L'accueil des mères fumeuses dans les services de Protection Maternelle et Infantile (PMI) est un enjeu de santé publique majeur. Le tabagisme pendant la grossesse et après l'accouchement présente des risques significatifs pour la mère et l'enfant. Cet article vise à informer sur les risques associés au tabagisme maternel, les stratégies d'aide à l'arrêt du tabac, et les mesures que les crèches et les PMI peuvent mettre en place pour protéger les enfants du tabagisme passif et tertiaire.
Introduction
Le tabagisme maternel reste une préoccupation majeure en France, avec un taux élevé de femmes enceintes qui continuent de fumer malgré les risques connus. La grossesse et la période post-natale représentent des moments clés pour encourager et soutenir l'arrêt du tabac, en raison de l'impact direct sur la santé de l'enfant. Les PMI jouent un rôle essentiel dans la prévention et l'accompagnement des mères fumeuses.
Risques du tabagisme pendant la grossesse et l'allaitement
La consommation de tabac pendant la grossesse et l'allaitement entraîne de nombreux risques pour la santé de la mère et de l'enfant.
Risques pour le fœtus et le nouveau-né
- Retard de croissance intra-utérin: Le monoxyde de carbone présent dans la fumée de cigarette réduit l'apport d'oxygène au fœtus, entraînant un retard de croissance.
- Réduction du poids de naissance (hypotrophie): Les bébés nés de mères fumeuses ont tendance à peser moins à la naissance.
- Accouchement prématuré: Le tabagisme augmente le risque de naissance prématurée.
- Malformations congénitales: Le tabac peut augmenter le risque de malformations faciales, cardiaques et pulmonaires.
- Complications placentaires: La nicotine a un effet vasoconstricteur sur les artères du placenta et de l'artère ombilicale, ce qui réduit la circulation sanguine.
- Augmentation des infections respiratoires basses et des otites chez l'enfant: Les enfants exposés au tabac ont plus de risques de développer des infections respiratoires et des otites.
- Augmentation du taux de mort subite du nourrisson: Le tabagisme est la première cause de mort subite du nourrisson.
- Placenta bas inséré: Le tabagisme augmente le risque de placenta praevia.
- Modification du goût du lait maternel: Le tabac peut altérer le goût du lait maternel.
- Risque de surpoids à l'adolescence: Des études suggèrent un lien entre l'exposition au tabac in utero et le risque de surpoids à l'adolescence.
Risques pour la mère
La consommation de tabac pendant la grossesse augmente également les risques pour la santé de la mère, notamment les complications cardiovasculaires et respiratoires.
Allaitement et tabagisme
Contrairement à certaines idées reçues, le tabagisme maternel n'est pas une contre-indication à l'allaitement maternel. L'allaitement offre des avantages nutritionnels et immunologiques importants pour le développement de l'enfant. Il est donc essentiel d'encourager les mères fumeuses à allaiter tout en les accompagnant dans leur démarche d'arrêt du tabac.
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L'attitude appropriée consiste à informer les mères que le tabagisme n'est pas une raison de s'interdire l'allaitement et à les soutenir dans leur projet d'allaitement, en parallèle d'une prise de conscience et d'un accompagnement vers le sevrage tabagique. L'allaitement peut même être un moment privilégié pour initier une prise de conscience et motiver l'arrêt du tabac.
Stratégies d'aide à l'arrêt du tabac
Il n'est jamais trop tard pour arrêter de fumer pendant la grossesse. L'arrêt du tabac, même à un stade avancé de la grossesse, améliore considérablement la santé de la mère et du bébé.
Bilan préalable
La prise en charge d'une femme enceinte fumeuse commence par un bilan complet comprenant :
- Interrogatoire: Antécédents de santé, antécédents personnels et familiaux, milieu socio-professionnel, histoire tabagique, co-addictions éventuelles (alcool, cannabis, etc.).
- Examen clinique complet.
- Évaluation de la dépendance: Test de Fagerström.
- Évaluation du comportement tabagique: Test de Horn.
- Évaluation de la motivation à arrêter: Tests de Richmond, de Demaria, Grimaldi et Lagrue.
Méthodes de sevrage
De nombreuses aides peuvent accompagner les femmes enceintes qui souhaitent arrêter de fumer :
- Prise en charge psychologique: Psychologue ou psychiatre.
- Thérapies comportementales et cognitives (TCC): Aident à identifier et modifier les pensées et les comportements liés au tabagisme.
- Prise en charge pharmacologique: Substituts nicotiniques (TSN) tels que patchs, gommes, pastilles, inhalateurs, spray. L'utilisation des TSN est recommandée en association avec une approche psychologique et/ou comportementale.
- Consultation avec un tabacologue: Soutien individualisé et conseils personnalisés.
Il est important de noter que le bupropion LP et la varénicline sont contre-indiqués chez la femme enceinte.
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Ressources et soutien
Plusieurs ressources sont disponibles pour aider les femmes enceintes à arrêter de fumer :
- Consultations spécialisées d'aide au sevrage: Les femmes enceintes peuvent se renseigner auprès de leur caisse d'Assurance Maladie pour obtenir la liste des structures de prise en charge.
- Ligne d'écoute Tabac info service: 3989.
- Site web Tabac Info Service.
- Application web Tabac info service: Coaching personnalisé.
- Associations locales de lutte contre le tabagisme.
- Professionnels de santé: Médecin, sage-femme, PMI.
Les femmes enceintes peuvent choisir d'arrêter de fumer seules (avec des substituts nicotiniques), en groupe (par exemple, avec le défi #MoisSansTabac), ou avec l'aide de professionnels de santé.
Rôle des PMI et des crèches
Les services de PMI et les crèches ont un rôle crucial à jouer dans la prévention du tabagisme passif et tertiaire chez les enfants.
Tabagisme passif et tertiaire
Le tabagisme passif est l'inhalation involontaire de la fumée dégagée par les cigarettes, cigares ou pipes des autres. Le tabagisme tertiaire est l'exposition aux résidus de fumée de tabac qui se déposent sur les surfaces et les objets. Ces deux formes d'exposition sont particulièrement dangereuses pour les jeunes enfants, dont le système respiratoire est encore en développement.
Une question soulevée par des parents non-fumeurs concerne les auxiliaires de crèche fumeuses et le risque de tabagisme passif pour leur enfant asthmatique. Le médecin de l'enfant confirme que le tabagisme passif (inhalé lorsqu'une personne fumeuse porte l'enfant) est un facteur aggravant de sa pathologie, pouvant conduire à une hospitalisation. Le tabagisme tertiaire est également un risque, car la fumée de tabac, en refroidissant, dépose des particules fines au sol. L'haleine du fumeur demande au minimum dix à quinze minutes avant de redevenir presque normale.
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Mesures à mettre en place
Afin de protéger les enfants du tabagisme passif et tertiaire, les crèches peuvent mettre en place les mesures suivantes :
- Règlement intérieur: Le règlement intérieur de la crèche peut prévoir des dispositions visant à éviter le tabagisme passif.
- Équipement du personnel: Le personnel fumeur peut être équipé de blouses à usage unique ou de vêtements de travail dédiés, qui sont retirés avant de s'occuper des enfants.
- Protocole pour les fumeurs: Le directeur de la crèche peut demander aux personnes fumeuses de respecter un protocole strict, comprenant par exemple :
- Fumer uniquement à l'extérieur de la crèche, dans des zones désignées.
- Se laver les mains et se brosser les dents après avoir fumé.
- Changer de vêtements avant de s'occuper des enfants.
- Information et sensibilisation: Les parents et le personnel doivent être informés des risques du tabagisme passif et tertiaire, et des mesures mises en place pour protéger les enfants.
Il est important de noter que l'interdiction de fumer pendant le temps de pause n'est pas possible si le salarié fume à l'extérieur de la crèche. Le code du travail ne prévoit pas d'autre pause que celle qui intervient après ou avant 6 heures de travail quotidien (20 minutes pour les salariés effectuant des journées continues).
Le rôle des PMI
Les professionnels des PMI (médecins, sages-femmes, puéricultrices, etc.) sont en première ligne pour informer et accompagner les femmes enceintes et les jeunes parents sur les risques du tabagisme et les bénéfices de l'arrêt. Ils peuvent également orienter les mères fumeuses vers les structures d'aide au sevrage tabagique.
Le Fil Rouge, une équipe mobile Parentalité Addiction, travaille en collaboration avec de nombreux professionnels de la périnatalité pour assurer des consultations avancées en tabacologie au sein de maternités, de PMI et de Centres maternels ou Maisons Mères Enfants.
Alcool et grossesse
Il est crucial de rappeler que la consommation d'alcool pendant la grossesse est également dangereuse pour le développement du fœtus.
Zéro alcool pendant la grossesse
Quelle que soit la quantité absorbée et quel que soit le type de boisson alcoolisée, la consommation d'alcool pendant la grossesse expose le bébé à des perturbations de son développement. Elle peut entraîner des malformations, des difficultés d'apprentissage, des troubles de l'attention et du comportement.
Le Syndrome d'Alcoolisation Fœtale (SAF) est la première cause de handicap mental d'origine non génétique chez l'enfant et d'inadaptation sociale. C'est pourquoi le principe de précaution "zéro alcool pendant la grossesse" doit être largement partagé.
Vulnérabilité du fœtus
L'alcool bu par la mère passe dans le sang du bébé par le placenta. Il y a rapidement autant d'alcool dans le sang du bébé que dans celui de la mère. De plus, le bébé reste exposé plus longtemps aux effets toxiques de l'alcool car son foie immature l'élimine plus lentement.
Aide et accompagnement
Pour certaines femmes, l'abstinence ou la diminution de la consommation d'alcool durant toute la grossesse peut s'avérer difficile voire impossible. Dans ces situations, une aide et un accompagnement adaptés peuvent être proposés par des professionnels : médecins généralistes, sages-femmes, pharmaciens, obstétriciens, gynécologues, professionnels des PMI, addictologues, pédiatres, psychiatres, échographistes, anesthésistes, psychologues, puéricultrices, infirmières, assistantes sociales, éducateurs spécialisés.
Alcool Info Service (0 980 980 930, anonyme et non surtaxé, 7J/7, de 8H à 2H) propose une écoute et des conseils auprès de professionnels formés aux problèmes d'usage et de dépendance à l'alcool. Le site internet alcool-info-service.fr propose également des informations utiles.
Alcool et allaitement
Si vous allaitez, il est recommandé de ne pas boire d'alcool, car il passe dans le lait maternel. Si ce n'est pas possible, évitez de boire juste avant la tétée. Attendez entre 2 et 3 heures avant de redonner le sein si vous avez bu un verre d'alcool.
Idées fausses sur le tabac et l'alcool pendant la grossesse
Il est important de lutter contre les idées fausses concernant la consommation de tabac et d'alcool pendant la grossesse :
- "Tous les alcools sont neurotoxiques": Vrai, tous les alcools sont neurotoxiques pour le cerveau du fœtus en pleine maturation.
- "J'ai besoin de boire (ou de fumer un joint) le soir pour me sentir bien. Je sais que je n'arriverai jamais à arrêter !": Faux, il existe des aides et un accompagnement pour arrêter.
- "C'est ma femme qui est enceinte, pas moi !": Faux, tout l'entourage doit encourager et soutenir la femme enceinte qui souhaite arrêter ses consommations.
- "Ok tu es enceinte, mais c'est ton anniversaire ! Allez ! Tu ne risques rien à boire une petite coupe de champagne !": Faux, la consommation occasionnelle d'alcool pendant la grossesse n'est pas exempte de risque.
- "Le tabac n'a pas d'impact sur la fertilité": Faux, le tabac peut avoir un impact sur la fertilité, chez l'homme comme chez la femme.
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