Près d'un Français sur trois souffre d'allergie, et ce chiffre ne cesse d'augmenter. Face à cette réalité, les antihistaminiques se présentent comme des médicaments phares pour soulager les symptômes allergiques. Cependant, la question de leur utilisation pendant la grossesse suscite des interrogations légitimes. Cet article vise à fournir une information complète et structurée sur les antihistaminiques utilisables pendant la grossesse, en tenant compte des recommandations médicales et des précautions nécessaires.
Comprendre les Antihistaminiques
Un antihistaminique est un médicament qui s'oppose aux effets de l'histamine, une substance inflammatoire libérée en grande quantité par les cellules en cas de réaction allergique. L'histamine agit en se liant à des récepteurs spécifiques présents sur la surface des cellules, appelés récepteurs de l'histamine. Il existe plusieurs types de récepteurs de l'histamine, les plus importants étant les récepteurs H1 et H2.
Les antihistaminiques H1 ciblent les récepteurs H1 et permettent de lutter contre les phénomènes allergiques. Il s'agit généralement des antihistaminiques à base de cétirizine, de loratadine et de desloratadine. "Les antihistaminiques H1 sont efficaces dans différents symptômes de l'allergie et en particulier sur la rhinite, la conjonctivite (sous forme de collyre), urticaire et eczéma. Ils sont en revanche assez peu efficaces sur l'asthme" explique le Dr Madiha Ellaffi, pneumologue et allergologue. Les antihistaminiques H2 agissent sur les récepteurs H2 localisés essentiellement au niveau de la muqueuse gastrique, responsables de l'acidité gastrique.
Antihistaminiques et Grossesse : Une Question Délicate
Pendant la grossesse et l’allaitement, tous les antihistaminiques ne sont pas recommandés. Si vous êtes enceinte, il vous appartient de toujours vérifier auprès de votre médecin ou votre pharmacien que les médicaments que vous prenez sont compatibles avec votre état. Il existe très peu de médicaments utilisables chez la femme enceinte, ce qui rend le choix des antihistaminiques d'autant plus crucial.
Selon les médecins, aucun des antihistaminiques disponibles sur le marché n’a été spécifiquement validé pour une utilisation pendant la grossesse, ce qui rend difficile la recommandation d’une molécule en particulier. Par conséquent, les spécialistes préfèrent généralement poursuivre un traitement antihistaminique avec une molécule dont l’innocuité pendant la grossesse est documentée, afin d’éviter une détérioration de l’état de santé.
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Antihistaminiques à Privilégier et à Éviter
Antihistaminiques non Sédatifs (de Deuxième Génération)
Il est recommandé de privilégier les antihistaminiques non sédatifs, car ils sont généralement considérés comme plus sûrs pour la maman et le bébé. Les antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
La cétirizine est une molécule autorisée pendant la grossesse quel que soit le terme et pendant l’allaitement. Elle ne présente aucun risque, ni pour la mère, ni pour l’enfant à naître. La loratadine est également un antihistaminique de deuxième génération souvent considéré comme sûr pendant la grossesse.
Antihistaminiques Sédatifs (de Première Génération)
Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antihistaminiques de première génération (diphénhydramine, prométhazine, chlorphéniramine) traversent la barrière hémato-encéphalique, ce qui cause de la somnolence. De plus, ces médicaments ont un effet sédatif et peuvent provoquer somnolence, vertiges et troubles de la coordination.
Antihistaminiques à Éviter
Il est recommandé d’éviter les anti-histaminiques de dernière génération, comme la bilastine, tant que leur innocuité pendant la grossesse n’est pas totalement établie.
Précautions et Conseils Supplémentaires
- Tenez compte de vos antécédents médicaux : Certaines affections ou traitements en cours peuvent contre-indiquer l'utilisation de certains antihistaminiques.
- Interactions médicamenteuses : Les antihistaminiques peuvent interagir avec d'autres médicaments et potentialiser leurs effets, notamment les sédatifs et les analgésiques narcotiques.
- Signalez à votre médecin que vous prenez ce médicament s'il vous prescrit un test cutané pour le diagnostic d'une allergie.
- Par principe de précaution, on fait arrêter les antihistaminiques pendant le premier trimestre même s'ils ne sont pas tératogènes, explique la spécialiste.
Allergies Spécifiques et Grossesse
Rhinite Allergique
La rhinite allergique peut être inconfortable, encore plus chez la femme enceinte ! Pour soigner une rhinite allergique, une allergie aux pollens ou un rhume des foins en étant enceinte, le traitement de première intention est le lavage nasal. La cétirizine et la loratadine sont des antihistaminiques de deuxième génération qui peuvent être utilisés.
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La rhinite allergique se traduit par les symptômes suivants : éternuements successifs, écoulement nasal incolore, obstruction nasale (nez bouché), démangeaisons et picotements du nez. Il existe deux types de rhinites allergiques :
- Les rhinites allergiques saisonnières ou rhume des foins : fréquentes, elles surviennent chaque année à la même saison, lorsque la concentration des pollens augmente dans l’air, et se manifestent généralement pour la première fois pendant l’adolescence.
- Les rhinites allergiques perannuelles se manifestent tout au long de l’année et dépendent le plus souvent des allergènes domestiques comme les acariens de la poussière, les moisissures, les animaux domestiques.
Allergie au Pollen
En cas d’allergie au pollen pendant la grossesse, il est important de prendre certaines mesures pour soulager les symptômes tout en garantissant la sécurité de la mère et du bébé. Pour soulager la congestion nasale pendant la grossesse, il est recommandé de favoriser l’inhalation de vapeur, l’utilisation d’un humidificateur, le rinçage nasal avec une solution saline, et de maintenir une bonne hydratation. Éviter les allergènes, se reposer adéquatement, surélever légèrement la tête pendant le sommeil, et consulter un professionnel de santé en cas de persistance des symptômes sont également des mesures importantes à prendre.
Pour limiter les allergies pendant la grossesse, il convient d’abord d’identifier les allergènes spécifiques qui déclenchent les réactions allergiques. Ces allergènes peuvent varier d’une personne à l’autre, allant du pollen et des acariens à la poussière, aux moisissures et aux poils d’animaux. Pour celles qui souffrent d’allergies saisonnières, surveiller les prévisions polliniques locales peut aider à planifier les activités en fonction des niveaux de pollen, en évitant autant que possible les sorties pendant les périodes de forte concentration de pollen.
Alternatives et Compléments aux Antihistaminiques
Outre les antihistaminiques, d'autres mesures peuvent aider à soulager les symptômes allergiques pendant la grossesse :
- Lavage nasal : C’est le traitement de première intention de la rhinite allergique.
- Éviter les allergènes : Identifier et éviter les allergènes spécifiques est crucial. Pour les acariens, le matelas devra être totalement entouré d’une housse plastique anti-acariens ainsi que les oreillers. Le sommier, sauf s’il est en lattes ou en métal devra être entouré d’un plastique.
- Inhalation de vapeur et humidificateur : Pour soulager la congestion nasale.
- Hydratation : Maintenir une bonne hydratation.
- Repos et position surélevée : Se reposer adéquatement et surélever légèrement la tête pendant le sommeil.
Autres Médicaments et Grossesse : Précautions Générales
Il est important de noter que de nombreux médicaments sont contre-indiqués pendant la grossesse. Voici quelques exemples :
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- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et aspirine à forte dose : Formellement contre-indiqués pendant les 4 derniers mois de la grossesse. Les AINS et l'aspirine ne peuvent être utilisés que de façon ponctuelle et sur avis médical pendant les cinq premiers mois de la grossesse.
- Médicaments contre le rhume contenant un AINS : Formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse.
- Traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants : Déconseillés pendant toute la grossesse.
- Antibiotiques de la famille des quinolones : Habituellement contre-indiqués ou déconseillés.
- Vaccin contre la rubéole : Contre-indiqué.
- Vaccin contre la fièvre jaune : Non recommandé.
- Isotrétinoïne et acitrétine : Responsables de graves malformations chez l'enfant à naître. Une contraception rigoureuse est indispensable.
- Inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et antagonistes de l'angiotensine II : Formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse.
- Anticoagulants oraux (antivitamines K) : Habituellement contre-indiqués.
- Somnifères : Ne doivent pas être utilisés sans avis médical.
- Antidépresseurs ISRS : Des études suggèrent un possible risque de malformation cardiaque.
- Acide valproïque : L'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important.
- Lithium : Augmente le risque de malformations cardiaques. Son utilisation est fortement déconseillée.
Le paracétamol est l’antalgique généralement conseillé pour traiter la douleur au cours de la grossesse. La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical.
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