L'alimentation en milieu hospitalier pédiatrique est un élément essentiel de la prise en charge globale de l'enfant malade. Elle doit être adaptée à l'âge, à la pathologie et aux besoins spécifiques de chaque patient. La dénutrition, souvent associée à la maladie, représente un défi majeur et nécessite une attention particulière. Cet article aborde les recommandations et les stratégies de prise en charge de l'alimentation en milieu hospitalier pédiatrique, en mettant l'accent sur la prévention et le traitement de la dénutrition.
La Dénutrition Protéino-Énergétique : Un Enjeu Majeur
La dénutrition protéino-énergétique est un état pathologique qui résulte d’une insuffisance des apports par rapport aux besoins en protéines et en énergie. Chez l'enfant, elle peut avoir des conséquences graves sur le développement et la croissance, compliquer et ralentir la guérison de la maladie.
Évaluation de la Dénutrition
L’ancienneté de la dénutrition peut aussi être évaluée. Le poids rapporté au poids attendu pour la taille (PpT) et l’IMC dépistent une dénutrition récente, alors que la taille rapportée à la taille attendue pour l’âge (TpA) évalue une dénutrition ancienne. Pour rappel, une TpA diminuée peut aussi être d’origine endocrinienne.
Par exemple, le poids attendu d’un garçon qui mesure 1 m (soit un âge statural de 4 ans sur la courbe) est de 16 kg. Ceci permet de calculer le PpT par le rapport du poids mesuré de l’enfant sur le poids attendu pour la taille. Si ce garçon pèse en réalité 13 kg, il a ainsi un PpT égal à 13/16 = 0,81 (81 %).
Facteurs de Risque et Causes de la Dénutrition
Comme chez l’adulte, la dénutrition est en général une complication d’une pathologie aiguë ou chronique, qui peut augmenter les besoins protéiques et énergétiques (inflammation, hypercatabolisme) et/ou réduire les apports (anorexie, intolérance alimentaire). Toutes les pathologies pédiatriques peuvent donc causer une dénutrition.
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Plusieurs scores de risque nutritionnel ont été établis chez l’enfant reposant sur la sévérité de la maladie, la douleur, l’appétit.
Prise en Charge de la Dénutrition en Milieu Hospitalier
La prise en charge de la dénutrition en milieu hospitalier pédiatrique nécessite une approche multidisciplinaire impliquant médecins, infirmières, diététiciens et psychologues.
Prévention et Dépistage
À l’hôpital, la dénutrition de l’enfant n’est prise en charge que dans un tiers des cas en raison de son manque de dépistage. Celui-ci est considéré comme un indicateur de l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins (Ipaqss), mais seulement chez l’adulte. Faute de critères adaptés, son impact sur la lourdeur et le coût de la prise en charge n’est donc pas pris en compte en pédiatrie. Les outils sont pourtant simples. Il suffit de peser et de mesurer les patients à chaque hospitalisation ou consultation ; face à une perte de poids récente, l’examen clinique et l’histoire de la maladie permettent alors de confirmer une dénutrition.
Stratégies Nutritionnelles
Dans les situations de dénutrition sévère, le syndrome de renutrition inappropriée devra être prévenu par une renutrition très progressive avec suivi clinico-biologique quotidien en milieu hospitalier. Il est dû à une renutrition trop rapide. Il se manifeste cliniquement par une confusion et une rétention hydrosodée et biologiquement par, avant tout, une hypophosphorémie et, plus rarement, une hyperglycémie, une hypomagnésémie et une hypokaliémie.
La nutrition entérale consiste à alimenter un enfant par voie gastrique grâce à l’utilisation d’une sonde nasogastrique ou d’une gastrostomie. La nutrition parentérale a quant à elle pour principe d’alimenter un enfant par une perfusion en utilisant un cathéter central. Ces deux types d’alimentation peuvent être réalisés à la maison par les familles après une formation spécifique.
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Rôle des Parents et de la Famille
Un enfant qui ne mange pas ou qui maigrit génère beaucoup d’anxiété chez ses parents. Au-delà du signe de gravité que représente la dénutrition, il y a aussi la relation à l’enfant qui est mise en question au travers de la symbolique de l’alimentation. Un « forçage » est souvent entrepris, mais contre-productif. Il faut expliquer cela aux parents et leur apprendre à « optimiser » les repas, à choisir et enrichir les aliments, en tentant de lever leur anxiété.
Il faut faire en sorte que l’on parle de la dénutrition très tôt dans l’évolution d’une maladie pour éviter qu’elle tombe comme un couperet lorsque celle-ci s’aggrave. Mais nous devons également encourager le patient et sa famille à être acteurs du processus afin d’améliorer l’évaluation nutritionnelle et sa prise en charge chez l’enfant. Cet accompagnement est un point majeur de l’approche thérapeutique, notamment chez l’enfant.
Le Projet e-Pinut
Le projet e-Pinut a débuté en 2010 et a obtenu le label SFNEP en 2012. C’est une initiative visant à promouvoir le repérage de la dénutrition en milieu hospitalier pédiatrique. Nous sommes le seul pays en Europe à disposer d’une telle initiative, qui est reconduite chaque année depuis sept ans. Plus de 70 centres en France y participent. Les chiffres de fréquence de la dénutrition en milieu pédiatrique cités plus haut proviennent de ces enquêtes qui reposent sur plusieurs milliers d’observations à chaque campagne. En pratique, ces initiatives impliquent l’ensemble des personnels de soins et sensibilisent au dépistage et à la prise en charge de la dénutrition. La mise en place d’un Registre national permettrait de disposer de chiffres fiables tout au long de l’année, de suivre l’évolution de ces situations de dénutrition au décours de l’hospitalisation et ainsi mieux adapter les modalités de prise en charge.
Les Défis et les Perspectives
Les professionnels de santé disposent aujourd’hui d’une large étendue de produits et les dispositifs modernes de nutrition permettent de les administrer en toute sécurité. Il reste bien entendu des situations où la prise en charge nutritionnelle reste en défaut, soit parce que la maladie limite la mise en place des solutions, soit parce que celles-ci sont mal tolérées. De même, la stratégie nutritionnelle est parfois mal comprise par la famille, car exposée trop tardivement. Il faut alors trouver les mots pour convaincre et rassurer. C’est pourquoi nous devons améliorer la communication en direction des professionnels et du grand public.
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