La rhabdomyolyse à l'exercice (RE), ou myopathie d'exercice, est un syndrome caractérisé par une douleur musculaire associée à l'exercice. Ce syndrome, connu depuis plus d'un siècle chez le cheval, peut limiter la performance et même mettre fin à la carrière de nombreux chevaux athlètes. Les avancées de la recherche ont permis de comprendre que la RE est en réalité un ensemble de différentes myopathies.

Rhabdomyolyse à l'Exercice (RE) : Vue d'Ensemble

La rhabdomyolyse à l'exercice (RE), également connue sous le nom de myopathie d'exercice, est un syndrome caractérisé par une douleur musculaire survenant pendant ou après l'exercice. Cette condition peut avoir des conséquences significatives sur la performance athlétique du cheval et, dans certains cas, entraîner la fin de sa carrière sportive.

Formes Sporadiques de RE

Les formes sporadiques de RE peuvent être attribuées à divers facteurs, notamment :

  • Surentraînement: Un entraînement excessif sans période de repos adéquate peut entraîner une fatigue musculaire et des lésions.
  • Déficits en électrolytes, vitamine E et sélénium: Ces nutriments jouent un rôle crucial dans la fonction musculaire et leur carence peut prédisposer à la RE.
  • Infection virale: L'exercice chez un cheval atteint d'une infection virale (herpèsvirus ou grippe) peut déclencher une RE.
  • Conditions environnementales: Les courses d'endurance effectuées dans des conditions chaudes et humides peuvent entraîner des rhabdomyolyses chez des chevaux sensibles en raison d'une température corporelle élevée, de pertes d'eau et d'électrolytes dans la sueur, et de la déplétion des réserves énergétiques musculaires (glycogène).

Ces désordres métaboliques peuvent entraîner des dysfonctionnements et des dommages musculaires. Parfois, les chevaux semblent plus susceptibles de développer des affections musculaires après des épisodes respiratoires infectieux.

Formes Chroniques de RE

Les formes chroniques de RE sont souvent liées à des anomalies héréditaires, telles que :

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  • Myopathie à stockage de polysaccharides (PSSM): Cette condition est fréquente chez les Quarter Horses, les Pur-Sang et les chevaux lourds. Elle est due à une mutation sur un gène de la glycogénogenèse. Lors d'exercice submaximal, les fibres musculaires des chevaux atteints de PSSM ne semblent pas produire suffisamment d'énergie pour la contraction musculaire. Il est important de noter que les crises de rhabdomyolyse associées à la PSSM ne sont pas caractérisées par une augmentation de la lactatémie.
  • Myopathie récurrente à l'exercice (MRE ou RER): Cette condition est plus courante chez les Pur-Sang, les Trotteurs et les chevaux arabes. Elle est due à un défaut de régulation du calcium intracellulaire. Les crises de MRE surviennent souvent lorsque le cheval est soumis à un stress lors d'un exercice donné. L'expression clinique de la MRE est souvent liée au stress, ces chevaux étant souvent connus pour être nerveux. Contrairement à ce qui a été longtemps décrit, l'accumulation d'acide lactique n'est pas liée à l'apparition de crises de rhabdomyolyse chez des chevaux présentant une MRE.

Bien que ces deux formes soient les plus courantes, d'autres causes de RE chronique sont probables et nécessitent une investigation approfondie.

Le Rôle du Lactate dans la Physiologie Equine

Qu'est-ce que le Lactate ?

La lactatémie se définit comme la concentration sanguine en acide lactique. Le dosage de la lactatémie est aujourd’hui accessible à tous les praticiens. Il est aussi possible de le demander à certains laboratoires de biologie vétérinaire. L’acide lactique est un acide faible. La base faible avec laquelle il forme un couple acido-basique est le lactate. Le pKa de ce couple acido-basique est de 3,86. Dans le sang dont le pH est compris entre 7,35 et 7,45, le lactate est la forme prédominante car le pH sanguin est supérieur au pKa. Le lactate existe sous 2 stéréo-isomères : la forme dextrogyre (D(-)lactate) et la forme lévogyre (L(+)lactate). Elle est physiologique chez les mammifères. Le glucose suit la voie de la glycoyse qui aboutit à la production de pyruvate. Les lactates sont un produit de la fermentation. Il s’agit d’une voie métabolique anaérobie.

Production et Importance Physiologique

Un organisme sain produit des lactates de manière physiologique. Une mesure de la lactatémie ne peut être interprétée seule. Une équipe a comparé les lactatémies de 68 chiots âgés de 4 à 80 jours avec celles de 30 chiens adultes. Ilkiw et al. ont dosé la lactatémie chez des Greyhounds bien portants avant et après qu’ils aient effectué une course. La lactatémie est passée de 0,57 mmol / l à plus de 28 mmol / l suite à l’exercice. Les variations analytiques peuvent dépendre de la méthode de prélèvement sanguin et du temps écoulé entre le prélèvement sanguin et l’analyse. L’analyse doit être effectuée rapidement. L’attention du lecteur est portée sur le fait que l’utilisation de Ringer Lactate comme soluté de perfusion n’est pas incriminée. US et al. ont traité 12 chiens souffrant d’une hémorragie par l’administration d’un soluté hypertonique (NaCl 7,5 %, 4ml / kg, n = 6) ou d’un soluté cristalloïde (Ringer Lactate, 20 ml / kg, n = 6). Enfin, certains auteurs ont décrit une hyperlactatémie iatrogène. Une étude a porté sur 12 chiens sains.

Hyperlactatémie : Causes et Implications

L’hyperlactatémie peut être associée à de nombreuses situations pathologiques. Chez le chat, l’hyperlactatémie a été plus rarement décrite. Les analyseurs disponibles à ce jour dosent tous les énantiomères des lactates. Le recours à un examen chromatographique et/ou par spectrométrie de masse est nécessaire. Les hyperlactatémies dues aux D(-)lactates sont rares. L’hypothèse développée par les auteurs est celle d’une augmentation de la population bactérienne intestinale secondaire à l’affection pancréatique. Dans la pratique quotidienne la mesure de la lactatémie est le moyen le plus simple et le plus accessible pour le praticien d’évaluer l’oxygénation des tissus du patient. Lorsqu’une hyperlactatémie est mesurée, cela peut signifier qu’un état de choc est présent, même s’il n’est que débutant et compensé. Les apports en oxygène ne sont pas suffisants pour couvrir les besoins du patient. L’objectif du réanimateur est d’utiliser tous les moyens dont il dispose afin de les ramener chacune aux valeurs considérées comme normales pour le patient. En médecine humaine, de nombreuses publications font état d’une corrélation entre une hyperlactatémie mesurée à l’admission du patient et la mortalité. Par exemple, Kamolz et al. L’aspect pronostique de la lactatémie à l’admission du patient a aussi été étudié chez l’animal de compagnie. Prenons pour exemple le syndrome de dilatation torsion d’estomac chez le chien. Cette affection est rencontrée régulièrement par tous les vétérinaires. Kamolz et al. Un risque statistique d’un défaut de recrutement est l’erreur de type II. Dans l’exemple du syndrome de dilatation torsion d’estomac chez le chien certains patients recevront un soluté cristalloïde isotonique, d’autres un mélange de soluté cristalloïde isotonique et hypertonique, d’autres encore recevront des colloïdes de synthèse. Cette absence d’harmonisation est à l’honneur du praticien car elle montre qu’il adapte son traitement à chaque patient. D’un point de vue statistique, est difficile de comparer deux individus qui n’ont pas reçu le même traitement. En s’inspirant de la pratique des réanimateurs humains, une équipe a considéré que le métabolisme des mammifères était trop complexe pour n’être appréhendé que par la mesure d’un métabolite. Ils ont posé pour hypothèse que la mortalité d’un animal au cours de son hospitalisation serait mieux corrélée à plusieurs variables mesurées à l’admission. C’est la notion de score. Ainsi, Hayes et al. La lactatémie fait partie des variables mesurées dans les deux espèces. A chaque valeur de ces variables correspond un chiffre. La somme de ces chiffres constitue le score. L’intervalle entre les mesures n’a pas été clairement défini. L’hypothèse émise est qu’une diminution de la lactatémie au cours de l’hospitalisation serait significativement corrélée à la survie du patient. En 2004, Nel et al.

Diagnostic et Gestion des Myopathies

Diagnostic

Le diagnostic des myopathies chez le poulain repose sur une combinaison de facteurs, notamment :

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  • Anamnèse et examen clinique: L'observation des signes cliniques, tels que la douleur musculaire, la raideur, la transpiration excessive et les difficultés respiratoires, est essentielle.
  • Dosage des enzymes musculaires: La créatine kinase (CK) est une enzyme musculaire qui augmente dans le sang lors de lésions musculaires. Son dosage permet d'évaluer l'étendue des dommages.
  • Dosage de la lactatémie: Bien que l'augmentation de la lactatémie ne soit pas toujours présente dans les cas de RE, sa mesure peut aider à évaluer la gravité de la condition et à surveiller la réponse au traitement.
  • Tests génétiques: Pour les formes chroniques de RE, des tests génétiques peuvent être effectués pour identifier les mutations responsables de la PSSM ou de la MRE.
  • Biopsie musculaire: Dans certains cas, une biopsie musculaire peut être nécessaire pour confirmer le diagnostic et déterminer la nature de la myopathie.

Gestion et Traitement

La gestion des myopathies chez le poulain vise à réduire la douleur, à favoriser la récupération musculaire et à prévenir les récidives. Les approches thérapeutiques peuvent inclure :

  • Repos: Le repos est essentiel pour permettre aux muscles de récupérer. La durée du repos dépend de la gravité de la myopathie.
  • Gestion de la douleur: Des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent être utilisés pour soulager la douleur et l'inflammation.
  • Fluidothérapie: L'administration de fluides par voie intraveineuse peut aider à corriger la déshydratation et à éliminer les toxines produites par la destruction musculaire.
  • Supplémentation en électrolytes, vitamine E et sélénium: Ces nutriments peuvent être administrés pour corriger les déficits et favoriser la fonction musculaire.
  • Alimentation adaptée: Une alimentation pauvre en glucides et riche en graisses peut être bénéfique pour les chevaux atteints de PSSM ou de MRE.
  • Gestion du stress: Pour les chevaux atteints de MRE, la réduction du stress est essentielle. Cela peut inclure la mise en place d'une routine stable, l'évitement des situations stressantes et l'utilisation de techniques de relaxation.
  • Médicaments: Dans certains cas, des médicaments tels que le dantrolène ou la phénytoïne peuvent être utilisés pour prévenir les crises de MRE.
  • Physiothérapie: La physiothérapie, y compris les massages et les étirements, peut aider à soulager la douleur et à améliorer la fonction musculaire.

Importance de la Ration Alimentaire

Chez les chevaux présentant une rhabdomyolyse sporadique ou chronique, il est important de considérer la ration alimentaire en association avec l’exercice quotidien. Chez les chevaux atteints de PSSM, l’amélioration clinique dépend non seulement de la ration et de l’apport de matières grasses, mais également de l’exercice quotidien, qui entraîne une diminution de la glycémie et du stockage de glycogène dans le muscle. L’association d’une ration enrichie en matières grasses et d’un exercice régulier entraîne une diminution des signes cliniques et de la douleur musculaire.

Rations Enrichies en Matières Grasses

Une ration supplémentée en matières grasses implique des interactions avec le métabolisme glucidique. Il en résulte notamment une augmentation de la capacité oxydative des acides gras dans les mitochondries, donc une moindre utilisation du glucose et du glycogène. Les effets bénéfiques d’une ration supplémentée en matières grasses sont révélés par le grand nombre d’études scientifiques menées sur ce sujet. Bien que certaines adaptations à une ration riche en matières grasses puissent être mises en évidence en trois à quatre semaines, un minimum de trois mois est généralement nécessaire à un cheval sain pour s’adapter complètement à ce type de ration. Chez les chevaux atteints de MRE, un minimum de trois mois de ration enrichie en matières grasses sont requis pour une bonne adaptation métabolique et une amélioration des signes cliniques. Des rations enrichies en matières grasses peuvent être mal acceptées par les chevaux (inappétence).

Électrolytes, Vitamine E et Sélénium

Les chevaux concourant par temps chaud présentent souvent des déficits en électrolytes, et ce particulièrement si l’exercice dure plusieurs heures. Des conditions climatiques extrêmes requièrent l’utilisation d’électrolytes du commerce avec un ratio de 2/1/4 de sodium/ potassium/chlore. L’administration de vitamine E et de sélénium est fréquemment prescrite par les vétérinaires afin de prévenir l’apparition des crises de rhabdomyolyse chez des chevaux atteints de MRE, notamment. Toutefois, la plupart des chevaux présentant des épisodes chroniques de rhabdomyolyse ont des taux corrects de vitamine E et de sélénium. De nombreux aliments apportent des quantités suffisantes de sélénium et il convient de prendre garde aux rations excédentaires. De même, des quantités suffisantes de vitamine E sont apportées par de l’herbe, du foin de bonne qualité et le son de riz. Une complémentation est indiquée uniquement lorsqu’un déficit a été mis en évidence. Il est donc important de doser la vitamine E (valeur normale > 2 mg/l) et le sélénium (norme = 100 à 200 µg/l), ou la gluthation peroxydase (GPx), une enzyme formée dans les globules rouges durant l’érythropoïèse et qui est sélénium-dépendante (valeur normale > 150 UI/g Hb [200 à 300]).

Autres Compléments

L’effet calmant du chrome peut être extrêmement bénéfique chez des chevaux présentant des rhabdomyolyses. En effet, il semble que le stress soit un facteur déclenchant de cette affection. Toutefois, l’accumulation d’acide lactique n’intervenant pas dans la pathogénie de la MRE, l’addition de bicarbonate dans la ration ne semble pas être efficace.

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Options Médicamenteuses

Chez des chevaux présentant une RER, des doses faibles d’acépromazine avant le travail sont bénéfiques pour limiter le stress et les attitudes contractées qui favorisent les épisodes aigus. Une dose de 0,01 à 0,02 mg/kg par voie intraveineuse, 20 minutes avant exercice, est recommandée. Le dantrolène est utilisé pour traiter l’hyperthermie maligne chez l’homme. Des études récentes ont montré que cette spécialité entraîne une diminution significative des signes cliniques de rhabdomyolyse chez des chevaux atteints de RER. Une étude a été menée par Edwards et coll. sur 77 galopeurs traités avec du dantrolène à la dose d’environ 2 mg/kg administré par voie orale une heure avant l’exercice versus un placebo. Une augmentation plus faible des CK chez un animal a été mise en évidence avec le dantrolène, en comparaison avec le placebo. Une autre étude menée par McKenzie et coll. chez deux chevaux sains et cinq autres atteints de RER a également montré une diminution du taux de CK et une régression des signes cliniques postexercice avec l’administration de 4 mg/kg de dantrolène, 90 minutes avant le travail. Toutefois, dans leur étude, McKenzie et coll. n’ont pas noté une augmentation des enzymes hépatiques après trois semaines de traitement. Le dantrolène est disponible dans la pharmacopée humaine sous forme de gélules (Dantrium® 100 mg). L’administration de phénytoïne à la dose de 1,4 à 2,7 mg/kg toutes les 12 heures, par voie orale, est efficace pour prévenir l’apparition des crises de rhabdomyolyse chez les chevaux atteints de RER. Cette molécule agit sur des canaux ioniques au sein du muscle et des nerfs, et notamment sur des canaux de sodium et de calcium. Elle est également active sur le métabolisme des triglycérides. Les doses administrées par voie orale sont ajustées en fonction des concentrations sériques, l’objectif étant d’atteindre des valeurs d’environ 8 µg/ml sans dépasser 12 µg/ml. Le traitement peut être instauré pendant trois à quatre semaines puis interrompu, ou bien maintenu plus longtemps sans effets indésirables. De nombreuses hormones, de la thyroxine à la progestérone et à la testostérone, ont été administrées à des chevaux atteints de RER. Les études cherchant à établir un lien entre des taux bas de T3 et de T4, par exemple, et les crises de rhabdomyolyse n’ont pas été concluantes.

Approches Thérapeutiques Complémentaires

La physiothérapie, et notamment les massages, le stretching, voire la mésothérapie peuvent être bénéfiques dans des cas spécifiques. Dans les cas les plus modérés, il suffit souvent de surveiller la prise de boisson du cheval, parfois d’effectuer une administration d’eau et d’électrolytes par sondage gastrique. Il convient également de détecter les déséquilibres électrolytiques associés : l’hyperkaliémie est corrigée par l’utilisation de NaCl isotonique, l’hypocalcémie et l’hypomagnésémie par l’administration de solutés de borogluconate de calcium 24 % et de phosphate de magnésium 9 % (100 à 200 ml par voie intraveineuse). L’administration de solutés de bicarbonates est généralement inutile, et même non recommandée chez les chevaux en rhabdomyolyse, car ils majorent les troubles de la calcémie et de l’oxygénation cellulaire (augmentation de la PaCO2). Le contrôle de la créatinémie est nécessaire chez tous les chevaux ayant présenté une déshydratation avancée ou qui ont reçu de fortes doses d’AINS. Si peu d’urines sont émises en dépit de la perfusion, il est possible de stimuler la diurèse. Le furosémide est utilisé (0,5 à 1 mg/kg par voie intraveineuse ou intramusculaire toutes les 12 heures). Il convient néanmoins de surveiller l’administration des fluides pour s’assurer que les diurétiques ne provoquent pas ni n’exacerbent l’hyp.

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