Chaque mois, à l'approche de leurs règles, certaines femmes sont confrontées à une forme particulièrement sévère de syndrome prémenstruel : le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Ce trouble, bien plus qu'un simple "coup de blues hormonal", est une réalité clinique reconnue qui mérite une attention particulière. Cet article explore en profondeur la relation complexe entre le trouble bipolaire et le cycle menstruel, en mettant en lumière les causes, les symptômes et les solutions disponibles pour améliorer la qualité de vie des femmes concernées.

Syndrome Prémenstruel (SPM) et Trouble Dysphorique Prémenstruel (TDPM) : Définitions et Différences

Le syndrome prémenstruel (SPM) est un ensemble de symptômes physiques et psychologiques qui surviennent généralement dans les 2 à 7 jours précédant le début des règles et disparaissent avec l'arrivée des premiers saignements. Ces symptômes sont liés aux changements hormonaux du cycle menstruel. Environ 75% des femmes éprouvent des symptômes légers à modérés de SPM.

Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) est une forme sévère de SPM qui touche entre 3 et 8% des femmes menstruées. Il se caractérise par des symptômes similaires à ceux du SPM, mais beaucoup plus amplifiés, perturbant profondément la vie quotidienne.

Symptômes du TDPM

Le TDPM se manifeste par une combinaison de symptômes physiques et psychiques intenses, parmi lesquels on retrouve :

  • Crises d'angoisse
  • Irritabilité
  • Fatigue extrême
  • Idées noires
  • Humeur dépressive et instable
  • Désintérêt pour les activités quotidiennes
  • Anxiété

Ces symptômes surviennent généralement pendant la phase lutéale du cycle (7 à 10 jours avant les règles) et s'atténuent ou cessent complètement à la fin des règles. Leur intensité et leur durée peuvent impacter lourdement la vie personnelle, professionnelle et sociale des personnes concernées. Plus grave encore, le TDPM augmente le risque de dépression majeure, d'idées suicidaires et de tentatives de suicide.

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Causes et Facteurs de Risque du TDPM

Bien qu'aucune cause formelle n'ait été identifiée, plusieurs pistes se dessinent :

  • Hypersensibilité du cerveau aux variations hormonales : Le TDPM semble lié à une hypersensibilité du cerveau aux variations hormonales, notamment à la chute des œstrogènes et de la progestérone qui survient juste avant les règles. Cette hypersensibilité impacterait la production de neurotransmetteurs clés comme la sérotonine et la dopamine, qui régulent l'humeur.
  • Préménopause : La préménopause peut accentuer les symptômes, étant donné que les variations hormonales sont plus marquées.
  • Facteur génétique : Il existe un facteur génétique assez fort, mais des facteurs extérieurs, tels que des événements de vie très stressants ou éprouvants, sont souvent nécessaires pour que la maladie se déclenche.

Diagnostic du TDPM

Le diagnostic du TDPM est souvent tardif, car de nombreuses femmes considèrent encore les symptômes menstruels comme une fatalité, et peu de professionnels connaissent ce trouble.

La première étape consiste à tenir un journal de bord pendant 2 à 3 cycles consécutifs, en notant chaque jour les symptômes, leur intensité et leur impact sur la vie quotidienne. Le diagnostic n'est jamais posé sur un seul cycle.

Il est important de différencier le TDPM d'autres affections psychiatriques, telles que le trouble dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé ou le trouble bipolaire, qui peuvent provoquer des symptômes similaires. La différence réside dans le fait que le TDPM est lié au cycle menstruel et qu'il doit exister un intervalle sans symptômes d'au moins une semaine dans la période suivant les règles.

Trouble Bipolaire et Cycle Menstruel : Une Relation Complexe

Le trouble bipolaire est un trouble de l'humeur qui se caractérise par des alternances de phases maniaques (forte excitation, euphorie, sentiment de toute-puissance) et de phases dépressives (tristesse, désespoir, perte d'intérêt).

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Des études ont montré que le SPM et le TDPM sont plus fréquents chez les femmes qui présentent un trouble bipolaire. De plus, la présence d'un TDPM chez les patientes bipolaires semble liée à des symptômes plus sévères et à davantage de rechutes, complexifiant ainsi la prise en charge.

Troubles de l’humeur

Les troubles de l’humeur se caractérisent par une perturbation de l’humeur, soit dans son versant positif (forte excitation, euphorie, sentiment de toute puissance, on parle alors de manie) soit dans son versant négatif (tristesse, dépression). L’humeur peut être fortement perturbée à cause d’évènements de la vie (ex : rupture, deuil, perte d’emploi…) mais aussi par la prise de substance (ex : drogues, certains médicaments, alcool…) ou par des changements hormonaux. On remarque aussi souvent que la personne n’a plus d’énergie, elle peut dormir de manière excessive. Elle a aussi souvent du mal à penser et à faire des activités, à se motiver à faire les choses du quotidien. Elle a tendance à s’isoler de son entourage et à se sentir rejetée.

Phases Maniaques

Dans les phases maniaques, les personnes bipolaires vont être très excitées, elles débordent d’énergie et ont souvent des comportements excessifs (ex : achats compulsifs, elles dépensent leur argent de manière exagérée…). Ces comportements peuvent mener à des conséquences négatives pour elles-mêmes ou leur entourage (ex : endettement, prises de décisions importantes sur un coup de tête…). Il est souvent très difficile de leur faire entendre raison dans cette période maniaque. Les personnes bipolaires ne réalisent pas qu’elles sont excessives, elles ont l’impression d’aller parfaitement bien. Elles ont tendance à se sentir toutes puissantes et euphoriques (humeur très élevée). Elles sont sûres d’elles avec une assurance souvent excessive. Les personnes bipolaires vont aussi avoir tendance à beaucoup moins dormir, sans qu’elles se sentent pour autant fatiguées. On peut aussi observer une négligence de l’hygiène. Elles vont avoir du mal à se concentrer sur une activité, elles seront facilement distraites. Les idées viennent très vite et se bousculent dans leur tête, elles ont ainsi tendance à perdre facilement le cours de leur pensée et à passer d’un sujet à un autre sans transition. Dans ces périodes, les personnes bipolaires parlent beaucoup, elles sont comme inarrêtables. On a d’ailleurs souvent du mal à suivre ce qu’elles disent.

Phases Dépressives

Dans les phases dépressives, les personnes bipolaires vont avoir des sentiments persistants de tristesse, d’anxiété, de culpabilité, de colère, d’isolement ou de désespoir. Les personnes vont avoir tendance à se dévaloriser. On observe également une perte ou une augmentation de l’appétit et du sommeil. Une diminution de l’intérêt pour les activités qui leur font normalement plaisir. Elles vont avoir tendance à se replier sur elles-mêmes et à limiter leurs interactions avec leur entourage. La phase dépressive, contrairement à la phase maniaque, est très douloureuse à vivre pour les personnes bipolaires.

Diagnostic Différentiel

Il est important de noter que le trouble borderline est souvent présenté comme un diagnostic différentiel du trouble bipolaire. Cependant, certains spécialistes considèrent que la base biologique du trouble borderline est constituée, le plus souvent, d’un trouble bipolaire et/ou d’un TDAH.

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De même, il est essentiel de distinguer le TDPM d'autres troubles tels que la schizophrénie, le trouble schizo-affectif, la bouffée délirante aiguë ou la psychose puerpérale.

Prise en Charge et Traitements du TDPM

Bonne nouvelle, le TDPM n'est pas une fatalité : il existe plusieurs solutions pour atténuer les symptômes, voire pour les faire disparaître totalement. Une prise en charge adaptée commence par consulter le bon interlocuteur :

  • Un médecin généraliste : Le premier interlocuteur.
  • Un gynécologue médical : Expert du cycle hormonal.
  • Un psychiatre : À consulter en cas de symptômes sévères, d'antécédents de troubles de l'humeur (dépression, anxiété, bipolarité), ou si un traitement antidépresseur est envisagé.
  • Un psychologue ou un psychothérapeute formé aux TCC : Pour une approche psychothérapeutique.

Traitements Médicamenteux

  • Antidépresseurs ISRS : Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (comme la fluoxétine ou la sertraline) sont souvent proposés en première intention. Ils peuvent être pris en continu ou uniquement pendant la phase lutéale. Ils sont prescrits aux mêmes doses que pour un épisode dépressif caractérisé.
  • Pilule contraceptive en continu : Elle permet de stabiliser l'humeur en empêchant les variations hormonales responsables des symptômes. Attention toutefois : toutes les pilules ne conviennent pas et certaines peuvent aggraver les symptômes.
  • Traitements hormonaux plus lourds : Des agonistes de la GnRH peuvent être proposés pour mettre les ovaires « au repos » et stopper le cycle menstruel. Ce traitement imite un état de ménopause temporaire et peut entraîner des effets secondaires importants (bouffées de chaleur, risque d'ostéoporose…).

Thérapies et Approches Non Médicamenteuses

  • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : Cette approche psychothérapeutique aide à repérer les pensées négatives automatiques, à mieux gérer les émotions intenses et à limiter l'impact du TDPM sur la vie quotidienne.
  • Modifications du mode de vie :
    • Poser une bouillotte sur les zones douloureuses.
    • Miser sur le sport.
    • Consommer des aliments riches en sucres lents et en fibres comme le pain complet, les céréales ou encore les légumes.
    • Prendre des compléments alimentaires.
    • Réduire l’apport en sel, sucre, alcool et caféine.
  • Gestion du stress et planification :
    • Planifiez en fonction de votre cycle : si possible, évitez de prendre des décisions importantes ou d’organiser des événements stressants pendant la dernière semaine avant les règles.
    • Parlez-en à vos proches : expliquer ce que vous traversez permet de désamorcer les malentendus.
    • Prévenez à l’avance : si vous sentez qu’une période difficile approche, informez vos amis, votre famille ou vos collègues.
    • Exprimez vos émotions : parler à un proche, écrire dans un journal ou consulter un thérapeute permet de libérer la charge mentale.
  • Hypnose et psychologie de l'énergie (EFT, Tapas Acupressure technique…) : Ces outils peuvent aider à mieux gérer ces périodes et à en diminuer l'intensité.
  • Exercice physique régulier : De nombreuses études de suivi ont montré l’intérêt de pratiquer un exercice physique régulier.

Conclusion

Le trouble dysphorique prémenstruel est un trouble de l'humeur cyclique qui peut avoir un impact significatif sur la vie des femmes. Il est essentiel de ne pas minimiser les symptômes et de consulter un professionnel de santé pour obtenir un diagnostic précis et une prise en charge adaptée. La relation entre le trouble bipolaire et le cycle menstruel est complexe et nécessite une approche individualisée. En combinant traitements médicaux, thérapies et modifications du mode de vie, il est possible d'atténuer les symptômes du TDPM et d'améliorer la qualité de vie des femmes concernées. N'hésitez pas à rechercher de l'aide et à vous informer sur les différentes options de traitement disponibles.

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