En 2024, l'expression « J’ai mes règles » ou le simple fait de se rendre aux toilettes avec un tampon à la main suscite encore un malaise. Il est temps de dire « Assez ! » et de briser ce tabou persistant autour des règles. Adopter une attitude de microféminisme en parlant ouvertement de ce sujet à son entourage est un premier pas pour refuser le poids de la honte.

L'urgence de la reconnaissance et de la compréhension

L'endométriose, qui touche pourtant 1 femme sur 10, est une maladie très mal connue, diagnostiquée et prise en charge. Idem pour le trouble dysphorique prémenstruel, qu’on ne sait pas soulager, à part avec une prise ponctuelle d’antidépresseurs. La ménopause, n’en parlons pas ! Pour les femmes autistes, ça n’est guère mieux. Il existe très peu d’études scientifiques sur leurs menstruations et la ménopause.

Nous avons besoin de davantage de données sur les cycles menstruels et la ménopause, sur tous ces chamboulements hormonaux qui rythment nos vies et ont un impact considérable sur nos corps, nos humeurs et même nos fonctions cognitives. Il est impératif que la société fasse preuve d'un peu plus de compréhension et de soutien envers ces aspects fondamentaux de la santé des femmes.

Humour et règles : un moyen de dédramatiser ?

Les règles semblent exister de deux manières : dans un contexte politique qui s'y prête (les congés menstruels, le féminisme qui fait parler de lui, la taxe tampon, des manifestations) ou dans un cadre qui n'a rien à voir, mais l'humoriste souhaite faire une blague, en s'appuyant sur le visuel des règles, agressif et peu ragoûtant. L'humour est-il devenu l'unique moyen de dédramatiser la situation ? D'analyser l'absurdité de son tabou sous couvert de franche rigolade ? D'éviter une omerta avec un certain voyeurisme ?

L'humour serait donc un moyen de dédramatiser les règles dans un premier temps ; dans un deuxième temps, de faire comprendre aux femmes qu'elles ne sont pas seules et que toutes les filles autour d'elles ont (ou ont eu) le même problème ; et dans un troisième temps, l'humour permet de parler d'un sujet tabou par excellence, car considéré comme sale.

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Le cycle menstruel : un atout méconnu

Décortiquer ce phénomène (cycle féminin, ovulation, syndrome prémenstruel, inconfort…) avec notre mère est cependant l'assurance de bien commencer cette nouvelle vie. Elisabeth Régnier est doula et éducatrice menstruelle. Elle n'est pas thérapeute, elle accompagne les femmes pendant la grossesse, l'accouchement et la période postnatale, en complément du suivi médical. Elle aide aussi les jeunes filles à comprendre leur cycle. Pour elle, il est possible de kiffer ses règles : "Notre cycle peut être un atout, une ressource si on le connaît bien. Dans ces ateliers, on explique l’anatomie, le rôle des hormones, les différentes phases du cycle, et on aborde concrètement : odeur, texture, durée, âge d’apparition. On parle aussi des signes du cycle - pertes blanches, glaire cervicale - et des protections périodiques (serviettes, tampons jetables ou lavables, culottes menstruelles, coupes, éponges)."

Selon l’Institut national d'études démographiques (Ined), l'âge moyen de la première règle a évolué au fil des siècles : il frôlait les 16 ans au XVIIIᵉ siècle, et il est aujourd’hui bien plus bas. Une enquête menée en 2023 par l’association Règles Élémentaires avec OpinionWay indique un âge moyen de 12,2 ans. Elle souligne aussi qu’environ 20 % des filles auront leurs premières règles à l’école primaire, or le sujet n’est souvent abordé qu’au collège, en 4ᵉ, pendant les cours de SVT. Elisabeth a choisi d'ouvrir ses ateliers aux filles dès 9 ans car il vaut mieux anticiper, informer sans dramatiser, et donner des mots concrets aux enfants.

Il est crucial de nommer tous les symptômes liés au cycle menstruel. Le SPM peut amplifier irritabilité et émotions. Mais plutôt que de culpabiliser, on peut agir sur l’alimentation, le sommeil et surtout le stress, perturbateur endocrinien. Parler ouvertement entre copines et en famille aide à sortir du tabou.

Les règles et la société : entre tabou et précarité

Mais qu’est-ce qui horrifie tant quand on parle des règles ? Il semblerait que le fait de savoir qu’une femme en face de nous est en train de saigner soit perturbant. Voire dégoûtant si elle ose le dire ouvertement. « J’ai mes règles », ça glace le sang. Ras-la-culotte de tous ces mythes oppressants autour des menstruations ! Ras-la-serviette de voir les visages se crisper quand le mot « règles » vient à être prononcé ! Ras-le-tampon de la vieille réflexion disant de se mettre aux abris pour ne pas essuyer le courroux de la harpie menstruée ! Ou tout simplement parce qu’elle a été éduquée dans la peur de la tâche et de l’odeur du sang et qu’elle a intégré depuis l’adolescence que « règles » équivaut à « impure ».

Le cycle des femmes inquiète et dégoute. Les premières menstruations déboulent dans la culotte, c’est la panique et l’incompréhension. On passe de l’innocence enfantine à la femme potentiellement active sexuellement. Sans information anatomique. On passe du « rien » à la possibilité d’avoir un enfant, et cela même sans comprendre comment notre cycle fonctionne. Peut-être sera-t-on diagnostiquées plus tard d’une endométriose, du syndrome des ovaires polykystiques, du Syndrome PréMenstruel et même de trouble dysphorique prémenstruel. Heureusement, les combats féministes permettent de faire avancer la cause et des personnalités issues des milieux artistiques - actrices, chanteuses, etc. Sans oublier le livre Les règles… Quelle aventure ! d’Elise Thiebaut et Mirion Malle à destination des préados et ados, filles et garçons.

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Pour Lis Peronti, artiste-chercheuse, travailler sur les règles l'a amenée à de nombreuses lectures et réflexions sur le sujet mais aussi à apprécier la beauté de la couleur du sang menstruel et de son mouvement lorsqu’il se dissout dans l’eau. Car ce tabou autour des règles peut être une source de violence à l’encontre de celles à qui on ne permet pas l’expression de leurs souffrances et à qui on dit que la douleur est uniquement dans leur tête. Le silence et la méconnaissance qui règnent autour de cette thématique sont également à la base de la lenteur du diagnostic de l’endométriose, qui touche entre 1 femme sur 7 et 1 femme sur 10. Il faut en moyenne 7 ans pour diagnostiquer l’endométriose. Pourquoi ? Parce que le corps médical est mal informé, mal formé.

« Le tabou des règles est l’un des stéréotypes sexistes qui affecte la quasi-totalité des filles et des femmes dans le monde. », signale l’ONG internationale CARE. Selon les pays, les croyances diffèrent : dans certains coins d’Amérique du Sud, on pensera que côtoyer des femmes réglées peut provoquer des maladies, tandis qu’ailleurs, on pensera que le sang qui souille la terre la rend stérile. Elles seront alors tenues à l’écart de leur maison mais aussi de leur travail si celui-ci par exemple consiste à la culture et aux récoltes dans les champs. Dans la religion juive également, l’exil menstruel peut être appliqué, un rituel sera alors à suivre pour réintégrer le foyer.

Selon l’ONG Care, elles sont environ 500 millions de filles et de femmes dans le monde à ne pas avoir accès aux protections hygiéniques. Autre problématique mondiale qui en découle : la déscolarisation des jeunes filles. En Inde, 23 millions de filles arrêtent l’école à cause de leurs règles. Soit par manque d’accès aux produits d’hygiène, soit parce que les toilettes ne sont pas séparées dans les établissements.

En clair, des abus de la part des femmes qui profiteraient de l’occasion pour prendre des jours de congé alors qu’elles n’ont pas leurs règles ou qu’elles n’ont aucune difficulté avec celles-ci. Parler des règles, montrer un vêtement tâché par les menstruations, ça choque.

Là encore, on recroise la précarité sociale puisque, selon le sondage toujours, 17% des femmes en grande précarité renoncent à sortir à l’extérieur durant la période des règles et se retrouvent parfois en incapacité de se rendre à un entretien d’embauche ou un rendez-vous professionnel, par manque de protections hygiéniques. Trop souvent, on oublie les exclues du débat dont font parties les détenues et les femmes SDF. La majorité de la société ne réalise pas qu’être une femme dormant à la rue signifie également ne pas avoir de quoi s’acheter des protections hygiéniques.

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Initiatives et solutions

Bulles Solidaires réalise donc une mission particulière sur un terrain presque vierge à ce niveau-là, à l’échelle locale, et n’en oublie pas les besoins des femmes. Sur le plan national, Règles élémentaires est la première association depuis 2015 à collecter des produits d’hygiène intime à destination des femmes sans abris et mal logées. Le collectif souhaite provoquer des rencontres, des échanges et des débats entre professionnel-le-s du secteur social, futur-e-s professionnel-le-s, associations féministes (ou pas), il tient à ce que le grand public, hommes comme femmes donc, soit convié, intéressé et concerné.

Une idée qui a été inspirée par le modèle écossais. En effet, le pays qui avait déjà investi pour lutter contre la « period poverty » auprès des femmes en grande précarité réitère son action auprès des étudiantes à présent, en levant 5,7 millions d’euros afin de fournir aux 395 000 élèves d’Ecosse des protections hygiéniques gratuites. Johanna Courtel est étudiante à l’université Rennes 2. « Il existait déjà un projet de l’Armée de Dumbledore, une organisation politique de Rennes 2, pour installer 3 distributeurs de protections hygiéniques. C’est bien mais c’était limité. Là, l’idée est d’installer des meubles avec des tampons, des serviettes, des cups, en libre accès. Et que les produits soient le moins toxiques possible. « Peut-être que beaucoup vont hésiter à en prendre au début mais l’objectif est vraiment que les personnes s’habituent à ce que ce soit gratuit. À ce que ce soit normal que ce soit gratuit,poursuit-elle. En tant que femmes, depuis qu’on a nos règles, on sait que c’est la galère. Dès la naissance, on sait qu’on va être précaires.

La LFSS 2024 prévoit la gratuité des protections hygiéniques réutilisables pour les jeunes de moins de 26 ans et les bénéficiaires de la C2S. Leur prise en charge nécessite toutefois des ajustements réglementaires.

Sport et règles : la natation comme exemple

Pour de nombreuses femmes, l’idée de nager pendant leurs règles peut être décourageante. Cependant, il est essentiel de comprendre que nager pendant vos règles est tout à fait possible et que de nombreuses nageuses le font régulièrement. La confiance en soi joue un rôle essentiel lors de la natation pendant vos règles. Avant de plonger dans l’eau, prenez un moment pour vous préparer mentalement.

En conclusion, nager pendant vos règles est tout à fait réalisable avec la préparation adéquate. Ne laissez pas vos règles vous priver de votre passion pour la natation. Suivez ces conseils, utilisez les bons produits et profitez pleinement de chaque instant dans l’eau.

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