L'apnée obstructive du sommeil n'est pas une condition qui affecte uniquement les adultes. Les enfants peuvent également en souffrir. L'apnée du sommeil chez l'enfant, caractérisée par des arrêts fréquents de la respiration pendant le sommeil, est appelée «Troubles respiratoires obstructifs du sommeil» (TROS). Ces troubles affecteraient environ 3 % des enfants âgés de 3 à 8 ans. Il est important de comprendre le mécanisme de ce trouble respiratoire, ses causes potentielles, ses signes et symptômes, ses conséquences et sa prise en charge.
Mécanisme des troubles respiratoires obstructifs du sommeil (TROS)
Les TROS sont causés par une augmentation de la résistance des voies respiratoires supérieures. L'air a plus de difficulté à circuler dans les voies respiratoires, ce qui augmente les efforts respiratoires, rend la respiration bruyante et perturbe le sommeil.
Causes potentielles de l'apnée du sommeil chez l'enfant
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'apnée du sommeil chez l'enfant :
- Augmentation du volume des amygdales et des végétations : Surtout chez les enfants de 3 à 10 ans, l'augmentation du volume des amygdales et des végétations est une cause fréquente. Ces tissus augmentent de volume et empêchent l'air de bien circuler. En effet, les amygdales et les végétations jouent un rôle de barrage contre les infections des voies aériennes, particulièrement fréquentes.
- Obésité : L'obésité peut également être en cause.
- Anomalies pharyngées, tissulaires ou du squelette facial : Certaines dysmorphoses et maladies rares peuvent entraîner des anomalies pharyngées, tissulaires ou du squelette facial, favorisant l'apnée du sommeil.
- Rhinites allergiques : Les rhinites allergiques peuvent également contribuer à l'apnée du sommeil.
- Remontées acides de l'estomac : Les remontées acides de l'estomac peuvent accompagner le syndrome d'apnées par effet mécanique (œdème, sécrétion) ou par réflexe.
- Facteurs génétiques : L'observation de cas familiaux suggère la possibilité d'une influence génétique. Une enquête portant sur 3 990 enfants et adolescents âgés de 2 à 18 ans a révélé que les enfants de familles ayant un membre atteint de SAOS ont trois à quatre fois plus de chances d'en être affectés.
Signes et symptômes de l'apnée du sommeil chez l'enfant
Le diagnostic de SAOS repose sur la présence de symptômes diurnes et nocturnes. Il est important de surveiller le sommeil de son enfant, et de se rappeler que « ronfler, ce n’est pas normal pour un enfant ». C’est un des premiers signes qui peut vous amener à consulter le médecin traitant de votre enfant.
Pendant la nuit, les trois signes principaux sont le ronflement, une respiration difficile et la survenue d’apnées avec reprise respiratoire bruyante. Un ronflement sonore, permanent, entendu d’une pièce à l’autre, a beaucoup de chance d’être pathologique. Il peut être signalé une respiration buccale, des sueurs abondantes, des réveils fréquents. Parfois, le sujet revêt des positions anormales : il dort la tête en hyperextension.
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- Ronflement : Un ronflement sonore, permanent, entendu d'une pièce à l'autre, est souvent pathologique.
- Respiration difficile : Une respiration difficile pendant le sommeil peut être un signe d'apnée du sommeil.
- Apnées : La survenue d'apnées avec reprise respiratoire bruyante est un signe important.
- Autres signes : Respiration buccale, sueurs abondantes, réveils fréquents, positions anormales pendant le sommeil (tête en hyperextension).
Pendant la journée, les symptômes suivants peuvent être observés:
- Somnolence : Le sommeil est perturbé par les apnées répétées et ces interruptions sont cause de somnolence dans la journée.
- Irritabilité, agressivité, inattention ou troubles de mémoire : Irritabilité, agressivité, inattention ou troubles de mémoire sont autant de conséquences directes du manque de sommeil.
- Maux de tête ou bouche sèche : La personne peut se plaindre, dès le réveil, de maux de tête ou de bouche sèche.
- Difficultés scolaires : Le SAOS peut avoir un retentissement sur les capacités d’attention et d’apprentissage. Il est six fois plus fréquent chez des enfants ayant de mauvais résultats scolaires.
- Troubles de l'humeur (dépression) : Ces enfants ont aussi plus souvent des troubles de l’humeur (dépression).
- Cassure de la courbe du poids et de la taille : Les enfants atteints de SAOS peuvent présenter (surtout les plus jeunes enfants à partir de 2 ans - 2 ans et demi) une cassure de la courbe du poids et de la taille en raison des difficultés d’alimentation en rapport avec l’existence d’amygdales obstructives.
Conséquences des TROS chez l'enfant
L'apnée du sommeil chez l'enfant non identifiée est source de dégradation de son sommeil, de son quotidien et peut impacter ses apprentissages à court-terme. C’est pour cela qu’il est important d’identifier les signes évocateurs le plus tôt possible et de consulter son médecin traitant ou son ORL pour initier les étapes de diagnostic, de traitement et de suivi au long cours.
- Problèmes de comportement : Irritabilité, agressivité, inattention, hyperactivité.
- Difficultés d'apprentissage et problèmes scolaires : Le SAOS peut avoir un retentissement sur les capacités d’attention et d’apprentissage.
- Problèmes de croissance : Les enfants atteints de SAOS peuvent présenter une cassure de la courbe du poids et de la taille.
- Complications cardiovasculaires : S’il est mal pris en charge, le SAOS peut être à l’origine d’un manque d’oxygène chronique et de complications cardiovasculaires.
- Troubles de l'humeur : Dépression.
Diagnostic de l'apnée du sommeil chez l'enfant
La prise en charge doit être systématiquement réalisée par une équipe multidisciplinaire formée sur cette pathologie.
- Examen clinique : Indispensable, il permettra principalement de rechercher une augmentation du volume des amygdales et des végétations, un retard de croissance et de poids. L’examen de la gorge est important aussi chez l’enfant en surpoids qui peut bénéficier du traitement chirurgical. Il ne faut pas attendre qu’un enfant ronfleur régulier fasse des apnées, présente des difficultés scolaires pour le prendre en charge.
- Polysomnographie : Le diagnostic de certitude repose sur l’ exploration polysomnographique de sommeil. Cet examen consiste à placer des capteurs sur le cuir chevelu et le corps de la personne afin d’enregistrer, pendant le sommeil, de nombreux paramètres (mouvements des yeux, mouvements respiratoires, activité du cerveau et des muscles).
- Polygraphie Ventilatoire (PV) à domicile : Elle est considérée comme la meilleure option alternative à la polysomnographie dans la démarche diagnostique de l’apnée du sommeil de l’enfant, de par son accessibilité et sa facilité d’installation et de lecture, elle doit être réalisée par une personne expérimentée (fixation des capteurs de façon sûre et ludique) et interprétée par une équipe spécialisée dans les troubles respiratoires de l’enfant. Il est toutefois recommandé de réaliser de préférence une polysomnographie chez les enfants présentant une pathologie associée : maladie neuromusculaire, malformations cranio-faciales ou maladies génétiques (Prader-Willi, Trisomie 21. .
- Évaluation morphologique sous sommeil induit (EMSSI) : Afin d’optimiser la prise en charge de l’apnée du sommeil, il peut être utile d’évaluer de façon précise les modifications morphologiques et dynamiques des voies aériennes supérieures, particulièrement durant le sommeil par cet examen. Cet examen consiste à l’aide d’un fibroscope souple à réaliser un bilan anatomique des voies aériennes supérieures (VAS), sur le patient endormi artificiellement et en ventilation spontanée.
Traitement de l'apnée du sommeil chez l'enfant
Une fois le diagnostic d’apnée du sommeil établi, une équipe pluridisciplinaire prend en charge collectivement votre enfant. Constituée la plupart du temps d’un ORL, d’un allergologue, d’un pédiatre, d’un orthodontiste, d’un rééducateur (kinésithérapeute ou orthophoniste), cette équipe accompagne le médecin traitant. Un traitement adapté et personnalisé est prescrit en fonction de la cause d’apnée du sommeil. Un traitement adapté sera prescrit en fonction de la cause des troubles respiratoires.
- Ablation des amygdales et des végétations (adénoïdo-amygdalectomie) : Si les amygdales ou les végétations sont la cause des troubles respiratoires, une intervention chirurgicale ORL (adénoïdo-amygdalectomie) pour les retirer peut être proposée. L’ablation des amygdales entraîne, dans la majorité des cas, la disparition de tous les symptômes et une reprise de la croissance.
- Rééducation oro-myofonctionnelle : La rééducation oro-myofonctionnelle.
- Pression positive continue (PPC) : Dans l’attente d’une chirurgie ou des résultats de l’orthodontie et de la croissance, l’utilisation d’un appareil de PPC peut être envisagée. Une ventilation au masque est parfois envisagée si les difficultés respiratoires persistent après l’ablation des amygdales. Ce dispositif va insuffler de l’air sous pression dans la gorge, via un masque nasal le plus souvent. Cela favorise l’ouverture des voies aériennes et l’élimination des apnées.
- Orthodontie : Si l’apnée est causée par une cause morphologique (visage ou cou trop étroits, …), l'orthodontie peut corriger ce problème.
Autres troubles du sommeil à considérer
Il est important de différencier l'apnée du sommeil d'autres troubles du sommeil qui peuvent présenter des symptômes similaires :
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- Syndrome des jambes sans repos (SJSR) : Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) chez l’enfant reste encore mal connu. Il est trop peu considéré par les pédiatres. Il se traduit par les mêmes symptômes que chez l’adulte : un besoin irrésistible de bouger les jambes, associé à des sensations inconfortables survenant au repos ou le soir. Elles sont atténuées provisoirement par la marche ou le mouvement des jambes. L’enfant peut en donner une description qui semble les rattacher à des douleurs musculaires ou osseuses. Le médecin diagnostique alors volontiers des douleurs de croissance. Sur le plan comportemental, ce syndrome peut engendrer le soir une agitation motrice, retardant l’heure du coucher et contribuant ainsi au développement d’un trouble de l’apprentissage du sommeil. Chez l’enfant, la plainte d’impatiences dans les jambes n’est pas systématiquement exprimée par l’enfant, ni rapportée aux parents, même dans les formes sévères. Chez les sujets particulièrement jeunes, il peut être masqué par une opposition au coucher (colères, crises de larmes, etc). L’enfant ou l’adolescent, sans évoquer la moindre plainte, peut refuser d’aller se coucher en utilisant n’importe quel prétexte, en raison du lien entre le coucher et les symptômes ressentis. Ce refus motivé peut être interprété comme une forme de désobéissance, alors qu’il s’agit simplement d’une stratégie visant à éviter l’apparition des impatiences dans les jambes. L’enfant utilisera un vocabulaire qui lui est propre pour décrire ses impatiences (« fil électrique » ou « araignée sous la peau »). Ce syndrome est fortement ancré dans l’héritage familial.
- Syndrome de mouvements périodiques : La confusion entre ces deux syndromes est fréquente chez l’enfant. Le syndrome de mouvements périodiques est caractérisé par la présence de secousses musculaires retrouvées en séries de quatre au moins, et d’une durée de 0,5 à 5 secondes, espacées de 20 à 40 secondes.
- Trouble Déficit de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH) : Le Trouble Déficit de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH), connu notamment en raison du symptôme d’hyperactivité, est fréquent chez l’enfant (4 à 6% en Europe). Ses critères diagnostiques sont à présent parfaitement établis. Il associe une inattention, une impulsivité et une hyperactivité motrice inadaptées à l’environnement de l’enfant. L’agitation motrice de la journée se poursuit en général au cours de la soirée : rapportée par les parents, elle est observable pendant le sommeil au moyen des techniques d’enregistrement polysomnographique. Cette hyperactivité du soir, ou vespérale, peut aussi masquer un SJSR, car l’enfant en perpétuel mouvement n’en ressentirait pas les symptômes. Ce sont l’agitation motrice nocturne et les mouvements périodiques qui, en fragmentant le sommeil, amèneraient l’enfant et l’adolescent à se plaindre auprès de leurs parents, de la mauvaise qualité de sommeil. Chez l’enfant ou l’adolescent « hyperactif », il semble difficile de savoir si le syndrome de mouvements périodiques est secondaire au TDAH ou bien au SJSR. Le syndrome des jambes sans repos est rare chez l’enfant mais les études soulignent plusieurs points importants. Chez les jeunes patients présentant un TDAH, la proportion de SJSR est beaucoup plus élevée. Il est donc difficile de savoir si le SJSR (associé ou non au syndrome de mouvements périodiques) est un révélateur ou une conséquence de la sévérité d’un TDAH.
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