortement. Depuis de nombreuses années, la Fondation des Femmes et les associations de défense de droits des femmes travaillent activement auprès du gouvernement pour faire de l'inscription de ce droit dans la Constitution, une réalité. Le Planning familial est un réseau de plus de 80 associations qui informent et orientent sur des questions liées aux sexualités, la contraception, l'avortement, la prévention des violences sexistes et sexuelles et la promotion de l'égalité de genre, sur tout le territoire français.

Le 24 novembre 2022, une proposition de loi pour inscrire le droit à l'IVG dans la Constitution était adoptée par l'Assemblée nationale, avec 337 voix pour et 32 contre. Le 29 octobre 2023, le chef de l'État annonçait ainsi la présentation en conseil des ministres d'ici fin 2023 d'un projet de loi qui reprendrait le contenu de la proposition de loi pour inscrire dans la Constitution de 1958 la liberté des femmes de recourir à l'IVG. Ce projet de loi sera ensuite voté à l'Assemblée nationale le 24 janvier et la navette parlementaire se poursuivra devant le Sénat le 26 février.

Le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC)

Le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception, permet d'observer le renouveau des pratiques militantes et des rapports de genre dans les années 1968. Il adopte les avortements clandestins comme moyen de protester contre la législation restrictive alors en vigueur, mais aussi dans une démarche de remise en cause de la médecine, de la définition traditionnelle du militantisme et des normes de genre. Ce répertoire d’actions original permet de produire une vaste mobilisation qui marque durablement ceux qui y participent mais qui a aussi ses limites, particulièrement du point de vue des militantes féministes. The Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la contraception (The Free Abortion and Contraception Movement) is used here to study the rebirth of social movements and gender relations in post-’68 France. The MLAC performed illegal abortions in order to protest against the restrictive legislation of the time but also in order to question medical practice, the traditional definition of activism and gender norms.

1La mobilisation pour la libération de l’avortement met en œuvre un répertoire d’actions très varié. Se faisant connaître au public par le manifeste des 343 femmes déclarant avoir avorté publié à l’initiative de militantes du mouvement de libération des femmes en avril 19711, sa base s’élargit au cours de l’année 1972 et s’appuie sur des actions militantes multiples : tracts, sensibilisation sur les marchés, pièces de théâtre, manifestations, pétitions, et procès dont les plus célèbres sont ceux de Bobigny2. À partir de la fin de 1972, et du début de 1973, les militant.e.s déploient également des actions spécifiques : organisation de voyages pour aller avorter dans des cliniques en Hollande ou en Angleterre et pratique non dissimulée d’avortements sur le sol français, à l’aide de la méthode Karman, qui nous intéresse plus particulièrement ici. Le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), créé en avril 1973 à l’initiative de médecins, de militant.e.s du Planning familial, de la CFDT, de groupes d’extrême gauche, mais aussi de femmes et d’hommes ordinaires, est au cœur de cette pratique militante des avortements. A travers cette organisation, il s’agit de s’intéresser à l’apparition d’une action protestataire inédite qui s’inscrit de façon plus générale dans l’émergence de ce qu’Alain Touraine a appelé les « nouveaux mouvements sociaux » ou encore dans le mouvement de subversion politique et culturelle des années 1968. Grâce à plusieurs témoignages écrits, oraux et filmés, sur les lieux, les gestes et les trajectoires, l’historien.ne peut appréhender les modes de vie militants. Il est donc possible de faire une autre histoire des mobilisations pour l’avortement libre, fondée davantage sur les pratiques que les discours, pour voir comment elles redéfinissent les façons de se dire militant.e et comment elles tentent concrètement de déconstruire, avec plus ou moins de succès, les normes de genre. Le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception semble particulièrement intéressant pour étudier les mutations de genre dans les années 1968, dans la mesure où il s’agit d’un mouvement mixte, qui remet en cause l’idéologie traditionnelle en matière de sexualité, de famille, de rapports hommes/femmes. Or, la pratique des avortements, qui s’inscrit dans la continuité des luttes des femmes pour disposer de leur corps, n’est pas sans poser problème aux militantes féministes, qui y perçoivent le danger d’un retour de la domination masculine.

2Harvey Karman4, psychologue et militant pour la liberté de l’avortement en Californie depuis les années 1950, est le promoteur d’une nouvelle méthode, découverte en Chine, pour faire des avortements dans les premières semaines de grossesse. Elle consiste à aspirer le contenu de l’utérus à l’aide d’une canule et d’une seringue. Contrairement au curetage, alors généralement utilisé pour les avortements, cette méthode est relativement simple à apprendre. L’anesthésie chimique est remplacée une « anesthésie verbale », c'est-à-dire un dialogue constant de la personne avortée avec un ou plusieurs intermédiaires, qui accompagnent affectivement l’opération. La découverte de cette méthode par des médecins militants français en 1972, représente un tournant dans la lutte pour l’avortement libre : elle marque le début de la pratique des avortements comme mode d’action.

3Plusieurs groupes s’y intéressent. Parmi eux, un groupe de médecins et d’étudiants en médecine à Grenoble autour d’Annie-Ferrey Martin. Née en 1938, elle est anesthésiste au Centre hospitalier universitaire de Grenoble et membre du Planning familial depuis le milieu des années 1960. Sensibilisée par sa pratique professionnelle à l’avortement, elle organise dès 1969 des débats sur les questions de sexualité et d’avortement dans la cité universitaire. À la suite de plusieurs réunions, de la rédaction d’un manifeste signé par des médecins de la région en 1971, elle participe en février 1972 à la création d’un « Comité pour l’abrogation de la loi de 1920 sur l’avortement » qui aide les femmes à avorter. Contacté par Gisèle Halimi qui vient de créer l’association Choisir, le comité décide rapidement de se transformer en une section locale de l’association dans le contexte des procès de Bobigny5. Ainsi, en mars 1972, Annie Ferrey-Martin se rend en Angleterre avec quatre étudiants en médecine dans le but de recueillir des informations pour écrire les attendus du projet de loi de l’association Choisir. Grâce à des liens avec le Mouvement de libération des femmes en France, ils accèdent aux réseaux féministes de Londres et sont amenés à rencontrer l’équipe du King’s College Hospital, qui fait des avortements avec la méthode Karman6. Le groupe ramène le matériel nécessaire et commence à pratiquer selon cette technique.

4Un autre groupe parisien, le Groupe information santé (GIS) s’y intéresse également. Il est créé par de jeunes médecins politisés à l’extrême gauche dans les années 1960 dans le contexte de la guerre d’Algérie et du Vietnam. Pierre Jouannet, par exemple, milite d’abord à l’UNEF puis dans des mouvements maoïstes. Au moment des événements de Mai et Juin 68, il a déjà accumulé une expérience militante solide, et les vit davantage du côté ouvrier que du côté étudiant. Mais au moment du reflux de l’après Mai 68, il décide avec d’autres jeunes médecins militants, tel René Frydman, Jean Carpentier, ou Joëlle Brunerie, et quelques médecins plus expérimentés, de se reconvertir dans des activités qui permettent d’allier « expertise scientifique et capital militant »7. Le contexte s’y prête ; il s’agit d’une démarche similaire à celles d’autres groupes qui, dans l’après 1968, souhaitent poursuivre la lutte en inscrivant leur combat dans des secteurs circonscrits, souvent dans leur propre milieu professionnel, dont ils veulent subvertir les règles8. Dans le GIS convergent des médecins et professionnels de la santé qui ont un engagement préalable, mais également des non-médecins qui veulent réfléchir à la manière de pratiquer la médecine en dehors des rapports de pouvoir et d’argent. Des sous-groupes sont créés, dont un qui s’intéresse aux questions de la contraception et de l’avortement. Pierre Jouannet découvre alors la méthode d’avortement par aspiration quand, en août 1972, dans l’appartement de Delphine Seyrig9, Harvey Karman en fait la démonstration devant des militantes du MLF. Les médecins du GIS se procurent ensuite le matériel et commencent à pratiquer des avortements. Ils élaborent un manifeste, publié dans Le Nouvel Observateur le 5 février 1973, que les médecins de Grenoble signent également, dans lequel ils déclarent pratiquer des avortements ou aider à en pratiquer en dehors de tout trafic financier et demandent l’accès de tous à l’éducation sexuelle et à la contraception, y compris pour les mineur.e.s ; le remboursement des contraceptifs par la sécurité sociale ; et, enfin, l’avortement libre remboursé par la sécurité sociale, dont la décision doit appartenir entièrement à la femme.

5La découverte de la méthode Karman rend possible la convergence de deux mouvances en faveur de l’avortement libre : les médecins militants et les féministes. Tant à Paris qu’à Grenoble, ce sont les réseaux féministes qui permettent la circulation de la nouvelle méthode d’avortement. La méthode Karman est pratiquée dans des conditions où les femmes se réapproprient leur corps : explications permanentes pendant l’opération, observation du col de l’utérus avec un miroir et même participation éventuelle de la femme venue avorter, qui peut s’introduire les canules elle-même. L’idée est que les femmes peuvent acquérir une expertise sur leur propre corps et « échapper ainsi à la domination du pouvoir et du savoir médical »10. ce qui [leur] plaît dans cette méthode non traumatique de Karman, c’est le fait que des femmes non médecins ont repensé tous les instruments médicaux, ont transformé des gestes dangereux pour les organes féminins en gestes anodins, tout simplement en utilisant leur bon sens, leur sens de l’observation et leur volonté de ne plus faire souffrir le corps de la femme11.

6D’autre part, la simplicité de cette méthode laisse envisager une utilisation « par des femmes expérimentées non médicales, avec l’aide réduite des médecins, réservée aux cas difficiles »12. Cela rejoint le désir de questionner la relation praticien/patient qui existe chez les médecins militants. Ainsi, deux demarches, jusque-là parallèles, se rencontrent à travers cette technique.

7La convergence des deux approches est aussi celle de deux réseaux. Les femmes qui militent au GIS sont souvent féministes et assurent un lien entre le mouvement des femmes et les médecins militants, à travers deux canaux : le MLF et le Planning familial. Certaines personnalités, par leur pluri-appartenance militante ont un rôle de trait d’union entre diverses mouvances. C’est le cas d’Annie Ferrey-Martin à Grenoble, qui est à la fois membre du Mouvement français pour le Planning familial, de l’association féministe Choisir et en contact avec les médecins du Groupe information santé. À Paris, Joëlle Brunerie est également une figure pivot : en tant que gynécologue, elle soigne des militantes du MLF et se sent proche de leur action. Elle est également conseillère conjugale au Planning familial, depuis la fin des années 1960. De plus, certaines militantes du GIS arrivent après un passage par le Mouvement de libération des femmes. C’est le cas de Monique Antoine. Avocate, elle fait partie du collectif de défense des procès de Bobigny en 1972 et proche du MLF, elle est « toujours prête à défendre les copines, toujours présente aux manifestations »13. Elle est également proche du GIS parce que son époux, Daniel Timsit, médecin, en est membre. Les liens conjugaux ne sont pas sans conséquence à l’intérieur du GIS. Ainsi, les hommes médecins qui y participent, s’ils ne se définissent pas comme féministes, sont, de manière récurrente, les compagnons de militantes qui se définissent, elles, comme féministes. René Frydman est l’époux de Monique Frydman, ancienne militante d’extrême gauche, qui participe au Mouvement de libération des femmes dès le début des années 1970 et y trouve une façon de réconcilier militantisme et identité personnelle. Si elle ne participe pas directement au GIS, elle a sans doute eu un rôle dans la compréhension qu’a son mari de l’avortement comme moyen de libérer les femmes.

8La convergence de ces mouvances mène à la constitution du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) qui naît de la rencontre avec Jeannette Laot de la CFDT et Simone Iff, présidente de l’association départementale de Paris du Planning familial et vice-présidente du mouvement au niveau national. Cette dernière est hôtesse d’accueil et mène, avec d’autres, depuis 1968 une lutte à l’intérieur du Planning contre le pouvoir des médecins et participe au mouvement de libération des femmes. Avec les médecins du GIS, elles rédigent une charte qui est un « compromis entre différentes logiques politiques » et qui mêle « le vocabulaire classique de l’extrême gauche et de la gauche » et « un discours féministe » comme l’a montré Michelle Zancarini-Fournel14. L’association, créée en avril 1973, regroupe également des partis tels que le Parti socialiste unifié, la Ligue communiste, Révolution !, l’Action marxiste révolutionnaire ou la la Gauche prolétarienne.

9Une fluidité existe donc entre le mouvement des femmes et les médecins militants. Cependant, les liens avec le Mouvement de libération des femmes ne vont pas jusqu’à la participation de ses militantes à la fondation du MLAC. L’investissement du GIS sur les questions de contraception et d’avortement survient à un moment où les militantes du MLF prennent du recul face à cette lutte qu’elles mènent déjà depuis deux ans. Certaines voix décrivent, au-delà de la nécessité d’avoir accès à la contraception et à l’avortement, les contradictions psychologiques auxquelles les femmes sont confrontées. Car pour elles, l’avortement implique « une solitude très grande » et « même si tout se passe bien pendant l’intervention, même si on en ressort soulagée, on en garde une impression de mutilation, de marque définitive, de « cicatrice sur l’utérus » écrivent-elles. Publié dans Le Torchon Brûle, journal des militantes du MLF, ce texte exprime une réflexion collective et s’érige contre « le “progrès”, pensé par les hommes à la place des femmes » qui est un « piège », « une illusion de liberté »16. En effet, la revendication de la liberté de contraception et d’avortement, à l’origine développée par les actrices du MLF, a été reprise par un mouvement qui représente tout ce qu’elles rejettent : il est mixte, agit de concert avec des partis politiques et la conscience de genre n’est plus le moteur unique de l’action. Même si au niveau local certaines femmes du MLF peuvent s’investir dans le MLAC, ce dernier suscite des réticences. [t]out dépend de ce qu’on y fait, tout dépend […] de la place qu’y auront les femmes.

10De leur côté les médecins du GIS ne comprennent pas l’impératif de non mixité18, alors que leur groupe fonctionne sur une collaboration entre hommes et femmes et conçoit le combat pour l’avortement dans un rapport de force politique avec le gouvernement. Quant à l’association féministe « Choisir », elle ne participe pas non plus au MLAC décrit comme « une juxtaposition de quelques personnes, animée par un groupe politique très minoritaire dans le pays »19, qui mènent une action redondante par rapport à son action. 23 Comité pour la liberté de l’avortement et de la contraception : 70.

11L’appellation Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception recouvre une multitude de situations différentes. A côté de l’association nationale, de nombreux « groupes MLAC » sont créés dans les quartiers, dans les entreprises, dans les …

Les Arguments des Différents Acteurs

L'IVG continue de faire l'objet d'un débat éthique entre les « pro choix » qui estiment que l'IVG est un droit fondamental et les « pro vie » qui défendent la dignité de la personne dès sa conception.

  • Les partisans du droit à l'IVG mettent en avant l'autonomie des femmes sur leur corps, le droit à la santé et à la vie privée, ainsi que les conséquences néfastes des avortements clandestins.
  • Les opposants à l'IVG insistent sur le droit à la vie du fœtus, la souffrance fœtale et les alternatives à l'avortement, comme l'adoption.

L'IVG dans le Monde

La législation concernant l'IVG diffère selon les pays. En 2024, 77 États, dont la France et les autres membres de l'Union européenne sauf la Pologne et Malte, autorisent l'avortement sans autre restriction que le délai de recours, période pendant laquelle la femme peut avorter, généralement exprimée en semaines d'aménorrhée (absence de règles). Ce délai est très variable : de 14 semaines en Espagne à 24 aux Pays-Bas.

Aux États-Unis, depuis que la Cour suprême a annulé, en 2022, l'arrêt fédéral Roe v. Wade qui garantissait depuis 1973 le droit d'avorter sur tout le territoire, chaque État est libre de déterminer sa propre politique sur l'accès à l'IVG. Quatorze États l'ont interdit ou ont restreint l'accès. Des États ne permettent l'avortement qu'après autorisation médicale, comme la Pologne, ou sur justifications socio-économiques, comme le Royaume-Uni, l'Inde ou le Japon. Dans 41 pays, l'IVG n'est légal que pour motifs particuliers : grossesses issues d'un viol ou d'un inceste, ou problèmes médicaux pour la mère ou l'enfant.

Quelle que soit la législation, le recours à l'avortement reste dans les mêmes proportions : 34 femmes sur 1 000 lorsque la loi l'autorise, 37 sur 1 000 lorsque la loi l'interdit. Au total, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 73 millions d'IVG ont lieu chaque année dans le monde - environ 3 grossesses sur 10 -, qu'ils soient légaux ou clandestins. Ces IVG clandestines, non sécurisées, causent entre 4,7 % et 13,2 % des décès maternels, particulièrement dans les régions en développement.

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