Zhang Zhang, premier violon et troisième soliste par intérim de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo, est une artiste au parcours de vie exceptionnel. Son histoire, marquée par la Révolution culturelle chinoise, l'exil et une passion inébranlable pour la musique, témoigne d'une résilience et d'un engagement profond envers les autres.

Une Naissance Marquée par la Révolution Culturelle

Zhang Zhang voit le jour en Chine, à Pékin, dans une famille d'artistes. Son père était un violoniste de renom, soliste dans le seul orchestre autorisé à jouer à cette époque, et sa mère, une actrice de cinéma et pianiste accomplie. Cependant, sa naissance survient dans un contexte social et politique tumultueux.

Fin 1968, la Chine est en pleine Révolution culturelle. La mère de Zhang Zhang, comme de nombreux artistes, est envoyée dans un camp de rééducation à l'extérieur de Pékin, dans le but d'éradiquer l'individualisme bourgeois. Elle obtient une permission de 56 jours pour accoucher à Pékin, son père étant en tournée en Europe de l'Est. Le bébé est alors confié à ses grands-parents.

Ce n'est que quelques années plus tard, avec une certaine libéralisation du régime, que la famille peut enfin se réunir, mais dans des conditions modestes.

Célèbres et Pauvres en Chine

Contrairement à l'Occident, la célébrité en Chine ne rime pas avec richesse. Les parents de Zhang Zhang, n'ayant pas adhéré au parti communiste, ne touchaient que 18 euros par mois. Ils vivaient à quatre, avec leurs deux enfants, dans un 9 m² des "dortoirs" de l'orchestre. Zhang Zhang se souvient qu'il n'y avait pas de place pour une table et qu'ils utilisaient le tabouret du piano de sa mère pour manger.

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Parallèlement, Zhang Zhang ne fréquentait pas l'école. Son père, considérant qu'elle savait lire avant de marcher, lui conseilla de se concentrer sur la musique. Après avoir pratiqué le piano de 2 à 12 ans, elle se tourne vers le violon, sur les conseils de son père qui estimait qu'elle n'avait pas des mains de pianiste.

L'Exil : De la Thaïlande au Canada

À l'âge de 10 ans, Zhang Zhang quitte Pékin avec ses parents pour la Thaïlande, grâce à un visa obtenu par un cousin fortuné. La Chine ne voulait pas laisser partir ses parents et leur proposa un grand appartement et le doublement de leurs salaires. Le gouvernement exigea même qu'ils laissent un de leurs enfants en Chine s'ils voulaient partir. C'est Léo, le petit frère de Zhang Zhang, qui fut sacrifié.

En Thaïlande, elle découvre la richesse et un niveau de vie qu'elle n'imaginait pas. Ses parents commencent à donner des concerts et à se faire connaître. En 1983, son père crée un orchestre avec des ambassadeurs et des avocats passionnés de musique. Cependant, leur visa n'est pas renouvelé.

La famille décide alors de tenter sa chance en Occident. "Mes parents ont trouvé que le drapeau canadien était joli alors ils ont choisi ce pays", raconte Zhang Zhang, arrivée à Toronto en 1984. C'est un choc culturel et climatique.

Officiellement canadienne, Zhang Zhang doit retourner à l'école, mais elle préfère se consacrer à la musique, enchaînant concerts et concours.

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La Rencontre avec Sergiu Luca : Un Tournant Décisif

La vie de Zhang Zhang prend un nouveau tournant lorsqu'elle croise le chemin du violoniste Sergiu Luca, qui enseignait à la Rice University au Texas. Malgré son manque de diplômes, l'établissement accepte sa candidature à l'âge de 18 ans.

Au contact de Sergiu Luca, Zhang Zhang reçoit non seulement une formation musicale exceptionnelle, mais aussi une éducation complète. Elle intègre la prestigieuse Rice University, où elle doit redoubler d'efforts pour combler ses lacunes dans les matières générales.

Sergiu Luca, lui-même un enfant exilé ayant fui la Roumanie, comprend le parcours de Zhang Zhang et la guide avec bienveillance. Il lui apprend ce que signifie être une artiste musicienne et l'encourage à s'épanouir.

L'Arrivée à Monaco et l'Engagement Humanitaire

Après sept ans d'études et l'obtention de son master, Zhang Zhang part pour la Suisse, au conservatoire de Lausanne. En 2000, elle découvre une annonce de l'orchestre philharmonique de Monaco, qui recherche six violonistes. Elle prend son billet et se présente à l'audition, où elle est sélectionnée parmi une centaine de candidats.

Depuis 10 ans, Zhang Zhang vit en principauté et se considère chanceuse d'être arrivée ici par hasard. Elle estime que ces années ont été riches musicalement et humainement.

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Elle crée son association, ZhangoMusiq, pour soutenir des organisations comme la fondation Nicolas Hulot, Mission Enfance et Monaco aide et présence (MAP). L'argent récolté lors de ses concerts caritatifs est directement reversé aux associations pour financer des actions concrètes.

Pour collecter davantage de fonds, Zhang Zhang a créé deux groupes de musique : le Monaco String Quartet, un quatuor à cordes avec ses amis de l'orchestre, et le Zhang Zhang Band, un groupe plus électrique qui joue du Bob Marley et des musiques de films. Elle se produit devant tous les publics, y compris les détenus de la maison d'arrêt de Monaco.

Réflexions sur l'Identité et l'Exil

L'expérience de l'exil a profondément marqué Zhang Zhang. Elle comprend les espoirs et les désespoirs des exilés, ainsi que leur idéalisation des terres promises. Elle a été convaincue très tôt qu'elle ne pourrait jamais trouver un sentiment d'appartenance où que ce soit.

Elle observe les jeunes déracinés et leur désir de s'enraciner rapidement. Elle continue à vivre comme une exilée, tout en rêvant de la maison de ses grands-parents, où elle ne peut plus retourner.

Un Combat Contre les Dérives Identitaires

Zhang Zhang s'engage contre un courant de pensée qui exacerbe les questions liées aux identités et aux minorités. Elle compare certains jeunes militants actuels à des "gardes rouges". Elle dénonce les imposteurs qui font carrière en montant les communautés les unes contre les autres.

Elle critique les agents DEI ("diversity, equity and inclusion"), les "démineurs littéraires" ("sensitivity readers") et autres contrôleurs du politiquement correct, qu'elle considère comme des anti-universalistes qui se nourrissent des divisions de la société.

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