L'allaitement maternel est un processus naturel et bénéfique tant pour la mère que pour l'enfant. Il est recommandé par les autorités sanitaires du monde entier, notamment l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui préconise un allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois de la vie du nourrisson. L'allaitement maternel offre une nutrition optimale pour le nourrisson, favorisant une croissance et un développement sains. De plus, il présente des avantages pour la santé de la mère, tels que la réduction du risque de certaines maladies.

Cependant, de nombreuses idées reçues concernant l'alimentation pendant l'allaitement peuvent décourager certaines femmes. En réalité, sauf dans des situations individuelles à risque, une femme qui allaite n'a pas besoin de suivre un régime alimentaire spécifique. L'objectif principal est de suivre les principes d'une nutrition saine, variée et équilibrée au quotidien, en se référant aux repères de consommation du Programme National Nutrition Santé (PNNS).

Besoins nutritionnels spécifiques pendant l'allaitement

Bien qu'un régime alimentaire spécifique ne soit généralement pas nécessaire, l'allaitement augmente les besoins en certains nutriments. Il est important de comprendre ces besoins spécifiques pour s'assurer que la mère et l'enfant reçoivent une nutrition adéquate.

Calcium

La production de lait augmente les besoins en calcium de la mère. Heureusement, cette augmentation est compensée par une réduction des pertes urinaires de calcium et par une augmentation transitoire de la résorption osseuse pendant les trois à six premiers mois de l'allaitement. Il est conseillé d'augmenter la consommation de produits laitiers ou, si vous ne consommez pas de laitages, privilégiez des eaux minérales riches en calcium.

Iode

Le transfert d'iode du lait maternel vers le nourrisson est estimé à 50 μg par jour. Il est donc important que la mère ait un apport suffisant en iode dans son alimentation.

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Lipides et acides gras essentiels

La teneur du lait maternel en acides gras, notamment polyinsaturés, est fortement influencée par l'alimentation de la mère. Le lait maternel est la seule source exogène d'acide docosahexaénoïque (DHA) pour le nourrisson exclusivement nourri au sein. Le DHA est un nutriment biologiquement important pour le développement neurologique optimal de l'enfant. Il peut également avoir des effets bénéfiques sur la fonction immunologique et immunitaire, ainsi que sur l'état psychologique et biologique de la mère.

Il est recommandé aux femmes allaitantes de consommer environ 250 mg de DHA par jour, en veillant à ce que l'apport énergétique total provienne de 35 à 40 % de lipides. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de suivre les recommandations du PNNS en matière de consommation de poisson, soit au moins deux fois par semaine, dont au moins une fois du poisson gras.

Recommandations générales pour une alimentation saine pendant l'allaitement

En plus des besoins spécifiques mentionnés ci-dessus, il est important de suivre les recommandations générales pour une alimentation saine et équilibrée pendant l'allaitement.

  • Hydratation suffisante: Boire en quantité suffisante, à raison d'environ 10 verres d'eau par jour. Idéalement, vous devez boire au moins 2 litres d’eau chaque jour.
  • Alimentation variée et équilibrée: Manger à votre faim en conservant une alimentation variée et équilibrée.
  • Légumes et fruits: Consommer des légumes et des fruits à chaque repas, sources de vitamines, de minéraux et de fibres.
  • Féculents: Privilégier les féculents (pâtes, riz, pain complet, légumes secs, céréales) pour une énergie longue durée à chaque repas.
  • Protéines: Consommer 1 à 2 portions par jour de viande, de poisson ou d'œufs.
  • Produits laitiers: Consommer 3 à 4 portions par jour de produits laitiers pour l'apport en calcium, essentiel pour vos os et ceux de bébé.
  • Matières grasses de qualité: Utiliser des matières grasses de qualité (beurre, huile d'olive, colza, noix) riches en Oméga 3 indispensables au développement neurologique du bébé.
  • Fruits secs: Intégrer des fruits secs (amandes, noix) pour leurs apports en magnésium notamment.

Aliments à consommer avec modération ou à éviter pendant l'allaitement

Bien qu'il n'y ait pas d'aliments strictement interdits pendant l'allaitement, certains aliments doivent être consommés avec modération ou évités en raison de leurs effets potentiels sur la mère ou l'enfant.

Caféine

La caféine diffuse dans le lait maternel. Sa concentration y est faible, mais son élimination est plus lente chez le nouveau-né que chez l'adulte. Limitez-vous à deux ou trois tasses par jour voire abstenez-vous complètement.

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Alcool

La consommation d'alcool est déconseillée durant la période de l'allaitement. En effet, la concentration d'alcool dans le lait maternel est voisine de celle du sérum. Une consommation en grande quantité d'alcool entrave donc la sécrétion de lait et est dangereuse pour l'enfant. Il est donc conseillé à la mère qui allaite de s'abstenir de boire de l'alcool. Une consommation occasionnelle et modérée est compatible avec l’allaitement. Si vous avez une occasion spéciale qui se présente et que vous souhaitez boire un verre d’alcool, c’est possible. Dans ce cas, voici les recommandations de Marie Courdent, consultante en lactation et animatrice auprès de la LLL, publiées dans la revue “Profession Sage-Femme” :1/ Limitez votre consommation à un ou deux verres maximum lors de l’événement.2/ Prenez l’alcool après une tétée et non avant. Cela permet à votre corps de commencer à éliminer l’alcool avant la prochaine tétée.3/ Attendez au moins deux heures entre le verre d’alcool et la prochaine tétée, afin que le corps ait le temps d’éliminer l’alcool. Afin d’avoir une idée plus précise du délai d’attente avant la prochaine tétée selon votre corpulence, n’hésitez pas à vous rendre sur notre article dédié : l’allaitement et l’alcool.4/ Si vous prévoyez de boire plus d’un verre, tirez votre lait maternel à l’avance pour nourrir votre bébé, manuellement ou avec un tire-lait. Cela garantit qu’il ne sera pas exposé à l’alcool.5/ Maintenez la production lactée si vous devez attendre plusieurs heures avant d’allaiter. Tirez votre lait régulièrement pour éviter les engorgements et maintenir la lactation. Cependant, ce lait ne doit pas être donné à votre bébé tant que l’alcool n’a pas été complètement éliminé.

Poissons à forte teneur en mercure

Les poissons à forte teneur en mercure (thon blanc, espadon ou le brochet) doivent être limités à une fois par mois.

Soja et produits à base de soja

Les produits à base de soja (tofu, lait de soja, desserts à base de soja) contiennent des phytoœstrogènes, des composés végétaux dont la structure chimique est proche de celle des œstrogènes. En raison de cette similarité, ils peuvent se lier aux récepteurs des œstrogènes et influencer l’équilibre hormonal, tant chez la mère que chez le bébé. Cependant, les études actuelles ne montrent pas de risques significatifs si ces aliments sont consommés avec modération.

Aliments transformés

Les aliments transformés trop riches en sel, en sucre et en additifs doivent être consommés avec modération.

Boissons énergisantes

Les boissons énergisantes sont à éviter car elles contiennent de la caféine et d'autres substances qui peuvent être nocives pour l'enfant.

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Allergies alimentaires et allaitement

L'efficacité de l'allaitement au sein dans la prévention de l'allergie alimentaire est controversée. La plupart des travaux montrent un effet protecteur de l'allaitement maternel exclusif, lorsqu'il est poursuivi plus de 3 mois, sur le risque d'eczéma atopique chez les enfants à risque. Quoi qu'il en soit, l'allaitement maternel fait l'objet d'une recommandation consensuelle dans la prévention de l'allergie alimentaire. Les régimes d'exclusion des allergènes alimentaires chez la femme allaitante n'ont pas montré de résultats convaincants. Il est donc raisonnable de n'envisager une éviction alimentaire qu'après analyse précise des circonstances familiales individuelles. Seule l'arachide doit être exclue de l'alimentation durant l'allaitement. Il est en effet possible que la consommation de cet aliment au cours de la grossesse et de l'allaitement diminue l'âge de début de cette allergie chez l'enfant.

Si vous observez des symptômes chaque fois que vous mangez un aliment (pleurs excessifs, sang dans les selles, coliques, etc.), vous pouvez tenter un test d’élimination afin de confirmer ou d’infirmer l’allergie : 1/ Arrêtez de consommer l’aliment pendant une semaine et observez le comportement de bébé.2/ Si votre bébé va mieux après 7 jours, consommé de nouveau l’aliment suspicieux, et observez de nouveau votre bébé. 3/ Si les symptômes reprennent, vous pouvez supposer qu'il réagit à l'aliment en question.

Activité physique et allaitement

Il est important de rappeler à vos patientes qui allaitent que l'allaitement, comme la grossesse, n'est pas une période favorable pour mener des régimes hyperprotidiques ou hypocaloriques. Il est d'ailleurs conseillé aux femmes qui allaitent de ne pas chercher à perdre immédiatement le poids accumulé lors de la grossesse. Enfin, la pratique d'une activité physique peut aider la patiente à retrouver son poids antérieur plus rapidement. Cependant la reprise de l'activité sportive devra être progressive au cours du post-partum, surtout en cas d'allaitement du bébé.

Que l'on allaite ou non, il est conseillé de reprendre une activité physique après la naissance (la marche notamment). Bouger est toujours bon pour notre santé et notre moral ! Si on veut faire du sport, on commence en douceur, après la rééducation du périnée et avis du médecin ou de la sage-femme. Pour notre confort on peut utiliser un soutien-gorge adapté.

Médicaments et allaitement

Dans tous les cas, on ne prend aucun médicament sans l’avis de notre médecin, sage-femme ou pharmacien. Beaucoup de médicaments sont compatibles avec l’allaitement. Pour les connaître, les professionnels de santé peuvent consulter le site Internet du Centre de référence sur les agents tératogènes (www.lecrat.org). Quand un médicament est contre-indiqué, un autre utilisant une molécule différente peut être proposé.

Conseils pratiques pour l'allaitement au quotidien

Une fois que l’allaitement est bien en route, donner le sein s’intègre à notre vie quotidienne. Inutile de laver nos seins avant ou après chaque tétée. La douche quotidienne suffit tout à fait. Au contraire, nous laver trop souvent pourrait masquer l’odeur de notre peau et perturber bébé. Il risque même de refuser la tétée.

L’allaitement est pratique car il peut s’intégrer parfaitement à notre vie quotidienne. On peut allaiter son enfant en tous temps et tous lieux : en balade, au restaurant, dans les transports, en visite chez des amis… Il n’y a aucun endroit où il est interdit d’allaiter son enfant. Si l'on voit des femmes qui allaitent dans les squares, les cafés, les bus…

Chaque tétée est un moment privilégié avec bébé : on peut en profiter pour être pleinement avec lui, le câliner, lui parler, l’observer. Mais on peut aussi parfois continuer à parler avec les gens qui nous entourent dans le calme, lire un livre à ses frères et sœurs, tout en continuant à observer bébé. L’allaitement ne doit pas nous isoler, ou nous empêcher de faire ce que l'on aime.

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