Le cancer colorectal, et en particulier l'adénocarcinome colique, représente un problème de santé publique majeur en France, malgré l'existence de moyens de dépistage efficaces et de traitements potentiellement curatifs. Avec près de 45 000 nouveaux cas et 18 000 décès annuels, il se positionne comme le troisième cancer le plus fréquent et le second le plus meurtrier dans le pays. Un paradoxe notable réside dans le fait que, détecté à un stade précoce, ce cancer peut être guéri dans neuf cas sur dix.
Développement et Facteurs de Risque
Le cancer colorectal se développe généralement sur plusieurs années, majoritairement à partir de polypes, des tumeurs bénignes qui se forment sur la paroi intérieure du côlon et du rectum. Ces polypes résultent d'une multiplication anormale des cellules épithéliales, les glandes de la muqueuse colique. Dans certains cas, le cancer colorectal peut également survenir sur un terrain inflammatoire, notamment chez les personnes atteintes de maladies chroniques inflammatoires de l'intestin (MICI).
Bien que rare avant 50 ans, la fréquence du cancer colorectal augmente avec l'âge. Cependant, des études récentes confirment une augmentation de son incidence, y compris chez les personnes de moins de 50 ans. L'Europe occidentale et les États-Unis sont particulièrement touchés.
Il existe trois niveaux de risque de développer un cancer colorectal : moyen, élevé et très élevé. Avant 50 ans, le risque étant faible, le dépistage n'est généralement pas recommandé. Après cet âge, le risque est classé comme "moyen" ou "élevé".
Risque moyen : En l'absence de symptômes, d'antécédents personnels ou familiaux de cancer colorectal ou d'adénome colique avancé (polype > 1 cm), ou de maladie inflammatoire du côlon, le risque est considéré comme "moyen", soit environ 4 % de développer ce type de cancer. La majorité (75-80 %) des cancers du côlon surviennent chez ces personnes.
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Risque élevé et très élevé : Environ 15 à 20 % des cancers colorectaux surviennent chez des personnes à risque "élevé", et 5 % chez celles à risque "très élevé". Le risque est considéré comme "élevé" en cas d'antécédents familiaux avant l'âge de 65 ans et/ou personnels de polype ou de cancer colorectal. En cas d'antécédents familiaux, le risque individuel augmente avec le nombre de cas et leur proximité (parents au premier degré).
Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés comme contribuant au développement du cancer colorectal :
- Âge : Le risque augmente significativement après 50 ans.
- Tabagisme : Des études ont établi un lien entre le tabagisme et un risque accru de cancer colorectal.
- Facteurs génétiques : Certaines mutations génétiques, comme celles associées à la polypose adénomateuse familiale (mutation du gène APC) et au syndrome de Lynch (anomalies sur les gènes MSH2, MSH6, MLH1, PMS2 et EPCAM), augmentent considérablement le risque.
- Consommation d'alcool : La consommation régulière de boissons alcoolisées est considérée comme une cause convaincante de cancer colorectal.
- Obésité : L'obésité, caractérisée par un Indice de Masse Corporelle (IMC) > 30 kg/m², est associée à une augmentation du risque de cancer colorectal.
- Sédentarité : Le manque d'activité physique est un facteur de risque établi.
- Alimentation : Une consommation excessive de viande rouge et de charcuteries a été liée à un risque accru, tandis qu'une alimentation riche en fibres pourrait avoir un effet protecteur.
Dépistage : Un Enjeu Majeur
Le dépistage est un élément crucial dans la lutte contre le cancer colorectal. En France, 16,5 millions d'hommes et de femmes âgés de 50 à 74 ans sont invités tous les deux ans à participer au dépistage du cancer colorectal. L'Assurance Maladie prend en charge à 100 % les coûts liés à ce dépistage. Malgré cela, seul un Français concerné sur trois se fait dépister, un taux insuffisant pour avoir un impact significatif sur la mortalité liée à ce cancer.
Il existe deux principales méthodes de dépistage :
- Test de dépistage de sang occulte dans les selles (FIT) : Ce test simple, réalisé à domicile, consiste à prélever un échantillon de selles et à l'envoyer à un laboratoire pour détecter la présence de sang microscopique. Si le test est positif, une coloscopie est recommandée.
- Coloscopie : Cet examen visuel du côlon, réalisé à l'aide d'un endoscope introduit par l'anus, permet de détecter et de retirer les polypes ou les tumeurs. La coloscopie est recommandée pour les personnes à risque élevé ou très élevé, ainsi que pour celles dont le test de dépistage de sang occulte dans les selles est positif.
Diagnostic et Symptômes
La présence de certains symptômes doit inciter à consulter un médecin généraliste ou un hépato-gastroentérologue :
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- Présence de sang dans les selles (rectorragies)
- Modification récente et persistante du transit intestinal (constipation ou diarrhée inhabituelles, présence de glaires)
- Douleurs abdominales inhabituelles
- Difficultés à exonérer
- Fatigue inexpliquée
- Perte de poids inexpliquée
Le diagnostic du cancer colorectal repose sur plusieurs examens :
- Examen clinique : Le médecin effectue un examen physique, incluant un toucher rectal.
- Coloscopie : Cet examen permet de visualiser l'intérieur du côlon et de prélever des échantillons de tissus (biopsies) pour analyse.
- Examens d'imagerie médicale : Des examens tels que le scanner ou l'IRM peuvent être utilisés pour évaluer l'étendue de la tumeur et rechercher d'éventuelles métastases.
Traitement : Une Approche Personnalisée
Chaque traitement du cancer colorectal est unique et est déterminé lors d'une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), où une équipe médicale établit un programme personnalisé de soins (PPS). Les principales options de traitement sont :
- Chirurgie : La chirurgie est le traitement de base du cancer colorectal. Elle consiste à retirer la partie du côlon ou du rectum contenant la tumeur (colectomie ou résection rectale), ainsi que les ganglions lymphatiques voisins. Dans certains cas, une stomie (anus artificiel) peut être nécessaire, temporairement ou définitivement.
- Chimiothérapie : La chimiothérapie consiste à administrer des médicaments cytotoxiques pour détruire les cellules cancéreuses. Elle peut être utilisée avant la chirurgie (chimiothérapie néoadjuvante) pour réduire la taille de la tumeur, après la chirurgie (chimiothérapie adjuvante) pour éliminer les cellules cancéreuses restantes, ou en cas de métastases.
- Radiothérapie : La radiothérapie utilise des rayonnements ionisants pour détruire les cellules cancéreuses. Elle est principalement utilisée dans le traitement des cancers du rectum.
- Thérapies ciblées (biothérapies) : Ces traitements, tels que les anticorps monoclonaux, ciblent spécifiquement les cellules cancéreuses en bloquant certains mécanismes de croissance et de multiplication.
Types d'Adénocarcinomes Coliques
Dans plus de 90 % des cas, les cancers du côlon et du rectum se développent à partir du tissu qui tapisse l'intérieur du côlon, appelé épithélium. Par conséquent, le terme "cancer colorectal" se réfère presque toujours à des adénocarcinomes, qui représentent 90 à 95 % des tumeurs malignes du côlon ou du rectum. Il existe plusieurs sous-types d'adénocarcinomes coliques :
- Adénocarcinome lieberkühnien : C'est le type le plus courant.
- Adénocarcinome mucineux : Caractérisé par la présence de plus de 50 % de mucus extracellulaire. Il est plus fréquemment diagnostiqué au niveau du côlon droit à un stade avancé.
- Carcinome micro-papillaire : Variante très rare de cancer colique.
- Carcinome rhabdoïde : Variante très rare de cancer colique, composé de cellules arrondies.
- Adénocarcinome villeux ou adénocarcinome invasif papillaire : Type rare, plus souvent diagnostiqué au niveau du côlon gauche.
D'autres types de tumeurs malignes peuvent également se développer dans le côlon, mais elles sont beaucoup moins fréquentes :
- Lymphomes : Cancers du système immunitaire.
- Sarcomes (GIST) : Tumeurs se développant à partir des muscles ou du tissu conjonctif de la paroi du côlon.
- Tumeurs carcinoïdes : Tumeurs caractérisées par une surproduction de sérotonine.
Pronostic et Survie
Le pronostic du cancer colorectal dépend de plusieurs facteurs, notamment le stade de la tumeur au moment du diagnostic, le type de tumeur, et l'état général du patient. Lorsqu'il est détecté à un stade précoce, le cancer colorectal peut être guéri dans la plupart des cas. Un peu plus de la moitié des personnes malades sont encore en vie 5 ans après le diagnostic.
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Prévention
Outre le dépistage, certaines mesures peuvent contribuer à réduire le risque de cancer colorectal :
- Adopter une alimentation équilibrée, riche en fibres et pauvre en graisses animales.
- Limiter la consommation de viande rouge et de charcuteries.
- Maintenir un poids santé.
- Pratiquer une activité physique régulière.
- Ne pas fumer.
- Limiter la consommation d'alcool.
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