Né au Japon au XVIIe siècle et arrivé en Occident au tout début du XXe siècle, le haïku est une forme de poème très bref gagnant de plus en plus en popularité. Et si vous vous essayiez à écrire un haïku ? Pourquoi et comment faire ? Le haïku est né au Japon dans le courant du XVIIe siècle. Ce serait le maître japonais Bashō Matsuo qui en serait le père.
La poésie peut parfois intimider les apprentis auteurs, qui n’osent pas s’y frotter de peur de ne pas respecter des règles parfois alambiquées. Cependant, comprendre les règles de base du comptage des syllabes, notamment les règles de contraction, est essentiel pour maîtriser la versification française. Cet article explore ces règles en détail, en allant du haïku aux vers plus complexes, afin de rendre la poésie accessible à tous, des débutants aux experts.
Introduction à la Versification Française
La versification française repose sur un compte précis des syllabes, aussi appelées "pieds". La poésie française classique privilégie les vers pairs, tels que l'alexandrin (12 pieds), le décasyllabe (10 pieds) et l'octosyllabe (8 pieds). Verlaine proposera le vers impair (odd) de 9 ou 7 pieds. Vers le milieu du XIXe siècle, Verlaine proposera le vers impair (odd) de 9 ou 7 pieds. Autrement, le vers de 7 pieds est considéré « mièvre » ou insignifiant. Pour respecter ce compte, il est nécessaire de maîtriser les règles de division et de contraction des syllabes, ainsi que la gestion du "e muet".
Les Fondamentaux du Haïku
Pour écrire un haïku, il faut en connaître les règles de base. Le haïku est composé de trois vers. Le haïku ne doit pas forcément faire de rimes. Le kigo est un mot de saison, plaçant ainsi le haïku dans la réalité de l’auteur. Le kireji est une césure permettant de faire une pause dans la lecture du haïku. Il peut prendre diverses formes : cela peut être un adverbe ou un auxiliaire verbal.
La première étape consiste évidemment à trouver une idée. Étant donné que le haïku fait appel à la nature ou à une saison, vous pouvez observer la nature qui vous entoure pour trouver l’inspiration. Ouïe, goût, odorat, toucher et vue : nous disposons de cinq sens, plus ou moins affûtés selon les personnes. Pour parler de vos sentiments face à la nature ou à une saison qui vous touche, appuyez-vous sur un de ces sens afin de décrire ce que vous ressentez. Pour placer le haïku dans l’immédiateté, il est conseillé d’utiliser le présent plutôt que le passé. Les trois lignes seront ainsi plus simples, tout en étant faciles à lire pour vos lecteurs. Après tout, vous devez décrire un élément, un sentiment, en seulement trois lignes. Nous l’avons vu plus haut, un haïku doit s’étendre sur 17 syllabes.
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Le Compte des Syllabes
Lorsque vous comptez les syllabes d’un haïku, certaines règles sont à prendre en compte. Le haïku autorise une certaine liberté de ton. Traditionnellement, le haïku ne contient aucune ponctuation. On trouve simplement une majuscule au début du poème. Toutefois, de nombreux auteurs en placent aux endroits du texte qui leurs semblent pertinents. Pour donner de la force au haïku, on peut le terminer sur note surprenante ou intrigante. Dernière étape pour la rédaction de votre haïku : la lecture à voix haute. Cela va vous permettre de compter vos syllabes, mais aussi de vérifier que l’enchaînement des mots et des trois lignes se fait naturellement.
Dans le vers français, on ne compte que les syllabes prononcées de façon à correspondre au type de vers utilisé dans le poème. Cela implique la division ou la contraction de certaines syllabes ou l'élimination de certaines voyelles écrites. Le terme "mot", ne comprenant pas de "e" muet est à la fois une syllabe et un pied. Donc, constat (1) : une syllabe égal un pied.
Diérèse et Synérèse : Division et Contraction des Syllabes
Lorsque dans un mot deux voyelles se suivent on peut choisir de les prononcer comme deux syllabes ou une seule, selon la nécessité imposée par la structure rythmique du vers.
Diérèse: La diérèse est la division d'une diphtongue en deux syllabes distinctes. Elle permet d'augmenter le nombre de syllabes dans un vers.
Exemple: Nulle vie et nul bruit. Tous les li-ons repus (12)(Leconte de Lisle "Les éléphants")
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Synérèse: La synérèse est la contraction de deux voyelles en une seule syllabe. Elle permet de diminuer le nombre de syllabes dans un vers.
Exemple: Nous allions pas à pas en écartant les branches (12)(A. de Vigny, "La mort du loup")
Les Diphtongues et leur Prononciation
On appelle diphtongues les groupes de deux voyelles, comme dans les mots pitié, voix, fruit, mien, arien, drapier, meurtrier. Cependant deux voyelles peuvent compter dans le vers pour une ou pour deux syllabes, et parfois la même diphtongue graphique peut recevoir, d'un mot à l'autre, deux valeurs différentes. Si les deux voyelles doivent être prononcées d'une seule émission de voix, on dit qu'il y a synérèse ; si au contraire on les sépare, on dit qu'il y a diérèse. Ces divergences s'expliquent par le latin et par l'histoire de la langue.
Règles Historiques de la Synérèse
Tobler en a parfaitement exposé les règles ; ce sont les suivantes :
1° Les voyelles étymologiques, qui en latin sont déjà juxtaposées, ne doivent pas s'unir, à propos de quoi il faut d'ailleurs remarquer que les mots qui font partie de cette catégorie sont savants ou demi-savants : di-amantem > di-amant, di-aphragma > di-aphragme, pi-etatem > pi-été, remedi-are > remedi-er, nationem > nati-on, condici-onem > conditi-on.
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2° Les voyelles entre lesquelles une consonne latine est tombée forment des syllabes différentes : jocare > jouer (afr. jo-er), confidentia > confi-ance, ridentem > ri-ant, audire > ou-ir (afr. o-ir).
3° Au contraire, lorsque deux voyelles françaises proviennent d'une seule voyelle latine étymologique, influencée ou non par une palatale primitive subséquente, il y a synérèse : rem rien, bene > bien, proba > preuve (afr. prueve), habere > avoir (afr. aveir), varium> voir, pascere > paistre, opera-rium > ouvrier, caldaria > chaudière.
4° Quand une consonne latine étymologique s'est vocalisée, elle s'articule en même temps que la voyelle tonique originaire à laquelle elle est jointe et ne forme jamais syllabe : factum > fait, plaga > plaie, noctem > nuit, fruc-tum > fruit, bellus > beaus. Ici encore on se trouve en présence d'une synérèse régulière. Pourtant c'est un fait général que la prononciation courante a tendance à transformer la diérèse en synérèse, c'est-à-dire à réduire les deux voyelles, qui devraient être disjointes, de telle façon qu'elles ne forment plus qu'une seule syllabe. L'analogie d'ailleurs, elle aussi, peut provoquer cette transformation.
Évolution de la Prononciation
Ce mouvement est très ancien, puisque le latin classique, et bien plus encore le latin vulgaire, en offrent de nombreux exemples, dont beaucoup ont été réunis par C.-H. Grandgent. Après gutturale, u suivi d'une autre voyelle a perdu sa valeur syllabique dans les premiers temps du classicisme : distingu-ere > distinguere. Il en a été de même de e, i, u placés en hiatus devant une autre voyelle ; des cas isolés, comme dormio, facias, fleuriorum se rencontrent chez Ennius, Plaute, Luci-lius, Lucrèce, Horace, Virgile, Ovide, Juvénal et Sénèque ; Lucrèce écrit deorsum. Horace vindemiator, Virgile abiete, abietibus, Valerius Probus parietibus. C.-H. Grandgent cite encore alea > alia, filius> filius, sapu-i > sapui, tenu-eram > tenueram. A ce propos il faut remarquer que e et i se consonnifient en y, u en w. Parfois au contraire la première voyelle est absorbée par la seconde qui alors abandonne souvent sa quantité brève pour devenir longue : parĭ-ĕtem > parētem, arĭ-ĕtem > arētem, prĕ-hĕndere > prēndere, cŏ-hŏrtem > cōrtem, cŏ-ŏperire > cōperire ; au contraire elle conserve sa valeur de longue si elle la possède déjà : facĭ-ēbam > facēbam ; enfin elle demeure brève si elle est posttonique : antiqŭ-ŭs > anticŭs, cardŭ-ŭs > cardŭs, coqu-us > cocŭs, etc. Ces derniers détails, qui ont trait à la quantité, n'intéressent d'ailleurs que le latin. On retiendra seulement que les synérèses sont très fréquentes dans la poésie liturgique. Les textes cités au début de cet ouvrage en présentent plusieurs exemples : l'addition rythmique au Vexilla regis compte perierat au lieu de peri-erat. Fortunat ne donne que deux syllabes à pretium, Saint Augustin que quatre à abundantia.
Synérèse en Français
En français, nous nous trouvons en présence de phénomènes semblables La réduction des deux syllabes étymologiques s'opère de plusieurs manières. Ou bien la première voyelle s'efface purement et simplement au bénéfice de la seconde, qui conserve son timbre primitif : il en est ainsi de l'e muet en hiatus, comme aperce-u > aperçu, ve-eir > veir, plante-eur > planteur, parfois de l'a, comme sa-oul > saoul, a-oust > aoust. Ou bien, quand les deux voyelles sont semblables, il y a contraction, comme cré-é > cré, qu'on rencontre parfois au Moyen Age. Quand au contraire i, u et u (ou) se trouvent en hiatus, ces sons se consonnifient sous la forme des semi-voyelles y, w et w : adoptĭ-on > adoption, du-él > fou-et > fouet. Enfin, les deux voyelles en contact peuvent s'unir en perdant Tune et l'autre leur timbre primitif pour donner naissance à un son unique et nouveau : re-ina > reine (= è), La-on > Laon (=ã).
Variations Régionales et Évolution Poétique
Les synérèses, dans le langage courant, ne sont pas étendues à tout le territoire, car les diérèses originaires se sont perpétuées tout au Nord et tout au Sud du domaine français. Ces diérèses ont au contraire disparu de la prononciation vulgaire en deçà de ces deux zônes, par une négligence qui est ensuite devenue correcte, tandis que les poètes, comme si de rien n'était, ont continué la plupart du temps à compter leurs syllabes selon l'ancienne mode. Il en est résulté une opposition manifeste entre le parler ordinaire et la déclamation des textes versifiés, opposition qui s'est maintenue tant que le vers articulé à haute voix est resté strictement numérique, c'est-à-dire environ jusqu'au romantisme. Cependant les poètes, d'assez bonne heure, se sont laissé influencer par le langage courant ; ils se sont guidés sur lui quand ils avaient besoin d'un mot plus court qui satisfît aux exigences strictement syllabiques du mètre qu'ils avaient choisi. Naturellement ils n'ont osé enfreindre les règles traditionnelles que bien après les changements intervenus dans le langage. Ces infractions, encore assez rares au xiie siècle, plus nombreuses au xiiie, deviennent beaucoup plus fréquentes au xive. Certaines d'entre elles ont fini par s'imposer, si bien que d'anciennes diérèses ont complètement disparu tandis que d'autres ont subsisté. Ce mouvement de réduction a commencé d'abord en anglo-normand, puis s'est propagé en Picardie, en Wallonie, dans les dialectes de l'Est, et n'a gagné le reste du territoire qu'après avoir conquis les provinces septentrionales.
Le "E Muet" : Élision et Prononciation
Jusqu'au XVIe siècle, le e muet était réalisé; après cette époque sa réalisation est gouvernée par certaines règles élémentaires. E muet : e qui ne se prononce pas à la fin d’un mot (pas de son e).
À la fin d'un vers, le e muet n'est jamais prononcé.
À la fin d'un mot, à l'intérieur d'un vers, il n'est jamais prononcé s'il est suivi d'une voyelle ou d'un h aspiré.
Exemple: Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure(12) Leconte de Lisle, "Le coeur de Hialmar")
Lorsque le e muet fait partie d'une syllabe il n'est jamais prononcé.
Exemple: Ils allaient conquérir le fabuleux métal (12) (J. M. de Heredia, "Les Conquérants")
Dans un vers, à la fin d'un mot ou à l'intérieur d'un mot, lorsque le e muet est placé entre deux consonnes, il peut être réalisé ou non selon les besoins de la structure métrique.
Exemple: Et la sueur coulait de leurs visages bruns (12)(J. M. de Heredia, "Soir de bataille")
Exemple: Avec de longs haillons de brume dans les cieux (12)(S. Mallarmé, "L'Azur")
En général lorsqu'il s'agit de termes monosyllabiques (que, le, ce) le e muet est réalisé.
Conseils pour l'Utilisation du "E Muet"
Pour reprendre le même exemple, je peux écrire « un/ jour/ mon/ princ/ (e) em/me/na son ai/mée ». Il y a bien séparément deux syllabes à prince et trois à emmena. Mais quand on rassemble les deux, on obtient pas cinq, mais quatre pieds ! Il y a fusion entre le e muet de prince et le e de emmena. Donc recommandation (4) : Il est recommandé de placer en cours de vers un mot finissant par un e muet devant un mot commençant par un e ou é Toutefois, la fusion de deux voyelles dont l’une est différente du e ou du é peut être admise sauf si cette fusion des voyelles provoque un effet sonore disgracieux, ou hiatus. Donc recommandation (5) : Il est recommandé d’éviter le choc de sons disgracieux dans les synérèses et notamment la répétition du même son sur le lieu de la contraction
Hiatus : Éviter les Chocs de Voyelles
Le piège : les hiatus nous les repérons rarement lorsque nous écrivons ! Plus traîtres !
Toutefois comme ce respect inconditionnel peut interdire aussi certains effets heureux, il reste à chacun de discerner s’il doit aller au bout de la logique d’évitement absolu de choc de voyelles, fussent-elles intégrées dans une diphtongue, ou s’il se permet de demeurer exceptionnellement en bordure de cette règle pour enrichir son texte avec un effet heureux. Tout cela peut paraître bien compliqué. Pourtant, à la lecture, avec notre prononciation contemporaine (on va prendre pour référence celle de l’Ile de France pour ne pas entrer dans les particularismes), il faut reconnaître que l’oreille est plus intelligente que nos raisonnements. Encore faut-il en prendre conscience.
Exemples Historiques de Contractions Vocaliques
Ces observations une fois présentées, il est indispensable d'examiner les divers cas où deux voyelles se trouvaient en contact, d'expliquer certaines scansions syllabiques, de montrer quels ont été les progrès de la synérèse, et, au besoin, de faire ressortir les hésitations des poètes, qui bien souvent ne se soucient ni de logique, ni de constance.
A-A et A-AN
Le second est réduit à an dans le Tristan de Thomas : Cf. grant au lieu de gra-ant (v. 859) ; granter au lieu de gra-anter(v. 2 1 3 5 ) ; dans ga-agnier, Froissart fait six fois la diérèse et huit fois la synérèse : il écrit aussi tantôt ga-aing, tantôt gaing ; les formes sont aujourd'hui gagner et gain. A-a est plus rare, mais subit le même sort : ba-ailler est primitivement régulier :
Bien plus de set en fisent ba-ailler ; (Raoul de Cambrai, v. 5436)
Mais il devient bailler au xive siècle, tout comme Isa-ac n'est souvent compté que pour deux syllabes au lieu de trois. Déjà, au xiie siècle, dans Orson de Beauvais. Cha-alons alterne avec Châlons.
A-I
La série est représentée par des mots comme fa-ine, haine, ha-ir, na-if, tra-itre, ga-ine, sa-in (= sagimen), tra-iner, tra-in. Tous ces mots, à l'origine, séparent les deux voyelles conformément aux lois phonétiques :
Li reis Marsilies i fist mult que tra-itres. (Ch. de Roland, v. 201)Granz pels de marbre jusqu'as piez tra-inans. (Pèlerinage, v. 269)
Aucassin et Nicolette présente tra-in (XI, 23) et ga-ines (XXI, 1 3 ) ; dans le Livre de la Passion, ha-ïne rime avec doctrine (v. 151) et discipline (v. 1475). Mais la Chronique des Ducs de Normandie ne donne déjà que trois syllabes à traitresse ; le Tristan de Thomas hésite entre tra-itre et traitre, Simon de Freine entre tra-ison et traison ; ce dernier mot a maintenu la diérèse, ainsi que haĭr et naïf tandis que la synérèse est devenu définitive dans traitre, ainsi que dans tous les mots du même groupe. La réduction s'est opérée à la fin du xve siècle. Quand à maistre (= magistrum, au lieu de maiestre, Tobler fait observer qu'il semble avoir toujours été dissyllabique, Pays, venant de pagensem, est parfois monosyllabe aux xve et xvie siècles, selon Hossner, qui signale paysanne dans Molière, conformément à une prononciation encore assez répandue aujourd'hui. Le cas de chaîne et de chaire est différent : « A côté des mots du français moderne chaîne et chaire, dit Tobler, se trouvent sans doute des formes avec une syllabe de plus en ancien français, comme l'exige la nature des primitifs latins (catena, cathedra) ; mais ici ai n'est point du tout la contraction de a-i, c'est seulement une graphie maladroite substituée à ei et à e des anciennes formes chaeine et chaere qui ont perdu leur première voyelle ».
A-O et A-ON
Ce groupe est assez nombreux. Les mots principaux sont a-ost, A-oste, pa-on, fia-on, fa-on, ta-on, Sa-one, sa-ol, Phara-on, La-omédon, La-on. En ancien français, c'est la première voyelle qui a partout disparu. En effet, comme le remarque Tobler, pa-on rime avec fuison et fa-on avec li-on. C'est le français moderne qui, dans ta-on, La-on et quelques autres, a substitué la première voyelle à la seconde en la nasalisant, c'est-à-dire qu'il a établi un compromis où quelque chose de toutes les deux se retrouve. Fla-on est déjà écrit flan, monosyllabe, dans Baudoin de Sebourg, au xive siècle ; cependant pour toute la série, la scansion ancienne était dissyllabique :
Li rois les paist de lait et de fla-ons.(Chevalerie Ogier, dans Godefroy, Compl.)En icel temps que l'on a-oste. (Tristan, I, 1738)
Lorsque commence la Renaissance, toutes ces réductions sont déjà faites, mais on entend parfois encore la diérèse dans a-oût, ce qui a autorisé V. Hugo a écrire :
Or, en juin, la Lusace, en a-oût les Moraves. (Eviradus)
Les mots savants ont maintenu au contraire la séparation des deux voyelles : c'est le cas de Phara-on et de La-omédon, bien qu'on rencontre quelques cas de contraction, pour l'un et pour l'autre, aux xve-xvie siècles.
E-A, E-É, E-I, E-O, E-U, E-OU
L'e muet en hiatus a disparu d'une manière générale devant toutes les voyelles, ainsi qu'il a été dit dans le précédent chapitre, auquel on pourra se reporter. Deux remarques sont pourtant nécessaires. La première, c'est que e-i est parallèle de a-ï et que ces deux diphtongues aboutissent au son è : regina > reine, comme vagina > gaine. La seconde, c'est que e-u, réduit le plus souvent à H, a pris quelquefois la prononciation eu(oe), d'après l'écriture ; certains ont dit maturum > meur, comme ils disaient florem > fleur, par analogie ; de nombreuses rimes en effet le prouvent, reconneus : iteus (Phil. Mousket), seur : doulceur (Rondeaux), veu : nepveu (Guill. Alexis), ceule : deceups (id.). C'est ainsi que jejunare, primitivement en français je-uner, a donné jeu-ner, bien que la forme juner soit également connue. On a de même fatutum > feu et agurium > heur, qui ont remplacé fe-u (fa-u) et e-ur :
Que podrai faire, dolente, mal fa(d)u(d)e. (Saint Alexis, v. 444)N'avra de lui meillor e-ur. (R. d'Eneas, v. 3316)
On constate pourtant que la synérèse, malgré cet accident de prononciation, est encore la loi de ces cas particuliers. A cette loi n'ont échappé qu'un petit nombre de mots, obe-ir, emprunté à la langue ecclésiastique, cre-è, cre-ateur, be-atifier, imposés par le latin d'Église, esche-ant, fe-al, mescre-ant, ne-ant, se-ant, ou l'e, placé devant un a, a pris un timbre aigu e, par une modification savante. Il y a eu d'ailleurs des hésitations : cré au lieu de cre-é, effré au lieu de effre-é ont été employés par Molinet ; aux xve-xvie siècles, on trouve neant en monosyllabe et neantmoins dissyllabe ; à la même époque, notamment dans Gringore et dans les Sotties du recueil Trepperel, on a des exemples de theologal, genealogie, theologie, qui sont cependant des mots savants.
Comme on le sait, les anciennes scansions, dans toutes les séries qui relèvent de cette rubrique, séparent les deux voyelles en présence. Mais déjà, dans la Chronique des Ducs de Normandie. M. Hossner a relevé beneit, maleit, eue, esmeue, (au lieu de bene-eit, mala-eit) peust, eust, seue ; dans Marie de France, beneistre ; dans le Sermon rimé, pussent, pusse, ust, malurez, surement, meismes, bonuré, dust, pust, presche. Bien que Metzke ait écrit que de pareils exemples ne se rencontrent pas dans Cligès et le Chevalier au Lion, il ne faudrait pas croire que Chrétien de Troyes n'a jamais opéré cette réduction, puisqu'on trouve aperçeu dans Erec (v. 2974) ; on peut également signaler decheu dans Renaud de Montauban (v. 365), receut dans Aye d'Avignon (v. 3), perceut et porveu dans Renard le Nouvel (v. 2819 et 3837 ), roignier (= rotundiare > ro-oingnier, re-oigner) dans les Congés de Jean Bodel. Le compte monosyllabique devient assez fréquent chez F. Deschamps. Tantôt les scribes notent la synérèse, tantôt ils laissent subsister l'orthographe étymologique, et c'est alors la mesure du vers qui nous renseigne : dans un même texte on peut ainsi rencontrer veez et vez, sceu et seu etc…, monosyllabiques. Naturellement, pendant de longs siècles, les poètes opèrent tour à tour la synérèse ou maintiennent la diérèse, selon leur commodité du moment ; marchans est en concurrence avec marche-ans dans Orson de Beauvais, veer avec ve-er, seer avec se-er, reneer avec ne-er dans Simon de Freine, je-uner avec jeuner dans le Roman de Fauvel, ve-oir avec voir dans Molinet ; Froissart présente 27 cas de synérèse contre un seul de diérèse dans paour, peeur ; il écrit 9 fois ra-emplir et 7 fois remplir, 8 fois re-ond et 3 fois rond ; donneur, enchanteur, parjureur, apparaissent chez lui toujours sous cette forme, s'opposent ainsi à juge-our, change-our, losenge-our où les voyelles sont toujours séparées, tandis qu'on rencontre dans ses vers tantôt empere-eur, vene-eur, et tantôt empereur, veneur. On trouvera des exemples de ces contradictions éminemment utilitaires en se reportant au précédent chapitre.
I-A, I-AN, I-AIS
A la vérité tous les mots où i se trouve en hiatus devant une voyelle quelconque ne devraient pas être séparés les uns des autres ; ils sont ici distingués en plusieurs groupes afin qu'on puisse isoler certaines difficultés qui doivent faire l'objet d'une discussion particulière. Il est vraisemblable que la prononciation courante a opéré de bonne heure la synérèse dans toutes ces combinaisons, tandis que les poètes ont fait preuve d'une certaine réserve et qu'ils ne se sont pas permis dans certaines séries ce qu'ils ont osé ailleurs ; ils ont procédé sans aucune méthode et sans vues d'ensemble, usant d'audace sporadiquement, mais respectant le plus souvent la tradition, si bien que les changements défin…
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