Parfois, une œuvre marginale transcende les époques, capturant et sublimant l'esprit d'une ère pour l'immortaliser. C'est la définition même d'un "groupe culte", et TRISOMIE 21 en est un parfait exemple.
L'Émergence de la Cold Wave
Dans les années 1980-90, les frères Lomprez ont participé à l'émergence d'un courant musical appelé plus tard la cold wave. À l'aube des années 1980, alors que Ian Curtis laissait derrière lui les fondations de l'ère post-punk à Manchester, les frères Lomprez, à Denain, près de Valenciennes, ignoraient l'existence de Joy Division, mais étaient animés par la même volonté de "créer une musique différente".
« On n’a jamais avoué d’influences. Avec le recul on conviendra qu’on faisait partie de ce mouvement mais, sur le coup, on n’en avait pas conscience ». Philippe et Hervé n'ont pas 20 ans, « pas d’idoles » et bricolent dans leur coin ce qu’ils peuvent trouver de machines : « Des ordinateurs Atari, des vieux magnétos dont on utilisait les chambres d’échos… ». Leur son est glacial, électronique, la voix sépulcrale de Philippe traverse des textes désabusés chantés en « anglais bizarre ». Et capture parfaitement leur univers immédiat, totalement sinistré. « C’était post-industriel, apocalyptique, se souvient Philippe Lomprez. En réaction, il nous fallait inventer un autre monde, musical certes, mais qui serait au moins un refuge ».
L'art, cette éternelle échappatoire face à une réalité qui déraille, se traduit ici par la mélancolie synthétique de La Fête Triste, ode funèbre des machines à la disparition programmée de l’Homme, ou encore à travers le nihilisme et l’urgence de The Last Song, écrite comme « la dernière chanson avant la fin monde ». Mais qui, paradoxalement, s’avère un immortel tube dancefloor. « Logique : si on annonçait la fin du monde, les gens s’amuseraient comme jamais, non ?
L'Esthétique Sépulcrale et les Thèmes Sombres
Le son de Trisomie 21 est glacial, électronique, et la voix sépulcrale de Philippe traverse des textes désabusés chantés en "anglais bizarre". Cette esthétique capture parfaitement leur univers immédiat, totalement sinistré. Leur musique est une réaction à un environnement post-industriel et apocalyptique, un refuge inventé face à une réalité qui déraille.
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Leur musique est une échappatoire face à une réalité sombre, comme en témoignent des titres tels que La Fête Triste, une ode funèbre aux machines et à la disparition de l'homme, ou The Last Song, un hymne nihiliste écrit comme "la dernière chanson avant la fin du monde", paradoxalement devenu un tube de dancefloor.
Electrocity : Une Plongée Dans l'Obscurité Musicale des Années 80-90
Pour ceux qui aiment les années 80-90, l'electro-wave et ses dérivés, mais ne savent plus par où commencer, la série de compilations Electrocity, sortie en 1992, est un excellent point de départ. Cette compilation explore la crème de la darkwave, de la synthpop et de la new wave, allant chercher loin dans l'obscurité musicale.
Des titres comme Electricity d'OMD, Underpass de John Foxx, Love Will Not Die de Deine Lakaien, et Warm Leatherette jalonnent cette compilation, offrant un voyage sonore captivant à travers les sonorités synthétiques et les ambiances mélancoliques de cette époque. La compilation se clôture d'ailleurs sur un titre de Trisomie 21, cold à souhait, déchirant adieu à l’auditeur énamouré.
Elegance Never Dies : La Résurrection d'un Groupe Mythique
Après avoir annoncé leur "dernier concert" en 2009, Trisomie 21 a opéré un retour inattendu avec l'album Elegance Never Dies et une tournée mondiale. Ce retour marque la résurrection d'un groupe qui a su imposer un son propre et dépeindre la société hantée et cabossée des villes industrielles du nord de la France.
Philippe Lomprez explique ce retour comme une résurrection, un besoin de revoir la lumière que leur apporte le public. L'album a été un processus enthousiasmant, avec la participation du premier bassiste du groupe, Pascal Tison. Entourés d'amis qui les encourageaient à perpétuer leur œuvre, ils ont décidé de continuer à créer et à partager leur musique.
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L'Évolution Musicale et l'Esprit d'Innovation
Trisomie 21 a toujours avancé en fracassant le disque précédent, cherchant à se différencier et à ne pas se répéter. Leur dernier album est plus rock, moins électronique, témoignant de leur volonté d'évolution musicale.
Le groupe ne se soucie pas des attentes du public et préfère envoyer tout ce qu'il a, en étant lui-même. Cette attitude brute et authentique crée une dynamique unique et permet à Trisomie 21 de casser les codes et de remettre en question les conventions musicales.
L'Influence de l'Environnement et l'Anormalité Revendiquée
Trisomie 21 est originaire d'une région minière et sidérurgique, marquée par la misère sociale et intellectuelle. Cet environnement a nourri leur besoin de crier et de se soulever face à une société invraisemblable.
Le nom Trisomie 21 est un symbole de leur volonté d'être anormaux, de préférer l'anormalité à la norme du chômage, de la précarité et de l'humain broyé. Dans la création, ils se débattent avec leurs idées, se battant contre eux-mêmes et révélant ainsi leur origine.
L'Importance de l'Expérimentation et des Bandes Originales de Films
Trisomie 21 a toujours été proche des musiques expérimentales, collaborant avec des artistes comme Blaine Reininger de Tuxedomoon. L'expérimentation est essentielle pour eux, leur permettant de casser les codes et d'inventer de nouvelles ambiances.
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Ils apprécient particulièrement les bandes originales de films et ont créé des albums qui s'apparentent à des B.O., comme Plays the Picture, une commande de studio de cinéma. Ils aimeraient beaucoup créer une vraie B.O. de film du début à la fin, explorant ainsi de nouvelles facettes de leur créativité.
La Recherche de l'Émotion et l'Alchimie du Son
Trisomie 21 cherche à servir une émotion, à toucher une âme, plutôt qu'à faire un tube qui ferait danser les gens. Ils trouvent cette émotion dans les sons, dans le mixage, dans un travail de post-synchro intense.
Même lorsqu'ils font quelque chose qui s'apparente au rock, c'est organique mais jamais vraiment du rock. C'est des couches énormes de travail sur le son, une alchimie sonore créée par Hervé Lomprez, qui retravaille les sons de manière obsessionnelle pour obtenir un résultat unique.
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