L'accès à la contraception et à l'avortement sécurisé est une question de santé publique cruciale. Malheureusement, une majorité de femmes et de filles, en particulier dans les pays à faibles revenus et parmi les populations précaires, n'ont pas le contrôle sur leur propre vie sexuelle et reproductive. Les conséquences des restrictions à l'avortement sont graves, menant souvent à des avortements non médicalisés qui mettent en danger la vie des femmes.

L'Avortement : Un Droit Fondamental Menacé

Le droit à l'avortement reste un sujet très controversé dans le monde. Dans de nombreuses régions, des pays ont tenté ou tentent encore de limiter le recours à l'avortement, en adoptant des législations restrictives ou répressives. En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

L’avortement est un acte médical qui permet de mettre fin à une grossesse. Il s’agit d’un soin de santé de base pour des millions de femmes, de jeunes filles et d’autres personnes qui peuvent tomber enceintes. Chaque année, des millions de personnes y ont recours. Pourtant encore aujourd’hui, il continue d’être questionné, stigmatisé et criminalisé.

L'Impact des Restrictions Légales

L'interdiction de l'avortement ne réduit pas le nombre d'interruptions volontaires de grossesse. Au contraire, elle a pour conséquence de retrancher les avortements dans la clandestinité et d'exposer les personnes qui y ont recours à des risques majeurs pour leur santé et leur vie. Plus les lois restreignent le droit à l’avortement et moins les moyens contraceptifs sont disponibles, plus le nombre d’avortements augmente, en particulier les avortements dangereux pour les femmes.

Une étude réalisée par le Gender Equity Policy Institute (GEPI) révèle une forte augmentation des décès maternels depuis l’adoption de la loi interdisant l’avortement au Texas en 2021. Selon le texte qui repose sur des données publiques des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le taux de mortalité maternelle dans l’Etat a augmenté de 56 % entre 2019 et 2022, tandis qu’il n’a crû que de 11 % aux Etats-Unis. Ce phénomène semble directement lié à l’interdiction des soins liés à l’avortement adoptée par le Texas, qui est l’une des lois les plus restrictives du pays, rapporte NBC News.

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Statistiques Mondiales et Tendances

En 2008, le nombre d’avortements pratiqués dans le monde était estimé à 43,8 millions (contre 45,6 millions en 1995). Une part importante de ces avortements, soit 86%, a eu lieu dans des pays en voie de développement (contre 78% en 1995). Il est important de noter que 84% des femmes en âge de se reproduire vivent dans ces pays en voie de développement.

Depuis 2003, le nombre d'avortements a diminué de 0,6 million dans les pays développés, mais a augmenté de 2,8 millions dans les pays en voie de développement, en particulier en Afrique et en Asie. Le nombre total d'IVG dans le monde en 2003 était évalué à 42 millions, avec un taux de 29 IVG pour mille femmes en âge de procréer.

La tendance globale est à la baisse par rapport à 1995, année où 46 millions d'IVG avaient été pratiqués dans le monde, soit un taux de 35 IVG pour mille femmes en âge de procréer. Cette baisse est particulièrement marquée en Europe de l'Est, où le taux a diminué de 51 % entre 1995 et 2003, contre 17 % à l'échelle mondiale.

En 2003, il y avait 31 avortements pour cent naissances vivantes dans le monde, avec un pic de 105 avortements pour cent naissances vivantes en Europe de l'Est.

Les Avortements Dangereux : Une Tragédie Évitable

Le pourcentage d’avortements réalisés dans des conditions inadéquates et mettant en danger la vie des femmes est estimé à 49% des 45 millions d’avortements pratiqués dans le monde en 2008 (contre 45% en 1995). Le nombre d’avortements ne diminue plus depuis 2003, après avoir fortement baissé entre 1995 et 2002. On recense aujourd’hui 28 avortements pour 1 000 femmes dans le monde, contre 29/1000 en 2003 et 35/1000 en 1995. D’autre part, la proportion d’avortements clandestins par rapport au nombre total d’IVG ne cesse de progresser.

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Au total, 47 000 femmes sont mortes l’an dernier victime d’une IVG pratiqué sans assistance médicale. Le taux de mortalité de ces avortements non médicalisés est très élevé atteignant 220/100 000. Par ailleurs, 8,5 millions de femmes, toujours dans les pays en voie de développement, présentent chaque année des complications liées à ces avortements clandestins.

En Amérique latine, le taux d’avortement dangereux est de 95 % ; de 46% aux Caraïbes, de 100% en Amérique centrale, de 100% en Amérique du sud. En Asie, le taux d’avortements dangereux atteint 40%. Il est de 9% en Europe, en particulier lié à l’Europe de l’est où 13% des avortements ne sont pas réalisés de manière médicalement satisfaisante.

Les avortements non médicalisés représentent 45 % des interruptions de grossesse dans le monde et sont responsables d’au moins un décès maternel sur douze. Alors que des progrès significatifs ont été réalisés dans les principales causes de mortalité maternelle, l’avortement non médicalisé - la seule cause presque totalement évitable - reste largement ignoré.

Les Facteurs Contribuant aux Avortements Non Médicalisés

Plusieurs facteurs contribuent à la pratique d'avortements non médicalisés :

  • Restrictions légales : Lorsque l'accès à l'avortement est limité ou interdit, les femmes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins et dangereux.
  • Pauvreté : Les femmes vivant dans la pauvreté ont souvent un accès limité aux services de santé, y compris aux soins d'avortement sécurisés.
  • Manque d'information : Le manque d'information sur la contraception et l'avortement sécurisé peut également contribuer à la pratique d'avortements non médicalisés.
  • Stigmatisation : La stigmatisation entourant l'avortement peut dissuader les femmes de rechercher des soins médicaux.

Conséquences des Avortements Non Médicalisés

Les avortements non médicalisés peuvent entraîner de graves complications, voire la mort. Les complications courantes comprennent :

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  • Hémorragie : Saignements excessifs pouvant entraîner un choc et la mort.
  • Infection : Infections graves pouvant entraîner une septicémie et la mort.
  • Lésions des organes : Perforation de l'utérus ou d'autres organes pouvant nécessiter une intervention chirurgicale.
  • Infertilité : Dommages aux organes reproducteurs pouvant entraîner l'infertilité.
  • Décès : Dans les cas les plus graves, les avortements non médicalisés peuvent entraîner la mort.

L'Importance de l'Accès à l'Avortement Sécurisé

L'accès à l'avortement sécurisé est essentiel pour protéger la santé et la vie des femmes. Lorsque les avortements sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d’hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles.

La légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en France a permis de faire quasiment disparaître les décès maternels provoqués par les avortements provoqués.

De plus, l'accès à l'avortement sécurisé est un droit humain fondamental. Pouvoir prendre soi-même les décisions concernant sa santé, son corps et sa vie sexuelle est un droit humain fondamental. Il constitutif de l’égalité entre les femmes et les hommes et d’une société plus juste.

Mesures Nécessaires

Pour réduire le nombre d'avortements non médicalisés et protéger la santé des femmes, il est essentiel de :

  • Légaliser l'avortement : La légalisation de l'avortement permet aux femmes d'accéder à des soins médicaux sûrs et légaux.
  • Améliorer l'accès à la contraception : L'accès à la contraception permet aux femmes de prévenir les grossesses non désirées.
  • Fournir des informations sur la santé sexuelle et reproductive : Les informations sur la santé sexuelle et reproductive permettent aux femmes de prendre des décisions éclairées concernant leur santé.
  • Lutter contre la stigmatisation : La lutte contre la stigmatisation entourant l'avortement peut encourager les femmes à rechercher des soins médicaux.

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