Le post-partum est une période de transition majeure pour les parents, marquée par des changements physiques, hormonaux et émotionnels importants. Bien que souvent associé à la joie de l'arrivée d'un enfant, il peut également être une source de vulnérabilité psychologique pour les mères, les pères et les co-parents. Comprendre la réalité vécue par les parents durant cette période, ainsi que leurs besoins spécifiques, est essentiel pour leur offrir un soutien adapté et favoriser leur bien-être.
Comprendre le Post-Partum : Une Nécessité pour un Accompagnement Adapté
Le post-partum définit la période qui suit naturellement l’accouchement. Du côté de la maman, au cours de cette période, le corps subit de nombreux changements physiques, hormonaux pour récupérer de l’accouchement. C’est aussi une période propice à vivre ce qu’on appelle l’ascenseur émotionnel, où nos émotions font le yoyo entre joie, tristesse, excitation, peur, et bien d’autres déclinaisons sans qu’on puisse s’expliquer pourquoi. Du côté du papa ou du co-parent, le post-partum est aussi une période essentielle de transition où papa/co-parent et bébé, prennent le temps de se rencontrer et de s’adapter à leur nouvelle vie ensemble.
Afin de mieux cerner les besoins des parents durant cette période, des études approfondies sont nécessaires. Une étude a mis en relief une parentalité en mutation dans une monde en pleine évolution. Elle met en lumière les questionnements, l’évolution des besoins des parents (mère, père, co-parent), et le désir de co-construire un vivre ensemble avec l’enfant qui soit plus proche de leurs valeurs d’aujourd’hui. Elle révèle aussi le besoin d’équilibrer le soutien aux parents en se souciant aussi de leur état émotionnel, psychologique et physique tout autant que celui des bébés.
Les Défis Émotionnels et Psychologiques du Post-Partum
La sortie de la maternité signe le passage d’un changement de vie, je dirai même d’un déménagement de vie. Ce double ressenti qui pourrait paraître contradictoire est en réalité tout à fait normal. Il nous offre l’opportunité d’observer la réalité plurielle vécue par les parents au moment du post-partum. La nouvelle génération de parents cherche à être plus impliquée dans la vie de son enfant. Souvent plus conscient de son rôle dans l’éducation et l’équilibre émotionnel de l’enfant, le néo-parent cherche à répondre de façon personnalisée aux besoins et intérêts de son enfant. Il est ouvert à de nouvelles idées et pratiques en matière de parentalité, mais aussi parfois déstabilisé par de nouveaux modèles de parents à construire pour demain dont il a l’impression d’être un peu le pionnier, je pense notamment au rôle de co-parent. Enfin, le néo-parent est aussi confronté à une réalité environnementale qui le préoccupe et il avance en réfléchissant à son impact sur la planète et celle qu’il va léguer à ses enfants.
Ces enjeux personnels, sociétaux et parentaux sont dans les têtes de tous les jeunes parents et la période du post-partum, et bien c’est le moment où l’on passe de la théorie du néo-parent à la pratique! On jongle alors avec joie/bonheur d’être parent, et épuisement lorsqu’il faut faire face au quotidien de cette nouvelle vie. On oscille entre fierté et doute lorsqu’on observe l’écart entre le désir auquel on tend et la réalité avec laquelle on cherche à faire de notre mieux. On angoisse, on est frustré quand on goûte pour la première fois au sentiment d’impuissance qui nous révèle à une nouvelle forme de vulnérabilité, celle d’être parent tout simplement. Pour la maman, le post-partum, c’est la période où l’on a le sentiment de devoir être sur tous les fronts sans être toujours bien préparé.
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Comme le montre l’étude et les témoignages, autant la période de préparation à l’accouchement est plutôt bien accompagnée, autant la période post-accouchement est pour la plupart des mamans (encore plus les primipares) vécue comme un moment où l’on manque de repères, de soutien pratique et psychologique. Il y a aussi le deuil de cette période de grossesse où l’on recevait beaucoup d’attention pour soi et cette période de post-partum où l’on a parfois le sentiment que le centre d’attention a changé, tous les yeux sont rivés sur l’enfant, nous invoquant inconsciemment de taire nos besoins et nos difficultés pour se concentrer uniquement sur les besoins de l’enfant.
Épuisement Psychologique vs. Épuisement Émotionnel : Une Distinction Importante
L’épuisement psychologique et l’épuisement émotionnel sont deux concepts à la fois liés et distincts et cette étude met pleinement en exergue la subtilité des différences de ressenti qui se jouent assez naturellement chez la maman et le papa/co-parent en fonction de leur place. L’épuisement psychologique, nommé à 72%* par les papas interrogés se réfère plus particulièrement à l’environnement. Il s’agit de l’état de fatigue mentale et physique qui résulte de l’exposition prolongée à des situations stressantes ou des pressions importantes, mais aussi au déséquilibre perçu entre les demandes et attentes de l’environnement et les ressources que le papa/co-parent a pour y répondre. Quant à l’épuisement émotionnel, nommé à 79%* par les mamans, il résulte principalement de l’investissement émotionnel important que la maman met dans la relation avec le nouveau-né. Entre l’attachement intense, l’ascenseur émotionnel, les soins nécessaires au bébé, la sur-protection émotionnelle parfois liée à l'environnement et aux relations interpersonnelles, la charge émotionnelle cumulée à la fatigue physique créent un déséquilibre du bien-être de la maman qui peut aller jusqu’à affecter sa santé mentale et être le terreau d’une dépression post-partum.
Les Troubles Psychiques Post-Partum : Dépression, Stress Post-Traumatique et Autres Défis
La dépression post-partum regroupe un ensemble de troubles de l'humeur qui touche entre 10 et 20 % des femmes après un accouchement. Les symptômes de la dépression post-partum se caractérisent par une tristesse profonde et persistante, ainsi qu’une anhédonie - perte de la capacité à ressentir le plaisir - et un sentiment d'incapacité à créer un lien maternel. Ces symptômes peuvent être accompagnés de troubles physiques, tels que :
- Des changements significatifs de poids ou d’appétit.
- Des perturbations particulièrement importantes du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
- Une fatigue intense et persistante.
- Une difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions.
Au-delà des symptômes classiques de la dépression, des manifestations spécifiques à la période post-partum peuvent survenir. Les mères peuvent développer une anxiété excessive concernant la santé de leur bébé, des phobies d’impulsion (peur de commettre un acte irréversible envers elles-mêmes ou leur enfant), ou encore des pensées suicidaires.
Outre la dépression post-partum, d'autres troubles psychiques peuvent survenir après l'accouchement, notamment :
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- Le trouble de stress post-traumatique lié à l'accouchement (TSPT-CA) : Il survient chez 3 à 6 % des mères et se manifeste par des reviviscences de l'événement traumatique, un évitement des rappels de l'événement, des altérations négatives de l'humeur et de la cognition, et une hypervigilance.
- Le baby blues : Phase transitoire touchant environ 70 à 80 % des femmes, caractérisée par une tristesse, une anxiété ou la crainte de ne pas savoir s'occuper correctement de son bébé. Bien que non pathologique en soi, il nécessite une surveillance car il peut évoluer vers une dépression post-partum.
- Les troubles anxieux : Ils peuvent se manifester par une anxiété généralisée, des crises de panique ou des phobies.
- Les troubles de l'adaptation : Ils surviennent en réponse à un événement stressant et se manifestent par des symptômes émotionnels ou comportementaux significatifs.
L'EMDR : Une Thérapie Prometteuse pour le TSPT-CA
La thérapie par désensibilisation et retraitement par mouvements oculaires (EMDR) a donné des résultats prometteurs chez cette population. Une analyse rétrospective a été menée auprès de femmes (n = 34) qui ont commencé une thérapie EMDR pour un CB-TSPT ou un CB-autre dans une maternité urbaine irlandaise. La gravité des symptômes a été mesurée à l’aide de la liste de contrôle du trouble de stress post-traumatique (PCL-5) avant et après l’EMDR. Avant l’intervention, 64,7 % (n = 22) de l’échantillon répondaient aux critères d’un diagnostic provisoire de TSPT. La majorité des femmes (61,8 %) ont présenté une réduction ≥ 10 points sur le PCL-5 après l’EMDR. Il n’y avait aucune corrélation entre la réduction du score PCL-5 et le nombre de séances d’EMDR (r = −0,12, p = 0,504). Le taux d’achèvement de l’EMDR était de 70,6 %. Les analyses n’ont pas permis d’identifier de variables associées à l’achèvement ou à l’efficacité de l’EMDR. À notre connaissance, il s’agit du plus grand échantillon étudié de femmes ayant reçu l’EMDR pour un TSPT ou un STS. L’EMDR pourrait être une intervention efficace pour le STS et le TSPT, même chez les femmes ayant des antécédents de traumatisme, des problèmes de santé mentale comorbides ou des symptômes à long terme. L’EMDR est facile à mettre en œuvre et présente un faible taux d’abandon.
L'Importance du Dépistage et de la Prise en Charge Précoce
La dépression post-partum, bien que fréquente, reste souvent méconnue ou minimisée. Son dépistage est crucial pour plusieurs raisons :
- Fréquence élevée et sous diagnostiquée : Avec une prévalence touchant jusqu’à 10 à 20% des femmes en post accouchement, la dépression post-partum est une pathologie courante qui n’est pas toujours identifiée chez les mères.
- Conséquences graves : En l’absence de traitement, la dépression post-partum peut entraîner des troubles du développement cognitif, affectif, social chez l’enfant, des difficultés relationnelles mère-enfant, voire un suicide maternel.
- Traitement efficace : La dépression post-partum peut être prise en charge grâce à une approche multidisciplinaire, incluant un accompagnement psychologique et, si nécessaire, des traitements médicamenteux.
Le Rôle des Professionnels de Santé et des Proches
Il est important de traiter ces sujets comme n’importe quelle autre maladie, comme on aborderait par exemple le diabète gestationnel. En première ligne, les sage-femmes, les gynécologues, les médecins généralistes et les pédiatres sont des points de contact essentiels. Ils doivent être en mesure d’initier des discussions sur ces sujets avec tous les futurs parents, qu’ils aient des facteurs de risques identifiés ou non. Le dépistage systématique est fortement recommandé dans leurs pratiques pour détecter précocement les signes de ces troubles.
Les proches jouent un rôle capital dans le parcours de soin, qu’il s’agisse de la famille proche ou au sens large. La famille, la belle-famille, mais aussi l’entourage proche des jeunes parents peut détecter des signaux d’alertes et faciliter (ou bloquer) l’accès au soin. C’est pourquoi il est très important d’informer le public sur ces enjeux et de libérer la parole sur la question de la santé mentale périnatale.
Initiatives et Ressources pour un Soutien Optimal
De nombreux chantiers sont réalisables, parmi ces chantiers sur lequel je porterai mon attention il y a l’évolution du dispositif “monparcourspsy” afin de permettre à un parent de pouvoir consulter un psychologue quand il en sent le besoin sans avoir la nécessité d’avoir une ordonnance de soin du médecin traitant pour obtenir une prise en charge, car nous connaissons la complexité actuelle d’obtenir un rdv chez son médecin traitant et dans la pratique, le parent va privilégier un rdv chez le pédiatre plutôt qu’un rdv pour lui si il s’agit d’un parcours du combattant . Ensuite, toujours dans le cadre du dispositif “monparcourspsy”, supprimer l’obligation que le premier rdv soit réalisé en présentiel, car lorsqu’une jeune maman est en période de post-partum, se déplacer pour aller à un rdv chez le psychologue, c’est bien en théorie mais pas en pratique. Les douleurs post-partum, la garde de l’enfant, la fatigue sont autant de freins à la consultation. Pour autant, dès la première consultation à distance, la jeune maman pourra se décharger émotionnellement, obtenir quelques conseils anti-stress, se sécuriser sur la construction de son lien d’attachement avec son enfant.
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Enfin, dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur soutenue par la Région Ile-de-France, la Fondation FondaMental développe actuellement des outils numériques pour la prévention et le traitement des problèmes de santé mentale périnataux (projet de recherche participative LENA). Cela comprend une plateforme internet sur la santé mentale périnatale à destination des jeunes parents, de leurs proches, des employeurs et des professionnels de périnatalité et de psychiatrie mais aussi une application mobile dédiée.
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