L'intérêt pour les régimes végétariens et végétaliens est en augmentation, soulevant des questions sur leur pertinence pour les nourrissons. Bien que ces régimes puissent être adaptés avec une planification minutieuse, des préoccupations subsistent quant aux carences nutritionnelles potentielles. Cet article explore les recommandations actuelles concernant l'alimentation végane pour les nourrissons, en mettant l'accent sur les besoins nutritionnels spécifiques et les précautions à prendre.
Définition des régimes végétariens et végétaliens
Il est essentiel de distinguer les différents types de régimes alimentaires à base de plantes :
- Flexitarisme : Réduction de la consommation de viande et de poisson, avec une augmentation des protéines végétales.
- Végétarisme : Exclusion de la viande, du poisson et des fruits de mer. Les régimes peuvent inclure ou non les œufs et les produits laitiers.
- Pesco-végétarisme : Exclusion de la chair animale, à l'exception des poissons et des fruits de mer.
- Lacto-végétarisme : Exclusion de la viande, du poisson et des œufs, mais incluant la consommation de produits laitiers.
- Végétalisme (véganisme) : Exclusion de tous les produits d'origine animale, y compris la viande, le poisson, les fruits de mer, les œufs, les produits laitiers et le miel.
Le régime végan chez le nourrisson : une approche délicate
Le Groupe Francophone d’Hépatologie, Gastroentérologie et Nutrition Pédiatrique (GFHGNP) considère que le régime végétalien est inadapté aux populations infantiles en raison des carences graves qu’il peut entraîner. Ce régime, exempt de tout aliment d’origine animale, ne fournit pas l’ensemble des micronutriments indispensables. En principe, un tel régime est inadapté aux populations infantiles, et ne doit pas leur être recommandé, en raison des carences graves qu’il peut entraîner. Les nourrissons et jeunes enfants connaissent une croissance rapide, avec des besoins nutritionnels élevés, et disposent de réserves limitées.
Besoins nutritionnels spécifiques du nourrisson
Durant ses premières années de vie, l’enfant a une croissance très rapide et développe de nombreuses capacités psychomotrices, cérébrales et cognitives. Cela requiert des besoins nutritionnels spécifiques : du fer pour accompagner sa croissance physique et cérébrale, des acides gras pour assurer son développement neurologique, du calcium pour solidifier son squelette, etc.
Micronutriments essentiels et supplémentations recommandées
Même avec la diversification, le lait continue d’assurer la majeure partie des besoins caloriques et nutritionnels du bébé, et ce durant toute sa première année de vie. Ainsi, les suppléments de vitamine B12 et de vitamine D seront nécessaires pour éviter les carences. Une supplémentation est recommandée sur avis médical pour assurer une teneur suffisante en nutriments essentiels dans le lait maternel (vitamine B12, iode, acides gras essentiels…).
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- Vitamine B12 : Une supplémentation en vitamine B12 est indispensable chez tous les enfants, dès l’arrêt de l’allaitement maternel ou de la consommation de formules infantiles à base de riz ou de soja. De 6 mois à 10 ans, la supplémentation en vitamine B12 devrait être de 12,5 µg par jour OU 1000 µg par semaine OU 3000 µg par mois.
- Calcium : Une supplémentation en calcium est nécessaire dès que la consommation d’une formule infantile adaptée diminue. Chez les enfants plus âgés et les adolescents, elle est indispensable ; la dose dépend des autres apports en calcium, provenant des eaux minérales et des végétaux. Elle se situe entre 250 et 500 mg/j chez l’enfant et entre 500 et 1 000 mg/j chez l’adolescent.
- Fer : Les formules infantiles adéquates fournissent un apport en fer suffisant, aussi leur consommation est recommandée jusqu’à au moins 6 mois. Un suivi régulier est ensuite recommandé par des tests de sérum ferritine dont les résultats pourront éventuellement révéler le besoin d’une supplémentation en fer (2 à 3 mg/kg/j de fer métal).
- Acide docosahexaénoïque (DHA) : Chez les nourrissons, en cas de consommation de formules infantiles non enrichies en acide docosahexaénoïque (DHA), on recommande d’ajouter des huiles végétales riches en acides gras oméga-3. Une supplémentation de 100 mg/j est préconisée à partir de l’âge de 1 an sous forme d’algues riches en DHA et EPA (acide eicosapentaénoïque). Le GFHGNP conseille également la consommation d’aliments végétaux riches en oméga-3. A noter qu’à partir de 2020, toutes les formules infantiles seront enrichies en DHA.
- Zinc : De la même façon, un suivi régulier de la concentration plasmatique de zinc est nécessaire afin de vérifier le besoin d’une supplémentation (1 mg/kg/j de gluconate de zinc).
- Iode : La supplémentation en iode est recommandée à l’arrêt de la consommation de produits laitiers (lait maternel, préparations pour nourrisson et laits animaux) soit au plus tôt lorsque l’enfant a un an.
- Vitamine D : Une supplémentation en vitamine D est proposée à tous les enfants, car l’exposition solaire, représentant l’essentiel des apports, est proscrite pour les bébés.
Diversification alimentaire chez les nourrissons végétaliens
La diversification alimentaire pour les bébés commence généralement entre la fin du 4ème mois (directives françaises) et le début du 6ème mois (recommandations de l’OMS). Introduire progressivement des aliments solides à partir de 5-6 mois, tout en continuant l’allaitement maternel ou les préparations pour nourrisson, qui restent la principale source de calories et de nutriments jusqu’à la fin de la première année et doivent être donnés à la demande. Il est recommandé d’introduire les textures le plus tôt possible, après 6 mois et certainement avant 12 mois, pour permettre le développement des capacités orales de l’enfant et l’acceptation de textures plus complexes. Dès le début de la diversification, la part des nutriments apportés par le lait maternel ou les préparations pour nourrisson va progressivement diminuer, au profit des nutriments contenus dans le reste de l’alimentation.
Entre 6 et 12 mois, les nourrissons se développent très rapidement et ont des besoins métaboliques élevés. Des aliments à haute densité énergétique, c’est-à-dire qui fournissent beaucoup de calories dans un petit volumes ont d’une grande aide pour permettre un bon développement de l’enfant. ajouter une matière grasse riche en oméga 3 ALA à chaque repas : 1 cuillère à café d’huiles de lin, noix ou de colza à cru. donner la priorité aux céréales raffinées : farines et pâtes blanches, riz blanc… pour éviter un apport trop important en fibres.
Précautions et recommandations spécifiques
- Préparations infantiles : Si l’allaitement maternel n’est pas possible ou pas souhaité, les préparations infantiles sont indispensables jusqu’à l’âge de 1 an et recommandées jusqu’à 3 ans en France. L’emballage doit mentionner « préparation pour nourrisson », notamment pour continuer à assurer un apport suffisant en fer. Pour les bébés végétaliens, il est essentiel de choisir une préparation infantile adaptée. « Soit avant 1 an, une préparation infantile à base de riz, disponible en pharmacie. Il est important de suivre les conseils de son pédiatre pour le choix de ce lait, car tous ne couvrent pas efficacement les besoins du bébé. Le bébé doit en consommer au minimum 700 ml par jour », précise le Pr Tounian. Après 1 an, un lait de croissance à base de riz prendra le relai, à raison de 500 ml par jour minimum. Aucune supplémentation ne sera nécessaire tant que l’enfant consomme au moins ce volume quotidien. Les marques suivantes sont à base végétale : Bébé M (bio), Prémiriz (bio) Gallia soja, Novalac riz, Nutrilon soja.
- Aliments à éviter : Les aliments petits, ronds et durs comme les noisettes, les cacahuètes sont déconseillés jusqu’à l’âge de 5 ans mais peuvent être proposés sous forme de purée ou de poudre dans les préparations. D’autres aliments conviennent si leur forme est adaptée : couper en deux les aliments ronds comme les tomates cerises ou les raisins, couper les aliments de type « saucisse » dans la largeur. De manière générale, tous les aliments proposés doivent être suffisamment mous et adaptés aux capacités de mastication de bébé, qui évoluent avec le temps. Tous les jus végétaux sont interdits avant 12 mois et constituent un très haut risque de carences sévères irréversibles et de dénutrition mettant en jeu la vie de l’enfant.
- Soja : En dehors des préparations infantiles, l’ANSES recommande de limiter la consommation de soja chez les enfants de moins de 3 ans (ANSES, 2016). Il semble raisonnable de mettre à disposition quelques aliments à base de soja lors de la diversification alimentaire de votre enfant : comme toutes les légumineuses, le soja présente de nombreux atouts nutritionnels.
- Suivi médical : Aussi, il est indispensable que les enfants adoptant un tel régime soient suivis régulièrement par un professionnel de santé afin de recevoir les supplémentations essentielles à leur équilibre nutritionnel. Lorsqu’un enfant suit un mode alimentaire avec des exclusions, un suivi médical régulier est indispensable. Il est très important de parler du régime végétarien de l’enfant à son pédiatre, afin qu’il prescrive une supplémentation adaptée, et prescrive, s’il le juge nécessaire, des dosages sanguins. Si la mère allaitante est végétalienne, des carences peuvent apparaître dans son lait. « Je recommande systématiquement chez ces bébés un dosage de la vitamine B12, ainsi qu’une supplémentation en DHA », ajoute le professeur.
- Communication avec les professionnels de santé : Pour les raisons évoquées ci-dessus, il est possible que votre médecin pédiatre se montre réticent face à votre souhait de nourrir votre enfant avec une alimentation végétale. Si la communication peut parfois s’avérer difficile, montrer votre volonté de dialoguer et de bien planifier l’alimentation de votre enfant peut faire tomber de nombreuses barrières. Les professionnels de santé tendent à être de plus en plus ouverts sur ce sujet, et souhaitent généralement mieux s’adapter aux choix de leurs patients. Que l’on soit d’accord ou non avec le choix des parents, il est essentiel de respecter ce choix afin de maintenir le dialogue. « Qu’il s’agisse des professionnels de santé ou de la petite enfance, il est important de créer une alliance avec les parents afin d’assurer le suivi du bébé et de donner les conseils adéquats pour qu’il ne souffre pas de carences qui sont, sans supplémentation, inévitables », insiste le professeur. Cette relation de confiance permettra d’éviter que les parents aillent chercher des informations et conseils ailleurs, susceptibles de mettre en danger la santé du bébé.
Risques et bénéfices potentiels
Il est vrai qu’une alimentation vegan mal équilibrée et non complémentée (à minima en B12) peut avoir de graves conséquences sur le développement d’un enfant. S’assurer d’apports nutritionnels suffisants peut être un peu plus complexe dans un contexte culturel où la consommation de viande, œufs et produits laitiers est la norme, et où l’accompagnement par les professionnels de santé se base essentiellement sur cette norme.
Les bébés vegan dont l’alimentation est bien menée et planifiée n’auront pas plus de problèmes que ceux consommant des produits d’origine animale.
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