À la suite de la disparition de Tibet, dessinateur prolifique de Ric Hochet, et de Jacques Martin, créateur d'Alix et de Lefranc, cet article propose une analyse de l'œuvre de Ric Hochet, en particulier de son album Épitaphe pour Ric Hochet, en explorant son style, ses thèmes et son impact culturel.
Un Héritage du Journal Tintin
Tibet et Jacques Martin étaient des figures majeures du journal Tintin. Leurs styles, scénarios et personnages étaient très différents. Ric Hochet, avec plus de 80 albums publiés, n'a pas pris une ride, tout en restant représentatif des Trente Glorieuses.
Tibet : Un Dessinateur Productif
Tibet devait dessiner vite, à une cadence infernale de 1,65 albums par an avec le scénariste André-Paul Duchâteau. Son trait était à la fois simple et précis. Ses crayonnés étaient rapidement posés sur le papier, laissant à l'encreur le soin de lier les différents coups de crayon. Le visage de tous ses personnages est construit quasiment sans ruptures de plans, et paraît incroyablement figé.
Simplification du Dessin
Avec un panel d’expressions faciales limité, le dessin des personnages se simplifie et pose moins de problèmes au dessinateur. De même, les corps : zones d’ombres, raccourcis sont signifiés par des aplats sombres ou des traits parallèles censés donner du volume. Les décors sont simplifiés au maximum, les murs seront toujours d’un ton uni ainsi que les paysages, souvent monochromes.
Évolution du Style
Au fil des ans, le visage des personnages évolue : le style devient moins réaliste et peut-être moins compliqué à exécuter. Les personnages empruntent globalement aux canons de la bande dessinée policière destinée à la jeunesse, ou encore à Tintin. Guère plus d’inventivité dans les méchants, souvent nantis d’un sourire narquois.
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Contextualisation et Évolution
En revanche, tout change autour : le mot d’ordre est toujours une stricte contextualisation. Le premier album, Traquenard au Havre, reflète la décoration de l’époque, et même les extérieurs fleurent bon l’atmosphère urbaine de l’époque, avec ses inévitables cafés pris sur un comptoir en zinc et ses meubles en formica. La voiture du héros évolue elle aussi : la Porsche du héros, détruite dans quasiment tous les albums d’une manière spectaculaire (voir la couverture d’Epitaphe pour Ric Hochet), réapparait dans bien l’opus suivant, mais c’est le nouveau modèle sorti entretemps que le journaliste (ou son assurance) a payé. Les vêtements et les coiffures, eux aussi, ont subi une évolution. Ric Hochet a fièrement porté la patte d’éléphant dans les années ’70, avant de revenir à des coupes plus classiques. Seule constante : le sous-pull à col roulé rouge et la veste blanche piquée de gris, et le trench-coat.
André-Paul Duchâteau : Un Scénariste Inspiré
Le dessin évolua sans bouger, certes, mais le scénariste, A.P. Duchâteau, ne fut pas en reste. Chaque scénario, mis à part quelques perles, s’inspira avec beaucoup d’à propos d’un film ou d’un livre qui avait fait date, ou bien d’un grand classique réadapté, ou encore d’une idée dans l’air du temps.
Exemples d'Inspirations
- Traquenard au Havre : le premier opus de la série fait référence à un kidnapping et au chantage exercé sur de riches parents.
- Opération 100 milliards : ou comment la disparition d’un chanteur à succès booste les ventes et déchaîne l’hystérie.
- La nuit des vampires : sans doute l’un des plus pittoresques, avec son lord anglais ruiné, son château sinistre, et les cadavres qui s’amoncellent dans la crypte du château et refusent de se décomposer alors que la nuit de Walpurgis approche.
Rebondissements et Violence
Les rebondissements sont multiples, les scènes d’action, voire de violences rarement dissimulées (les scènes où le héros, ou un protagoniste, sont assommés par derrière par un adversaire sont récurrentes), et les images chocs s’accumulent : cadavres exsangues, sang, attaques à main armée. L’inévitable embuscade tendue au héros en milieu d’album est toujours un grand moment.
Les Personnages : Plus des Actions que des Biographies
S’ils n’apparaissent ici qu’à la fin de l’article, c’est bien parce qu’ils n’apportent au fond pas grand chose de plus à la connaissance générale de la série. Ric Hochet a un père (qui lui ressemble, mais en plus voyou, et en plus vieux), une fiancée, nièce du commissaire, qui ressemble à Seccotine, un acolyte, le commissaire Bourdon, qui tient à la fois du Maigret et du Dupont, un meilleur ami, Bob Drumont, au demeurant rarement vu (qui lui ressemble, mais en plus trapu), un savant fou, le professeur Hermelin (le seul au visage vraiment expressif car ridé et grimaçant), et bien entendu une quantité impressionnante d’ennemis, dont l’ennemi récurrent qu’est le Bourreau, chauve et obèse, tout droit sorti d’un film d’espionnage et qui finit cloué dans un fauteuil roulant. Ces personnages se résument plus à leurs actions qu’aux renseignements biographiques distillés d’un album à l’autre : on apprend peu sur eux.
Fidélisation du Lectorat
Que reste-t-il, au bout du compte, de cette longue série ? Rien d’original, ni dans le dessin, ni dans les scénarios. Il reste la force de la fréquence, la capacité de ces deux auteurs à publier presque deux albums par an durant plus d’un demi-siècle a constitué une réponse au grand défi de tous les auteurs : fidéliser le lectorat en raccourcissant le délai de l’attente. Répondre à la soif d’action, de mystère et d’éléments dramatiques. Stimuler la capacité de réception aux images chocs, par l’emploi toujours mesuré, de la violence et de la mort, de manière à frapper tout en formant l’imaginaire. Permettre au lecteur de retrouver, à chaque nouvelle parution, un univers familier dont il maîtrise les codes. Bref, combler les attentes du grand public, satisfaire un besoin d’aventure tout en restant rassurant, faire grandir, aussi.
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Analyse Spécifique de Commissaire Griot
J'ai pris le temps de relire Commissaire Griot et décidément, je reste mitigé. La première partie est vraiment haletante et je trouve que les trois intrigues s'installent très bien mais alors le dénouement de la partie troyenne est vraiment invraisemblable, surtout quand on fait flancher Ric à un moment clé. On a bien compris la volonté de déboulonner Ric Hochet de son statut de héros immaculé, qui "morfle" quand même énormément depuis la reprise.
Déconstruction du Héros
- suspendu par les pieds les 3/4 de la première aventure,
- muni d'un plâtre dans le deuxième tome,
- voyant sa voiture saccagée, en sa simple qualité de pisse-copie et pas après une course-poursuite haletante, dans le 3ème,
- relégué au rang de bidasse dans le 4ème, fumeur de cigarettes à la fin de l'épisode,
- carrément au second plan sur la couverture du 5ème, pour finir, après une aventure où il est l'égal des personnages secondaires, par lâcher le thanatopracteur suite à une "bouffée de chaleur" (sérieusement…) et se voir "envoûté" par l'esprit d'Elisabeth sans aucune explication rationnelle alors que c'était là une règle "constituante" de la série (Tibet défendait d'ailleurs à Duchâteau de finir sur des fins sans vraisemblance, ce qui exigeait un gros travail scénaristique de crédibilisation a posteriori, et par l'intermédiaire de celui qui reste le héros de la série, de l'invraisemblable).
Incohérences et Faiblesses
Là, on finit en queue de poisson par ce conte à dormir debout, avec un Ric Hochet aux expressions de véritable benêt (ce visage de bas de page 51…en haut de page 35 à table avec Dior, il lui manque même une main…à noter également que Nanar lui crache dessus quand il revient "possédé") et c'est dommage parce que Van Liemt nous le dessine de mieux en mieux dans le registre classique, l'épisode dans l'appartement du couple de bouchers est génial avec le comportement héroïque du jeune Bibi (le surnom du vrai fils de Tibet, qui valide complètement la reprise d'ailleurs) déguisé en Dog Bull secouru par Ric avec arc et flèches à l'avenant.
Personnages et Écriture
Le personnage d'Eluard est très bien écrit par Zidrou (une autre de ses trouvailles après l'hilarant "Grévisse" du tome 3) et ses commentaires en latin sont vraiment dans le ton d'un méchant de Ric Hochet, qui lui, par contre, toujours dans cette démarche de "banalisation" du héros, jure comme un chartier, ("ne faites pas le con Cupidon"), et dit qu'il n'a pas étudié longtemps à l'école, alors qu'il s'agit d'un trait du personnage complètement inventé, Ric brillant plutôt dans les aventures classiques par son intelligence logique, son élocution mais aussi une certaine érudition au contraire (qui nous faisait tant l'aimer, d'ailleurs). Ledru, comme je l'avais indiqué, est lui sévèrement caricaturé en flic misogyne, raciste et gaffeur, ce qui, là encore, n'a rien à voir avec l'inspecteur, certes sombre et envieux mais un peu plus complexe (voir l'aventure avec son fils Jean-Pierre) des aventures classiques.
Autres Aventures Analysées
Plusieurs autres albums de Ric Hochet sont mentionnés et brièvement analysés, mettant en lumière différents aspects de la série.
Diptyque sur la Famille Van Burg
Après l’assassinat d’Anne-Elisabeth Van Burg et alors que la famille continue à se déchirer à propos de l'héritage, Ric et le commissaire Brébant cherchent à identifier le commanditaire du meurtre. Les suspects sont malheureusement très nombreux et les fausses pistes s'enchaînent aussi vite que les événements tragiques. Fin du diptyque sur la famille Van Burg et l’héritage que tout le monde semble convoiter. Beaucoup d’action, des décors variés, un enchaînement de situations critiques et un mystère qui s’épaissit à chaque page. Franchement c’est bien mené, on se laisse balader jusqu’à la révélation finale avec un plaisir non dissimulé.
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Hommage aux Films de Slashers
Jimmy, un personnage de films d’horreur, sort de l’écran pour venir perpétrer des crimes dans la vraie vie. Celui (ou celle) qui endosse les habits du personnage s’attaque uniquement à des professionnels de la justice ou des forces de l’ordre et les fait, au sens propre, mourir de peur. Un album évidemment hommage aux films de « slashers » en général et à Freddy Krueger en particulier. Le scénario est truffé d’incohérences mais pour une fois les femmes y jouent un rôle fondamental. Elles n’ont d’ailleurs jamais été aussi nombreuses dans une aventure de Ric Hochet, un Ric pas toujours d’une grande finesse dans ses rapports avec la gente féminine. Cette dernière semble de son côté avoir une multitude de griefs à l’égard des hommes, qu’elles cherchent à la fois à concurrencer et à punir. Une aventure qui se laisse lire et qui s’inscrit dans la moyenne pas folichonne des précédentes. À réserver aux amateurs de la BD franco-belge « à l’ancienne ».
Arestat : Un Voyage dans le Temps
18e album des enquêtes de Ric Hochet. Une intrigue de bonne facture. Sorti en librairie en 1974, le scénario concocté par André-Paul Duchâteau nous replonge 36 ans dans le passé, soit en 1938. Un personnage ressemblant comme deux gouttes d’eau à Ric Hochet arrive à Arestat, un village normand et se retrouve mêlé à une affaire de meurtre. 1974 (de nos jours, pour le lecteur de l’époque), Ric Hochet et son père reviennent à Arestat. Parce que le Ric Hochet de 1938, évidemment c’était Richard, le père du héros. Et les voilà rappelés par un des protagonistes parce que l’affaire, n’était pas si réglé que ça tout compte fait. Ric et son père entrent en concurrence et chacun essai de damner le pion à l’autre pour comprendre le fin mot de l’histoire et plutôt que de s’associer, ils s’affrontent (très amicalement, bien sûr !). Leurs talents, pourtant complémentaires, est au service de leur égo, plutôt que de la recherche de la vérité. Celle-ci finira bien par se dévoiler au bout des 44 planches réglementaires. L’intrigue est plutôt pas mal ficelé et ressemblerait à un polar digne de certains romans policiers populaires. L’introduction dans les années 30 est excellente, mais j’ai trouvé que celle des années 70 avait un petit coup de mou au démarrage avant de se terminer sur les chapeaux de roue pour notre plus grand plaisir.
Dessins et Ambiance
Les dessins de Tibet sont encore une fois excellents. Même si on sait que lui même ne réalisait surtout que les personnages et laissait à son équipe, Mittéï en tête, la réalisation des décors. Ces décors sont ici de petits chefs d’œuvre (pour l’époque). Dès la première case de la première planche et cette voiture de sport qui descend vers Arestat, une nuit de tempête, on est dans une ambiance qui nous donne un petit frisson à l’ancienne. Toute la première planche est excellemment cadrée, colorisée. Lors des 12 premières planches en 1938, chaque case qui se passe en extérieur est un vrai plaisir des yeux, le bois, le village, les bâtiments anciens, les automobiles, le manoir. Et puis ces scènes au bord de la falaise et cet épouvantail avec sa faux. En 1974, l’atmosphère est plus lumineuse, mais fait, pour le coup, un peu descendre la tension. Le jour remplace la nuit, les bâtiments modernes et propres semblent un peu plus aseptisés. Pourtant 10 planches plus tard, vers la 22e, la tension revient avec la nuit et les virées nocturnes des personnages. Le rythme avance par à coup mais retombe un peu aussi. Jusqu’au final. 10 dernières planches superbes avec cette vue en plongée sur l’épouvantail et sa faux, la falaise, un sentiment étrange de répétition.
Amnésie et Hitchcock
Au début de l'histoire, on nage en plein brouillard. Le scénariste A.-P. Duchâteau a choisi, pour une fois, de commencer par le milieu. Ric Hochet est en train de fuir au volant de sa porche pour échapper à des coupables qu'il a déjà découvert. On ne sait pas qui ils sont, mais ils sont dangereux. Notre héros ne retrouvant pas ses souvenirs, on enrage pour lui, on veut le secouer, mais on veut aussi comprendre ce qu'il se passe. Dans quelle enquête il s'était lancée, pourquoi il se retrouve dans cette chambre d'hôpital, insulté par les survivants de ces crimes ! Chirurgie esthétique, manipulation, cauchemar ? L'intrigue est plutôt bien ficelée, pour du polar à destination de la jeunesse au début des années 1970 entendons nous et le suspense, les poursuites dans une nature inquiétante, l'atmosphère à la Hitchcock (la maison du docteur Edwardes) prend le pas sur la découverte du coupable, que certain auront peut-être deviné assez tôt mais que d'autres, les plus jeunes, les moins habitués aux ficelles scénaristiques mettront du temps à trouver avant le climax presque final. Au niveau des dessins, Tibet est au top de sa forme et son équipe qui fait pour lui les voitures et les décors réussit encore une fois à créer une ambiance de film noir rural.
Suspicion et Héritage
Suite au décès du patriarche de la famille Van Burg, la principale bénéficière du testament est assassinée. Les autres héritiers, réunis dans le château du clan, aimeraient tous profiter d’une large part du gâteau laissé par leur aïeul. Guidés par la cupidité, tous adoptent un comportement suffisamment intrigant pour que Ric Hochet les considère comme les suspects potentiels du meurtre et les imagine capables d’en commettre de nouveaux. Premier tome d’un diptyque, cet album possède un rythme différent de ce que la série à l’habitude d’offrir, plus lent, plus psychologique, moins dans l’action que dans une tension liée aux suspicions se portant sur chacun des protagonistes. On lorgne clairement du côté d’Agatha Christie, entre le Cluedo et Hercule Poirot. Et puis la fin ne résout rien, on reste en plein brouillard, toutes les pistes sont ouvertes et aucune ne semble mener à un coupable tout désigné.
Brigitte Bardot et le Musée Grévin
Seizième album de Ric Hochet, sorti en 1973, la même année de la retraite cinématographique de Brigitte Bardot. Quel rapport, me direz-vous ? Un album de bonne tenue. Ici, outre Ric Hochet et Bourdon, comme d’habitude, on retrouve avec plaisir Nadine, à qui les auteurs ont du mal a confier un vrai rôle, Hermelin qui apporte, comme souvent, une touche d’humour bienvenue et involontaire (de sa part) et Richard, le père de Ric. L’histoire est, pour la première fois, divisée en chapitre portant chacun le nom d’un film de Brigitte Bardot (BB pour les intimes). En vérité, BB n’apparaît pas dans cet album, juste sa statue de cire du musée Grévin, volée en même temps que celle de JJ (Janice Joël), la grande rivale. D’abord, il y a une tentative d’enlèvement du professeur Hermelin, comme dans un des albums précédents. Le père de Ric est dans le coup, mais prévient son fiston qui peut donc intervenir. Voilà pourtant que la bande « kidnappe » les statues de cire de BB, puis de JJ, sans que Ric, réussisse à arriver à temps, malgré son père, qui finit pas devenir suspect à ses complices. Et puis des statues de cire, pourquoi ? Pourquoi faire ? Mais voilà que la vraie JJ est à son tour enlevée. Les choses deviennent plus grave. Une rançon est demandée et Ric doit la remettre. Évidemment la production du film en cours de tournage est en panique. JJ enlevée, c’est le film qui fait naufrage. Le scénario de André-Paul Duchâteau reste classique sans être très original. Les dessins de Tibet et de toute son équipe sont encore une fois d’un excellent niveau, même si on a un peu moins de morceaux de bravoure que d’habitude.
Le Monstre de Noireville : Ambiance et Mystère
Le monstre de Noireville est le quinzième album des aventures de Ric Hochet. Il paraît en 1972 après une prépublication dans le journal de Tintin. C’est la grande époque du héros, celle où les histoires imaginées par A.-P. Duchâteau sont, sinon crédibles (il ne faut pas exagérer !) du moins intéressantes, parfois surprenantes et pleine de suspense avec un brin d’humour. Ici, le scénariste reprend la formule de l’album Les spectres de la nuit. Dans un village lugubre de la campagne ardennaise, le bien nommé Noireville, un crime s’est produit. Un étranger est mort de peur alors qu’il se promenait dans les ruines de l’ancien château médiéval. Ric et Bourdon sont arrivés sur place et font semblant de ne pas se connaître. Mais Ric est vite la victime d’un esprit ou d’une bête maléfique qui semble rôder certaines nuits dans la tour sombre et dans la forêt environnante. Et puis, un deuxième étranger, et un troisième, toujours la pleine Lune, toujours un étranger. Pourtant la population du village reste plutôt stoïque et seul Bourdon et Ric Hochet ont l’air de rechercher activement le responsable des meurtres. Mais peut-on arrêter un Loup-Garou ? L’intrigue est vraiment très agréable à suivre, avec des rebondissements et une atmosphère de série B hollywoodienne ou de films (très populaire à cette époque) de la Hammer : les momies, vampires et autres loups-garous, justement. Les dessins de Tibet et de ses aides rendent particulièrement bien ces clairs-obscurs, ces heures entre chien et loups (décidément!), ces ombres inquiétantes de la tour en ruine, des arbres aux branches torturées, ces nuages noirs qui viennent du nord et qui colorent la Terre, les lacs, les rivières … Un bel album de Ric Hochet, une histoire qui fonctionne plutôt bien et des dessins particulièrement efficace.
La Prime de Malchance
Au terme d'une journée de travail à la salle de rédaction de « La Rafale », alors qu'il s'apprête à sortir avec son amie Nadine, Ric Hochet est appelé par « Le marquis », un homme d'affaire spécialisé dans le sport. Parmi les champions qu'il a encouragés beaucoup ont réussi et d'autres ont, par manque de chance, échoué, c'est pourquoi il voudrait faire quelque chose pour cinq garçons, notamment, qui ont complètement disparu de la circulation. Il a décidé de partager entre ces cinq-là une « prime de malchance » de 300 000f pour les aider à remonter la pente. Ric est chargé de les retrouver. La tâche ne devrait pas être trop dure seulement, chaque fois qu'il est sur le point de retrouver l'un des sportifs, celui-ci disparaît mystérieusement, simple coïncidence ?
Amnésie et Manipulation
Ric Hochet est traqué, sur des petites routes de campagne par un temps pluvieux. Par qui, pourquoi ? Nous ne le savons pas. Un virage, un tracteur comme obstacle et la Porsche jaune mythique de Ric plonge dans le fossé. Quelques temps plus tard un homme se réveille dans un hôpital, le visage entièrement bandé. Amnésie complète. Un opus de grande qualité avec un grand classique de la littérature policière, l'amnésie, mais traité de manière remarquable. Une aventure hyper prenante, un jeu de manipulation habilement déployé et des scènes d'action réussies. Un clin d'œil au dieu Janus appréciable.
L'Évasion Épique
Ca y est, le grand jour est arrivé. Riku et sa bande doivent enfin s'évader. Un tome épique, haletant, on tremble à chaque page pour nos héros… Hélas, avec encore 18 tomes, on se doute que cela ne va pas se faire dans celui-ci…
Influences et Références
J'ai trouvé ce 18e opus particulièrement réussi, on commence avec Ric père et l'on poursuit 35 ans plus tard avec Ric fils. Une affaire classée qui finalement ressurgit à Arestat (ville fictive, clin d'oeil à Etretat). Des références à Agatha Christie, Arsène Lupin et même Gaston Leroux, un commissaire portrait craché de Bernard Blier, du suspense, un brin de surnaturel, de l'action, une fin en hommage aux auteurs précités…
L'Ambiance et les Lieux
Les lieux font naître des histoires. Il suffit d'un ruban d'asphalte pluvieux dans le soir. La nuit déjà tombée à cinq heures. Un château ou un village perché se détachant au loin en sa brume tenace. Une Porsche jaune, familière, s'échappe parmi ces conditions climatiques désastreuses. Poursuivie par une puissante Berline rouge, dont on voit le double cercle de phares à la sortie d'un virage de route de montagne… La pluie noyant tous les contours de la scène. La Haute-Ardèche. le Vivarais. L'hiver. La solitude. L'angoisse.
"Les lieux font naître des histoires" : ce que devinait "Val", mon petit héros ado de "L'été et les ombres", fan précoce de Ric Hochet, confronté à l'incompréhension de l'énigmatique "Chris" (Christine) d'une tout autre extraction sociale. Valentin, lui, adorait l'image de "L'Auberge des Trois Clés" comme celle de la villa gothique du village de Mâlemort (Vosges) dans les "Spectres de la Nuit" ou celle de la tour carrée médiévale du "Monstre de Noireville" : Val adorait, en fait, la pluie, la neige, l'hiver et la nuit… quand Chris recherchait la lumière en un monde de pénibles pénombres, monde opaque qui la menaçait elle, et elle seule dans un entre-deux de faux-semblants (un beau-père abuseur est un sacré "méchant de western", tout de même !! Est-ce que Ric Hochet, journaliste, en viendrait à bout ?
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