Introduction

La conservation des ovocytes, une technique devenue réalité en France grâce à la vitrification depuis 2011, suscite un débat important au sein de l'Académie Nationale de Médecine et de la société. Initialement réservée aux indications médicales strictes, notamment la préservation de la fertilité chez les femmes confrontées à des traitements gonadotoxiques ou à un risque d'insuffisance ovarienne prématurée, cette pratique a vu émerger des demandes dites « non médicales », liées au désir de pallier l'infertilité due à l'âge. Cet article explore les enjeux, les perspectives et les implications de la conservation des ovocytes en France, en tenant compte des aspects médicaux, éthiques et sociétaux.

Conservation des Ovocytes : Une Technique en Plein Essor

La Vitrification : Une Révolution Technologique

La conservation des ovocytes s'effectue par vitrification, une technique de congélation ultra-rapide qui consiste à plonger les cellules directement dans l'azote liquide à -196°C. Cette méthode a permis de surmonter les difficultés rencontrées avec les techniques de congélation lente, qui entraînaient la formation de cristaux altérant les ovocytes lors de la décongélation. La vitrification est devenue une pratique de routine en 2013, après une longue quête scientifique sur les ovocytes.

Indications Médicales : Préserver la Fertilité Face aux Risques

La conservation des ovocytes est principalement indiquée pour les femmes atteintes de pathologies malignes, dont un traitement gonadotoxique, par chimiothérapie ou radiothérapie risque de dégrader la fonction ovarienne. Elle concerne également les femmes menacées d'insuffisance ovarienne prématurée. La loi de bioéthique impose à chaque praticien d'informer ses patients sur cette possibilité avant la mise en œuvre d'un traitement pouvant affecter sa fertilité.

Demandes "Non Médicales" : Pallier l'Infertilité Liée à l'Âge

Depuis quelques années, des demandes dites « non médicales » ont émergé, en fait de palliation de l'infertilité liée à l'avancée en âge. Sans perspective prévisible de grossesse, surtout faute de stabilité de couple, des femmes sensibles à la baisse de la fertilité avec l'âge, souhaitent faire prélever et conserver leurs ovocytes afin d'y avoir éventuellement recours plus tard, par FIV, si elles éprouvaient alors des difficultés à concevoir.

L'Académie Nationale de Médecine et la Conservation des Ovocytes

Une Position Favorable à l'Autoconservation

Dans un rapport rendu public en juin 2017, l'Académie nationale de médecine s'est prononcée en faveur de l'autoconservation des ovocytes aux femmes qui le souhaitent. L'Académie constate que le droit accordé aux femmes donneuses d'ovocytes pour des tierces infertiles de conserver un certain nombre de leurs ovocytes pour leur propre compte ouvre, de fait, la voie à l'autoconservation.

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La Loi de Bioéthique de 2011 : Un Cadre Légal Évolutif

La conservation des ovocytes en prévention de l'infertilité liée à l'avancée en âge est légale en France depuis la Loi de Bioéthique de 2011. Cependant, cette loi est jugée inapplicable par certains, car elle oblige, pour accéder à leur droit acquis, des femmes à subir deux ou trois cycles de stimulation/ponction ovarienne là où un seul cycle suffit normalement. Il serait non éthique de la conserver en l'état.

La Révision de la Loi de Bioéthique de 2021 : Une Nouvelle Étape

L’autoconservation ovocytaire pour raison d’âge consiste à congeler ses ovocytes pour concevoir des enfants plus tard, et a été autorisée en France par la révision de la loi de bioéthique du 2 août 2021. Désormais, le recours à la cryopréservation des ovocytes hors indication thérapeutique est remboursé par la sécurité sociale et accessible à toute femme entre 29 et 37 ans, et la réutilisation des ovocytes, réservée aux femmes cis, est autorisée jusqu’à 45 ans.

Enjeux et Perspectives de la Conservation des Ovocytes

Risques et Avantages : Un Équilibre à Trouver

Les risques et les avantages possibles de ces démarches sont discutés. Les chances de grossesse dépendent essentiellement de l'âge auquel les ovocytes ont été recueillis, au mieux avant 35 ans. Il est important de peser les bénéfices potentiels de cette technique face aux risques liés à la stimulation ovarienne, à la ponction ovocytaire et à la procédure de fécondation in vitro (FIV).

Aspects Éthiques : Un Débat Complexe

L'autoconservation ovocytaire soulève des questions éthiques complexes. Certains s'inquiètent du caractère anxiogène de cette pratique et de la responsabilité individuelle qu'elle fait peser sur les femmes. D'autres mettent en doute les promesses d'extension de la fertilité et de conservation des liens génétiques, et dénoncent les faux espoirs placés dans cette procédure.

Une Pratique Biomédicale en Évolution

La vitrification ovocytaire participe d’une médicalisation accrue de la procréation. Le recueil des ovocytes suit un protocole relativement long, lourd et invasif. La vitrification ovocytaire s'inscrit dans une famille de techniques qu'elle agrandit et sans lesquelles elle ne saurait fonctionner. Elle poursuit la voie de la parcellisation des corps initiée par l'AMP, aux dépens d'une approche « holiste ».

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L'Économie des Ovocytes : Un Marché en Plein Essor

La représentation des ovocytes comme des objets biologiques autonomes et rares a permis leur évaluation, leur gestion et leur échange dans le cadre d'une économie des ovocytes tant au niveau local que global. Les ovocytes sont captés par des processus variés de capitalisation, à la fois sur le marché de l'innovation biomédicale et sur celui de la fertilité, un marché en plein essor.

La Place de la Technique : Un Soin Technologique ?

L’observation et l’analyse de la mise en œuvre de l’autoconservation ovocytaire dans un service de médecine de la reproduction montrent qu’elle peut être conçue comme un soin technologique. La distinction entre la préservation de la fertilité dite médicale et sociétale ne tient pas, car les femmes demandant l'autoconservation d'ovocytes pour des raisons d'âge découvrent parfois un trouble de la fertilité, ou parce que, avec l'augmentation des délais d'attente pour le don de sperme, elles passent d'une demande d'insémination artificielle ou de fécondation in vitro à l'autoconservation d'ovocytes.

La Préservation de la Fertilité en Pratique

Information et Consentement : Des Obligations Légales

En France, la loi de bioéthique impose à tout professionnel de santé d'informer son patient des risques potentiels pour sa fertilité en cas de traitement toxique et de lui proposer éventuellement la mise en place de techniques de préservation de la fertilité. Le patient doit signer un consentement obligatoire pour la conservation de ses gamètes (ovules ou spermatozoïdes) ou de ses tissus germinaux (ovariens ou testiculaires).

Centres de Conservation : Un Réseau Spécialisé

La conservation des gamètes et/ou de tissus germinaux est proposée dans 49 centres clinico-biologiques d'assistance médicale à la procréation spécifiquement autorisés. Chaque année, les centres s'assurent par écrit de la volonté des patients de poursuivre ou non la conservation. En cas de décès, les échantillons sont détruits.

Prise en Charge Financière : Un Accès Inégal

Les techniques de prélèvement et de congélation des gamètes ou tissus testiculaires sont prises en charge par l'assurance maladie. Cependant, les frais de conservation restent à la charge du patient.

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Résultats et Perspectives d'Avenir

Des Résultats Encourageants

L'utilisation d'embryons ou de gamètes (spermatozoïdes ou ovocytes matures) congelés, est associée à des chances de grossesse variant de 10 % à 22 % par tentative, en fonction des techniques de procréation médicalement assistée utilisées. Concernant l'utilisation d'ovocytes congelés, stratégie plus récente, elle a actuellement déjà conduit à environ 10 000 naissances dans le monde.

Des Recherches Actives

Des recherches très actives sont menées pour permettre l'obtention de follicules matures à partir des follicules primordiaux contenus dans les fragments de tissu ovarien. Ces techniques de « folliculogenèse in vitro » permettront à terme d'éviter les greffes, en particulier dans les cas où un risque de réintroduction de cellules malignes n'est pas exclu.

L'Intelligence Artificielle : Un Avenir Prometteur

La présence du thème de l'intelligence artificielle en AMP confirme pour les prochaines années la tendance à un renforcement des plateformes techniques en biologie de la reproduction.

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