L'utilisation d'antibiotiques après l'accouchement est une pratique courante dans certaines situations cliniques. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des indications de l'antibiothérapie post-partum, en tenant compte des preuves disponibles et des recommandations des sociétés savantes.
Infection intra-utérine (IIU) : Diagnostic et traitement
L’infection intra-utérine (IIU), également connue sous le nom de Triple I, est une infection des membranes fœtales et/ou de la decidua maternelle et/ou d’autres composants de la cavité amniotique (liquide amniotique, placenta, cordon ombilical et fœtus). Ce terme devrait être préféré à celui de chorioamniotite, qui est trop imprécis.
Critères diagnostiques
Le diagnostic d’IIU repose sur des critères cliniques, car les signes cliniques ont une sensibilité et une spécificité limitées. Le diagnostic est posé en présence d’une fièvre définie par une température ≥ 38 °C, sans autre cause évidente, associée à au moins deux des signes suivants : tachycardie fœtale > 160 battements/min pendant ≥ 10 minutes, douleurs utérines ou travail spontané, liquide amniotique purulent à l’orifice cervical. Une hyperleucocytose maternelle en l’absence de corticothérapie anténatale ou une élévation de la CRP plasmatique sont des arguments supplémentaires en faveur d’une IIU, malgré une sensibilité et une spécificité faibles.
Gestion de l'IIU
L’IIU doit conduire à l’accouchement. Elle ne justifie pas à elle seule le recours à une césarienne. Le traitement antibiotique doit être actif sur Streptococcus agalactiae (streptocoque B) et Escherichia coli. Il doit être débuté dès que le diagnostic est posé et poursuivi pendant et après l’accouchement afin de réduire la morbidité néonatale et maternelle. Le traitement de choix est l’association d’une bêtalactamine et d’un aminoside par voie intraveineuse. Dans le post-partum, une dose unique d’antibiotique est suffisante après un accouchement par voie vaginale. Un traitement plus long est nécessaire en présence d’une bactériémie et peut être discuté en cas de persistance de la fièvre, d’obésité ou de césarienne.
Métronidazole : Indications et considérations
Le métronidazole est un antibiotique utilisé pour traiter diverses infections, notamment les infections du système nerveux central, les infections pulmonaires et pleurales, les infections des voies gastro-intestinales et de la région abdominale, les infections gynécologiques, les infections des régions oreilles-nez-gorge et dents-bouche-mâchoire, et les infections osseuses et articulaires.
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Posologie et administration
La dose habituelle est de 20 à 30 mg par kg de poids corporel par jour, en dose unique ou fractionnée en doses de 7,5 mg par kg de poids corporel toutes les 8 heures. Chez les nouveau-nés, une accumulation de métronidazole peut survenir au cours de la première semaine suivant leur naissance. Par conséquent, les concentrations sériques de métronidazole doivent être surveillées de préférence après quelques jours de traitement. Le contenu d’un flacon ou d’une poche doit être perfusé lentement par voie intraveineuse.
Précautions et contre-indications
Le métronidazole doit être utilisé avec prudence chez les patients atteints de lésions hépatiques graves ou présentant une altération de l’hématopoïèse. Des cas de crise convulsive, de myoclonie et de neuropathie périphérique ont été rapportés chez des patients traités par métronidazole. En cas de réactions d’hypersensibilité sévères, le traitement doit être interrompu. Une diarrhée persistante sévère survenant au cours du traitement ou au cours des semaines suivantes peut être due à une colite pseudomembraneuse. La durée du traitement par métronidazole ne doit pas dépasser 10 jours, sauf dans des cas spécifiques bien définis et si absolument nécessaire. Un traitement prolongé par métronidazole peut être associé à une dépression de la moelle osseuse. Des réactions cutanées indésirables sévères ont été rapportées avec l’utilisation du métronidazole. Le métronidazole peut induire la prolifération de micro-organismes non sensibles. Des cas d’hépatotoxicité sévère/d’insuffisance hépatique aiguë ont été rapportés chez des patients atteints du syndrome de Cockayne.
Interactions médicamenteuses
La co-administration de métronidazole avec certains médicaments peut entraîner des interactions. Des cas d’allongement de l’intervalle QT et de torsades de pointes ont été rapportés lors de l’administration concomitante de métronidazole et d’amiodarone ou de ciprofloxacine. Le métronidazole peut potentialiser l’effet anticoagulant des dérivés coumariniques et augmenter le risque de saignement. Une administration simultanée de disulfirame peut provoquer des états de confusion voire des réactions psychotiques. Le métronidazole inhibe le métabolisme du fluorouracile, de la phénytoïne et du tacrolimus.
Grossesse et allaitement
La sécurité d’utilisation du métronidazole au cours de la grossesse n’a pas été suffisamment démontrée. Au cours du premier trimestre, le métronidazole ne doit être utilisé que pour traiter des infections graves menaçant le pronostic vital, si aucune autre alternative plus sûre n’est possible. Étant donné que le métronidazole est sécrété dans le lait maternel, l’allaitement doit être interrompu au cours du traitement.
Effets indésirables
Les effets indésirables les plus fréquemment rencontrés incluent des nausées, des sensations gustatives anormales et un risque de neuropathie en cas de traitement à long terme. D’autres effets indésirables possibles incluent des surinfections fongiques, une colite pseudomembraneuse, une diminution des numérations des leucocytes et des plaquettes, des réactions d’hypersensibilité, des troubles de la vision, des vomissements, des nausées, une diarrhée, une glossite et une stomatite, une éructation avec goût amer, une pression épigastrique, un goût métallique, une langue chargée, des réactions cutanées allergiques, une arthralgie, une myalgie et une urine de couleur foncée.
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Impact des antibiotiques sur le microbiote intestinal
Les antibiotiques détruisent non seulement les bactéries pathogènes, mais perturbent également profondément l’équilibre du microbiome gastro-intestinal. L’usage des antibiotiques a globalement augmenté de 36 % en une décennie, et ils représentent une cause connue de dysbiose. La conséquence la plus fréquente et la mieux étudiée de la dysbiose intestinale due à la prise d’antibiotiques est la diarrhée associée aux antibiotiques (DAA). La DAA se produit dans ± 20 % des cas sous antibiotiques et dépend de la classe d’antibiotique, de la présence de facteurs de risque chez les patients et de la définition de la DAA.
Effets à long terme de l'exposition aux antibiotiques en début de vie
Les antibiotiques administrés intrapartum au cours d’un accouchement par césarienne ou par voie basse sont associés à une dysbiose du microbiote intestinal chez le nourrisson. Une dysbiose acquise au cours de la période périnatale ou tôt en début de vie induira des conséquences à long terme. Un traitement antibiotique administré chez la mère pendant sa grossesse et l’allaitement entraîne de profondes altérations de la composition du microbiote chez les mères et les nourrissons.
Des études suggèrent que l’exposition répétée aux antibiotiques en début de vie, en particulier aux β-lactamines, est associée à une augmentation du poids et de la taille. L’administration de trois cycles d’antibiotiques ou plus avant que les enfants n’atteignent l’âge de 2 ans est associée à un risque accru d’obésité dans la petite enfance. Les enfants recevant des antibiotiques au cours de la première année de vie sont plus susceptibles d’être en surpoids plus tard dans l’enfance que ceux n’ayant pas été exposés.
Une association claire a été trouvée entre l’utilisation précoce des antibiotiques (3 cycles ou plus) et l’allergie au lait, l’allergie aux aliments autres que laitiers et d’autres allergies. L’usage d’antibiotiques par la mère avant et pendant la grossesse a été associé à un risque accru d’allergie au lait de vache chez les enfants.
Les antibiotiques administrés pendant la première semaine de vie constituent un facteur de risque de rhinite allergique et de respiration sifflante. Les antibiotiques pris par le nourrisson au cours de la première année de vie sont associés à un risque accru d’asthme pendant l’enfance.
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L’exposition aux antibiotiques tout au long de l’enfance est associée au développement de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), et cette relation diminue avec l’augmentation de l’âge lors de l’exposition aux antibiotiques.
Le traitement par 2 à 5 cycles d’antibiotiques a été associé à un risque accru de diabète pour la pénicilline, les céphalosporines, les macrolides et les quinolones.
Pour les tumeurs malignes gastro-intestinales, l’utilisation de la pénicilline a été associée à un risque élevé de cancers de l’œsophage, de l’estomac et du pancréas. Le risque de cancer du poumon a augmenté avec l’usage de la pénicilline, des céphalosporines ou des macrolides. Le risque de cancer de la prostate a légèrement augmenté avec l’usage de la pénicilline, des quinolones, des sulfamides et des tétracyclines. Le risque de cancer du sein a été modérément associé à une exposition aux sulfamides.
Suivi post-partum et prévention des infections
Après l’accouchement, un suivi médical est essentiel pour s’assurer que la nouvelle maman récupère correctement. La sage-femme surveille quotidiennement la température, le pouls et la pression artérielle pour dépister rapidement une éventuelle infection. Elle observe également la muqueuse conjonctive des yeux à la recherche de signes d’anémie et examine les éventuelles cicatrices de césarienne ou d’épisiotomie.
Soins de la plaie d'épisiotomie
Lorsqu’il a été nécessaire d’inciser le périnée pour permettre le passage du bébé, il est important de prendre toutes les précautions pour que la plaie ne s’infecte pas. Plusieurs toilettes de la plaie doivent être faites chaque jour, suivi d’un badigeonnage à l’éosine et d’un séchage au sèche-cheveux. La cicatrice doit rester sèche et protégée.
Contraception post-partum
Pour éviter une nouvelle grossesse trop rapprochée, il est souvent nécessaire de rapidement mettre en place une forme de contraception après l’accouchement. Le préservatif et les gels spermicides sont une bonne solution en attendant le retour des règles. Il est également possible de prendre une pilule progestative ou estroprogestative minidosée.
Rééducation du périnée
Environ 15 % des femmes souffrent d’incontinence urinaire d’effort dans les semaines qui suivent l’accouchement. Dans tous les cas, une dizaine de séances de rééducation du périnée sont prescrites, qui seront réalisées par un kinésithérapeute ou une sage-femme, en ville ou à l’hôpital. Ces séances ont pour but de renforcer le tonus des muscles du périnée, ainsi que celui des muscles abdominaux.
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