Il vous est peut-être arrivé de croiser votre reflet dans une vitrine et de vous demander : "Mais qui est cette femme avec une poussette ?" Un an auparavant, vous savouriez un Irish Whiskey avec votre meilleure amie dans votre bar favori, échangeant les derniers événements de votre vie trépidante. Aujourd'hui, votre vie est peut-être plus axée sur les pleurs que sur les rires. Ce n'est pas que vous soyez malheureuse, loin de là. Mais l'excitation a pris une tournure différente, comme la découverte nocturne d'un manque de lait en poudre ou la surprise de constater qu'un nouveau-né peut confondre le jour et la nuit. Bien sûr, vous ne reviendriez en arrière pour rien au monde. Cependant, au milieu de cette avalanche de changements, vous avez parfois l'impression de vous perdre. Des nuits fragmentées, un emploi du temps dicté par un être totalement dépendant de vous, des relations changeantes avec vos proches, un corps en transformation… La psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek parle même de "crise de la maternalité" pour décrire cette transformation identitaire. Ce processus, parfois difficile, peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Ce n'est pas un sujet dont on parle souvent, ce qui rend d'autant plus important de briser le tabou !
Le deuil du "soi d'avant"
"Au début, j'ai tout fait pour que ma vie change le moins possible : je continuais à sortir le soir, à voir plein de monde… Mais au bout de quelques semaines, je me suis écroulée d'épuisement. Inconsciemment, j'en voulais à mon bébé de ne plus pouvoir faire ce que je voulais. J'ai fini par me mettre à son rythme en me disant qu'il y avait un temps pour tout. Depuis, je suis plus sereine !", raconte Maya, maman d'Ophélie, 13 mois. Son expérience n'a rien d'inhabituel. "Faire le deuil de son soi d'avant est souvent ressenti comme la perte d'un être cher : il y a d'abord le déni, puis la colère, la tristesse et enfin l'acceptation de sa disparition", affirme Jacqui Marson, une psychologue anglaise qui a étudié une soixantaine de jeunes mamans pour sa thèse de maîtrise. Sa conclusion : près de 90 % d'entre elles ont ressenti un sentiment de perte après la naissance de leur enfant. Cela ne signifie pas qu'elles regrettent cet événement. "Au contraire : la plupart d'entre elles m'ont assuré que devenir mère était la meilleure chose qui leur soit jamais arrivée."
Ne pas se comparer et accepter les difficultés
"Pourquoi mes amies s'en sortent si bien alors que moi, je trouve ça difficile ?" Cette question a hanté plus d'une jeune maman. Chacune pense qu'elle est la seule dans ce cas. Alors que presque toutes rencontrent des difficultés au début. Ne vous fiez pas aux apparences : le fait que votre amie soit une experte en Babycook et intarissable sur les maladies infantiles ne la met pas à l'abri de la fatigue et du doute. "Les jeunes mamans sont des pros de la dissimulation : tout sauf avouer que leur nouvelle vie n'est pas toujours rose ! Si vous deviez demain commencer un nouveau travail, vous ne vous flagelleriez sans doute pas si vous faisiez quelques erreurs au début. On devrait adopter la même bienveillance à l'égard de soi-même au moment de faire ses premiers pas de maman : c'est un "job" totalement nouveau, normal qu'il y ait des hésitations, voire des ratés. Et ne vous laissez surtout pas culpabiliser par cette "copine" qui sait mieux que vous ni par ce "spécialiste" qui vous assure qu'une mère, ça décrypte instinctivement les pleurs de son enfant. Si pour vous ses pleurs sont du chinois, et alors ?
Préserver son réseau social et sa relation de couple
D'accord, l'Irish Whiskey hebdomadaire en compagnie de votre meilleure amie, ça devra peut-être attendre un peu (quoique). Mais est-ce une raison pour rester cloîtrée chez vous, à trier la layette pendant que bébé roupille ? Souvent, on néglige son réseau d'amies à un moment où on en aurait le plus besoin. Eh oui, on a tendance à l'oublier, celui-là, caché derrière ces fameuses couches lavables qui s'accumulent ! Dites-vous que lui aussi est en train de vivre un chamboulement identitaire. Même s'il est moindre : son foot le mercredi soir, c'est quand même sacré. D'où votre sentiment d'injustice. Il faut se rendre à l'évidence : il ne va pas se transformer en papa parfait du jour au lendemain. Faites preuve d'indulgence, il faut qu'il trouve ses marques (et le chauffe-biberon…). En attendant, rappelez-vous que c'est votre amour pour lui qui vous a fait mère. N'attendez pas les 18 ans de votre enfant pour engager une baby-sitter et roucouler à nouveau à l'unisson. Ce conseil a beau être rebattu, beaucoup l'oublient. C'était le cas de Lætitia, maman de Lisa, 2 ans. "Quand j'ai repris mon travail aux 4 mois de ma fille, j'avais l'impression de ne plus avoir de temps pour moi, je ne me sentais plus du tout désirable, je ne me maquillais plus… C'est seulement un an et demi plus tard que j'ai à nouveau eu envie de plaire.
Ne pas s'oublier et lâcher prise sur les attentes irréalistes
Même si rien ne vous semble plus captivant que les gazouillis de votre petit ange, n'oubliez pas : avant, vous vous passionniez aussi pour des tas d'autres choses. Plus le temps pour tout ça ? Mauvaise excuse. Dans son nouveau livre Le conflit : la femme et la mère, Elisabeth Badinter met le doigt sur la fâcheuse tendance qu'ont les mamans à culpabiliser quand elles font des choses pour elles. Non, il ne faut pas attendre que bébé dorme à poings fermés pour finir le chapitre de Millénium ou chatter avec les copines. Pendant que vous lui donnez le sein, c'est possible aussi. "Chaque future maman devrait mettre par écrit, en présence de son conjoint, les activités qu'elle voudrait à tout prix continuer après l'accouchement. Vous n'avez pas inscrit votre bébé aux bébés nageurs dès ses 3 mois ? Vous lui donnez des petits pots industriels ? La règle numéro un d'une maternité heureuse : oublier ses attentes irréalistes. " Les femmes qui ont leur premier enfant après 35 ans voudraient parfois que tout soit parfait. Cela fait longtemps qu'elles attendent ce moment, qu'elles se documentent… Résultat, elles se mettent une sacrée pression à elles et à leur enfant ", explique Jacqui Marson. D'où des heures passées sur les forums pour trouver LA solution pour chaque nouveau challenge : choix du biberon, du pédiatre, de la poussette, du CD d'éveil… Et pas seulement une fois que la maison brille de tous ses feux (ce qui n'arrivera de toute manière jamais).
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Prévenir la vacuité et se ressourcer
Sinon vous risquez gros. "La naissance d'un enfant peut nous faire basculer dans une vacuité, précédée par un état de plénitude. Si on n'est pas vigilante ou mal entourée, on peut vite être happée par un trou sidéral, met en garde la Dre Danièle Flaumenbaum, gynécologue et auteure de Femme désirée, femme désirante (Payot). Pour contrebalancer cette chute énergétique, pensez à vous recharger grâce à l’acupuncture, l'homéopathie ou la naturopathie." Donc : ne culpabilisez plus jamais en vous faisant masser une heure.
La "crise de la maternalité" selon Catherine Bergeret-Amselek
Selon Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste et auteure du Mystère des mères, Desclée de Brouwer, la "crise de la maternalité" n'est pas une crise pathologique, mais un processus tumultueux qui fait grandir : depuis le désir de grossesse jusqu'à un an environ après la naissance de l'enfant. C'est une période sensible, une étape clé dans la construction identitaire d'une femme.
Notre mère nous délivre un "passeport de la féminité" grâce auquel on se sent ou non bienvenue au club des femmes. Si elle a été une rivale pour nous, devenir mère à notre tour sera plus difficile. Parfois aussi, la "crise de la maternalité" n'intervient qu'au deuxième enfant. Soit parce qu'on est soi-même la deuxième de sa fratrie, soit parce que, pour diverses raisons, comme une reprise trop rapide du travail, cette "crise" n'a pas eu le temps de s'exprimer.
Le comportement du père y est aussi pour beaucoup : s'il ne nous renvoie pas une image positive de nous en tant que mère, s'il ne nous aide pas à renouer avec notre féminité, on peut avoir l'impression de se perdre soi-même. L'entourage familial est donc primordial : quand cet entourage est sécurisant, cette maturation se fait de manière plus harmonieuse. La sortie de la maternité est le moment le plus délicat de ce long processus. Pour peu qu'on soit un peu esseulée, le baby-blues peut vite se transformer en dépression postnatale.
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