La période post-partum, bien que souvent perçue comme une source de joie, peut également être une période de vulnérabilité pour la santé mentale des femmes, en particulier celles ayant des antécédents de troubles du comportement alimentaire (TCA) ou chez celles pour qui ces troubles apparaissent pour la première fois. L'anorexie post-partum est un trouble complexe qui nécessite une compréhension approfondie pour une prise en charge efficace. Cet article a pour but de décortiquer les causes, les symptômes et les traitements de l'anorexie post-partum, afin d'offrir un meilleur accompagnement aux jeunes mamans.

Comprendre l'Anorexie Mentale

L’anorexie mentale (ou nerveuse) fait partie de ce que l’on appelle communément les TCA (troubles du comportement alimentaire). Son origine multifactorielle en fait une pathologie complexe, parfois difficile à comprendre pour l’entourage des personnes qui en sont atteintes. Cette pathologie mentale, qui touche toutes les catégories sociales, est un trouble des conduites alimentaires (ou TCA, comme la boulimie ou l’hyperphagie boulimique) se caractérisant par un refus de s’alimenter normalement durant de longs mois, voire sur plusieurs années. La gravité de ce trouble réside principalement dans le fait que les personnes anorexiques ressentent généralement du plaisir à maigrir : il s‘associe à un contrôle de soi et à une image perturbée du corps, une dysmorphophobie.

Les Critères Diagnostiques de l'Anorexie Mentale

Le DSM-5, la 5e édition du Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux, définit l'anorexie mentale par :

  • Une restriction prolongée des apports énergétiques.
  • Une peur intense de prendre du poids (de devenir gros).
  • Une altération de la perception de son corps. Les patients sont dans l’incapacité de prendre conscience de leur maigreur et, de fait, des risques qu’ils encourent en continuant à restreindre leur alimentation.

La pathologie est ensuite classée en fonction de son degré de sévérité. L’anorexie mentale boulimique avec purge : ici, les personnes anorexiques ont recours à des prises de nourriture soudaines et importantes. Elles compensent ensuite ces excès par des vomissements ou la prise de laxatifs.

Facteurs de Risque de l'Anorexie Mentale

Des études ont confirmé qu’il existe bel et bien des gènes prédisposant à ce trouble. Non pas à l’anorexie proprement dite, mais à une tendance à un comportement addictif. Certains de ces facteurs génétiques prédisposent également au fait que l’organisme brûle plus d’énergie. Des facteurs endogènes tels que le sexe ou le caractère sont également responsables de la fragilité à souffrir de ce TCA. De nombreuses études ont constaté que les personnes anorexiques sont souvent perfectionnistes, anxieuses et enclines aux changements d’humeur.

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Effectivement, les patients montrent une appétence toute particulière au besoin de contrôle. Le fait de pouvoir contrôler tout ce qu’ils mangent leur apporte un sentiment de toute-puissance. On retrouve ici l’envie de cuisiner pour les autres des repas que les personnes atteintes de ce trouble ne mangeront pas elles-mêmes. Des causes psychologiques individuelles (traumatisme, refus de grandir, troubles de l’attachement, blessure d’abandon…) sont également impliquées. Une rupture sentimentale, un deuil ou encore un abus vécu dans une relation toxique, peuvent déclencher l’apparition de l’anorexie nerveuse.

Si autrefois les femmes bien en chair étaient signe de beauté, de richesse et de grâce, ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, particulièrement dans la culture occidentale. Le parcours devient donc difficile pour tous ceux et celles qui ne se conforment pas à cette image renvoyée dans tous les médias, les magazines et les publicités.

Si elle est involontaire, il existe également une cause d’anorexie qui est physique. Un virus, un trouble du métabolisme, une psychose, une malformation congénitale, une intervention chirurgicale peuvent entraîner une perte d’appétit, voire un dégoût à s’alimenter.

La Grossesse et le Post-Partum : Une Période de Vulnérabilité

La grossesse est une expérience unique qui transforme le corps de manière spectaculaire en l'espace de quelques mois. Pour certaines femmes, ces transformations sont source de fierté et d'émerveillement, mais pour d'autres, elles peuvent être éprouvantes et réveiller une obsession pour l'image corporelle. Pendant la grossesse, il est fréquent que l'attention sociétale soit focalisée sur le ventre de la future maman, ce qui peut exacerber des insécurités liées à l'apparence.

Après l'accouchement, la pression pour "retrouver son corps d'avant" s'ajoute aux nombreux défis de la maternité. Les femmes peuvent ressentir une forte dissonance entre leur nouvelle réalité physique et les idéaux sociétaux, ce qui les pousse parfois à adopter des comportements alimentaires équivaut à des TCA.

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Les Changements Hormonaux

Après l'accouchement, les niveaux d'oestrogène et de progestérone chutent rapidement, ce qui peut provoquer des variations de l'humeur et accentuer les préoccupations liées à l'image corporelle. Ces fluctuations hormonales peuvent également affecter l'appétit et la régulation des émotions.

Le Stress et l'Épuisement

Le manque de sommeil, les responsabilités liées au nouveau-né et les attentes sociales peuvent créer un environnement propice au développement de comportements alimentaires irréguliers.

La Pression Sociale

Les idéaux sociétaux qui valorisent la minceur peuvent engendrer une pression intense pour perdre du poids rapidement. Les réseaux sociaux, en particulier, jouent un rôle majeur dans la propagation de ces normes.

Les Antécédents de TCA

Les femmes ayant déjà souffert de TCA avant ou pendant leur grossesse sont plus susceptibles de voir ces troubles se réactiver en post-partum.

Le Perfectionnisme Maternel

Beaucoup de jeunes mamans ressentent une pression pour exceller dans leur rôle de mère, ce qui peut se traduire par un contrôle excessif de leur alimentation.

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Manifestations de l'Anorexie Post-Partum

Dans l’anorexie nerveuse la restriction alimentaire est draconienne : les aliments sont triés et une conduite d’éviction est tenue lors des repas. La préparation des repas peut-être ritualisée. On note en particulier une aversion pour les produits gras, sucrés, les aliments industriels caloriques.

Symptômes Physiques

  • Des troubles menstruels ou une absence de règles. Cette aménorrhée est consécutive aux carences en protéines causées par la dénutrition et à la fonte du tissu adipeux.
  • Une ostéoporose intervenant normalement à la ménopause. L’absence de règles et le dérèglement hormonal en sont à l’origine.
  • Un dérèglement de la régulation de l’appétit et du système de récompense.

Impacts Psychologiques

Les symptômes sont également des complications psychologiques de la maladie. L’apparition de l’anorexie n’est pas sans conséquences sur la qualité de vie et la relation aux autres. Les personnes souffrant d’anorexie mentale présentent une rigidité émotionnelle et des difficultés dans la communication aux autres. Ces symptômes entraînent un appauvrissement environnemental, un éloignement des amis, des proches, voire de la famille qui ne comprend pas les signes de la maladie. Les impacts sur la vie professionnelle sont également importants.

Conséquences des TCA en Post-Partum

Les TCA ont des répercussions à la fois sur la mère et sur le bébé.

Sur la Santé Physique et Mentale de la Mère

Une alimentation insuffisante ou déséquilibrée peut entraîner des carences nutritionnelles, une fatigue chronique, et une diminution de la production de lait maternel. Par ailleurs, les TCA sont souvent accompagnés de troubles de l'humeur, tels que la dépression post-partum ou l'anxiété.

Sur le Bébé

Un bébé dépend entièrement de sa mère pour ses besoins nutritionnels et émotionnels. Les TCA peuvent interférer avec la capacité de la mère à répondre pleinement à ces besoins, ce qui peut affecter le développement de l'enfant.

Sur la Relation Mère-Enfant

Une obsession pour le poids ou l'apparence peut détourner l'attention de la mère des moments précieux avec son bébé, compromettant le lien affectif.

Diagnostic de l'Anorexie Post-Partum

La dépression postpartum peut être diagnostiquée en évaluant les symptômes dépressifs à l'aide de différents outils de diagnostic, tels que l'échelle de dépression postnatale d'Édimbourg (EPDS), et en se référant au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux pour les exigences diagnostiques. L'EPDS est un questionnaire de 10 items conçu pour détecter la dépression postpartum. Il est recommandé de dépister la dépression postpartum chez les mères de 2 à 6 mois après l'accouchement. Un diagnostic et une intervention précoces peuvent jouer un rôle crucial dans la gestion de la dépression postpartum et favoriser le bien-être tant du parent que de l'enfant.

Traitement de l'Anorexie Post-Partum

Il existe différentes approches de la prise en charge de l’anorexie mentale. Quelle que soit la prise en charge retenue, elle est axée sur plusieurs aspects de la pathologie et nécessite le plus souvent une équipe pluridisciplinaire.

Le Volet Psychologique

Le volet psychologique est bien évidemment primordial. Les objectifs sont individuels, mais aussi familiaux.

  • L’art-thérapie.
  • Les thérapies familiales.
  • La programmation neurolinguistique (PNL). Elle donne la possibilité de poser un autre regard sur la pathologie, le comportement, pourquoi le fonctionnement alimentaire n’est pas adapté afin de le corriger.

Le Suivi Médical

Le suivi médical est lui aussi essentiel. Le médecin, psychiatre ou pédopsychiatrique intervient dans l’approche psychothérapique de la pathologie, par la mise en place de séances thérapeutiques par exemple. De plus, l’introduction de traitements médicamenteux par psychotropes peut s’avérer utile en cas de comorbidités psychiatriques. La prise d’antidépresseurs et/ou d’anxiolytiques peut également être prescrite.

L’Aspect Nutritionnel et Diététique

L’aspect nutritionnel et diététique est le dernier pilier de la prise en charge. Il est aussi primordial que les deux précédents lorsque l’on connaît les complications de l’anorexie. En effet, la dénutrition engendre de très nombreux troubles pouvant s’avérer mortels. C’est pourquoi il devient vital d’établir un programme de renutrition, avec un objectif pondéral préétabli. Dans un premier temps, l’objectif est essentiellement de stopper la perte de poids. Ensuite vient la phase de reprise de poids, très difficile à accepter. Cette renutrition s’accompagne de la surveillance du bilan hydroélectrolytique, des paramètres généraux (tension artérielle, rythme cardiaque, température…). Une éducation thérapeutique, avec l’aide d’une nutritionniste, est le plus souvent ajoutée aux différents aspects déjà cités.

Autres Options de Traitement

  • Le centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP).
  • L’établissement de post-cure.
  • La famille d’accueil.

De nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour savoir si une hospitalisation complète est nécessaire. S’ils diffèrent selon les professionnels, la Society for Adolescent Medicine et l’American Academy of Pediatrics recommandent toutefois d’y avoir recours, chez les adolescents, lorsque leur poids est inférieur à 75 % du poids corporel idéal (PCI).

Le Rôle du Soutien Familial et Social

Si le suivi médical est important, le soutien familial et social l’est tout autant. Une vie relationnelle, amicale, professionnelle et familiale stable est le point de départ pour prévenir les phases anorexiques et favoriser la sortie de la maladie. L’entourage proche est tout particulièrement représenté par les parents (surtout pour les adolescents), la fratrie et le ou la conjointe. Il existe des ressources disponibles pour cet entourage : groupes d’informations, groupes de psychoéducation, groupes de paroles ou encore associations de familles. Il existe aussi un site dédié.

Prévention de l'Anorexie Post-Partum

Bien qu'il ne soit peut-être pas possible de prévenir complètement la dépression post-partum, certaines stratégies peuvent aider à gérer et réduire le risque de développer cette condition. Consultez votre professionnel de la santé et mettez en pratique des techniques d'auto-soins afin de gérer efficacement la dépression post-partum.

Stratégies de Prévention

  1. Consulter des professionnels : Travailler avec un diététicien spécialisé dans les TCA, un psychologue ou un psychiatre peut offrir un soutien précieux. Ces professionnels peuvent aider à identifier les déclencheurs et à mettre en place des stratégies adaptées.
  2. Privilégier une alimentation intuitive : Auprès de ces professionnels, il sera l'occasion d'apprendre à écouter les signaux de faim et de satiété permettant progressivement de rétablir une relation saine avec la nourriture.
  3. Se détacher des idéaux sociétaux : Réduire son exposition aux réseaux sociaux ou aux contenus valorisant la minceur peut aider à diminuer la pression perçue.
  4. Renforcer le réseau de soutien : Parler avec des proches, participer à des groupes de soutien pour mamans ou consulter des associations spécialisées dans les TCA peut créer un sentiment d'appartenance et réduire l'isolement.
  5. Intégrer des pratiques de soin de soi : Prendre du temps pour soi, même de manière brève, peut aider à gérer le stress et à éviter les comportements alimentaires compulsifs.

Le Rôle des Proches

Les proches jouent un rôle essentiel dans le soutien des jeunes mamans. Voici comment ils peuvent aider :

  • Éviter les commentaires sur le poids ou l'apparence : Se concentrer sur la santé et le bien-être plutôt que sur l'apparence physique.
  • Offrir une aide pratique : Préparer des repas, s'occuper du bébé ou offrir des moments de répit peut soulager le stress de la mère.
  • Encourager la consultation de professionnels : Si une jeune maman montre des signes de TCA, il est important de l'encourager à chercher de l'aide.

Que Faire en Cas de Doute ?

Il est important de connaître les symptômes de l’apparition de l’anorexie mentale pour pouvoir intervenir le plus tôt possible, avant que la maladie s’installe et ne devienne chronique. Comme la plupart des pathologies, plus elles sont prises en charge tôt, plus les chances de guérison sont grandes. En cas de doute, ne pas hésiter à se tourner vers des professionnels de santé compétents qui sauront confirmer ou infirmer le diagnostic et orienter vers des soins adaptés. Un suivi et des soins essentiels doivent être apportés afin que la chronicisation ne s’installe pas.

Adapter son Comportement

Pour apporter son aide aux personnes à risque, en plus de connaître parfaitement les signes évocateurs cités plus tôt, il est important d’adapter son comportement. Pour cela, éviter le jugement est indispensable. Il faut comprendre que la personne est en souffrance et qu’être jugée ne lui apportera aucune aide, bien au contraire. « Tu es trop maigre », « Tu dois grossir, mange ! », « Tu risques ta vie en agissant ainsi » ne sont pas des propos à utiliser face à une personne en proie à l’anorexie. Soyez plutôt compréhensif et exprimez vos inquiétudes : « Je m’inquiète pour moi », « Que puis-je faire pour t’aider ?

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