L'enfance de Yann Moix est un sujet de controverse et une source d'inspiration pour son œuvre littéraire. Récemment, la parution de son roman "Orléans", où il relate une enfance maltraitée, a déclenché une vive polémique impliquant sa famille et le milieu littéraire. Cet article explore les différentes facettes de cette affaire, en s'appuyant sur les témoignages et les faits rapportés par les médias.
"Orléans" : Un Roman au Centre de la Tempête
Dans "Orléans", Yann Moix décrit une enfance marquée par la violence physique et psychologique infligée par ses parents. Il évoque des coups de rallonge électrique, des humiliations et un climat familial délétère. L'écrivain y dépeint une mère qui le regardait avec "de la haine et du mépris" et qui "luttait sans trêve contre l'idée de me noyer dans l'eau mousseuse du bain ou de m'étouffer sous l'oreiller de mon petit lit". Il raconte également une nuit passée dehors pour avoir fait tomber un yaourt.
La Réponse Familiale : Entre Démenti et Accusations Croisées
Suite à la publication d'extraits du livre, le père de Yann Moix, José, a pris la parole pour contester la version de son fils. Dans une interview accordée à La République du Centre, il affirme que "notre fils n'a jamais été battu", tout en admettant avoir infligé des "corrections" à Yann lorsqu'il le "méritait". Il cite notamment l'épisode où Yann aurait tenté de défenestrer son frère Alexandre.
Alexandre Moix, le frère de Yann, est allé plus loin en publiant une lettre ouverte dans Le Parisien, intitulée "Mon frère, mon bourreau". Il accuse Yann de réécrire l'histoire familiale et de s'attribuer le rôle de victime, alors que c'était lui qui le brutalisait durant leur enfance. "J'ai subi vingt ans durant des sévices et des humiliations d'une rare violence de sa part. Ceux-là mêmes qu'il décrit dans son roman, en les prêtant à nos parents", écrit-il. Il raconte également que son frère a essayé de le défenestrer et de le noyer dans la cuvette des toilettes, alors qu'il n'avait que 2 ans.
Soutien de l'Éditeur et d'Amis d'Enfance
Face à ces accusations, l'entourage de Yann Moix a pris sa défense. Olivier Nora, le PDG des éditions Grasset, a déclaré sur Europe 1 qu'il y a "une très grande vérité du texte de Yann Moix". Il précise cependant que "en matière de reconstitution des souvenirs d'enfance, chacun a sa vérité subjective, même dans les familles où l'amour prévaut".
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Deux amis d'enfance de l'écrivain ont également témoigné en sa faveur dans Paris Match, sous couvert d'anonymat. L'un d'eux, S., explique qu'il peut croire que Yann n'a pas été tendre avec son frère, mais qu'il n'a jamais assisté à des scènes de violence. Il raconte que le père de Yann ne battait que ce dernier et que peut-être, en retour, il se vengeait. Cyril, un autre ami d'enfance, affirme que "ce qu'il a vécu enfant a entièrement gâché sa vie" et que "ce livre remue beaucoup de 'merde', mais je pense que pour Yann, il était viscéral de s'en libérer".
Dessins Antisémites et Scandale
La polémique a pris une nouvelle tournure lorsque l'hebdomadaire L'Express a exhumé des dessins antisémites publiés par Yann Moix en 1989-90 dans une revue artisanale. L'écrivain ne nie pas être l'auteur de ces images qu'il juge à présent "abjectes". Il accuse son frère Alexandre d'avoir contacté "des journalistes pour leur refiler ces pages".
"Reims" : Un Retour sur la Jeunesse et les Erreurs Passées
Après le scandale lié à "Orléans", Yann Moix a publié "Reims", le roman de ses vingt ans. Dans ce livre, il revient sur le jeune homme mal dans sa peau qu'il a été, son amitié avec un jeune néonazi et ses errements de jeunesse. Il raconte comment il a lancé un journal agrémenté de dessins abjects sur la Shoah, l'abbé Pierre, les affamés Éthiopiens et même les myopathes.
Yann Moix explique que ses dessins étaient voués à le faire haïr le plus vite possible de sa promotion de Sup de Co Reims. Il se sentait raté sentimentalement et scolaire, et il s'est donc arrangé pour être célèbre par le bannissement.
La Littérature Comme Exutoire et Raison de Vivre
Tout au long de sa douloureuse jeunesse et aujourd'hui encore, la littérature est ce qui garde Yann Moix vivant. Il affirme qu'il pourrait vivre sans plus jamais nager, faire l'amour ou aller au cinéma, mais que sans écrire, il se suiciderait.
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Il considère que les écrivains sont des gens infréquentables et compliqués, et que leurs erreurs et leurs faiblesses font partie de leur œuvre. Il se dit heureux d'avoir eu cette polémique car enfin il a une biographie et qu'il est devenu infréquentable, comme les gens qu'il a toujours aimés.
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