Le Trouble du Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement qui affecte de nombreux enfants. Bien qu'il ne soit ni une nouveauté ni une conséquence directe de l'exposition aux écrans, le TDAH représente un défi majeur pour les enfants scolarisés. Cet article vise à explorer les difficultés spécifiques rencontrées par ces enfants à l'école et les stratégies d'accompagnement possibles.
Qu'est-ce que le TDAH ?
Le TDAH est caractérisé par des niveaux élevés d’inattention, d’agitation et d’impulsivité. Ces symptômes entraînent des handicaps cognitifs et relationnels persistants, impactant la vie quotidienne, les performances scolaires, et les interactions sociales de l'enfant. Il est crucial de comprendre que le TDAH n'est pas un simple problème d'éducation, mais un trouble neurologique associé à des différences dans la structure et le fonctionnement du cerveau.
Le diagnostic du TDAH repose sur un ensemble d'indices cliniques. Les symptômes doivent apparaître avant l'âge de 12 ans et persister pendant au moins six mois dans divers environnements (école, maison, loisirs). Les enfants atteints de TDAH ont du mal à rester concentrés, sont facilement distraits, interrompent fréquemment les autres, et ont des difficultés à rester assis ou à contrôler leurs impulsions. Ces symptômes peuvent être associés à d'autres troubles, tels que la dyslexie, les troubles de la coordination motrice, les troubles métaboliques (diabète, obésité) ou encore des allergies.
Prévalence et Facteurs de Risque
Le TDAH concerne environ 5,9 % des enfants de moins de 18 ans et 2,8 % des adultes. Il semble plus fréquent chez les garçons que chez les filles, ces dernières étant souvent sous-diagnostiquées. L'origine du TDAH est multifactorielle, impliquant une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux, tels que l'exposition in utero à l'alcool, la naissance prématurée ou un faible poids à la naissance. Ces facteurs entraînent des modifications subtiles dans les réseaux de neurones et les processus cognitifs, motivationnels et émotionnels.
Difficultés Rencontrées à l'École
L'entrée à l'école primaire marque une étape cruciale pour les enfants atteints de TDAH. Les exigences académiques croissantes et un cadre plus normatif peuvent exacerber leurs difficultés. Voici quelques-unes des principales difficultés rencontrées à l'école :
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Inattention et Distractibilité
En classe, les enfants atteints de TDAH peuvent sembler agités, instables, lents, passifs ou "dans la lune". Ils ont du mal à rester concentrés sur des exercices longs et complexes, ce qui peut entraîner un manque de motivation et une réticence à effectuer le travail. La distractibilité est exacerbée par les nombreuses stimulations visuelles et auditives présentes dans une salle de classe. Les difficultés à maintenir l'attention peuvent conduire à des erreurs grossières et à une incapacité à identifier les pièges dans les exercices.
Difficultés d'Organisation et de Mémorisation
Les enfants atteints de TDAH peuvent avoir du mal à écouter et à mémoriser les consignes données à l'oral, ce qui les fait paraître peu autonomes ou opposés. Ils peuvent également perdre fréquemment des objets nécessaires à leur travail, ce qui pénalise leurs résultats scolaires. Le manque d'organisation et le défaut de perception du temps peuvent entraver l'ensemble des activités quotidiennes, rendant difficile l'autonomie attendue à mesure qu'ils grandissent.
Hyperactivité et Impulsivité
L'agitation motrice et l'impulsivité sont des comportements fréquents chez les enfants atteints de TDAH. Ils peuvent avoir du mal à rester assis sans remuer, à inhiber un comportement ou une réponse, et peuvent être brusques dans leurs gestes, impatients et s'emporter facilement. Dans les conversations, ils peuvent couper la parole, répondre avant la fin des questions, parler trop et trop fort, et paraître sans filtre.
Impact sur les Relations Sociales
Les difficultés de comportement (impulsivité, instabilité motrice) et les difficultés à s'engager dans la relation (distractibilité, difficulté à porter une attention conjointe) peuvent avoir des répercussions négatives sur les relations sociales. Les enfants atteints de TDAH peuvent avoir du mal à comprendre les émotions ou les intentions de leurs pairs, se montrer autoritaires, et être exclus des jeux en groupe ou des invitations aux anniversaires. Cette exclusion peut entraîner une faible estime de soi.
Difficultés dans la Réalisation des Devoirs
La réalisation des devoirs peut s'avérer coûteuse et difficile. Les enfants peuvent procrastiner, se montrer démotivés et nécessiter une assistance pour maintenir leur attention sur la tâche. À l'inverse, ils peuvent s'hyperfocaliser sur des tâches plus attractives avec des gratifications immédiates, comme les jeux sur écrans.
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Repérage et Diagnostic
Le personnel scolaire (enseignants, médecins et infirmières scolaires) est souvent en première ligne pour repérer le TDAH, étant donné son incidence scolaire importante et son association fréquente avec les troubles des apprentissages. Le médecin de premier recours (médecin généraliste, pédiatre) joue également un rôle central dans le repérage, grâce à sa proximité et sa connaissance de l'enfant.
Lors de la phase de repérage, le médecin peut envisager l'existence d'un TDAH face aux trois principaux symptômes (trouble de l'attention, hyperactivité et impulsivité) ou en cas de difficultés associées comme les troubles de l'apprentissage (dyslexie), les difficultés d'endormissement ou les difficultés relationnelles avec les pairs. L'entretien et l'examen médical permettent d'orienter l'enfant vers un médecin spécialisé dans le TDAH, en vue de confirmer ou non le diagnostic. Il n'existe pas d'examen complémentaire ou de marqueurs biologiques permettant de confirmer le diagnostic. Pour guider la démarche diagnostique et suivre l'évolution du trouble, le médecin peut utiliser des outils sous forme de questionnaires à compléter par l'enfant ou ses parents.
Il est important de noter que certaines pathologies peuvent présenter des signes proches du TDAH et être confondues avec lui. De même, certains troubles peuvent être associés au TDAH, ce qui complexifie le diagnostic. La précocité du repérage du TDAH est cruciale, et l'information et l'orientation par le médecin de premier recours sont essentielles pour impliquer la famille.
La spécificité à l’âge scolaire réside dans l’importance du recueil des informations auprès de l’école (tant comportementales que sur le plan académique) en plus de celles des familles. Ces évaluations peuvent être appuyées par des questionnaires standardisés comme les échelles de Conners ou l’ADHD-RS. L’âge scolaire est également la période durant laquelle d’autres troubles psychiatriques et développementaux peuvent se révéler et être diagnostiquées chez l’enfant. Le TDAH est associé dans plus de deux tiers des cas à un autre trouble chez les enfants et les adolescents de 6 à 17 ans. L’anxiété et la mauvaise estime de soi peuvent également être présentes.
Stratégies d'Accompagnement et Interventions Thérapeutiques
Une fois le diagnostic posé, l'intervention thérapeutique doit être adaptée aux symptômes de l'enfant et à leur sévérité. L'objectif est d'agir à la fois sur les symptômes du TDAH et sur les éventuelles comorbidités associées. L'accompagnement du TDAH se construit en concertation avec l'enfant et ses parents, et associe différents traitements non-médicamenteux et, si besoin, médicamenteux. L'efficacité de cette intervention thérapeutique se vérifie sur plusieurs critères : l'évolution des symptômes du TDAH, les difficultés scolaires, les comportements psychosociaux et les éventuels retentissements familiaux. Tout au long de cette intervention thérapeutique, le suivi de l'enfant doit être régulier, quel que soit son traitement.
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Aménagements Pédagogiques
Des aménagements pédagogiques adaptés à chaque enfant sont souvent très utiles à l'accompagnement. Ces aménagements peuvent être d'ordre éducatif (valoriser l'enfant, lui donner des "missions") ou d'ordre pédagogique (donner des consignes courtes et claires, proposer un exercice à la fois). Voici quelques exemples d'aménagements possibles :
- Placer l'enfant au premier rang et loin de potentiels distracteurs (fenêtre…).
- Remobiliser régulièrement et avec bienveillance l'enfant sur les tâches scolaires.
- Offrir la possibilité d'avoir plus de temps pour les évaluations.
- Permettre à l'enfant de travailler debout.
- Fournir des supports écrits pour les consignes.
- Placer l’enfant en classe de façon à limiter les distracteurs : près d’un élève calme, loin d’une fenêtre, d’une porte, de la poubelle.
- Segmenter les tâches en éléments successifs.
- Donner des consignes une à une et fragmenter lorsqu’elles sont longues.
- Faire reformuler la consigne.
- Écrire les consignes au tableau.
- Se tenir assez fréquemment derrière l’enfant lorsqu’il travaille.
- Convenir d’un code qui aide à la contrôler : ex. action ou signe AVANT de se lever, de commencer l’exercice ou de répondre à une question orale.
- Arrêter, d’un geste, de la voix ou du regard toute impulsivité ou ignorer ses commentaires hors contexte.
- Faire sortir l’enfant ou lui permettre d’interrompre une activité lorsqu’il ne se contrôle plus.
- Inscrire le nom de l’enfant sur chaque objet.
- Préférer le cahier au classeur.
- Utiliser un code de couleur par matière.
- Écrire au tableau les étapes successives d’un travail.
- Utiliser la pendule de la classe à l’école pour planifier les tâches, annoncer l’emploi du temps de la demi-journée.
- L’écrire au tableau au collège, au début de chaque cours, annoncer le chapitre de la leçon ou son étape, l’écrire au tableau ainsi que le plan du cours.
- Établir des listes de routines pour certaines tâches.
- Instaurer des routines hebdomadaires.
- Avertir à l’avance plusieurs fois tout changement dans les routines ou l’organisation.
- S’assurer que l’élève note tous les devoirs à faire à la maison dans son agenda et à la bonne date.
Ces aménagements peuvent être formalisés dans le cadre de différents types de protocole : PPRE (Plan Personnalisé de Réussite Éducative), PAP (Plan d’Accueil Personnalisé) ou par l’intermédiaire de la MDPH avec un PPS (Plan Personnalisé de Scolarité).
Traitements Non Médicamenteux
Plusieurs types de prises en charge non médicamenteuses peuvent être proposés :
- Une guidance parentale telle que le programme triple P et le groupe Barkley pour la transmission d’informations et de conseils aux parents.
- Une psychothérapie individuelle spécialisée en Thérapie cognitive et comportementale pour un travail sur les comportements, les relations sociales, la gestion des émotions par exemple.
- Un groupe d’habiletés sociales pour le développement des compétences sociales et la gestion de l’impulsivité.
- Des groupes ayant pour objet une meilleure prise de conscience de ses troubles par l’enfant et le développement de stratégie visant à améliorer la gestion de ses difficultés comme le programme PIFAM (programme d’Intervention sur les fonctions Attentionnelles et Métacognitives).
- Des programmes de remédiation cognitive qui ont pour objectif d’entraîner certaines fonctions cognitives. Ces programmes peuvent se faire soit en présence d’un intervenant en cabinet soit de façon informatisée comme le programme cogmed par exemple.
Traitement Médicamenteux
Le traitement médicamenteux par le méthylphénidate n'est pas systématique. Il est indiqué dans le cadre d'une intervention thérapeutique globale du TDAH, lorsque les mesures non médicamenteuses se sont révélées insuffisantes et en complément de ces mesures. En France, le méthylphénidate est le principal médicament disponible à ce jour et indiqué pour le traitement pharmacologique du TDAH (Ritaline®, Concerta® Medikinet®, et Quasym®). Ce médicament n'est recommandé que lorsqu'un traitement médicamenteux initial s’avère insuffisante. L’initiation et le renouvellement d’un traitement par méthylphénidate nécessitent une prescription par un médecin spécialisé du TDAH. Cette prescription a une validité d’un an et s’effectue sur une ordonnance sécurisée. Durant cette période, tout médecin peut renouveler la prescription.
Il est important de noter qu'en France, l’utilisation de méthylphénidate reste très limitée comparée à d’autres pays européens ou à l’Amérique du Nord, dans lesquels elle est estimée selon les pays de 7 à 48 fois plus élevée qu’en France.
Coordination des Professionnels de Santé et de l'Éducation
La coordination avec les autres professionnels de santé impliqués dans l'intervention thérapeutique des comorbidités du TDAH est essentielle. Le partage des informations permet d’évaluer de manière pertinente l’évolution comportementale de l’enfant. L’orthophoniste, le psychologue, le psychomotricien ou encore l’ergothérapeute sont autant de spécialistes capables de renseigner le médecin sur la nature des difficultés de l’enfant, sur l’évolution du trouble et, si nécessaire, l’efficacité des traitements choisis.
Les professionnels de l’Education nationale ont aussi une place centrale dans le travail de suivi mené avec le médecin de premier recours et le médecin spécialisé du TDAH.
Ressources et Formations
Pour aider les professionnels et les familles à mieux comprendre et accompagner les enfants atteints de TDAH, des plateformes comme LACT (Formations, consultations & recherche - approche systémique stratégique) offrent des formations spécialisées, des consultations cliniques et des ressources de recherche. LACT propose notamment des formations longues (diplômes & certificats) et courtes, ainsi que des modules cliniques et des services aux entreprises.
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