Introduction
Cet article vise à fournir des recommandations claires et concises concernant l'alimentation des enfants et adolescents suivis en hématologie, en particulier en situation de neutropénie. L'objectif est d'harmoniser les pratiques professionnelles et d'offrir des préconisations de consommation alimentaire adaptées aux spécificités de ces patients. Il s'adresse aux professionnels des services d'oncohématopédiatrie et de pédiatrie.
Neutropénie : Définition et implications
La neutropénie se définit par un nombre de polynucléaires neutrophiles (PNN) inférieur à 1500/mm³ (1,5 G/L). On distingue plusieurs degrés de neutropénie :
- Neutropénie profonde : inférieure à 0,5 G/L.
- Neutropénie sévère : associée à des symptômes tels que des infections, des aphtes ou une parodontopathie.
- Neutropénie chronique : persistant au-delà de 3 mois.
La prévalence de la neutropénie est estimée entre 1 et 2 % de la population générale, avec une fréquence accrue dans certaines populations, notamment d'origine africaine. Il est important de noter que le dosage des PNN peut être influencé par divers facteurs tels que le stress, la digestion, l'activité physique, le tabagisme et la prise de corticoïdes. Le risque principal associé à la neutropénie est le risque infectieux, notamment les infections bactériennes ou mycosiques (cutanéo-muqueuses, ORL et pulmonaires).
Identification et évaluation de la neutropénie
L'urgence devant une neutropénie ne dépend pas seulement de sa profondeur (< 0,5 G/L) mais aussi de son association avec une infection bactérienne, une anémie ou une thrombopénie, ce qui peut indiquer une hémopathie maligne, une aplasie médullaire ou une atteinte grave de l’hématopoïèse.
La découverte d'une neutropénie peut se faire dans différents contextes cliniques :
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- Infection sévère (ex : phlegmon amygdalien, sepsis, cellulite, pneumopathie) ou atteinte d'une autre lignée hématologique (anémie, macrocytose) : nécessite un avis hématologique urgent.
- Pathologie associée : nécessite un avis hématologique non urgent.
- Découverte fortuite ou contexte d'infection virale : un contrôle à distance (3-4 semaines) est suffisant si la neutropénie est bien tolérée. Un avis et un bilan complémentaire sont nécessaires si la neutropénie persiste après 2-3 mois.
Dans le cas d'une neutropénie chronique isolée chez un patient d'origine africaine, sans antécédent d'infection sévère, avec des neutrophiles entre 0,5 et 1,5 G/L pendant au moins 3 mois, sans aphtes buccaux fréquents (< 3/an), sans malformation ou dysfonction de système, et avec un bilan normal (dosage pondéral des immunoglobulines ou EPS si âgé, sérologies virales), aucun suivi particulier n'est nécessaire car le risque infectieux est considéré comme nul.
Prise en charge de la neutropénie et rôle de l'alimentation
La prise en charge de la neutropénie est avant tout étiologique. Cependant, des mesures de suivi et de prévention sont essentielles.
Suivi de la neutropénie :
- Suivi hématologique au moins semestriel.
- Ostéodensitométrie tous les 10 ans.
- Soins dentaires au moins semestriels.
- Prophylaxie antibiotique (amoxicilline 2g 1h avant, ou clindamycine 600 mg) ± G-CSF en cas d'acte sanglant.
Il est crucial d'éviter les injections intramusculaires et la prise de température rectale chez les patients neutropéniques.
Rôle de l'alimentation pendant les traitements:
En cancérologie, les traitements tels que la chimiothérapie ou la radiothérapie peuvent entraîner des complications buccales (mucites, infections, saignements, aphtes). Pendant les soins, les diététiciennes interviennent pour évaluer les besoins nutritionnels, dépister les troubles nutritionnels et éduquer l'enfant et sa famille sur les régimes alimentaires spécifiques, notamment l'alimentation protégée.
Alimentation protégée:
L'alimentation protégée vise à minimiser l'apport de germes (bactéries, moisissures ou virus) par certains aliments. Les consignes spécifiques sont expliquées en détail par la diététicienne.
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Enrichissement de l'alimentation:
En cas de difficultés d'alimentation ou de perte de poids pendant les traitements, une alimentation enrichie peut être conseillée. L'adaptation des modes de cuisson et le choix des aliments peuvent suffire, mais des compléments nutritionnels peuvent être prescrits par le médecin, en fonction de l'âge et des besoins de l'enfant. La nutrition artificielle, si nécessaire, se fait de préférence par voie entérale (sonde d'alimentation).
Recommandations générales pour une alimentation saine:
Indépendamment de la neutropénie, il est important d'adopter des habitudes alimentaires saines pour réduire le risque d'obésité et de certains types de cancers à l'âge adulte. Ces habitudes comprennent :
- 3 ou 4 repas variés et équilibrés par jour, sans grignotage.
- Des féculents à chaque repas (pain, pâtes, pommes de terre, légumes secs), en privilégiant les aliments complets.
- 3 à 4 produits laitiers par jour.
- 1 à 2 portions de viande, poisson ou œuf par jour.
Rôle des diététiciennes et des équipes spécialisées
Pendant les soins à l'IHOPe, les diététiciennes jouent un rôle essentiel. Elles interviennent sur demande du médecin pour :
- L'évaluation des besoins nutritionnels spécifiques de chaque enfant.
- Le dépistage précoce des troubles nutritionnels, tels que la dénutrition ou le risque de complications liées à l'alimentation.
- L'éducation de l'enfant et de sa famille concernant la prescription d'un régime ou d'une alimentation particulière, comme l'alimentation protégée. Elles expliquent en détail les consignes et aident à la mise en pratique de ce régime au quotidien.
En cas de difficultés d'alimentation ou de perte de poids pendant les traitements, la diététicienne peut conseiller une alimentation enrichie. Elle propose des adaptations des modes de cuisson et aide à choisir les aliments les plus adaptés pour stabiliser la situation. Si nécessaire, elle travaille en collaboration avec le médecin pour prescrire des compléments nutritionnels adaptés à l'âge et aux besoins de l'enfant.
L'objectif est d'assurer un apport nutritionnel optimal pendant toute la durée des traitements, en tenant compte des spécificités de chaque enfant et des effets secondaires potentiels des thérapies.
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Le réseau Oncomip Pédiatrique
Depuis décembre 2000, le réseau Oncomip Pédiatrique a pour objectif de rapprocher le lieu de traitement et de vie des patients atteints de pathologies néoplasiques afin d’améliorer leur qualité de vie. Oncomip pédiatrique travaille en collaboration avec l’ensemble des centres hospitaliers, y compris les centres hospitaliers de proximité (CHP).
Les progrès thérapeutiques et l'importance des habitudes alimentaires saines
Depuis 50 ans, les progrès thérapeutiques ont permis d’augmenter les taux de guérison des cancers des enfants et des adolescents. Aujourd’hui, près de 80% des malades guérissent. Il est donc crucial d'insister sur l'importance des habitudes alimentaires saines, non seulement pendant le traitement, mais aussi à long terme.
Des habitudes alimentaires saines peuvent aider à réduire le risque d’obésité et peuvent réduire le risque de certains types de cancers chez l’adulte. Tout le monde devrait avoir des habitudes alimentaires saines, et en particulier les personnes qui ont été traitées pour un cancer alors qu’elles étaient jeunes.
Conclusion
L'alimentation joue un rôle crucial dans la prise en charge des enfants et adolescents atteints de neutropénie en hématologie. Une approche individualisée, impliquant une équipe pluridisciplinaire (hématologues, pédiatres, diététiciennes), est essentielle pour garantir un apport nutritionnel adéquat, minimiser les risques infectieux et améliorer la qualité de vie des patients. Le respect des recommandations en matière d'hygiène alimentaire et l'adaptation du régime en fonction des besoins spécifiques de chaque patient sont des éléments clés de cette prise en charge.
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