L'aménorrhée, définie comme l'absence de menstruations, est un trouble du cycle menstruel qui peut avoir diverses origines. Cet article explore en profondeur les causes de l'aménorrhée, les méthodes de diagnostic et les options de traitement disponibles.
Introduction à l'Aménorrhée
L’aménorrhée se définit par une absence totale de menstruations chez les femmes. Elle témoigne d’un trouble du cycle menstruel, lorsqu’elle survient en dehors de certaines périodes où l’absence de règles est physiologique (avant la puberté, pendant la grossesse, l’allaitement ou bien encore après la ménopause).
Le cycle menstruel d’une femme, en âge d’avoir ses règles, dure en moyenne 28 jours. La paroi interne de l’utérus, appelée endomètre, s’épaissit pour être prête à accueillir un ovule fécondé par un spermatozoïde. Elle se constitue de muqueuse utérine, de glaire et de sang. Si la fécondation n’a pas lieu, une partie de l’endomètre est évacuée par le vagin : ce sont les règles, ou menstruations, saignements qui s’étendent de 3 à 8 jours. Il arrive que ce cycle menstruel soit perturbé, ce qui peut se traduire par une absence de règles ponctuelle, répétée ou continue.
On distingue deux types principaux d'aménorrhée : primaire et secondaire.
Types d'Aménorrhée
On identifie deux types d’aménorrhée différents :
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- Aménorrhée primaire : Elle a lieu lorsqu’une fille âgée de 16 ans n’a pas encore eu ses premières règles. La plus fréquente des causes à cette absence est le retard pubertaire. Les caractères sexuels (poussée des seins, développement de la pilosité…) de la personne concernée n’apparaissent pas. Le corps garde un aspect infantile. Cela peut, entre autres, s’expliquer par la présence de plusieurs cas de puberté tardive dans la famille, par l’existence d’une pathologie chronique (maladie rénale, anémie, mucoviscidose…) ou encore en raison de carences nutritionnelles. Cette aménorrhée peut aussi résulter d’une anomalie des chromosomes sexuels. Le syndrome de Turner en est une illustration. Il est dû à l’absence de tout ou d’une partie des deux chromosomes X chez la femme. Et entraîne notamment une petite taille et un défaut de fonctionnement des ovaires. L’anorexie mentale, ainsi que le sport pratiqué intensément, peuvent entraîner une aménorrhée primaire. Il en est de même en cas d’altération des ovaires après un traitement (chimiothérapie), en raison d’une maladie endocrinienne (hypothyroïdie), ou d’un dysfonctionnement de l’hypophyse et de l’hypothalamus (séquelles de la méningite, tumeur au cerveau…).
- Aménorrhée secondaire : Elle équivaut à l’absence de règle pour une femme qui les a déjà eus dans le passé. Elle correspond à l'absence de règles pendant plus de 3 mois chez une femme qui était précédemment bien réglée. L'aménorrhée secondaire désigne l'absence de règles pendant plus de 3 mois chez une femme en âge d'être réglée. Elle concerne les femmes non ménopausées qui ont déjà eu des règles.
Causes de l'Aménorrhée
Plusieurs raisons peuvent être à l’origine de l’absence de règles. La plus connue est la grossesse. Lorsque cette absence ne dépasse pas trois mois, il s’agit essentiellement de troubles des règles. A 3 mois et au-delà, on parle d’aménorrhée. L’aménorrhée est considérée comme normale en cas de grossesse, durant l’allaitement et après la ménopause. Elle est volontaire quand elle est liée à la prise ou à l’installation de contraception comme la pilule progestative ou le stérilet hormonal. En dehors de ces situations particulières, l’aménorrhée s’explique de diverses façons et n’est pas forcément symptomatique d’une affection ou d’une anomalie.
Les causes de l'aménorrhée sont variées et peuvent être classées en plusieurs catégories :
Causes Physiologiques
- Grossesse : La première cause d'aménorrhée secondaire est la grossesse.
- Allaitement : L'aménorrhée est normale durant l'allaitement.
- Ménopause : L'arrêt des règles (ménopause) est un processus physiologique normal.
- Contraception : La prise de contraceptifs hormonaux, comme la pilule progestative ou le stérilet hormonal, peut entraîner une aménorrhée. Les règles sont très peu abondantes ou disparaissent complètement car la muqueuse de l’utérus s’atrophie. Toutefois, avec le stérilet, les ovaires fonctionnent toujours et le cycle menstruel est respecté.
Troubles Ovariens
- Syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) : Un syndrome des ovaires polykystiques ou syndrome de Stein-Leventhal, lié à une augmentation de volume des ovaires liés à la présence de plusieurs petits kystes, est provoqué par un déséquilibre hormonal. Il entraîne des cycles menstruels irréguliers pouvant aboutir à une aménorrhée mais également une obésité abdominale, une infertilité, une acné. Le Docteur Marc Even, gynécologue-obstétricien indique que "ce syndrome est une cause fréquente d'hyperandrogénie chez la femme", et donc une pilosité importante sur la poitrine, le ventre et le visage. Le diagnostic est difficile car ces symptômes ne sont pas toujours observés.
- Insuffisance ovarienne prématurée : Certaines femmes ont une insuffisance ovarienne prématurée, avant d’atteindre l’âge de la ménopause. Et là aussi, on peut constater des troubles de règles.
- Ovaires dystrophiques ou polykystiques : Certaines femmes ont des ovaires dystrophiques ou polykystiques. Les ovaires fonctionnent alors mal ou trop. Par conséquent, les cycles menstruels peuvent être plus longs ou plus courts que la normale. Les menstruations ne sont donc pas régulières.
Facteurs Liés au Style de Vie
- Stress et traumatismes : Un stress, un traumatisme, des troubles du comportement alimentaire ou encore la pratique très intensive du sport sont autant de causes qui peuvent expliquer l’irrégularité et l’absence de règles. L’hypothalamus, glande au niveau du cerveau, se met alors au repos et stoppe le fonctionnement des ovaires.
- Troubles du comportement alimentaire : Plus de 80 % des patientes souffrant d’anorexie mentale n’ont plus leur règle. Les femmes atteintes de boulimie peuvent également être touchées par l’absence de cycle menstruel. L’aménorrhée secondaire est souvent diagnostiquée chez la patiente anorexique. Cependant, toutes les personnes atteintes d’anorexie ne souffrent pas systématiquement d’aménorrhée. Si vous avez un trouble alimentaire, mais que vous n’êtes pas concernée par l’aménorrhée, ne vous considérez pas “suffisamment pas malade”. L’aménorrhée est l’un des symptômes de l’anorexie, mais pas le seul permettant de diagnostiquer un trouble alimentaire.
- Sport de haut niveau : Une aménorrhée des sportifs de haut niveau.
Causes Hypophysaires
- Atteinte hypophysaire : Des taux abaissés de FSH, LH, et d'oestradiol accompagnés d'un test aux progestatifs négatif témoignent d'une atteinte hypophysaire. La prise de médicament comme des neuroleptiques peut être en cause. Une IRM doit être pratiquée afin d'éliminer une tumeur. Un adénome à prolactine est suspecté lorsque l'aménorrhée est associée à une galactorrhée et une augmentation du taux sanguin de prolactine.
- Syndrome de Sheehan : Nécrose de l'hypophyse secondaire à une hémorragie du post-partum. Le premier symptôme classiquement décrit est l'absence de montée laiteuse dans le post-partum. Il y a ensuite une insuffisance antéhypophysaire.
- Hypophysite : Inflammation de l'hypophyse, dont il existe plusieurs formes : génétique, auto-immune, entre autres. Les conséquences sont nombreuses, notamment au niveau de la fonction reproductrice : aménorrhée (absence ou arrêt des règles, absence de lactation…).
- Tumeurs hypophysaires : Elles entraînent une aménorrhée par compression ou par destruction des cellules hypophysaires. Le syndrome tumoral est souvent au premier plan. Le pronostic est grave, lié à la tumeur. Les tumeurs hypophysaires correspondent à 10 % de l'ensemble des tumeurs intracrâniennes. En cas d'adénome vrai ou macroadénome, l'aménorrhée est souvent associée à une galactorrhée, des céphalées et des troubles visuels.
Causes Utérines
- Sténose cicatricielle du col utérin : Secondaire à une électrocoagulation du col trop appliquée ou à une intervention chirurgicale, conisation ou amputation du col. L'aménorrhée s'accompagne souvent de douleur menstruelle par rétention.
- Synéchie isthmique : L'aménorrhée s'installe après un épisode de la vie génitale : IVG, curetage, hémorragie des suites de couches ayant nécessité la vérification de l'utérus. Une synéchie isthmique étendue, son mécanisme fait alors intervenir des phénomènes réflexes.
Autres Causes Médicales
- Maladies chroniques : Beaucoup de maladies peuvent entraîner une absence prolongée de menstruations : le cancer, l’insuffisance rénale, l’hépatite, le diabète, le dysfonctionnement de la thyroïde… La pathologie principale aura des conséquences sur les ovaires, très sensibles, qui vont alors se mettre au repos.
- Médicaments : La prise de médicaments, tels que les antidépresseurs ou encore les psychotropes, peut également provoquer le dérèglement des menstruations. Ils ont un effet sur l’hypophyse et l’hypothalamus qui régulent les sécrétions hormonales. Cela peut provoquer des troubles du cycle menstruel plus ou moins longs.
- Ménopause précoce : Elle est provoquée par l'épuisement prématuré du capital ovarien ou un dysfonctionnement ovarien. Selon le mécanisme en cause l'arrêt du fonctionnement ovarien n'est pas toujours définitif d'où le terme de plus en plus utilisé d'insuffisance ovarienne prématurée. Des antécédents identiques sont parfois retrouvés dans la famille. L'aménorrhée s'accompagne de bouffées de chaleur dans 50 % des cas et l'examen clinique peut retrouver une hypoœstrogénie clinique.
Diagnostic de l'Aménorrhée
Le diagnostic débute tout d’abord par un interrogatoire avec le médecin qui pose des questions sur les antécédents médicaux de la patiente, et plus précisément sur son historique menstruel (nature des cycles antérieurs : irrégularité, longueur, abondance des règles). La première question posée est souvent l’hypothèse d’un début de grossesse. Un examen clinique est ensuite envisagé pour approfondir la cause et la nature de l’aménorrhée et adapter les examens complémentaires réalisés ultérieurement.
Concernant l’historique menstruel, le médecin détermine si l’aménorrhée est primaire ou secondaire, en demandant à la jeune fille ou à la femme si elle a déjà eu des règles. Si c’est le cas, il lui demande à quel âge elles sont apparues et quand les dernières menstruations ont eu lieu. Dans le cas où la jeune fille n’aurait jamais eu ses règles (aménorrhée primaire), le médecin va poser des questions relatives à l’apparition des caractères sexuels secondaires tels que le développement mammaire (seins), des poils pubiens et axillaires ou bien la poussée de croissance. Ces informations vont permettre ainsi au médecin d’écarter certaines pistes et de savoir si la cause de l’aménorrhée est d’origine génétique ou non (après interrogation des membres de la famille).
Par ailleurs, le médecin va aussi orienter son entretien sur d’autres symptômes pouvant suggérer une cause et sur l’usage médicamenteux, pratiques sportives, habitudes alimentaires et d’autres conditions susceptibles de provoquer une aménorrhée.
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Les examens complémentaires peuvent inclure :
- Test de grossesse : Pour exclure une grossesse.
- Dosages hormonaux : FSH, LH, œstradiol, prolactine, androgènes, TSH.
- IRM : Afin d'éliminer une tumeur.
- Hystéroscopie : Examen permettant de visualiser directement la cavité utérine (l'intérieur de l'utérus) à l'aide d'un appareil optique appelé hystéroscope.
- Cœlioscopie : Technique chirurgicale mini-invasive de diagnostic (cœlioscopie proprement dite) et d'intervention (cœliochirurgie) sur la cavité abdominale, de plus en plus utilisée sur l'appareil digestif (chirurgie viscérale), en gynécologie, et en urologie.
Traitements de l'Aménorrhée
Le traitement est adapté à la cause de l’aménorrhée. Il n'existe pas de prise en charge unique qui pourrait convenir à tous les cas. Les traitements vont différer en fonction de la cause. Par exemple, en cas de troubles du comportement alimentaire, la prise en charge sera spécifique à cette affection (suivi par un psychothérapeute, par un diététicien…) et ne consistera pas seulement à la prise d’hormones.
Voici quelques exemples de traitements en fonction de la cause :
- Troubles du comportement alimentaire : L’obtention d’un poids santé et d’un organisme sans carence est intrinsèquement liée. En effet, en vous nourrissant avec un apport énergétique convenable, incluant tout type d’aliment, vous couvrirez les manques du corps tout en vous approchant de votre poids santé. Il est essentiel de réduire le stress. Il est important de limiter toutes sources de stress. Si c’est possible, éviter l’exposition au stress scolaire ou professionnel. Éloignez-vous également des personnes néfastes pour vous, qui sont négatives et peut-être elles-mêmes souffrantes d’un trouble alimentaire.
- Syndrome des ovaires polykystiques : Le traitement peut inclure des médicaments pour réguler le cycle menstruel et réduire les symptômes d'hyperandrogénie.
- Tumeurs hypophysaires : Le traitement des adénomes à prolactine vrais est chirurgical.
- Sténose cicatricielle du col utérin : Le traitement consiste à cathétériser le canal endocervical et à agrandir l'orifice sténosé (trachéloplastie).
- Synéchie isthmique : Traitement chirurgical, il consiste à effondrer la synéchie sous hystéroscopie. Le pronostic dépend de l'étendue et de l'ancienneté des lésions.
Certains docteurs prescrivent la pilule pour permettre de faire revenir les règles. Mais une grande majorité est plutôt contre. Toutefois, si vous preniez déjà la pilule auparavant, les médecins vont vous conseiller de la maintenir, car les hormones de la pilule vont soutenir une certaine solidité des os évitant ainsi l’ostéopénie voire l’ostéoporose. Cependant, la prescription de la pilule pour retrouver ses règles n’est pas une solution à privilégier.
Aménorrhée et Troubles du Comportement Alimentaire
L’aménorrhée est un des facteurs de l’infécondité féminine. Cependant, soyez rassurée, plus de 96 % des personnes ayant souffert de trouble alimentaire ont retrouvé des règles naturelles et un système de reproduction fonctionnel. Il peut arriver que des femmes soient stériles après leur trouble alimentaire, mais ce n’est pas forcément dû à l’aménorrhée.
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Comme il a été dit auparavant, les causes de l’aménorrhée dans le cas de l’anorexie sont en partie la perte de poids, l’insuffisance de nutriment et le stress.
L’aménorrhée dans l’anorexie mentale est dite fonctionnelle, d’origine hypothalamique, en lien avec une baisse des apports lipidiques d’origine alimentaire. Ses conséquences sont multiples, en particulier sur les os, avec une diminution de la densité minérale osseuse. La prise en charge de l’aménorrhée passe par une renutrition. Mais la question du traitement estroprogestatif, notamment pour la protection osseuse, reste débattue. Dans la littérature, les estroprogestatifs par voie transdermique semblent être à privilégier par rapport à la voie orale.
Complications de l'Aménorrhée
À court terme, soit moins de 3 mois, l’aménorrhée n’est pas préoccupante. L’organisme ne produit plus d’œstrogène, une hormone de reproduction permettant également le maintien du niveau de calcium dans les os. L’ostéopénie correspond au début de la détérioration des os. L’étape suivant l’ostéopénie est l’ostéoporose. L’ostéoporose est plus grave que l’ostéopénie. L’hormone de l’œstrogène permet de maintenir la densité osseuse, mais également la santé cardiaque. Bien que ce soit plus rare, l’aménorrhée peut engendrer une maladie cardiaque.
Avant tout et surtout, une ostéoporose. L’ostéoporose est une déminéralisation osseuse qui peut aboutir à des fractures sans chute ni choc. Une malade de 32 ans par exemple tombe de sa hauteur et se casse la hanche. Après 7-8 ans de maladie, presque 40 % des malades anorexiques sont ostéoporotiques. Après 10 ans d’anorexie, ce sont près de deux tiers des malades qui ont de l’ostéoporose. L’ostéoporose est plus fréquente en cas d’anorexie qu’après la ménopause. Le même phénomène touche les dents.
Le déficit en hormones sexuelles féminines altère la peau, les gencives, les ongles et les cheveux (qui deviennent secs et cassants). Le dysfonctionnement des vaisseaux sanguins est aussi à mettre en rapport avec la perte des sécrétions hormonales. C’est lui qui explique que les mains se boudinent, que la peau devient violette et sèche, que les muqueuses deviennent elles aussi sèches et rugueuses. Une des conséquences est le syndrome de « pseudo-Raynaud ». Au froid, les doigts deviennent violets puis blancs, puis douloureux. Trop souvent, ceci restera comme séquelle.
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