Dans une société où la parentalité est souvent considérée comme la norme, voire une obligation, de plus en plus de personnes choisissent de ne pas avoir d'enfants. Ce choix, parfois difficile à assumer face à la pression sociale et familiale, est pourtant une réalité croissante, avec 15% des femmes en France qui restent sans enfant à la fin de leur vie féconde. Cet article explore les motivations, les expériences et les réflexions de celles et ceux qui ont fait ce choix de vie, à travers des témoignages poignants et des analyses éclairantes.

Un choix personnel, des motivations variées

Les raisons de ne pas avoir d'enfants sont multiples et propres à chaque individu. Pour certaines, comme Renée, la décision est prise très tôt, dès les années 1980, face aux enjeux environnementaux et aux conflits mondiaux. Elle explique qu'elle ne s'est jamais demandé si elle voulait mettre des enfants sur Terre, car elle n'a jamais eu le désir de vivre la maternité.

D'autres, comme Marjorie, ressentent un rejet viscéral de la maternité, malgré la pression de leur entourage. Elle témoigne des regards et des mots injustes qu'elle a subis : "mais tu n'es pas normale", "va consulter", "ce n'est pas normal de ne pas vouloir d'enfant". Elle se sent comme un monstre anti-humanité, alors que son choix est bien plus profond.

Pour d'autres encore, comme Catherine, la maternité n'est tout simplement pas une priorité. À 40 ans, elle renonce à un parcours médical qui aurait pu lui permettre de devenir mère, et dix ans plus tard, elle en est encore soulagée. Elle réalise qu'elle ne veut pas d'enfant, que sa vie lui plaît telle qu'elle est aujourd'hui.

Certains couples, comme celui formé par des amis artistes, préfèrent se réaliser à travers leurs projets artistiques et leurs voyages. D'autres, confrontés à l'infertilité, trouvent une force nouvelle dans leur relation.

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La pression sociale et le regard des autres

Le choix de ne pas avoir d'enfants est souvent mal compris et stigmatisé par la société. Les femmes sans enfant sont parfois considérées comme égoïstes, immatures, voire anormales. Elles doivent constamment se justifier et faire face à des remarques blessantes.

Edith Vallée, pionnière des études sur les childfree en France, témoigne des difficultés qu'elle a rencontrées au début de sa carrière. Elle se souvient des empoignades à l'université et des réflexions peu amènes dans le cadre privé. Un jour, une femme lui a même dit que son choix la faisait ressembler à Véronique Courjault, une femme qui avait tué ses bébés.

Aurore, 47 ans, se sent toujours considérée comme un peu immature, une éternelle adolescente qui n'aurait pas le sens des responsabilités. Elle a l'impression de toujours devoir prouver qu'elle est une "vraie adulte".

Marinette, 49 ans, explique que ne pas avoir d'enfant est souvent perçu comme la volonté d'absence de contraintes et le fait de pouvoir vivre sans se soucier de rien. Pour certains parents, c'est plus simple de penser qu'elle n'a pas d'enfant par égoïsme "adolescent".

Une vie différente, des choix assumés

Malgré la pression sociale, les personnes qui choisissent de ne pas avoir d'enfants mènent une vie riche et épanouissante. Elles investissent leur temps, leur énergie et leur argent dans d'autres domaines, comme les voyages, la carrière, les loisirs ou le bénévolat.

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Renée et Martin ont investi leurs économies dans les voyages et ont arpenté le Québec au complet avec leur van. Ils ont également assisté à de nombreux festivals de musique et ont fait un séjour en voilier en Europe.

Ne pas avoir d'enfants est synonyme de flexibilité pour le couple, qui a pu saisir toutes les opportunités professionnelles qui se sont présentées.

Gloria explique que ne pas avoir d'enfant lui a permis de faire ce qu'elle voulait et notamment d'être universitaire, avec la mobilité géographique que ça demande, les années de précarité et le temps que cela prend.

Émilie confie que quand on n'a pas d'enfant, il y a du temps disponible. Cela laisse l'espace pour faire des choses en grand. Les réalisations qu'elle y fait donnent un sens à la vie.

La question de la transmission et de l'héritage

L'une des questions qui se pose souvent aux personnes sans enfant est celle de la transmission et de l'héritage. Comment transmettre ses valeurs, son savoir ou ses biens à la génération suivante ?

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Certaines personnes choisissent de s'investir auprès de leurs neveux et nièces, en participant à leur éducation et en passant du temps avec eux. Virginie adore être tata de ses nièces et les rendre ensuite à leurs parents.

D'autres s'investissent dans des métiers qui amènent à partager des connaissances, comme professeur des écoles, universitaire ou journaliste.

Enfin, certains couples, comme Renée et Martin, ont longuement pensé à leur héritage et ont décidé de donner autrement. Ils savent que ce ne sera pas aussi concret qu'une maison léguée à des enfants, mais ils trouveront d'autres moyens de transmettre leurs valeurs.

Marc-Olivier Desmarais, planificateur financier, insiste sur l'importance du testament pour les couples sans enfants. Il explique que les héritiers légaux changent si on a des enfants ou pas, et qu'il est donc essentiel de prévoir sa succession.

L'importance de l'amitié et du couple

Pour les personnes sans enfant, l'amitié et le couple sont souvent des piliers essentiels de leur vie. Elles construisent leur vie sociale autour de leurs ami.e.s et investissent dans leur relation de couple.

Martin explique qu'il a toujours été très impliqué auprès des familles de ses ami.e.s et qu'il a organisé des fêtes d'enfants chez lui. Il ajoute que leurs projets de retraite doivent marcher avec les autres, car il ne veut pas être le seul de sa bande à prendre sa retraite.

Anne Zelensky soulignait l'importance de la relation de couple à deux, précisant que c'est l'association de deux personnalités adultes qui l'intéresse et pas deux adultes face à un enfant.

Vivre sans regrets

Le plus important pour les personnes qui choisissent de ne pas avoir d'enfants est de vivre une vie riche et épanouissante, sans regrets. Elles assument leur choix et sont fières de la vie qu'elles ont construite.

Renée en convient : fonder une famille, c'est le projet d'une vie. Mais ce ne sont pas non plus les projets qui manquent au sein de son couple. Elle explique que vu qu'ils n'ont pas d'enfants, il a fallu qu'ils se trouvent une raison d'être là, d'être heureux et de continuer ! Donc, ils ont l'habitude de se trouver des projets à faire.

En vieillissant, il est certain qu'on est moins entouré.e.s. Il faut prévoir un assez gros coussin financier pour pallier cette éventualité-là. Mais d'ici à ce que le coussin serve, Martin et Renée comptent bien profiter de leurs moyens et de la vie qu'ils ont bâti avec leurs ami.e.s - sans regrets. Moi j'ai pas de regrets. On dit que ça prend un village pour élever des enfants.

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