Le trouble bipolaire est une pathologie psychiatrique chronique qui affecte l'humeur, l'énergie et le comportement des enfants et des adolescents. Autrefois appelé psychose maniaco-dépressive, il se caractérise par des fluctuations sévères de l'humeur, allant d'épisodes dépressifs à des épisodes maniaques ou hypomaniaques, ou encore des épisodes mixtes où les deux conditions coexistent. La prise en charge de ce trouble représente un défi en raison de son impact sur la qualité de vie.
Prévalence et Début
La prévalence du trouble bipolaire est d'environ 1 % sur la vie entière, pouvant atteindre 2 à 3 % en incluant les formes non classées. Bien qu'il s'agisse d'une pathologie fréquente, le diagnostic est souvent tardif, avec un retard estimé à environ dix ans. L'âge de début se situe généralement entre 15 et 25 ans, mais il peut survenir plus tôt, même dans l'enfance. Il est important de noter que plus des deux tiers, voire les trois quarts des troubles bipolaires diagnostiqués chez l'adulte, ont commencé avant l'âge de 21 ans, et que 30 % de ces cas ont débuté avant 12 ans.
Symptômes chez l'Enfant et l'Adolescent
Les manifestations du trouble bipolaire peuvent différer chez l'enfant et l'adolescent par rapport à l'adulte. Chez l'enfant, on observe souvent une labilité de l'humeur, une irritabilité et des changements d'humeur fréquents, plutôt que des épisodes clairement définis de dépression ou de manie. Les adolescents, quant à eux, peuvent présenter des cycles rapides, avec au moins quatre épisodes maniaques ou dépressifs dans l'année, caractérisés par des humeurs durant une semaine à dix jours, suivies de changements d'humeur.
Diagnostic Différentiel
Le diagnostic du trouble bipolaire chez l'enfant et l'adolescent peut être complexe en raison du recouvrement symptomatique avec d'autres troubles, tels que le trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Il est important de différencier le trouble bipolaire du TDAH, en recherchant des comportements épisodiques qui se calment, contrairement à la stabilité relative du TDAH. De plus, l'humeur d'un enfant TDAH, bien que fluctuante, n'atteint pas les mêmes degrés d'intensité que dans le trouble bipolaire. Il est également crucial de distinguer le trouble bipolaire du trouble de dysrégulation émotionnelle, caractérisé par des crises de colère explosives et une irritabilité importante.
Épisodes Maniaques et Hypomaniaques
Selon les critères du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), un épisode maniaque se caractérise par une période d'au moins une semaine d'humeur anormalement élevée, expansive ou irritable, accompagnée d'une augmentation de l'activité ou de l'énergie. Au moins trois des symptômes suivants doivent être présents :
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- Augmentation de l'estime de soi ou idées de grandeur
- Réduction du besoin de sommeil
- Plus grande communicabilité ou désir de parler constamment
- Fuite des idées ou sensations subjectives que les pensées défilent
- Distractibilité
- Augmentation de l'activité orientée vers un but ou agitation psychomotrice
- Engagement excessif dans des activités agréables à potentiel élevé de conséquences dommageables
L'épisode hypomaniaque, quant à lui, est une forme atténuée de la manie, avec une durée minimale de quatre jours, des symptômes modérés et un retentissement moindre sur le fonctionnement.
Épisodes Dépressifs
Les épisodes dépressifs se caractérisent par une humeur triste, une perte d'intérêt ou de plaisir, une fatigue importante, des troubles du sommeil et de l'appétit, des difficultés de concentration, un sentiment de culpabilité ou de désespoir, et des idées suicidaires.
Diagnostic
Le diagnostic du trouble bipolaire est clinique et repose sur l'évaluation des symptômes, de leur durée, de leur fréquence et de leur impact sur la vie quotidienne. Il est essentiel de recueillir des informations auprès de l'enfant, de ses parents et de ses enseignants pour établir un diagnostic précis. La connaissance de la terminologie psychiatrique est importante pour retranscrire les éléments de l'entretien et déterminer la sévérité de l'épisode. Il est également important de savoir reconnaître, dans un dossier d’épisode dépressif, les éléments orientant vers un trouble bipolaire (antécédents d’épisode maniaque ou hypomaniaque, éléments de mixité, virage de l’humeur sous antidépresseur).
Traitement
La prise en charge du trouble bipolaire pédiatrique est multidisciplinaire et comprend :
- Traitement médicamenteux : Les thymorégulateurs, tels que le lithium, le divalproate de sodium et la quétiapine, sont utilisés pour stabiliser l'humeur et prévenir les rechutes. Les antipsychotiques atypiques peuvent être associés en cas d'éléments psychotiques ou de phases maniaques aiguës. Il est important d'initier le traitement progressivement, avec une posologie adaptée au poids et un suivi médical rapproché. Chez la femme enceinte ou en âge de procréer, il faut éviter les anticonvulsivants (notamment le valproate de sodium) du fait du risque tératogène.
- Psychothérapie : La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la thérapie familiale et la psychoéducation sont des approches psychothérapeutiques efficaces pour aider l'enfant et sa famille à comprendre et à gérer la maladie, à identifier les signes précoces de rechute et à développer des stratégies d'adaptation.
- Interventions psychosociales : Les interventions psychosociales visent à améliorer le fonctionnement social et scolaire de l'enfant, à renforcer son estime de soi et à favoriser son autonomie. Elles peuvent inclure des groupes de soutien, des programmes d'entraînement aux habiletés sociales et des interventions auprès de l'école.
- Mesures générales : Il est important d'adopter une bonne hygiène de vie, avec des horaires réguliers pour les repas et le sommeil, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière. La gestion du stress est également essentielle.
Médicaments Thymorégulateurs
- Lithium : Le lithium est un traitement de référence dans le traitement de maintien des troubles bipolaires. Un bilan préthérapeutique doit être réalisé, avec notamment : hémogramme, ionogramme sanguin, créatininémie et calcul de clairance de la créatinine, protéinurie et glycosurie, bilan hépatique, TSH-us, bêta-hCG (femme en âge de procréer) et électroencéphalogramme (en cas d’antécédent de comitialité). Une surveillance biologique des taux de lithiémie plasmatique et intraglobulaire doit être mise en place. Les principaux effets indésirables sont les tremblements, la prise de poids, la diarrhée, la polyurie et la polydipsie.
- Valproate de sodium : Le valproate de sodium est efficace dans l'épisode maniaque et en traitement de maintien. Les effets indésirables principaux sont la prise de poids, les troubles digestifs, la chute de cheveux, les altérations cognitives, les tremblements, le risque d'encéphalopathie par hyperammoniémie et les thrombocytopénies.
- Carbamazépine : La carbamazépine est efficace dans l'épisode maniaque, moins en traitement de maintien. Les effets indésirables principaux sont les troubles visuels, les troubles cutanés, les nausées et la leucopénie.
- Lamotrigine : La lamotrigine a une meilleure action sur les troubles bipolaires à polarité dépressive. L'instauration doit être progressive, avec surveillance du risque cutané (syndrome de Lyell Stevens-Johnson).
Prise en Charge Spécifique
- Chez l'enfant et l'adolescent : Toute prescription médicamenteuse doit être initiée progressivement, par un spécialiste, avec une posologie adaptée au poids et un suivi médical rapproché.
- Chez le sujet âgé : Il faut adapter les posologies à la fonction hépatique et rénale, débuter à demi-dose, puis augmenter progressivement.
- Chez la femme enceinte ou en âge de procréer : Il faut éviter les anticonvulsivants (notamment le valproate de sodium) du fait du risque tératogène. À l’heure actuelle, il est possible d’envisager la prescription de lithium au cours de la grossesse, avec une surveillance obstétricale, psychiatrique et pédiatrique rapprochée. L’électroconvulsivothérapie est également possible si nécessaire.
Importance du Soutien Familial
Le soutien de l'entourage est crucial dans la gestion du trouble bipolaire. Il est important d'informer et de sensibiliser la famille et les proches sur la maladie, ses symptômes et ses traitements. Les parents peuvent aider leur enfant en créant un environnement stable et prévisible, en encourageant une bonne hygiène de vie, en favorisant la communication et en recherchant un soutien auprès d'associations de patients et de professionnels de la santé mentale.
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Ressources et Prise en Charge Sociale
Les troubles bipolaires font partie de la liste ALD 23 des affections psychiatriques de longue durée donnant droit à une prise en charge à 100 % pour les soins. Il est également possible de compléter un dossier MDPH pour la prise en charge du handicap. Il faut aussi évaluer la nécessité d’une mesure de protection au long cours (curatelle/tutelle) en fonction du niveau d’autonomie. De plus, il est indispensable de faire le lien avec la médecine du travail pour d’éventuelles adaptations de poste (éviter les horaires décalés ou le travail de nuit). Le dispositif Mon Soutien psy permet à toute personne, dès l’âge de 3 ans présentant des troubles psychiques d’intensité légère à modérée, de bénéficier de 12 séances d’accompagnement psychologique par an prises en charge par l’Assurance maladie.
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